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Un autre monde par André Caroff

Fiche de Un autre monde

Titre : Un autre monde
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un autre monde

« Le soleil est plat, les nuages triangulaires et la mer ronde comme un monticule à l’assaut duquel montent les vagues sans jamais parvenir au sommet. Je suis adossé à un arbre de pierre. Devant moi, une immense étendue uniformément blanche. Il fait froid. Quand il ne fait pas froid, il fait chaud. Trop chaud ou trop froid, sans juste milieu.

D’ailleurs il n’y a pas de milieu.

Cela m’est égal. Seule m’intéresse l’étendue blanche. Immense. Mais pas illimitée. Elle est rectangulaire, avec un haut, un bas, deux côtés. Je suis là pour la noircir. Pas n’importe comment, d’une façon ordonnée, en lui laissant une marge à gauche, à triple interligne si possible et sans oublier de taper, en haut à droite, le numéro de la page. Sauf pour ce qui concerne la première, car tout le monde sait qu’elle ne peut être que la première puisqu’il n’y en a pas d’autre avant elle.

Il n’est pas nécessaire, pour la même raison, d’écrire : « Chapitre Premier ». Le titre suffit. Seulement je n’ai pas de titre. Je n’ai rien en tête pour noircir cette page. À force de la regarder, comme si elle était capable de m’inspirer alors qu’elle n’est capable que d’une profonde et désespérante passivité ; des images passent devant mes yeux : un soleil plat, des nuages triangulaires, une mer ronde sur laquelle les vagues courent à rebrousse-poil.  »

Extrait de : A. Caroff. « Un autre monde.  »

Terreur psy par André Caroff

Fiche de Terreur psy

Titre : Terreur psy
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de Terreur psy

« Leland Young se fraya difficilement un passage entre les dormeurs étendus à même le sol. Le froid était vif, des courants d’air glacé pénétraient dans la gare dont toutes les vitres avaient été brisées par des jets de pierre. Ailleurs on avait arraché des cloisons, des panneaux publicitaires pour monter une espèce d’infirmerie surmontée d’une croix rouge en carton. Comme il n’y avait plus de médicaments depuis des mois, que la plupart des médecins étaient morts dans la rue au cours des émeutes, on était en droit de se demander à quoi servait cette infirmerie.

Young se rapprocha de la voie 36, la main soudée à la crosse de son revolver, yeux plissés dans l’espoir d’augmenter son acuité visuelle. Faute d’électricité, on avait allumé des feux un peu partout, autant pour s’éclairer que pour se réchauffer. Cela créait des zones de lumière et d’ombre, des microclimats artificiels allant jusqu’à 25° auprès des foyers pour descendre à 5° en dessous de zéro auprès des portes et des fenêtres. »

Extrait de : A. Caroff. « Terreur PSY. »

Simulations par André Caroff

Fiche de Simulations

Titre : Simulations
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Simulations

« Il y avait dix vérins hydrauliques à faible frottement, qu’une pression d’huile faisait s’allonger ou se raccourcir très vite. La cabine était fixée sur une plate-forme à cinq mètres de hauteur. L’ensemble conférait au cockpit six degrés de liberté : le roulis, le tangage, les lacets, les déplacements latéral, longitudinal et horizontal.
Autrement dit, la possibilité d’évoluer dans les trois directions de l’espace.
Le système reproduisait les secousses ressenties lors de la traversée des trous d’air, et les accélérations par une succession de poussées brèves et saccadées des vérins.
Avec une puissance équivalant à six fois la gravité terrestre. Les images étaient créées à partir de cartes d’état-major et de photographies prises d’avions ou de satellites. Les clichés étaient analysés, classés, étalonnés automatiquement. La configuration et les dimensions de la Lune, des étoiles, de la Terre, mais aussi des montagnes, des maisons, des routes, ainsi que les distances entre elles, étaient mises en mémoire sous forme chiffrée dans des disquettes de quelques centimètres de diamètre. »

Extrait de : A. Caroff. « Simulations. »

Rhésus Y-2 par André Caroff

Fiche de Rhésus Y-2

Titre : Rhésus Y-2
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir

Première page de Rhésus Y-2

« Une nouvelle vague de fond déferla avec une fantastique puissance. Des tonnes de sable furent soulevées et s’éparpillèrent dans les ténébreux abysses sans cesse balayés par les courants sous-marins. Le maelstrom passa sans ébranler les roches mais les containers se trouvèrent entraînés sur plusieurs milles. Malgré leur poids, ils tourbillonnèrent comme des fétus de paille, remontèrent de plusieurs centaines de mètres, demeurèrent en suspension un long moment avant d’être plaqués sur une plateforme où ils s’immobilisèrent enfin.
Jadis, chaque container avait reçu un lest suffisant pour lui permettre de résister aux mouvements de l’océan mais, au fil des ans et des tempêtes, celui-ci s’était érodé, quasiment désintégré, si bien que la masse primitive était à présent réduite à néant.
Au cours de cette journée, plusieurs autres vagues de fond déplacèrent encore les containers qui furent arrachés à la fosse sous-marine et roulèrent sur un plateau continental situé à seulement 200 mètres de la surface. »

Extrait de : A. Caroff. « Rhésus Y-2. »

Pour 500.000 dollars par André Caroff

Fiche de Pour 500.000 dollars

Titre : Pour 500.000 dollars
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1968
Editeur : Fleuve noir

Première page de Pour 500.000 dollars

« Vous ne connaissez peut-être pas New York, mais moi, j’y suis né, je ne l’ai jamais quitté et j’en ai ma claque.

Tout va tellement vite que, par moments, j’ai l’impression que rien ne serait pire si je vivais dans une machine à laver en perpétuelle position d’essorage…

Avec la différence qu’on peut stopper la machine en pressant un bouton rouge !

Voici ma carte d’identité : Clee Masters, vingt-sept ans, yeux noirs, cheveux bruns. Un mètre quatre-vingt-cinq pour quatre-vingt-deux kilos, et pas de signe particulier. Les filles disent que j’ai « une gueule ». Aucune n’a jamais dit que j’étais joli garçon.

Moralement, heu !… »

Extrait de : A. Caroff. « Pour 500.000 dollars. »

Opération Bégonia par André Caroff

Fiche de Opération Bégonia

Titre : Opération Bégonia
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Opération Bégonia

« La porte s’ouvrit. Éric fit un pas et fut dehors, dans le soleil. C’était le 2920e jour, la fin d’un mois d’octobre assez beau dans l’ensemble. Éric s’éloigna du mur gris. Sa valise était incroyablement légère. Un panneau indicateur en forme de flèche lui donna la direction de la gare. Il marcha.

Chacun de ses pas pesait une tonne. Un camion passa bruyamment et, au carrefour suivant, une jeune fille sortit d’une boulangerie, un gros pain sous le bras. Éric la suivit longuement des yeux tout en continuant d’avancer. Quand la jeune fille le regarda, il baissa la tête. Elle devait forcément savoir d’où il venait. Cela le gênait. Dans une petite ville comme celle-ci, tout le monde se connaissait. On devait l’épier à l’abri des persiennes closes. On était probablement soulagé de voir qu’il allait vers la gare.

Il y fut en quelques minutes. Personne ne semblait l’attendre, mais il avait quand même l’impression qu’on le surveillait. Il se replia davantage sur lui-même, devint humble et pitoyable dans l’espoir de ne pas attirer l’attention sur lui. L’employée lui tendit son billet en l’effleurant à peine du regard et il alla se réfugier dans la petite salle d’attente après avoir acheté un journal. »

Extrait de : A. Caroff. « Operation Begonia. »

Mort d’un libraire par André Caroff

Fiche de Mort d’un libraire

Titre : Mort d’un libraire
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mort d’un libraire

« Un chiot de trois mois, ça fait des ronds humides sur le parquet ciré toutes les cinq minutes.
Pendant que Max, son mari et Eddie, son fils regardaient la télévision, Thérésa lassée de laisser massacrer les lattes fines, brillantes comme un miroir, ouvrit doucement la porte de la loge et chassa le chiot dans la cour.
La porte à double battant de l’entrée était close, aucune voiture ne passerait plus sous le porche et comme il n’existait pas d’autre issue, la bête ne craignait vraiment rien.
Thérésa retourna dans sa cuisine, tira les rideaux, alluma sa lampe d’évier, manœuvra les boutons donnant le courant aux minuteries des deux escaliers et se mit à préparer le souper.
Le temps était doux et, par-dessus la voix du speaker du journal télévisé, Thérésa entendait d’autres postes branchés sur différentes chaînes, se demandait qui, parmi ses locataires, pouvait écouter une émission en langue allemande…
— M’man… T’as pas vu Poussy ? »

Extrait de : A. Caroff. « Mort d’un libraire. »

Les êtres du néant par André Caroff

Fiche de Les êtres du néant

Titre : Les êtres du néant
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les êtres du néant

« Tout d’abord, je dois dire que j’ai longuement hésité avant d’établir ce rapport destiné au Mémorial terrestre. Je ne suis pas écrivain, mais médecin, et ne pensais pas être digne de cet honneur.

D’autres auraient pu le faire mieux que moi, dans un style plus dépouillé, plus direct et avec un amour de la littérature que j’avoue humblement ne pas ressentir. Mais, et ainsi que me l’a fait remarquer le professeur Simpson, j’ai été la première victime des « Etres du néant », et c’est un peu grâce à moi que furent repoussés les fantastiques dangers menaçant notre humanité.

Puis ma femme, mes amis et mes enfants ont réussi à me convaincre de prendre la plume. Aujourd’hui, 28 mai 2030, je me mets au travail. J’ai décidé de traiter mon récit au présent pour lui donner plus d’impact et, aussi, afin de mieux traduire les événements et les sensations tels que je les ai vécus et ressentis à cette époque. »

Extrait de : A. Caroff. « Les êtres du néant. »

Les combattants de Serkos par André Caroff

Fiche de Les combattants de Serkos

Titre : Les combattants de Serkos
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les combattants de Serkos

« L’homme cheminait péniblement sous le ciel noir à peine teinté par le soleil bleu de Behera. Sur le sol gelé il dérapait constamment, si bien que lorsque le terrain accusait une pente, il n’avait que la ressource de se laisser glisser, quitte à dévier de sa route.

Le froid était vif ― sans doute moins 25° ―, le gibier rare, la végétation pétrifiée, les ruisseaux glacés, mais il n’y avait pas de neige.

Huit jours auparavant, Tio Honela avait traversé ce territoire à bord de son électrojet de tourisme. Alors il était chargé de mission par le Conseil supérieur de Behera et se rendait aux confins du continent Lob afin d’y étudier la progression du refroidissement climatique. Ce n’était qu’une mission de routine. Le poste d’observation possédait tout le confort désirable et, grâce à un puissant téléradar, le professeur Honela pouvait entrer en communication immédiate avec le Laboratoire central de Monoc, la capitale fédérale de la planète Behera.

Donc, huit jours auparavant, le professeur Tio Honela était descendu de son électrojet devant le poste numéro B.D. 346, secteur nord-ouest de Lob, après un voyage de six mille cromètres au-dessus des paysages désertiques du continent froid. »

Extrait de : A. Caroff. « Les combatants de Serkos. »

Le sang du cactus par André Caroff

Fiche de Le sang du cactus

Titre : Le sang du cactus
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1962
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le sang du cactus

« Si le dey Hussein n’avait pas insulté le consul de France, jamais Omar ben Amiache, Kabyle de la tribu des Zouaouas, ne serait entré dans le 1er régiment de zouaves, arborant des tresses rouges sur le côté de la veste, et n’aurait jamais eu entre les mains ce magnifique fusil qui le faisait positivement crever d’orgueil.
Pour l’heure, Omar crevait également de chaleur, car il était, depuis le début de l’après-midi, allongé entre deux rochers, en plein soleil, léchant de temps à autre ses lèvres sèches et surveillant d’un œil de plus en plus vague, la gorge étroite où devait passer obligatoirement ce chien d’Ali ben Moumer.
Ben Moumer était l’un des meilleurs lieutenants d’Abd el-Kader, lui-même chef de la résistance contre les Français immédiatement organisée après la prise de Constantine.
Abd el-Kader et Bugeaud, gouverneur de l’Algérie, se livraient une lutte sans pitié. »

Extrait de : A. Caroff. « Le Sang du cactus. »