Étiquette : BnF
Le paradis des femmes par Paul Féval
Fiche de Le paradis des femmes
Titre : Le paradis des femmes
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1873
Editeur : BnF
Première page de Le paradis des femmes
« On ne naît pas à Paris, on y vit et on y meurt. Les médecins prétendent qu’on chercherait en vain un Parisien de la quatrième génération ; ceux de la troisième sont déjà très-rares et fort laids. Une répartie célèbre d’Alexandre Dumas a mis en lumière ce fait scientifique que les ancêtres des nègres étaient des orang-outangs ; je pense bien que les petits-neveux des Parisiens deviennent singes. Voilà pourquoi ou perd leurs traces.
Paris est une fournaise, de même que la vie est un fleuve et l’or une chimère. Ces vérités de haute volée ne se démontrent pas. Qu’arriverait-il d’une fournaise où l’on ne jetterait pas incessamment des bûches ? Paris s’éteindrait si nous n’étions venus de bien loin, tous tant que nous sommes, nous consumer à son foyer ardent.
Nous sommes venus comme ce pauvre bois flotté qui descend à la Seine par l’Yonne ou par la Marne : du bois vif et tout jeune. »
Extrait de : P. Féval. « Le Paradis des femmes. »
Le mendiant noir par Paul Féval
Fiche de Le mendiant noir
Titre : Le mendiant noir
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1879
Editeur : BnF
Première page de Le mendiant noir
« En 1817, vers le milieu de l’automne, au premier étage d’une maison située place Saint-Germain-des-Prés entre le portail et la rue de l’Abbaye, deux jeunes gens, accoudés sur le balcon, musaient et causaient. La magnifique église était encore embarrassée de constructions diverses et bien des années devaient passer avant que la restauration en fut seulement projetée.
C’était un dimanche. Le cadran du clocher marquait la demie après quatre heures.
Nos deux jeunes gens attendaient sans doute la fin des vêpres, pour passer en revue les fidèles qui allaient sortir de l’église, car l’éloquent et fameux père Rozan, des Missions de France, prêchait. Il y avait foule.
Tous deux étaient grands et beaux, mais leurs physionomies formaient un plein contraste. Le plus âgé, dont le brun visage avait une expression d’insouciance singulière mêlée d’irréflexion et de vaniteux orgueil, semblait déjà près d’atteindre cette époque incertaine qui sert d’extrême frontière entre la jeunesse et l’âge mûr. »
Extrait de : P. Féval. « Le Mendiant noir. »
Le loup blanc par Paul Féval
Fiche de Le loup blanc
Titre : Le loup blanc
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1883
Editeur : BnF
Première page de Le loup blanc
« Il n’y a pas encore bien longtemps, le voyageur qui allait de Paris à Brest, de la capitale du royaume à la première de nos cités maritimes, s’endormait et s’éveillait deux fois, bercé par les cahots de la diligence, avant d’apercevoir les maigres moissons, les pommiers trapus et les chênes ébranchés de la pauvre Bretagne. Il s’éveillait la première fois dans les fertiles plaines du Perche, tout près de la Beauce, ce paradis des négociants en farine : il se rendormait poursuivi par l’aigrelet parfum du cidre de l’Orne et par le patois nasillard des naturels de la Basse-Normandie. Le lendemain matin, le paysage avait changé ; c’était Vitré, la gothique momie, qui penche ses maisons noires et les ruines chevelues de son château sur la pente raide de sa colline ; c’était l’échiquier de prairies plantées çà et là de saules et d’oseraies où la Vilaine plie et replie en mille détours son étroit ruban d’azur. Le ciel, bleu la veille, était devenu gris ; l’horizon avait perdu son ampleur, l’air avait pris une saveur humide. Au loin, sur la droite, derrière une série de monticules arides et couverts de genêts, on apercevait une ligne noire. C’était la forêt de Rennes. »
Extrait de : P. Féval. « Le Loup blanc. »
La cavalière par Paul Féval

Fiche de La cavalière
Titre : La cavalière
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1881
Editeur : BnF
Première page de La cavalière
« Piètre Gadoche s’était trompé quelque peu dans ses calculs, ce qui arrive, dit-on, aux mathématiciens les plus habiles. Tout ne va pas, en ce monde, sur des roulettes, même les coquineries les mieux montées. Piètre Gadoche avait voulu faire sortir de Paris, où la bataille décisive était impossible, le chevalier de Saint-Georges, et il avait réussi ; mais, cinq jours après la promenade militaire effectuée de l’hôtel de Lauzan à la ville qui fut le berceau de Marguerite de Navarre et de Louis XIV, le chevalier de Saint-Georges était encore à Saint-Germain-en-Laye.
Le prétendant était retenu là, non plus par la nécessité, mais par le charme qu’il éprouvait à voir réunies lady Mary Stuart de Rothsay et sa mère, ses deux amours. Longtemps après, à Rome, quand il regardait des hauteurs du Vatican le lointain de sa jeunesse, il déclara bien souvent que cette semaine perdue à Saint-Germain représentait les plus heureux jours de sa vie.
Piètre Gadoche, dans sa sagesse, avait décidé que le dénoûment de cette royale tragi-comédie devait avoir lieu à Nonancourt. Peut-être, en cela, se trompait-il encore. »
Extrait de : P. Féval. « La Cavaliere. »
Douze femmes par Paul Féval

Fiche de Douze femmes
Titre : Douze femmes
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1878
Editeur : BnF
Sommaire de Douze femmes
- Eve
- Gaïte
- Fleur des batailles
- Francine
- Marina
- Mariole
- Clémentine
- Claire
- Miss Anna
- Ernestine Quesnot
- Mademoiselle de Presmes
- Juliette
Première page de Eve
« PREMIÈRE LETTRE
Robert à Charles
Depuis quelques jours je remets sans cesse à vous écrire. J’attendais le dénouement d’une romanesque aventure dont je suis le héros, pour vous la raconter en détail. Le dénouement est venu ; je n’ai pas lieu d’en être très fier : néanmoins je ne m’en plains pas. Il m’est arrivé, comme à tous, et vous le savez mieux que personne, vous dont j’ai fatigué la patiente amitié à force de confidences, il m’est arrivé de subir en amour de cruels désappointements. Leur souvenir est resté vif en moi ; quand j’y songe, j’éprouve encore une sorte de ressentiment mêlé de dépit, de honte et de souffrance : la mémoire est si fidèle à garder ouvert son livre aux pages qu’on voudrait en arracher ! Mais cette fois ma chute a été si doucement ménagée, j’ai trouvé à ma déconvenue une si aimable consolation, que, en définitive, le dépit a eu tort. »
Extrait de : P. Féval. « Douze femmes. »
Corbeille d’histoires par Paul Féval
Fiche de Corbeille d’histoires
Titre : Corbeille d’histoires
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1880
Editeur : BnF
Première page de Corbeille d’histoires
« On se rend au Mont-Saint-Michel par la ligne de Paris à Brest en faisant coude à Vitré, respectable petite ville bretonne que madame la marquise de Sévigné a illustrée rien qu’en y venant toucher les fermages de sa terre des Rochers. Vous figurez-vous la cataracte d’épithètes étonnées qui eût jailli de sa plume si, au lieu d’apprendre seulement la tardive folie de Mademoiselle, Sévigné avait vu un jour, de ses yeux, passer sous sa fenêtre, en foudre, ce monstrueux dragon qui s’appelle un train express, et respiré la noire haleine qu’il vomit, et entendu le terrible râle de ses poumons ? Le bel étang de Paintourteau, qui baignait les domaines de la tout aimable marquise, mis à sec et rempli d’adjectifs, n’aurait point fourni de quoi peindre, cette fois, ses légitimes stupeurs. »
Extrait de : P. Féval. « Corbeille d’histoires. »
Voyage en Espagne par Théophile Gautier

Fiche de Voyage en Espagne
Titre : Voyage en Espagne
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1881
Editeur : BnF
Première page de Voyage en Espagne
« Il y a quelques semaines (avril 1840), j’avais laissé tomber négligemment cette phrase : « J’irais volontiers en Espagne ! » Au bout de cinq ou six jours, mes amis avaient ôté le prudent conditionnel dont j’avais mitigé mon désir et répétaient à qui voulait l’entendre que j’allais faire un voyage en Espagne. À cette formule positive succéda l’interrogation : « Quand partez-vous ? » Je répondis, sans savoir à quoi je m’engageais : « Dans huit jours. » Les huit jours passés, les gens manifestaient un vif étonnement de me voir encore à Paris. « Je vous croyais à Madrid, disait l’un. – Êtes-vous revenu ? » demandait l’autre. Je compris alors que je devais à mes amis une absence de plusieurs mois, et qu’il fallait acquitter cette dette au plus vite, sous peine d’être harcelé sans répit par ces créanciers officieux ; le foyer des théâtres, les divers asphaltes et bitumes élastiques des boulevards m’étaient interdits jusqu’à nouvel ordre : tout ce que je pus obtenir fut un délai de trois ou quatre jours, et le 5 mai je commençai à débarrasser ma patrie de ma présence importune, en grimpant dans la voiture de Bordeaux. »
Extrait de : T. Gautier. « Voyage en Espagne. »
Tableaux de siège par Théophile Gautier
Fiche de Tableaux de siège
Titre : Tableaux de siège
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1871
Editeur : BnF
Première page de Tableaux de siège
« UNE NOUVELLE MADONE
LA STATUE DE STRASBOURG
Septembre 1870.
Quand on traverse la place de la Concorde, qu’animent les évolutions et le passage des troupes, l’œil est attiré par un groupe qui se renouvelle sans cesse aux pieds de la statue représentant la ville de Strasbourg. Majestueusement, du haut de son socle, comme du haut d’un autel, elle domine la foule prosternée ; une nouvelle dévotion s’est fondée, et celle-là n’aura pas de dissident ; la sainte statue est parée comme une Madone, et jamais la ferveur catholique n’a couvert de plus d’ornements une image sacrée. Ce ne sont pas, il est vrai, des robes ramagées de perles, des auréoles constellées de diamants, des manteaux dè brocart d’or brodés de rubis et de saphirs comme en porte la Vierge de Tolède, mais des drapeaux tricolores lui composent une sorte de tunique guerrière qui semble rayée par les filets d’un sang pur. »
Extrait de : T. Gautier. « Tableaux de siège. »
Spirite par Théophile Gautier
Fiche de Spirite
Titre : Spirite
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1866
Editeur : BnF
Première page de Spirite
« Guy de Malivert était étendu, assis presque sur les épaules, dans un excellent fauteuil près de sa cheminée, où flambait un bon feu. Il semblait avoir pris ses dispositions pour passer chez lui une de ces soirées tranquilles dont la fatigue des joies mondaines fait parfois un plaisir et une nécessité aux jeunes gens à la mode. Un saute-en-barque de velours noir agrémenté de soutaches en soie de même couleur, une chemise de foulard, un pantalon à pied de flanelle rouge, de larges pantoufles du Maroc où dansait son pied nerveux et cambré, composaient son costume, dont la confortabilité n’excluait pas l’élégance. Le corps débarrassé de toute pression incommode, à l’aise dans ces vêtements moelleux et souples, Guy de Malivert, qui avait fait à la maison un dîner d’une simplicité savante, égayé de deux ou trois verres d’un grand vin de Bordeaux retour de l’Inde, éprouvait cette sorte de béatitude physique, résultat de l’accord parfait des organes. Il était heureux sans qu’il lui fût arrivé aucun bonheur. »
Extrait de : T. Gautier. « Spirite. »
Souvenirs de théâtre, d’art et de critique par Théophile Gautier
Fiche de Souvenirs de théâtre, d’art et de critique
Titre : Souvenirs de théâtre, d’art et de critique
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1904
Editeur : BnF
Première page de Souvenirs de théâtre, d’art et de critique
« STATISTIQUE INDUSTRIELLE DU DÉPARTEMENT DE L’AIN
Ce département comprend les pays de Bresse, Bugey, Valromey, Gex et la principauté de Dombes. Au temps des Romains, ces différentes provinces faisaient partie de la première Lyonnaise ; plus tard elles furent enclavées dans le royaume de Bourgogne. Sa superficie est de cinq cent quatre-vingt-quatre mille huit cent vingt-deux arpents métriques ; sa population est de trois cent quarante-six mille vingt-six âmes. Le Jura lui sert de borne à l’endroit du nord ; à l’est, la Suisse et la Savoie dressent leurs pics neigeux et leurs glaciers éternels. Le Rhône, sorti tout grondant du lac de Genève, court au sud, le baigne par un côté et le sépare de l’Isère. Il s’épaule à l’ouest sur les départements du Rhône et de Saône-et-Loire. Il touche par trois faces à la France et par une à l’étranger ; il n’a qu’à tendre la main par-dessus
la frontière pour prendre et donner. »
Extrait de : T. Gautier. « Souvenirs de théâtre, d’art et de critique. »