Étiquette : Denoël
Naufrage sur une chaise électrique par Serge Brussolo
Fiche de Naufrage sur une chaise électrique
Titre : Naufrage sur une chaise électrique (Tome 3 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël
Première page de Naufrage sur une chaise électrique
« Les arbres n’avaient plus de branches. La récente tempête les avait changés en une forêt de pieux dressés vers le ciel. Le vallon était une fosse, un piège à tigre attendant qu’un félin colossal daigne enfin tomber des nuages. L’adolescente courait entre les troncs massacrés, un grand chien noir sur les talons. Elle était vêtue d’une blouse noire d’écolière, déchirée, salie, que ses seins naissants rendaient déjà trop étroite. Ses cheveux blonds, très longs, lui cachaient le visage et se collaient en serpentins de filasse sur son front luisant de transpiration.
Le paysage bouleversé, lacéré, mâché, semblait se défaire de partout. Nathalie s’arrêta pour reprendre sa respiration. Cedric le doberman constellé de cicatrices vint se frotter contre sa hanche, comme pour lui faire sentir le poids de sa fatigue. Elle lui gratta machinalement la tête. »
Extrait de : S. Brussolo. « Naufrage sur une chaise électrique – Cycle des ouragans. »
La petite fille et le dobermann par Serge Brussolo
Fiche de La petite fille et le dobermann
Titre : La petite fille et le dobermann (Tome 2 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël
Première page de La petite fille et le dobermann
« Nathalie avançait, Cedric sur les talons. La fillette marchait le dos voûté, le chien tirait la langue. Leurs deux silhouettes épuisées s’allongeaient sur la lande en ombres filiformes et caoutchouteuses. Au début de la course le doberman ne s’était pas privé de bondir et de caracoler à travers la plaine. Nathalie l’avait imité. Puis la fatigue était venue, leur brûlant pattes et pieds. Maintenant ils trottinaient, flanc contre flanc, mêlant leurs sueurs. Par moments la petite fille posait son bras sur le col du grand chien, se laissant remorquer par la puissante machine musculaire de la bête. Dans leur dos le jour baissait. Le pâle soleil sombrait en boule rose à l’horizon de la plaine pelée. Le chien mourait de soif et ses halètements se faisaient de plus en plus sourds. Lorsqu’ils atteignirent le bord de la route Nathalie se laissa tomber sur une borne d’ancrage et retira ses chaussures. »
Extrait de : S. Brussolo. « La Petite fille et le dobermann – Cycle des ouragans. »
Rempart des naufrageurs par Serge Brussolo

Fiche de Rempart des naufrageurs
Titre : Rempart des naufrageurs (Tome 1 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël
Première page de Rempart des naufrageurs
« Le vent se leva au moment même où l’astronef posait son train d’atterrissage sur la piste bétonnée de l’aéroport.
À l’instant précis où les grosses ventouses métalliques montées sur vérin entraient en contact avec le sol – agrandissant le réseau de lézardes sillonnant l’aire de stationnement –, le souffle déferla sur les bâtiments, fouettant les lignes sans grâce d’une architecture presque uniquement composée de dômes joufflus percés de meurtrières. La secousse ébranla le gros cargo, et les membrures du fuselage émirent une note creuse qui réveilla David. Tout de suite après une nuée de détritus envahit l’espace. Des journaux détrempés, portés par la tourmente, mais aussi des cartons d’emballage, des sacs de plastique ou de cellophane, de la paille et des débris de cageots… »
Extrait de : S. Brussolo. « Rempart des naufrageurs – Cycle des ouragans. »
3 place de Byzance par Serge Brussolo

Fiche de 3 place de Byzance
Titre : 3 place de Byzance (Tome 1 sur 2 – 3 place de Byzance)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Denoël
Première page de 3 place de Byzance
« Octobre 1920
À cinquante-cinq ans Jules Massart ne croyait plus guère qu’en deux choses : la fin du Monde et l’Arche de Noé.
Souvent, la nuit, quand il avait ingurgité trop de café au dîner, il lui arrivait de prendre les battements de son cœur pour le roulement d’une canonnade lointaine dont les vibrations faisaient gémir les carreaux de l’appartement sur une note aiguë. Dans ces moments de peur mal contenue, le grand hall de l’immeuble, de son immeuble, s’emplissait de rumeurs, emmagasinait les trémulations comme une cloche de bronze suspendue en haut d’une tour capte les échos de la ville qui l’entoure. La maison tout entière devenait caisse de résonance, amplifiant les grondements d’une bataille dont on ne distinguait pas encore les fumées. Alors Jules s’agitait de plus belle dans son sommeil, et sa grosse figure que la barbe naissante rendait rugueuse, râpait l’oreiller. Ses mains rampaient au hasard, renversant des objets aux alentours sans parvenir à l’éveiller. Il commençait à suer et à souffler fortement par la bouche, comme un taureau qui s’énerve. »
Extrait de : S. Brussolo. « 3, place de Byzance. »
Les oiseaux lents par Ian Watson

Fiche de Les oiseaux lents
Titre : Les oiseaux lents
Auteur : Ian Watson
Date de parution : 1981
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Denoël
Sommaire de Les oiseaux lents
- Les oiseaux lents
- L’élargissement du monde
- Les socquettes blanches
- Le conférencier fantôme
- Maîtresse du froid
- Dans le miroir de la Terre
- Croisière
- L’univers sur le retour
- La chair et ses poils
- Le mariage mystique de Salomé
- La révolution du Bloomsday
Première page de Les oiseaux lents
« Ce 1er Mai, c’était au tour de Tuckerton d’accueillir le festival de patin à voile.
En fin de matinée, après que les arbitres furent allés sur le verre baliser le circuit avec des fanions rouges, des cumulus envahirent le ciel, promesses de conditions idéales pour la compétition qui aurait lieu dans l’après-midi. Pas de pluie ; on éviterait les trois centimètres d’eau qui avaient noyé le verre à Atherton l’an dernier. Pas de reflet aveuglant pour étourdir les spectateurs comme à Buckby l’année d’avant. Et la brise vivifiante, qui ne menaçait pas de forcir, gonflerait les voiles des concurrents sans les culbuter, contrairement à ce qui s’était passé à Edgewood où, voici quatre ans, on avait déploré deux chevilles cassées et bon nombre de bleus.
Après la course on rôtirait un cochon, ou plutôt les fruits succulents qui l’accompagnaient, puisque l’animal tournait lentement sur sa broche depuis un jour et demi. On mettrait en perce des tonnelets d’Old Codger Ale. Mais pour l’heure, Jason Babbidge ne se souciait que de ses patins à verre et de la voile à main jaune crocus qu’il entendait vérifier. »
Extrait de : I. Watson. « Les oiseaux lents. »
Le voyage de Tchekhov par Ian Watson

Fiche de Le voyage de Tchekhov
Titre : Le voyage de Tchekhov
Auteur : Ian Watson
Date de parution : 1983
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël
Première page de Le voyage de Tchekhov
« Anton se pelotonna dans sa veste en peau de mouton sous son imperméable en cuir de style militaire. Tandis que le boghei traversait en cahotant la nuit sibérienne, il contemplait, engourdi, les derniers restes d’herbe de l’année précédente qui brûlaient sur les champs gelés.
Des langues de feu tissaient sur le sol un entrelacs d’or et de rouge qui éclairait parfois vaguement un bosquet de bouleaux. La nuit néanmoins absorbait aussitôt toute chaleur. La route était gelée, dure comme fer. La parcourir donnait parfois l’impression de rouler sur un alignement d’armures étalées côte à côte.
Depuis combien de temps voyageaient-ils ? Était-ce cinq heures ? Huit ? Les chevaux progressaient, telles de stupides machines, et Volodya, le cocher, était depuis longtemps tombé en catalepsie. Mais Anton n’avait pas encore pris le coup pour parvenir à dormir à travers ce genre d’épreuve. »
Extrait de : I. Watson. « Le voyage de Tchekhov. »
La ville au fond de l’oeil par Francis Berthelot

Fiche de La ville au fond de l’oeil
Titre : La ville au fond de l’oeil
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël
Première page de La ville au fond de l’oeil
« Moi, Alexis, le soir tombe à nouveau, et je voudrais comprendre. Jour après jour, je vois grandir la fêlure qui me sépare du monde, tandis que la vie se retire de mes marionnettes. Le castelet qui était ma raison d’être, mon gagne-pain, sombre dans une torpeur proche de l’hébétude, un de ces comas où s’enferment les objets qu’on a offensés. Ici, le printemps a la quiétude de la mer, le vert de l’indifférence. Alors que dans ma tête, ou peut-être là-bas, au pays d’Ambre, une bulle s’est formée dont le contenu m’échappe, noyé dans les motifs cruels des tapisseries d’Orient, inaccessible à la mémoire autant qu’à l’imagination.
Le télégramme de mon frère m’est arrivé pour mon anniversaire. Que cet aventurier s’en soit souvenu, depuis les contrées au visage voilé qu’il sillonne sans trêve, buvant Dieu sait quelle eau, aimant Dieu sait quel corps, m’a rempli d’une joie inexprimable. À Retkah, entre deux reportages, il a pensé à Alexis, et pris le temps de le lui dire. Bénie soit cette ville… »
Extrait de : F. Berthelot. « La ville au fond de l’œil. »
Demain les puces par Patrice Duvic

Fiche de Demain les puces
Titre : Demain les puces
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël
Sommaire de Demain les puces
- Un logique nommé Joe par Murray Leinster
- Interface 1 par Patrice Duvic
- Gaia de Silicium par Tom Maddox
- Valentina par Joseph Delaney – Marc Stiegler
- Nous avions tous décidé d’être heureux par Philippe Curval
- Johnny Mnemonic par William Gibson
- Interface 2 par Gérard Klein
- Des réponses par John Sladek
- Mémoire vive, mémoire morte par Gérard Klein
- La muse électronique par Hilbert Schenck
Fragments du rêve par Jean-Pierre Vernay

Fiche de Fragments du rêve
Titre : Fragments du rêve
Auteur : Jean-Pierre Vernay
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël
Sommaire de Fragments du rêve
- À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où,…
- Où sont les neiges d’antan ?
- Congo ?
- La Grande Terre
- Histoire pour ceux qui ne croient pas qu’il y eut une grande république d’Ukraine
- Les guerres étranges
- Lied pour une Lorelei
- Beyrouth-sur-Isère
- En bas
- Dialectique du plan et de la guerre
- Roule. Roule.
- Femmes, agitez vos mouchoirs, le navire s’en va
- Passante
- Extase (Ecstasy)
- Lamantins
- Amours et voyages pour une enfant pubère
- Enfants lointains
- Pavane pour un assassin
- Holocauste pour un homme seul
- Albatros
- La petite fille et le Jardinier
- Cérémonie à l’ancienne
- Oscar Wilde est mort. Assassiné.
Première page de À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où, blanc-rouge-bleu, tu crois voir le bouclier de Captain America au-dessus de nos têtes
« Dysfonctionnement du serveur ? le terminal présentait un écran ambre que ne parcouraient qu’occasionnellement des interférences. Peut-être un problème de temps de réponse, dû à la saturation du réseau… mais Tcherko ne le croyait pas. Frustré, il mit une gifle à l’écran et retourna à sa bière. Sur le comptoir métallique, il fit deux ronds, qu’il relia par une ligne humide.
Que faisait l’autre ? (Il n’avait jamais pensé à Mason d’une manière personnelle.) Il aurait dû être ici – dans ce bar paumé où la bière avait le goût du maïs avec lequel elle était brassée – depuis deux jours. Avec l’argent. Ou sans. Il aurait dû être ici.
Tcherko but une gorgée, grimaça, appela le loufiat qui rebouchait une bouteille de gin et lui demanda un bourbon dans deux verres.
Le rire forcé d’un des deux gars juchés sur les tabourets voisins pelait les nerfs de Tcherko comme on le fait avec les couches d’un oignon pourri. »
Extrait de : J.P Vernay. « Fragment du rêve. »
Dites-le avec des mots par Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne

Fiche de Dites-le avec des mots
Titre : Dites-le avec des mots
Auteur : Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël
Sommaire de Dites-le avec des mots
- Dites-le avec des mots
- Les portées du silence
- Vénus aux papiers
- Le vol de la mésange
- Les jours d’été
- Eh ! Et si l’amour des étoiles avait plus de rapports avec la chair qu’on ne le croit ?
Première page de Dites-le avec des mots
« Le papier huilé de la baie vitrée s’était encore décollé. Saleté de vent ! Non seulement il n’y avait pas moyen de garder une seule fenêtre en bon état, mais les turbulences empêchaient aussi le poêle de tirer convenablement ! La pièce était pleine de fumée – une fumée noire et puante.
— Vous n’auriez pas dû l’allumer avec un vieux pneu, monsieur André.
— Taisez-vous, vous ! Encore une remarque et je vous jette dehors. Il ne manque pas de remplaçantes sur le marché du travail… Et je vous le dis pour la dernière fois : ne m’adressez jamais la parole !
André Deligne avait une véritable phobie du dialogue. Tout, toujours, avait déjà été dit par d’autres, avec les mêmes formules, les mêmes mimiques, les mêmes intonations… Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, Deligne avait l’impression de répéter les répliques de tout un tas de gens morts et enterrés depuis longtemps, et se sentait la bouche emplie d’une sorte de goût de pourriture. »
Extrait de : J.P Vernay et E. Jouanne. « Dites-le avec des mots. »