Étiquette : BnF
Nouvelles par Paul Féval
Fiche de Nouvelles
Titre : Nouvelles
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1890
Editeur : BnF
Sommaire de Nouvelles
- Le curé – Colonel (Historique)
- Dieu me juge !
- L’inventeur de la poudre (Mario Montfalcone)
Première page de Le curé – Colonel
« La nuit tombait, et aussi la pluie. Il faisait un fichu temps. Dans la petite cuisine du presbytère d’Aolbach1, Catherine, la vieille servante de M. le curé, mettait tout en ordre avant d’aller se reposer, sans soupçonner qu’il lui faudrait veiller cette nuit-là.
On était aux derniers jours d’août 1870. La campagne, solitaire d’habitude, paraissait habitée. Çà et là, une pointe d’acier, le poli d’un casque scintillaient aux rayons d’un foyer invisible.
Comme la vieilli Catherine allait mettre la barre sur la porte avant de monter dans sa chambre, il y eut un grand bruit sur le pavé de la cour où sonnaient les éperons et cliquetaient les sabres, puis, brusquement, le battant fut jeté en dedans sous la pression d’un corps humain que deux autres hommes poussaient devant eux.
François, qui sont ceux-là ? demanda Catherine tremblante en aidant le malheureux à se relever.
Mais l’autre était déjà debout, brandissant à bout
de bras un énorme chenet qu’il maniait sans efforts apparents.
— Qui sont ceux-là ! murmura-t-il ; les misérables ! des uhlans de Prusse, parbleu ! »
Extrait de : P. Féval. « Nouvelles. »
Madame Pistache par Paul Féval

Fiche de Madame Pistache
Titre : Madame Pistache
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1856
Editeur : BnF
Première page de Madame Pistache
« Les nuages couraient turbulents et sombres. Une bande d’azur pâle restait à l’horizon, sous le vent ; une bande bien étroite, que les grandes nuées voyageuses attaquaient déjà de leur estompe lourde. Ce n’était pas un ciel d’orage, c’était cette cohue de vapeurs qui roule et se mêle sur nos têtes aux méchants jours d’octobre, montrant et cachant tour à tour, par des trous qui s’ouvrent, qui se bouchent, qui se rouvrent pour se fermer encore, le bleu sévère du firmament sans soleil.
Les toits rougeâtres d’Aix-la-Chapelle, la vieille ville de Charlemagne, qui retrouve tous les ans un os de son empereur, ruisselaient de pluie ; les pavés pointus scintillaient au jour clair et faux des matinées pluvieuses ; toute cette eau répandue reflétait une lumière qui blessait l’œil et semblait venir d’en bas.
C’était de grand matin, vers six heures et demie ; le déluge effrayait les buveurs d’eau sulfureuse qui devancent le crépuscule, d’ordinaire, et viennent demander la santé à cette naïade, pourvue d’une haleine formidable, qui alimente la fontaine Élise. »
Extrait de : P. Féval. « Madame Pistache. »
Les romans enfantins par Paul Féval
Fiche de Les romans enfantins
Titre : Les romans enfantins
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1894
Editeur : BnF
Sommaire de Les romans enfantins
- Les belles de nuit
- Les trois hommes rouges
- Un mystère de Paris
Première page de Les belles de nuit
« A GEORGETTE
LA LÉGENDE
Je ne vous connais pas, Georgette, mon cher ange, bien que votre père soit mon meilleur et mon plus vieil ami. Vous êtes une fille du Midi ; écoutez une histoire de cette Bretagne qui fut le berceau de vos aïeux.
Le château de Penhoël était une très vieille maison, d’apparence mélancolique, qui comptait vingt et une fenêtres de rang à chaque étage de sa façade et qui dressait ses girouettes plaintives au-dessus des grands chênes de la forêt du Theil, là-bas, entre la Lande-Triste et les marais de Saint-Vincent, sur les confins du Morbihan et l’Ille-et-Vilaine.
L’avenue droite et large menait ses six rangées de châtaigniers jusqu’à la route de Redon à la Gacilly, et deux rideaux de sapins, accompagnant
le château comme deux ailes déployées, donnaient à sa physionomie je ne sais quelle expression sépulcrale. »
Extrait de : P. Féval. « Les Romans enfantins. »
Les errants de la nuit par Paul Féval

Fiche de Les errants de la nuit
Titre : Les errants de la nuit
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1880
Editeur : BnF
Première page de Les errants de la nuit
« Ce sont des paysages magnifiques et variés à l’infini : de grandes forêts, des rivières, des montagnes. Cela s’appelle les Ardennes ; c’est plein de souvenirs. Et nul ne saurait dire pourquoi la poésie s’est retirée de ces admirables campagnes.
Est-ce l’odeur des moulins à foulons, ou la fumée noire des cheminées de la fabrique ? Cette charmante rivière, la Meuse, coule tout doucement et sans jamais faire de folies parmi les belles prairies un peu fades. On voit bien déjà qu’elle est prédestinée à baigner les fanges grasses de la pacifique Hollande.
Ce n’est pas la Loire, celle-là, riante aussi, mais si fière ! Ce n’est pas le Rhône, ce dieu fougueux ! Ce n’est pas la Seine, l’élégante, la française, qui baigne tant de palais et tant de cathédrales !
C’est bien la France encore, mais une France à part. La poésie n’est pas là comme en d’autres campagnes de notre pays, moins pittoresques, assurément, ni comme en d’autres villes moins riches. Le caractère manque ici parce que la ville a envahi la campagne, et la campagne la ville par la porte de la fabrique. »
Extrait de : P. Féval. « Les Errants de la nuit. »
Les amours de Paris – Tome VI par Paul Féval

Fiche de Les amours de Paris – Tome VI
Titre : Les amours de Paris – Tome VI
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1845
Editeur : BnF
Première page de Les amours de Paris – Tome VI
« Le parti de Du Chesnel était pris définitivement désormais.
Il s’était marié dans un but ; il fallait que ce but fût rempli.
Qu’importait l’amour étourdi qui était venu imprudemment se jeter à la traverse de ses desseins ?…
Charlotte était belle : tant mieux ; c’est pour cela qu’il l’avait prise…
Mais cette beauté, au demeurant, ce n’était point pour lui qu’il l’avait acquise ; c’était un instrument, un levier, un moyen. – Du Chesnel, revenu à la sagesse, se reprochait presque d’avoir été prodigue, et d’avoir mangé son blé en herbe, comme Panurge.
Il avait un lingot d’or. Il s’était amusé à le contempler, au lieu de le faire monnayer et de le placer à bons intérêts…
C’était gaspiller follement un capital.
Heureusement il était temps encore. Avec l’aide de l’excellent Durandin, on pouvait réparer les heures perdues. Il ne fallait qu’un petit effort pour vaincre les premières nausées et avaler la coupe d’un trait.
Hélas ! la pauvre Charlotte ne se doutait guère de la conspiration ourdie contre elle. Elle aimait son mari et elle avait confiance en lui. »
Extrait de : P. Féval. « Les Amours de Paris Tome VI. »
Les amours de Paris – Tome V par Paul Féval

Fiche de Les amours de Paris – Tome V
Titre : Les amours de Paris – Tome V
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1845
Editeur : BnF
Première page de Les amours de Paris – Tome V
« Nous sommes au lendemain du duel de la butte Saint-Chaumont.
Nous entrons au n° 4 de la rue Castiglione, chez madame la baronne de Roye, – cette belle baronne dont le docteur Josépin parlait à Roby l’autre soir avec tant d’emphase à l’Opéra.
Cette belle baronne, veuve après douze heures de mariage, qui était la protectrice de Josépin, la protectrice de l’avoué Durandin, et dont nous avons vu le nom compromis dans cette même conversation des deux amis à l’Opéra, durant le deuxième acte de Moïse, avec les noms de Du Chesnel et de Denisart.
C’était sans doute le boudoir de madame la baronne.
Une tenture de soie bleue descendait du plafond sculpté, encadrant les grandes glaces et amollissant l’éclat trop vif du jour extérieur, qui se jouait, avant d’entrer, parmi les plis affaissés et les larges broderies des rideaux de mousseline des Indes. »
Extrait de : P. Féval. « Les Amours de Paris – Tome V. »
Les amours de Paris – Tome III par Paul Féval

Fiche de Les amours de Paris – Tome III
Titre : Les amours de Paris – Tome III
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1845
Editeur : BnF
Première page de Les amours de Paris – Tome III
« Que de prologues romanesques dans la vie commune, et combien peu de dénouements ! Nous mettons tous en action, chaque heure de chaque jour, le proverbe éternel : L’homme propose et Dieu dispose.
Aux premières pages de ce livre, nous avons vu cinq hommes réunis pour signer un pacte qui devait enchaîner pour eux la fortune. Ils devaient exploiter en commun ce sillon banal, l’amour, qui est, en notre siècle marchand, une valeur matériellement escomptable.
Car don Juan, de nos jours, n’est plus cette âme immense dont le blasphème étonne, dont les témérités sublimes excitent autant l’admiration que l’horreur. – Don Juan, chez nous, aime pour parvenir. Chacun de ses soupirs pèse tant de billets de banque ou tant de gros sous, suivant sa position sociale. Il séduit avec méthode, avec art, comme d’autres manient dextrement le monseigneur et la pince du casseur de serrures. – C’est un filou, que notre don Juan, un maraud, un misérable capable de briser un cœur pour une augmentation d’appointements, capable d’adorer à genoux une idole de soixante ans, si elle est dorée, – capable de vendre sa femme pour une médaille de bronze à l’exposition des produits de l’industrie nationale… »
Extrait de : P. Féval. « Les Amours de Paris – Tome III. »
Les amours de Paris – Tome II par Paul Féval

Fiche de Les amours de Paris – Tome II
Titre : Les amours de Paris – Tome II
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1843
Editeur : BnF
Première page de Les amours de Paris – Tome II
« Les provinciaux et une très grande quantité de Parisiens regardent le Marais comme un quartier exclusivement ridicule. On s’est tant moqué du Marais ! C’est un pays de portiers, de rentiers, d’employés à la Monnaie ou au Mont-de-Piété, de petits commerçants honnêtes, mais pillards, de marchands de vins admis à la retraite, – en un mot, de toute cette portion du genre humain que notre siècle écrase sous la foudroyante dénomination d’épiciers.
Vaudevillistes et romanciers font depuis trente ans assaut d’esprit douteux et ressassent, contre le Marais, trois ou quatre douzaines de plaisanteries faisandées. – Il y a surtout cet intrépide bataillon de porte-plumes dont la spécialité est le roman populaire, ainsi nommé parce qu’il se moque du peuple effrontément et lui fait un cours complet de français de barrières. Ce gai troupeau s’acharne sur le Marais ; il le dévore pièce à pièce pour la plus grande joie des grisettes du reste de la ville ; il le drape si bel et si bien, que nul cocher de citadine ne peut entrer dans la rue Saint-Louis sans se comparer avec orgueil, lui et ses rosses, aux stupides bourgeois qui l’entourent. »
Extrait de : P. Féval. « Les Amours de Paris – Tome II. »
Les amours de Paris – Tome I par Paul Féval

Fiche de Les amours de Paris – Tome I
Titre : Les amours de Paris – Tome I
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1845
Editeur : BnF
Première page de Les amours de Paris – Tome I
« Notre histoire commence le dernier jour de ce fameux carnaval de 1826 dont tous les viveurs parisiens ont gardé souvenir.
Il était cinq heures du soir. La nuit venait de tomber. Le jardin du Palais-Royal présentait un coup d’œil féerique. C’était un bruit assourdissant, un mouvement fiévreux, un lumineux pêle-mêle dont rien ne saurait rendre l’effet saisissant et bizarre.
Tous les étages des galeries, occupées presque exclusivement par les salons de jeu, les cafés, les restaurants et ces asiles luxueux dont le nom ne peut point s’écrire, étaient illuminés brillamment. Malgré le froid vif et piquant, la plupart des fenêtres demeuraient ouvertes et livraient passage à mille têtes curieuses, dont les regards plongeaient sur ce resplendissant parallélogramme où pas une place ne restait vide et qui ressemblait à une gigantesque salle de bal.
Cette nuit de folie s’inaugurait dignement. Il y avait dans l’air un vent de gaîté vive. Partout les figures souriaient. Rien ne faisait ombre à la fête, et les plus minces croisées envoyaient leur part de bruit et de rayons à ce foyer de joie, de fracas ; de lumière. »
Extrait de : P. Féval. « Les Amours de Paris – Tome I. »
Le poisson d’or par Paul Féval
Fiche de Le poisson d’or
Titre : Le poisson d’or
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1878
Editeur : BnF
Première page de Le poisson d’or
« J’ai déjà raconté bien des histoires qui venaient du salon de la Marquise. Elles ont obtenu un certain succès, cela m’encourage. Quelques semaines après la fameuse soirée où sir Walter Scott raconta La Garde noire, ce fut un ministre qui prit la parole.
En ce temps-là, les ministres n’étaient pas « tout le monde. » L’histoire parlera de celui-ci un petit peu, dans un petit coin.
Il avait l’honneur d’être Breton et avocat comme Saint-Yves.
C’était une figure carrée, souriante, quelque peu narquoise, sur un cou gras et trop court. Les intonations de sa voix rappelaient un peu le chant de certains oiseaux aquatiques, qualité de sons fort répandue dans le département d’Ille-et-Vilaine et qui étonna Rome par l’organe de Scipion Nasica. Le mot distinction, dont on fait un abus si cruel dans les salons situés derrière les boutiques, ne pouvait point lui être appliqué. Vous l’eussiez pris pour un riverain des Danubes de Normandie, ou pour un procureur angevin osant son premier voyage de Paris. »
Extrait de : P. Féval. « Le Poisson d’or. »