Étiquette : Bragelonne

 

L’appel de Cthulhu – Howard Phillips Lovecraft

Fiche de L’appel de Cthulhu

Titre : L’appel de Cthulhu
Auteur : Howard Phillips Lovecraft
Date de parution : 1932
Traduction : M. Le Dain
Editeur : Bragelonne

Première page de L’appel de Cthulhu

« I. L’abomination d’argile

La chose la plus miséricordieuse en ce bas monde est bien, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à mettre en relation tout ce qu’il contient. Nous habitons un paisible îlot d’ignorance cerné par de noirs océans d’infini, sur lesquels nous ne sommes pas appelés à voguer bien loin. Les sciences, chacune creusant laborieusement son propre sillon, nous ont jusqu’à présent épargnés ; mais un jour viendra où la conjonction de tout ce savoir disparate nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur la réalité et sur l’épouvantable place que nous y occupons que nous ne pourrons que sombrer dans la folie devant cette révélation, ou bien fuir la lumière pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres.

Les théosophes ont pressenti l’envergure grandiose et terrifiante du cycle cosmique au sein duquel notre monde et notre espèce ne sont rien de plus que d’éphémères incidents. Ils ont évoqué d’étranges rémanences en des termes qui nous glaceraient le sang s’ils n’étaient dissimulés par le voile terne de leur optimisme. »

Extrait de : H. P. Lovecraft. « L’Appel de Cthulhu. »

Tapisserie par Ange

Fiche de Tapisserie

Titre : Tapisserie
Auteur : Ange
Date de parution : 2005
Editeur : Bragelonne

Première page de Tapisserie

« Alexandre a quatre ans quand il voit la licorne. Il est assis par terre, dans le coin aux jouets de sa chambre, entre le lit et le bureau où Papa entrepose ses magazines autos… et d’autres, aussi, pleins de femmes sans soutien-gorge, dissimulés dans le tiroir du bas.

Alexandre a des petites voitures et des Lego, mais il ne joue pas. Alexandre ne joue jamais beaucoup ; il préfère regarder les carrés de la moquette. La moquette est bleue, les carrés sont blancs, et quand Alexandre les fixe longtemps, il a l’impression de voir les nuages filer dans le ciel.

La brise de juin soulève les rideaux de la fenêtre entrouverte. Alexandre entend un bruit. Il lève les yeux, les pupilles encore encombrées de nuages et il voit la licorne immobile à un mètre de lui.

Alexandre pense d’abord qu’elle n’est pas pour de vrai, que c’est une grosse peluche déposée par Maman dans sa chambre. Papa et Maman se sont disputés ce matin. Quand ils sont sortis du salon, Maman avait un bleu sur la joue et ses yeux étaient rouges. »

Extrait de : Ange. « Tapisserie. »

La mort d’Ayesha par Ange

Fiche de La mort d’Ayesha

Titre : La mort d’Ayesha (Tome 3 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2003
Editeur : Bragelonne

Première page de La mort d’Ayesha

« La petite fille regarda le cadavre tomber à côté d’elle sans réagir. C’était un homme aux cheveux bruns, un homme libre, mais les clients de l’auberge l’avaient tout de même tué : il avait fait l’erreur de dissimuler ses esclaves, le jour du Grand Sacrifice, pour tenter de les sauver.

Son épouse se mit à hurler comme une bête, puis tomba à genoux en sanglotant, mais un voisin la releva et la gifla si fort qu’un peu de sang coula de ses lèvres. Dans la salle de pierre creusée dans la falaise, le bruit était assourdissant. Des enfants hurlaient de peur au fond de la pièce, des hommes se battaient, des femmes s’accrochaient à leurs maigres bagages. L’aubergiste avait disparu depuis longtemps. Pas pour appeler la garde : ici, à Fonterault, petite ville à moitié troglodytique, collée au flanc ouest des pics, il n’y avait plus de gardes. La guerre, la peur, l’arrivée massive des réfugiés, la faim surtout avaient détruit toute structure, toute loi. Ils étaient des milliers à s’entasser dans cette ville qui, en temps de paix, abritait trois cents âmes… »

Extrait de : Ange. « La mort d’Ayesha – Les trois lunes de Tanjor. »

La flamme d’Harabec par Ange

Fiche de La flamme d’Harabec

Titre : La flamme d’Harabec (Tome 2 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2002
Editeur : Bragelonne

Première page de La flamme d’Harabec

« La ville était un piège de flammes.

Tout brûlait. Les trois tours de Sarsannes n’étaient plus qu’un immense brasier sur le ciel nocturne. Le palais du mayarash venait de s’écrouler à l’ouest, tandis que la fine flèche de pierre et de bois qui en ornait le toit, visible à dix lieues de la campagne avoisinante, s’était abattue sur les occupants qui tentaient de fuir l’enfer.

Fuir où, d’ailleurs ? La cité était encerclée et les assiégeants avaient ordre de ne laisser sortir personne. Ils allaient périr ici, tous, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, brûlés vifs dans leurs maisons tandis que les envahisseurs massacraient tous ceux qui tentaient de passer les murailles.

Arekh interrompit sa course en voyant le toit où il se préparait à sauter s’affaisser dans une fumée noire, et des volutes de feu s’élancer vers les étoiles comme si elles voulaient les lécher. La terrasse où il s’était réfugié était en pierre, elle tiendrait, du moins tant que le bâtiment tiendrait lui aussi… or les poutres de soutènement fumaient, et à l’intérieur, dans la salle à manger où s’étaient tenus tant de festins, les parquets de chêne et d’acajou flambaient déjà avec une joie contagieuse. »

Extrait de : Ange. « La flamme d’Harabec – Les trois lunes de Tanjor. »

Le peuple turquoise par Ange

Fiche de Le peuple turquoise

Titre : Le peuple turquoise (Tome 1 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2001
Editeur : Bragelonne

Première page de Le peuple turquoise

« La galère coulait lentement, comme à regret. Les membres d’équipage avaient été tués dès les premières minutes ; la bataille s’était ensuite éloignée vers la rive sud du lac, abandonnant le vaisseau et les prisonniers à leur sort.

L’eau avait envahi l’embarcation par petites vagues, l’une après l’autre, déséquilibrant la coque, jusqu’à ce que la galère décide de s’enfoncer par l’arrière. Le plus surprenant, avait pensé Arekh en contemplant le lac, c’était le calme. Les cris des officiers des autres vaisseaux, les hurlements des marins agonisants, le bruit des voiles ravagées par les flammes étaient maintenant très loin. Les vaisseaux de l’émir et de ses ennemis avaient disparu derrière une avancée rocheuse.

Là-bas, le massacre continuait, mais autour de la galère, l’eau était redevenue paisible. Le cadavre du grand Mérinide qui marquait le rythme sur son tambour flottait à quelques mètres des quarante galériens entravés à leurs bancs. Le niveau de l’eau montait, atteignant maintenant la
poitrine des prisonniers des derniers rangs. »

Extrait de : Ange. « Le Peuple turquoise – Les trois lunes de Tanjor. »

Il était trois petits enfants par Ange

Fiche de Il était trois petits enfants

Titre : Il était trois petits enfants
Auteur : Ange
Date de parution : 2013
Editeur : Bragelonne

Première page de Il était trois petits enfants

« Bien sûr que je la connais, cette chanson. Mais je ne peux pas vous la chanter, même ce soir… Je suis navré, mes agneaux, mais un papy, ça vieillit, et je n’ai plus ma voix d’avant.
Ne croyez-vous pas qu’il est temps de dormir, plutôt ?
Non ? Très bien. Mais vous ne préféreriez pas une histoire ?
Parce que la chanson, si je ne peux la chanter, je peux la raconter.
Remonte bien ta couette, mon loupiot : tu vas avoir froid.
Vous voulez que je me lance ? Ça va prendre un certain temps, mais c’est à ça que servent les papys, non ? À raconter des histoires.
Vous n’avez pas peur, au moins ? Parce que Il était trois petits enfants n’est pas une chanson qui parle de bergères qui embobinent des princes, ou de rossignol pépiant des bêtises dans un jardin. Il y a quelques passages un peu durs… Enfin, je suppose que si, de tout temps, les maîtresses l’ont apprise à leurs élèves, c’est qu’elles pensaient qu’ils étaient capables de la supporter. »

Extrait de : Ange. « Il était trois petits enfants. »

Le grand pays par Ange

Fiche de Le grand pays

Titre : Le grand pays (Tome 1 sur 1 – La légende des tueuses-démon)
Auteur : Ange
Date de parution : 2008
Editeur : Bragelonne

Première page de Le grand pays

« A 11 heures, ils demandèrent à Malïn de se suicider. Ils l’amenèrent dans la suite princière, l’assirent sur le superbe lit de soie et de velours où il devrait s’allonger pour rendre son dernier soupir, et lui laissèrent, selon la tradition, une dague, un bol de breuvage aux épices et au miel et une fiole de poison. Puis ils s’inclinèrent et sortirent.

La grande porte de la chambre se referma derrière eux.

Malïn resta seul.

Il avait quatorze ans.

Il demeura assis sur le bord du lit, regardant la table, la dague, la fiole. Il se sentait très petit dans cette chambre immense qui n’était pas la sienne. Elle appartenait à un de ses lointains cousins, un vrai prince, qui avait une vraie chance de monter un jour sur le Trône Immuable. Peut-être était-ce même la chambre de Makantha, un des plus proches héritiers. Comme Malïn, Makantha n’avait pas quinze ans. Comme Malïn, Makantha était de sang royal. »

Extrait de : Ange. « Le Grand Pays. »

Hordes par Laurent Genefort

Fiche de Hordes

Titre : Hordes – l’intégrale
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2010
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Hordes

  • L’ascension du Serpent
  • Le vol de l’Aigle
  • Les crocs du Tigre

Première page de L’ascension du Serpent

« Le dernier soldat ennemi vacilla, la gorge percée d’une flèche. La pluie ocre qui ruisselait du ciel plaquait sa tunique sur son torse à la manière d’un linceul. Lentement, ses jambes cédèrent sous lui et il s’effondra dans un grincement de jambières. Ses yeux se voilèrent. Enfin, sa bouche s’ouvrit, béante, afin de laisser son âme s’échapper.
Audric le repoussa d’un coup de la botte gauche. Le corps culbuta avec un bruit mou, dans le tas de cadavres en contrebas.
— La colline est à nous ! hurla le capitaine du Serpent. Tous derrière moi… Les dieux nous aiment !
À mi-pente, Trobard porta un sifflet à ses lèvres et poussa le trille de ralliement.
— Les dieux nous aiment ! répéta le premier lieutenant d’Audric – avant de pousser un juron, tandis qu’il glissait sur une plaque de boue. »

Extrait de : L. Genefort. « Hordes – l’intégrale. »

Une fille comme les autres par Jack Ketchum

Fiche de Une fille comme les autres

Titre : Une fille comme les autres
Auteur : Jack Ketchum
Traduction : B. Domis
Date de parution : 1989
Editeur : Bragelonne

Première page de Une fille comme les autres

« Vous pensez connaître la douleur ?

Parlez-en à ma deuxième femme. Elle sait. Ou elle croit savoir.

Elle m’a raconté qu’une fois, quand elle avait dix-neuf ou vingt ans, elle s’est interposée entre deux chats qui se battaient – le sien et celui d’un voisin – et l’un d’eux s’en est pris à elle. Il lui a grimpé dessus, comme à un arbre, lui a lacéré les cuisses, le ventre et les seins, laissant des entailles encore visibles aujourd’hui. Il lui a flanqué une telle frousse qu’elle est tombée en arrière, contre le vaisselier du début du siècle de sa mère, cassant son plus beau plat à tarte en céramique et s’éraflant la peau des côtes sur quinze bons centimètres pendant que le chat en furie reprenait le même chemin en sens inverse, toutes griffes dehors. Je crois qu’elle m’a dit qu’elle s’en était tirée avec trente-six points de suture. Plus une fièvre qui a duré plusieurs jours.

D’après ma deuxième épouse, c’est ça, la douleur.

Elle sait que dalle cette bonne femme.

Evelyn, ma première femme, s’en est peut-être plus approchée.

Elle est hantée par une image. »

Extrait de : J. Ketchum. « Une fille comme les autres. »

Morte saison par Jack Ketchum

Fiche de Morte saison

Titre : Morte saison
Auteur : Jack Ketchum
Traduction : B. Domis
Date de parution : 1980
Editeur : Bragelonne

Première page de Morte saison

« Ils la virent traverser le pré et enjamber le muret de pierre, se dirigeant vers la forêt. Elle paraissait désorientée. Une proie facile.

Ils prirent le temps d’arracher les branches de bouleau blanc, d’enlever l’écorce. Ils l’entendaient progresser dans le sous-bois. Ils échangèrent des sourires en silence. Une fois les baguettes dénudées, ils se lancèrent à sa poursuite.

Sans le clair de lune, elle serait tombée dans la bouche béante menant à la vieille cave – et celle-ci semblait profonde. Elle l’évita soigneusement et poursuivit sa course à travers les herbes hautes et les massettes (6), cernée par les pins noirs et les pins argentés, les bouleaux et les peupliers. Ses pieds foulaient un matelas de mousse et de lichen exhalant des odeurs de pourriture et de conifères. Dans son dos, elle les entendait gambader sur la piste qu’elle avait ouverte ; des voix légères et flûtées d’enfants qui jouent dans le noir. Elle se souvint de leurs petites mains, grossières et fortes, des ongles longs, sales et effilés sur sa peau, quand ils s’étaient agrippés à elle. Elle frissonna, distingua leurs rires de plus en plus proches. Devant elle, la forêt s’épaississait. »

Extrait de : J. Ketchum. « Morte saison. »