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Le silence par Édouard Rod

Fiche de Le silence

Titre : Le silence
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1894
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le silence

« C’était après un de ces dîners qui réunissent périodiquement des hommes de professions diverses, anciens camarades d’étude que la vie a séparés, entre lesquels subsiste pourtant le lien des souvenirs de jeunesse et qui se revoient avec plaisir. On prenait le café, en fumant. La conversation, après avoir effleuré plusieurs sujets, s’était, pour un instant, fixée sur un fait-divers assez curieux : un homme du monde, nommé, je crois, M. de Préfontaine, s’était fait, un soir, ramener chez lui avec un coup de couteau dans le ventre : après trois jours d’agonie, il avait expiré sans avoir dit un seul mot, quoiqu’il eût toute sa connaissance et qu’un habile juge d’instruction se fût efforcé de le faire parler. D’abord, chacun jugea une obstination si énergique selon son tempérament. Quelques-uns l’admiraient ; d’autres la trouvaient par trop héroïque :
– Pour moi, fit un romancier célèbre, à sa place j’aurais tout dit. »

Extrait de : E. Rod. « Le silence. »

L’autopsie du Docteur Z par Édouard Rod

Fiche de L’autopsie du Docteur Z

Titre : L’autopsie du Docteur Z
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1884
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de L’autopsie du Docteur Z

  • L’autopsie du Docteur Z par Édouard Rod
  • La grande découverte du savant Isobard par Albert Roulier

Première page de L’autopsie du Docteur Z

« On se rappelle peut-être encore, dans le monde scientifique, le bruit que firent, il y a une trentaine d’années, les découvertes du docteur Z, qui d’ailleurs eurent le sort de beaucoup de découvertes et furent universellement niées. Au moment où il se décida enfin à publier le résultat de ses patientes recherches, le docteur Z habitait Bordeaux, et jouissait d’une renommée de bon praticien. La brochure dont il fit les frais : Observations sur quelques phénomènes de l’existence cérébrale, souleva un « tollé » général, et lui enleva peu à peu toute sa clientèle. Il faut dire aussi que cette brochure – un in-octavo d’environ cent-vingt pages, – bouleversait toutes les notions reçues, menaçant à la fois, par ses conséquences indirectes, la science, la morale et la religion. »

Extrait de : E. Rod. « L’autopsie du docteur Z. »

Trilby par Charles Nodier

Fiche de Trilby

Titre : Trilby ou le Lutin d’Argail
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1822
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Trilby

« Il n’y a personne parmi vous, mes chers amis, qui n’ait entendu parler des drows de Thulé et des elfs ou lutins familiers de l’Écosse, et qui ne sache qu’il y a peu de maisons rustiques dans ces contrées qui ne comptent un follet parmi leurs hôtes. C’est d’ailleurs un démon plus malicieux que méchant et plus espiègle que malicieux, quelquefois bizarre et mutin, souvent doux et serviable, qui a toutes les bonnes qualités et tous les défauts d’un enfant mal élevé. Il fréquente rarement la demeure des grands et les fermes opulentes qui réunissent un grand nombre de serviteurs ; une destination plus modeste lie sa vie mystérieuse à la cabane du pâtre ou du bûcheron. Là, mille fois plus joyeux que les brillants parasites de la fortune, il se joue à contrarier les vieilles femmes qui médisent de lui dans leurs veillées, ou à troubler de rêves incompréhensibles, mais gracieux, le sommeil des jeunes filles. »

Extrait de : C. Nodier. « Trilby ou le Lutin d’Argail. »

Thérèse Aubert – Adèle par Charles Nodier

Fiche de Thérèse Aubert – Adèle

Titre : Thérèse Aubert – Adèle
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1819
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Thérèse Aubert – Adèle

« Je m’appelle Adolphe de S…, je suis né à Strasbourg, le 19 janvier 1777, d’une famille noble dont j’étais le dernier rejeton. J’ai perdu mon père dans l’émigration. Ma mère a péri dans une maison de détention pour les suspects ; je n’ai ni frères, ni sœurs, ni parents de mon nom. J’ai dix-sept ans et demi depuis quelques jours, et rien n’annonce que cette courte existence puisse se prolonger. J’en dirai même la raison plus tard, quoique ma position n’intéresse plus personne. Aussi, ce n’est pas pour le monde que j’écris ces lignes inutiles ; c’est pour moi, pour moi seul ; c’est pour occuper, pour perdre de tristes et désespérants loisirs qui seront heureusement bien courts. C’est pour ouvrir une voie plus facile aux sentiments qui m’oppressent, pour soulager mon cœur si le souvenir est un soulagement, ou pour achever de le briser. »

Extrait de : C. Nodier. « Thérèse Aubert – Adèle. »

Le peintre de Salzbourg par Charles Nodier

Fiche de Le peintre de Salzbourg

Titre : Le peintre de Salzbourg
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1803
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le peintre de Salzbourg

« Oui, tous les événements de la vie sont en rapport avec les forces de l’homme, puisque mon cœur ne s’est pas brisé.
Je me demande encore si ce n’est point quelque mauvais songe qui m’ait apporté ce blasphème : – Eulalie épouse d’un autre ! – et je regarde autour de moi pour m’assurer si je veille ; et je suis désespéré quand je retrouve la nature dans le même ordre qu’auparavant » Il vaudrait mieux que ma raison fût égarée. Quelquefois aussi je voudrais me reposer dans mon courage ; mais voici tout-à-coup cette nouvelle incroyable qui vient retentir à mon oreille, et qui me ressaisit des angoisses de la mort. »

Extrait de : C. Nodier. « Le peintre de Salzbourg. »

Le nouveau Faust et la nouvelle marguerite par Charles Nodier

Fiche de Le nouveau Faust et la nouvelle marguerite

Titre : Le nouveau Faust et la nouvelle marguerite
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1832
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le nouveau Faust et la nouvelle marguerite

« Ne vous effrayez pas, âmes débonnaires et pieuses, du titre incendiaire de cette historiette.
Je vous atteste que je ne me crois pas damné, et qu’il s’agit tout au plus ici d’un cas de conscience que le moindre absolvo du curé de votre village réglerait à l’amiable ; mais enfin je vieillis vite et bien vite, puisque le monde ne m’amuse plus ; et je ne suis pas fâché d’avoir le cœur net du dernier de mes scrupules.
Je confesse donc que j’ai eu deux grandes et puériles passions dans ma vie, et qu’elles l’ont absorbée tout entière.
La première des deux grandes et puériles passions que j’ai eues dans ma vie, c’était l’envie de me trouver le héros d’une histoire fantastique, de coiffer le chapeau de Fortunatus, de chausser la botte de l’Ogre, ou de percher sottement sur le Rameau d’or, à côté de l’Oiseau bleu.
Vous me direz que ce goût n’est pas excusable dans une créature intelligente qui a fait d’assez bonnes études ; mais c’était ma manie. »

Extrait de : C. Nodier. « Le nouveau Faust et la nouvelle Marguerite. »

La fée aux miettes par Charles Nodier

Fiche de La fée aux miettes

Titre : La fée aux miettes
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1832
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La fée aux miettes

« Non ! sur l’honneur ! m’écriai-je en lançant à vingt pas le malencontreux volume…
C’était cependant un Tite-Live d’Elzévir relié par Padeloup.
Non ! je n’userai plus mon intelligence et ma mémoire à ces détestables sornettes !… Non, continuai-je en appuyant solidement mes pantoufles contre mes chenets, comme pour prendre acte de ma volonté, il ne sera pas dit qu’un homme de sens ait vieilli sur les sottes gazettes de ce padouan crédule, bavard et menteur, tant que les domaines de l’imagination et du sentiment lui étaient encore ouverts !…
Ô fantaisie ! continuai-je avec élan… Mère des fables riantes, des génies et des fées !… enchanteresse aux brillants mensonges, toi qui te balances d’un pied léger sur les créneaux des vieilles tours, et qui t’égares au clair de la lune avec ton cortège d’illusions dans les domaines immenses de l’inconnu ; toi qui laisses tomber en passant tant de délicieuses rêveries sur les veillées du village, et qui entoures d’apparitions charmantes la couche virginale des jeunes filles !… – »

Extrait de : C. Nodier. « La Fée aux Miettes. »

Jean-François les-bas-bleus par Charles Nodier

Fiche de Jean-François les-bas-bleus

Titre : Jean-François les-bas-bleus et autres contes
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1832
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Jean-François les-bas-bleus

  • Jean-François les-bas-bleus
  • Baptiste Montauban
  • Paul ou la ressemblance
  • Lidivine
  • La combe de l’homme mort
  • Les fiancés, nouvelle vénitienne

Première page de Jean-François les-bas-bleus

« Le fantastique est un peu passé de mode, et il n’y a pas de mal. L’imagination abuse trop facilement des ressources faciles ; et puis ne fait pas du bon fantastique qui veut. La première condition essentielle pour écrire une bonne histoire fantastique, ce serait d’y croire fermement, et personne ne croit à ce qu’il invente. Il arrive aussi bientôt qu’une combinaison d’effets trop arrangés, un jeu trop recherché de la pensée, un trait maladroitement spirituel, viennent trahir le sceptique dans le récit du conteur, et l’illusion s’évanouit. C’est le joueur de gobelets qui a laissé rouler ses muscades, ou le machiniste qui a laissé voir ses ficelles. Tout disparaît à la fois, comme derrière le rideau prosaïque et désenchanteur des ombres chinoises. Vous avez vu ce que vous ayez vu. Le nécromancien, dépouillé de sa barbe et de son bonnet pointu, se recommande à vos visites, si vous êtes content, et il ne vous y reprendra guère pour peu que vous soyez de mon goût, car il n’y a rien de plus sot qu’une illusion finie. Envoyez-lui vos connaissances. Voilà tout ce que vous lui devez. »

Extrait de : C. Nodier. « Jean-François-les-bas-bleus et autres Contes. »

Jean Sbogar par Charles Nodier

Fiche de Jean Sbogar

Titre : Jean Sbogar
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1818
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Jean Sbogar

« Un peu plus loin que le port de Trieste, en s’avançant sur les grèves de la mer, du côté de la baie verdoyante de Pirano, on trouve un petit ermitage, depuis longtemps abandonné, qui était autrefois sous l’invocation de saint André, et qui en a conservé le nom. Le rivage, qui va toujours en se rétrécissant vers cet endroit, où il semble se terminer entre le pied de la montagne et les flots de l’Adriatique, semble gagner en beauté à mesure qu’il perd en étendue ; un bosquet presque impénétrable de figuiers et de vignes sauvages, dont les fraîches vapeurs du golfe entretiennent le feuillage dans un état perpétuel de verdure et de jeunesse, entoure de toutes parts cette maison de recueillement et de mystère. Quand le crépuscule vient de s’éteindre, et que la face de la mer, légèrement ridée par le souffle serein de la nuit, commence à balancer l’image tremblante des étoiles, il est impossible d’exprimer tout ce qu’il y a d’enchantement dans le silence et le repos de cette solitude. »

Extrait de : C. Nodier. « Jean Sbogar. »

Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé par Charles Nodier

Fiche de Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé

Titre : Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1836
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé

  • Hurlubleu
  • Léviathan le long
  • Zerothoctro-Schah proto-mystagogue de Bactriane
  • Voyage pitoresque et industriel de Kaout’t’chouk dans le Paraguay-roux et la Palingénésie australe

Première page de Hurlubleu

« Grand Manifafa d’Hurlubière ou la Perfectibilité

– Que le diable vous emporte ! s’écria le Manifafa.
– Le grand loustic de votre sacré collège des mataquins en est-il ? dit Berniquet.
– Non, Berniquet, reprit Hurlubleu. Je parlais à cette canaille de rois et d’empereurs qui m’assassinent tous les soirs de leurs salamalecs, et qui usent à force de la caresser de vils baisers la semelle de mes augustes pantoufles. Je t’aime, Berniquet ; je t’aime, grand loustic du sacré collège des mataquins, parce que tu n’as pas le sens commun, et que tu ne manques point d’esprit sans qu’il y paraisse. Il faut même que j’aie fait une haute estime de ton mérite pour t’avoir conféré à la première vue une des plus éminentes dignités de mon empire, car je me souviens que tu tombas chez moi comme une bombe. »

Extrait de : C. Nodier. « Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé. »