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Le filon de Gérard par André Laurie

Fiche de Le filon de Gérard

Titre : Le filon de Gérard
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1901
Editeur : BnF

Première page de Le filon de Gérard

« Nous sommes au Transvaal, près Kleindorp, dans la villa Massey, — une villa de bois, entourée d’un grand jardin ombreux. Toute la famille vient de s’asseoir sous un berceau de jasmin, pour le repas de midi.
Il serait difficile d’imaginer plus aimable tableau ; M. Massey, le chef de la famille, entouré de ses trois enfants, Henri, Colette et Gérard ; auprès de Mme Massey, toujours belle sous sa couronne de cheveux blancs, se niche une fillette de quatorze ans, Lina Weber, aux grands yeux bleus myopes, aux lourdes nattes blondes. Le père de Lina, M. Weber, est assis à la droite de la maîtresse de la maison, et, conformément à son incurable habitude, absorbé dans quelque rêve scientifique, il oublie la côtelette qui se figo devant lui. Le docteur Lhomond l’interpelle gaiement :
« Hé !… Weber !… Toujours dans les nuages ! Songez donc à la bête, de grâce !… Vous savez bien que, si quelqu’un tombe malade dans la colonie, c’est moi qui suis responsable !… »

Extrait de : A. Laurie. « Le Filon de Gérard. »

Le chef au bracelet d’or par André Laurie et Thomas Mayne Reid

Fiche de Le chef au bracelet d’or

Titre : Le chef au bracelet d’or
Auteur : André Laurie et Thomas Mayne Reid
Date de parution : 1882
Editeur : BnF

Première page de Le chef au bracelet d’or

« C’est l’heure de la garde montante à l’École militaire de West-Point, par une belle matinée de juin.
Les élèves ou cadets, en uniforme gris, rangés en ligne et silencieux, regardent droit devant eux, à la distance réglementaire de quinze pas, tandis qu’un officier à la taille de guêpe les passe en revue.
L’un après l’autre, ils présentent leur fusil à l’inspecteur, à mesure qu’il avance sur la ligne, et celui ci, saisissant l’arme d’un mouvement brusque, l’examine avec des yeux furibonds. Quand il la rend à l’élève, on pourrait croire, à sa mine féroce, qu’il a quelque envie de la lui jeter à la tête.
A première vue, toutes ces tailles élancées et ces boutons étincelants au soleil semblent appartenir à un type unique.
Immobiles et impassibles, ces figures imberbes paraissent n’avoir pour but que d’effacer leur individualité. Pourtant, en les examinant plus attentivement, on remarque des différences parmi ces officiers de demain.
Les uns ont des cheveux foncés, les autres des cheveux blonds. Celui-ci est petit, celui-là est grand. Les yeux de l’un rayonnent d’intelligence, ceux de l’autre sont ternes et sans expression. »

Extrait de : A. Laurie et T.M Reid. « Le Chef au bracelet d’or. »

La vie de collège par André Laurie

Fiche de La vie de collège

Titre : La vie de collège dans tous les temps et dans tous les pays – l’écolier d’Athènes
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1896
Editeur : BnF

Première page de La vie de collège

« Nous sommes à la troisième année de la 112e Olympiade1. Deux jeunes garçons de onze à treize ans suivent les rues tortueuses de Pella, en Macédoine, accompagnés de leur précepteur ou « pédagogue » ; celui-ci chargé de manuscrits, d’instruments de musique et boitant visiblement ; ceux-là gambadant à ses côtés.

« Par ici, Proas ! dit Perdiccas, l’aîné, d’une voix impérieuse en tirant le maître par sa tunique ou chiton. Tu sais bien que nous voulons suivre la grande route !…

– La grande route ! objecta le précepteur. Nous nous éloignons de la maison ! Cela nous fait une demi-heure de chemin supplémentaire. À quoi bon, mes enfants ?

– Nous voudrions aller voir le portrait d’Alexandre, expliqua Amyntas, le plus jeune des deux élèves.

– Oui, nous voulons entrer au palais et voir le portrait, comme tout le monde, » dit péremptoirement le frère aîné. »

Extrait de : A. Laurie. « La Vie de collège dans tous les temps et dans tous les pays – L’Écolier d’Athènes. »

L’héritier de Robinson par André Laurie

Fiche de L’héritier de Robinson

Titre : L’héritier de Robinson
Auteur : André Laurie
Date de parution : 1884
Editeur : BnF

Première page de L’héritier de Robinson

«  Une lettre, Monsieur… Je ne sais pas d’où elle vient… »

Le valet de chambre présentait la lettre sur un plateau, ou, pour mieux dire, il tenait un plateau de la main gauche, et tournait, retournait, soupesait de la main droite une missive volumineuse chargée de timbres et d’aspect exotique.

Mais son maître était bien trop engagé dans sa discussion pour remarquer l’incident.

« Il vaut mieux aller en Angleterre et visiter Birmingham, Manchester, Leeds, tous les grands ateliers que tu désires connaître, disait-il à son fils.

– Bon ! je trouverai toujours le temps de faire ce voyage, répliquait celui-ci. Et vous, mon père, vous serez si content de voir Naples, Florence, les nouvelles fouilles de Rome !… Allons plutôt en Italie… »

On était en juillet, et il s’agissait de décider la grosse question du voyage de vacances. M. Benjamin Gloaguen et son fils Paul-Louis déjeunaient tête à tête. C’était leur habitude constante, depuis que l’un avait commencé ses études à l’École centrale des arts et manufactures, et que l’autre, pour ne pas se séparer de lui, avait transporté ses pénates de Nantes à Paris, dans un spacieux appartement de la place des Vosges. »

Extrait de : A. Laurie. « L’Héritier de Robinson. »

Le Japon inconnu par Lafcadio Hearn

Fiche de Le Japon inconnu

Titre : Le Japon inconnu
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1904
Traduction : L. Raynal
Editeur : BnF

Première page de Le Japon inconnu

« On affirme assez généralement que la nature des peuples orientaux est plus profondément sérieuse que celle des occidentaux ; c’est du moins la conviction de ceux qui se contentent des opinions qu’ils ont puisées dans les romans. D’autres esprits, plus réfléchis, estiment, au contraire, que les conditions de la vie moderne ont amené les nations occidentales à un degré de gravité supérieur à celui des peuples d’Orient.
Il est aventureux et trop simple d’expliquer par des raisons aussi sommaires les différences qui séparent l’Extrême-Orient et l’Europe, et qui font entre ces deux moitiés de l’humanité
un antagonisme peut-être irréductible. Le mieux est d’étudier ce malentendu profond dans l’un des contrastes caractéristiques que nous offrent les Japonais et les Anglais.
Ce serait un lieu commun de rappeler l’extrême gravité britannique : gravité non seulement extérieure, mais profonde, qui constitue, pour ainsi dire, le caractère distinctif de la race ; c’en serait un autre de répéter les opinions courantes sur l’insouciance du peuple japonais, qui serait bien le plus heureux du monde civilisé, s’il était vrai que le bonheur fût le prix de l’insouciance. »

Extrait de : L. Hearn. « Le Japon inconnu. »

Kotto par Lafcadio Hearn

Fiche de Kotto

Titre : Kotto
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1912
Traduction : J. de Smet
Editeur : BnF

Sommaire de Kotto

  • Vieilles histoires
  • Le journal d’une femme
  • Heiké-Gani
  • Lucioles
  • Une goutte de rosée
  • Gaki
  • Affaire d’habitude
  • Rêverie
  • Un cas pathologique
  • Au coeur de la nuit
  • Kusa-Hibari
  • Le mangeur de rêves

Première page de Vieilles histoires – La légende du Yurei-Daki

« Non loin du village de Kurosaka, dans la province de Koki, se trouve une chute d’eau que l’on nomme le Yurei-Daki ou cascade des esprits. J’ignore pour quel motif on l’appelle ainsi. Au pied de la chute se trouve un petit sanctuaire Shinto consacré à la divinité locale, que les gens du peuple désignent sous le nom de Taki-Daïmyojin, et devant l’autel on voit un tronc de petite dimension, ou Saïsen bako, destiné à recevoir les offrandes des fidèles. Et l’on raconte une histoire relative à ce tronc aux offrandes.
Il y a trente-cinq ans, un soir d’hiver, par un temps glacial, les femmes et les jeunes filles employées en qualité d’ouvrières dans une Asa-toriba ou filature de chanvre, de Kurosaka se réunirent, quand leur besogne journalière fut terminée, autour
du grand brasier de l’atelier. Elles s’amusèrent à se raconter des histoires de revenants. Elles en avaient entendu une douzaine déjà et la plupart d’entre elles commençaient à se sentir assez mal à l’aise, quand une jeune fille, sans doute pour aviver encore le plaisir de la peur, s’écria :

 — Oh ! l’idée d’aller cette nuit, toute seule, au Yurei-Daki ! Ce qui provoqua un cri de frayeur unanime, suivi de rires nerveux…
 — Je donnerais à celle qui irait tout le chanvre que j’ai filé aujourd’hui, dit une ouvrière d’un ton moqueur. »

Extrait de : L. Hearn. « Kotto. »

Contes extraordinaires par Edgar Allan Poe

Fiche de Contes extraordinaires

Titre : Contes extraordinaires
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1888
Traduction :
Editeur : Bnf

Sommaire de Contes extraordinaires

  • Le scarabée d’or
  • Le puits et le pendule
  • Le portrait ovale
  • La lettre volée
  • Le chat noir
  • Double assassinat dans la rue Morgue
  • Hop-frog
  • La vérité sur le cas de M. Valdemar
  • Le corbeau

Première page de Le scarabée d’or

« Je nouai relation, il y a quelques années, avec un certain William Legrand. D’une bonne et ancienne famille protestante, il avait été riche jadis, mais des malheurs réitérés l’avaient réduit à la misère. Pour se soustraire à l’humiliation de ses revers, il abandonna la Nouvelle-Orléans, sa ville natale, et vint habiter l’île de Sullivan, près Charleston, dans la Caroline du Sud.
Cette île est fort bizarre. Elle a trois milles de long et n’est composée que de sable de mer, sa
largeur ne dépasse pas un quart de mille. Une crique, presque invisible, qui filtre au travers de roseaux peuplés d’oiseaux aquatiques, la sépare du continent. C’est une végétation faible et chétive ; on n’y rencontre pas un gros arbre. A l’extrémité occidentale, près du fort Moultrie, au milieu de constructions en bois, habitées l’été par des gens qui fuient les fièvres de Charleston, le palmier nain sétigère donne un peu d’ombre, c’est tout. Des broussailles de myrte couvrent le reste de l’île, et la transforment en un taillis parfumé, presque impénétrable. »

Extrait de : E. A. Poe. « Contes extraordinaires. »

Contes grotesques par Edgar Allan Poe

Fiche de Contes grotesques

Titre : Contes grotesques
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1882
Traduction : E. Hennequin
Editeur : Bnf

Sommaire de Contes grotesques

  • Contes grotesques
    • L’inhumation prématurée
    • L’homme sans souffle
    • Une mystification
    • Le philosophe bon-bon
    • La découverte de von Kempelen
    • Un entrefilet aux X
    • La caisse oblongue
    • Ne pariez jamais votre tête au diable
    • Le journal de Julius Rodman
  • Marginalia

Première page de L’inhumation prématurée

« Il est certains sujets portant en eux un intérêt poignant, mais qui causent trop d’horreur pour qu’on puisse légitimement les traiter dans une fiction. Les romanciers, s’ils ne veulent offenser ou dégoûter le lecteur, doivent éviter de les mettre en œuvre. On ne peut y toucher que sanctionné et soutenu par la majesté du vrai. Le passage de la Bérésina, le tremblement de terre de Lisbonne, la peste de Londres, le massacre de la Saint-Barthélemy, la mort des cent vingt-trois prisonniers étouffés dans le trou noir de Calcutta, nous font passer par la plus intense des souffrances voluptueuses. Mais c’est le fait, c’est la réalité historique qui nous émeuvent dans ces récits. Inventés de toutes pièces, nous les considérerions avec horreur.

Je viens de mentionner les plus augustes et les plus formidables calamités dont on se souvienne. Notre fantaisie y est impressionnée par la grandeur autant que par la nature de la catastrophe. Mais je n’ai pas besoin de rappeler au lecteur que, dans la liste longue et fatale des infortunes humaines, j’aurais pu choisir des exemples individuels plus saturés d’horreur, qu’aucun de ces vastes désastres. »

Extrait de : E. A. Poe. « Contes grotesques. »

Les idées morales du temps présent par Édouard Rod

Fiche de Les idées morales du temps présent

Titre : Les idées morales du temps présent
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1891
Editeur : BnF

Première page de Les idées morales du temps présent

« Il est difficile d’imaginer une contradiction plus frappante que celle qui existe entre les premiers écrits de M. Renan et ses derniers ouvrages : la distance est tout juste celle qui sépare une époque de belles rêveries, comme fut 1848, d’une époque de déceptions, comme est 1890, ou un dogmatisme passablement accentué d’un scepticisme aussi absolu qu’aimable ; et l’on peut se demander comment le poète, qui prête à son Prospéro de si gracieuses dissertations sur l’incertitude de la vertu, a pu sortir du jeune doctrinaire en rupture de ban avec l’Eglise, c’est vrai, mais qui parlait en émule de Guizot de la « base indubitable… où l’homme trouvera jusqu’à la fin des jours le point fixe de ses incertitudes ». Celui-là semble rèver, pour abri de sa vieillesse, une sorte d’abbaye de Thélème, où son renoncement s’ébattrait parmi les jeux folâtres de petits enfants, de filles et de garçons ; celui-ci disait tout simplement à ses contemporains : « Le bien, c’est le bien ; le mal, c’est le mal. » — On reconnaîtra que le chemin parcouru est assez long. »

Extrait de : E Rod. « Les Idées morales du temps présent. »

Le sens de la vie par Édouard Rod

Fiche de Le sens de la vie

Titre : Le sens de la vie
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1889
Editeur : BnF

Première page de Le sens de la vie

« Nous sommes las de l’Italie, des villes, des monuments historiques, des musées, des tombeaux et des églises, las des merveilles qu’on trouve marquées d’astérisques dans les guides, las d’être accaparés par les cicérone et sans cesse distraits de nous-mêmes par tout ce qu’il faut admirer. La fatigante chose que le génie de l’homme ! Il s’est consumé en efforts pour décorer ces cloîtres, pour peupler ces chapelles, pour garnir ces galeries où l’on a conservé le résidu de trois civilisations ; et après deux mois passés autour de ces chefs-d’œuvre, on trouve en somme que les plus sublimes d’entre eux ne valent pas la plus humble idée qui germe dans notre propre cerveau, le plus léger sentiment qui fait palpiter une minute notre propre cœur. Oui, ces statues, ces fresques, ces tableaux, tout figés qu’ils sont dans leur immortalité, sont morts bien réellement. Admirables tant qu’on voudra, inimitables, uniques : ils fatiguent pourtant, on les fuit, il y a mieux a faire qu’à lès contempler. »

Extrait de : E. Rod. « Le Sens de la vie. »