Étiquette : Chien du heaume

 

Mordre le bouclier par Justine Niogret

Fiche de Mordre le bouclier

Titre : Mordre le bouclier (tome 2 sur 2 – Chien du heaume)
Auteur : Justine Niogret
Date de parution : 2012
Editeur : Mnémos

Première page de Mordre le bouclier

« Zoire avait froid. L’homme marchait dans le couloir venteux et la peau de son cou se hérissait. Ses socques, ses hautes semelles de bois ne savaient pas l’isoler de la gelure des pierres du sol, et il ne sentait pour ainsi dire rien à partir des mollets. Sauf le froid de la terre remontant jusqu’à l’étage du château. Ses pieds étaient aussi pesants et durs que des moellons ; ses mains, des serres aux articulations juste assez tièdes pour pouvoir être douloureuses ; son visage si insensible qu’il ne savait même pas s’il morvait.

Zoire avait froid, donc.


Et pourtant il était riche ; vêtu d’une cape si lourde et épaisse que les maîtres de sa jeunesse la lui auraient interdite, et il la portait dans son propre château, un castel assez grand pour avoir des chambres flanquées d’autres chambres, un étage entier de pièces vides, grises et glaciales, attendant le printemps pour retrouver un peu de vie. Tout comme Zoire. »

Extrait de : J. Niogret. « Mordre le bouclier – Chien du heaume. »

Chien du heaume par Justine Niogret

Fiche de Chien du heaume

Titre : Chien du heaume (tome 1 sur 2 – Chien du heaume)
Auteur : Justine Niogret
Date de parution : 2012
Editeur : Mnémos

Première page de Chien du heaume

« L’archer se nommait Manfred, et aujourd’hui il allait tuer une vieille femme. Une nourrice, plus exactement.

Elle était assise sur l’herbe du pré et jouait avec une enfant. Manfred les regardait toutes deux ; la nourrice, grasse, des cheveux bruns lui tombant devant les yeux, et la gamine, lisse comme une châtaigne, sa robe tachée du pollen des fleurs et les joues rougies par ses galipettes. Elle courait dans les herbes hautes, le nez au vent, riant de tout son cœur, pendant que sa nourrice restait assise, sans doute fatiguée de ne pouvoir la rattraper.

C’était la fille d’un château qui lui avait fourré des pièces dans la main jusqu’à ce qu’il dise oui. Une petite femme grandie avant l’heure, qui lui avait ensuite ordonné : « Tue-la. Trouve-la et mets-lui une flèche dans le cœur. » C’était la dernière mode chez les pucelles, de faire assassiner leurs gens ; une nourrice, comme ici, ou un lettré, une dame de toilette. Les parents n’en savaient rien en général, regardaient leurs filles d’un bon œil, sans comprendre que les rages et les haines brûlaient tout aussi fortement dans les tripes de ces gamines que dans celles des guerriers au visage mangé par la barbe. Manfred faillit ricaner en songeant que ces petites traînées payaient ces meurtres sans même compter les pièces qui leur tombaient des doigts. »

Extrait de : J. Niogret. « Chien du heaume. »