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L’homme aux yeux de napalm par Serge Brussolo

Fiche de L’homme aux yeux de napalm

Titre : L’homme aux yeux de napalm
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Première page de L’homme aux yeux de napalm

« Profitant de ce que la vendeuse vient de tourner la tête, Céline arrache le bras de la poupée. Le membre craque sans opposer de réelle résistance. Le bruit infime de la dislocation se perd dans le vacarme du grand magasin. La fillette se penche, lorgne dans l’ouverture corporelle ainsi pratiquée avec une excitation sourde, analogue à celle qui s’empare d’elle lorsqu’elle épie ses parents, le soir, par le trou de la serrure de la chambre à coucher. Mais il n’y a rien, la poupée est vide, désespérément creuse. La fillette se sent frustrée, flouée. Elle aurait voulu découvrir entre les flancs du jouet un amoncellement moite et secret. Une lourdeur viscérale charriant des fluides étranges. Parfois, lorsque sa mère prépare un poulet, Céline glisse ses petits doigts dans les blessures de la bête nue, dans le trou béant creusé par la décapitation. Elle touche l’intérieur du cadavre. Elle fouille au hasard dans cette architecture un peu gluante, elle force la plaie, enfouit sa main dans les entrailles de l’oiseau blême. Elle pose ses lèvres sur la chair blanche, grumeleuse, et se dit qu’on doit éprouver une sensation analogue quand on embrasse un cadavre. Elle s’entraîne ainsi, mine de rien, pour le jour où il lui faudra embrasser P’pa ou M’man sur leur lit de mort, comme cela arrive tout le temps dans les films. »

Extrait de : S. Brussolo. « L’homme aux yeux de Napalm. »

Aussi lourd que le vent par Serge Brussolo

Fiche de Aussi lourd que le vent

Titre : Aussi lourd que le vent
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1981
Editeur : Denoël

Sommaire de Aussi lourd que le vent

  • Trajets et itinéraires de l’oubli
  • Visites guidée
  • Aussi lourd que le vent…

Première page de Trajets et itinéraires de l’oubli

« Georges aurait voulu porter des œillères. Deux plaques de cuir ou de métal harnachées de chaque côté de ses joues et limitant son champ de vision à un étroit chemin juste assez large pour ses pieds. Chaque fois qu’il abordait l’escalier monumental du musée, il aurait aimé amputer son regard de toute perspective, de toute échappée, pouvoir le réduire à cet itinéraire étriqué qui le conduisait du parking jusqu’au hall d’entrée, les yeux fixés sur le cuir mal ciré de ses chaussures. Le bâtiment éveillait en lui une nausée indéfinissable proche de l’agoraphobie. Une ivresse malsaine, plutôt un vertige, né de l’alignement parallèle des degrés, de leur blancheur aveuglante sous le soleil. Parfois il avait la certitude que l’escalier, tel un accordéon immaculé, allait se déformer sous ses pas, gonfler, rouler, se distendre en une cacophonie monstrueuse qu’il serait seul à entendre et qui le jetterait là, au beau milieu du trottoir après que les marches — devenues brusquement molles — auraient charrié son corps comme celui d’un noyé ballotté par les vagues. »

Extrait de : S. Brussolo. « Aussi lourd que le vent. »

Les dieux du Grand Crâne par D. Morlok

Fiche de Les dieux du Grand Crâne

Titre : Les dieux du Grand Crâne (Tome 3 sur 3 – Shag l’idiot)
Auteur : D. Morlok
Date de parution : 1998
Editeur : Denoël

Première page de Les dieux du Grand Crâne

« La solitude retrouvée provoqua chez Shag une panique à laquelle il ne s’attendait pas. Il prit conscience qu’il s’était sottement fortifié dans la conviction illusoire de pouvoir continuer son chemin en solitaire. Le départ de ses compagnons de voyage le plongeait dans un malaise proche du désespoir. Galopant dans le labyrinthe des roches, il chercha à rattraper Aldabar, le cheval… ou Aka, la jeune fille après qui il avait tant soupiré, mais il ne vit ni l’un ni l’autre. Les fuyards avaient bien évidemment pris la précaution de se déplacer à couvert, et Shag, malgré tous ses efforts, ne put les localiser. Sa précipitation le fit s’engager dans un éboulis instable ; il fut happé par une avalanche de cailloux crayeux qui le roula jusqu’au bas du versant nord de la montagne. Quand il se redressa il était meurtri, perdant son sang par mille estafilades. »

Extrait de : D. Morlok. « Shag l’idiot – Les dieux du Grand Crâne. »

Les guerriers du Grand Crâne par D. Morlok

Fiche de Les guerriers du Grand Crâne

Titre : Les guerriers du Grand Crâne (Tome 2 sur 3 – Shag l’idiot)
Auteur : D. Morlok
Date de parution : 1998
Editeur : Denoël

Première page de Les guerriers du Grand Crâne

« La planète Gurtä vit depuis plusieurs siècles à l’âge des cavernes. Ses habitants – dont les ancêtres ont été jadis à l’origine d’un holocauste nucléaire – sont génétiquement manipulés par une mystérieuse puissance supérieure (les Juges) de manière que leur intelligence ne puisse se développer et finir par accéder à un savoir dangereux. Le cerveau des survivants du grand hiver nucléaire reste ainsi bridé, bloqué à un stade de développement néandertalien, ce qui les conduit à vivre comme des bêtes. Gurtä est un enfer primitif, de violence et de danger. Un âge des cavernes truqué, une sorte de Disneyworld où la mort et le carnage règnent en despotes absolus.

Paradoxalement, les animaux ont fini par y devenir plus intelligents que les hommes et souffrent de voir l’ordre des choses ainsi bouleversé, car ils ne peuvent supporter une telle atteinte aux lois naturelles. »

Extrait de : D. Morlok. « Les guerriers du Grand Crâne – Shag l’idiot. »

Le clan du Grand Crâne par D. Morlok

Fiche de Le clan du Grand Crâne

Titre : Le clan du Grand Crâne (Tome 1 sur 3 – Shag l’idiot)
Auteur : D. Morlok
Date de parution : 1998
Editeur : Denoël

Première page de Le clan du Grand Crâne

« Gort leva la hache vers la lune, pour que la lumière de l’astre fasse scintiller le tranchant de la pierre polie. C’était une arme très lourde, que seul son bras pouvait manier, et il en éprouvait une grande fierté. La horde frissonna de terreur. Gort était grand, épais. Comme le voulait la coutume, il avait cessé de se laver du jour où il était devenu chef de clan, de manière que le sang de ses ennemis lui couvre le corps d’une pellicule coagulée d’un brun noir qui s’écaillait aux plis de la peau. Ses mains, ses bras, sa barbe, avaient tous cette même couleur d’hémorragie, à tel point qu’il semblait avoir été immergé dans un lac de sang. Au premier regard on savait qu’il s’agissait d’un tueur, d’un meneur d’hommes, d’un casseur de crânes.

Gort possédait des membres aussi épais que des troncs d’arbre, sa barbe s’étalait sur sa poitrine en un éventail rigide aux poils soudés par le jus des viandes et les débris de ses derniers repas. Il était très fier de sa tête qu’il estimait plus grosse que celle des autres membres de la tribu, et qu’il mesurait chaque semaine au moyen d’un morceau de ficelle pour voir si elle continuait à grossir. »

Extrait de : D. Morlok. « Le clan du Grand Crane – Shag l’idiot. »

Naufrage sur une chaise électrique par Serge Brussolo

Fiche de Naufrage sur une chaise électrique

Titre : Naufrage sur une chaise électrique (Tome 3 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël

Première page de Naufrage sur une chaise électrique

« Les arbres n’avaient plus de branches. La récente tempête les avait changés en une forêt de pieux dressés vers le ciel. Le vallon était une fosse, un piège à tigre attendant qu’un félin colossal daigne enfin tomber des nuages. L’adolescente courait entre les troncs massacrés, un grand chien noir sur les talons. Elle était vêtue d’une blouse noire d’écolière, déchirée, salie, que ses seins naissants rendaient déjà trop étroite. Ses cheveux blonds, très longs, lui cachaient le visage et se collaient en serpentins de filasse sur son front luisant de transpiration.

Le paysage bouleversé, lacéré, mâché, semblait se défaire de partout. Nathalie s’arrêta pour reprendre sa respiration. Cedric le doberman constellé de cicatrices vint se frotter contre sa hanche, comme pour lui faire sentir le poids de sa fatigue. Elle lui gratta machinalement la tête. »

Extrait de : S. Brussolo. « Naufrage sur une chaise électrique – Cycle des ouragans. »

La petite fille et le dobermann par Serge Brussolo

Fiche de La petite fille et le dobermann

Titre : La petite fille et le dobermann (Tome 2 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Première page de La petite fille et le dobermann

« Nathalie avançait, Cedric sur les talons. La fillette marchait le dos voûté, le chien tirait la langue. Leurs deux silhouettes épuisées s’allongeaient sur la lande en ombres filiformes et caoutchouteuses. Au début de la course le doberman ne s’était pas privé de bondir et de caracoler à travers la plaine. Nathalie l’avait imité. Puis la fatigue était venue, leur brûlant pattes et pieds. Maintenant ils trottinaient, flanc contre flanc, mêlant leurs sueurs. Par moments la petite fille posait son bras sur le col du grand chien, se laissant remorquer par la puissante machine musculaire de la bête. Dans leur dos le jour baissait. Le pâle soleil sombrait en boule rose à l’horizon de la plaine pelée. Le chien mourait de soif et ses halètements se faisaient de plus en plus sourds. Lorsqu’ils atteignirent le bord de la route Nathalie se laissa tomber sur une borne d’ancrage et retira ses chaussures. »

Extrait de : S. Brussolo. « La Petite fille et le dobermann – Cycle des ouragans. »

Rempart des naufrageurs par Serge Brussolo

Fiche de Rempart des naufrageurs

Titre : Rempart des naufrageurs (Tome 1 sur 3 – Cycle des ouragans)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Première page de Rempart des naufrageurs

« Le vent se leva au moment même où l’astronef posait son train d’atterrissage sur la piste bétonnée de l’aéroport.

À l’instant précis où les grosses ventouses métalliques montées sur vérin entraient en contact avec le sol – agrandissant le réseau de lézardes sillonnant l’aire de stationnement –, le souffle déferla sur les bâtiments, fouettant les lignes sans grâce d’une architecture presque uniquement composée de dômes joufflus percés de meurtrières. La secousse ébranla le gros cargo, et les membrures du fuselage émirent une note creuse qui réveilla David. Tout de suite après une nuée de détritus envahit l’espace. Des journaux détrempés, portés par la tourmente, mais aussi des cartons d’emballage, des sacs de plastique ou de cellophane, de la paille et des débris de cageots… »

Extrait de : S. Brussolo. « Rempart des naufrageurs – Cycle des ouragans. »

3 place de Byzance par Serge Brussolo

Fiche de 3 place de Byzance

Titre : 3 place de Byzance (Tome 1 sur 2 – 3 place de Byzance)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1992
Editeur : Denoël

Première page de 3 place de Byzance

« Octobre 1920
À cinquante-cinq ans Jules Massart ne croyait plus guère qu’en deux choses : la fin du Monde et l’Arche de Noé.
Souvent, la nuit, quand il avait ingurgité trop de café au dîner, il lui arrivait de prendre les battements de son cœur pour le roulement d’une canonnade lointaine dont les vibrations faisaient gémir les carreaux de l’appartement sur une note aiguë. Dans ces moments de peur mal contenue, le grand hall de l’immeuble, de son immeuble, s’emplissait de rumeurs, emmagasinait les trémulations comme une cloche de bronze suspendue en haut d’une tour capte les échos de la ville qui l’entoure. La maison tout entière devenait caisse de résonance, amplifiant les grondements d’une bataille dont on ne distinguait pas encore les fumées. Alors Jules s’agitait de plus belle dans son sommeil, et sa grosse figure que la barbe naissante rendait rugueuse, râpait l’oreiller. Ses mains rampaient au hasard, renversant des objets aux alentours sans parvenir à l’éveiller. Il commençait à suer et à souffler fortement par la bouche, comme un taureau qui s’énerve. »

Extrait de : S. Brussolo. « 3, place de Byzance. »

Les oiseaux lents par Ian Watson

Fiche de Les oiseaux lents

Titre : Les oiseaux lents
Auteur : Ian Watson
Date de parution : 1981
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Denoël

Sommaire de Les oiseaux lents

  • Les oiseaux lents
  • L’élargissement du monde
  • Les socquettes blanches
  • Le conférencier fantôme
  • Maîtresse du froid
  • Dans le miroir de la Terre
  • Croisière
  • L’univers sur le retour
  • La chair et ses poils
  • Le mariage mystique de Salomé
  • La révolution du Bloomsday

Première page de Les oiseaux lents

« Ce 1er Mai, c’était au tour de Tuckerton d’accueillir le festival de patin à voile.
En fin de matinée, après que les arbitres furent allés sur le verre baliser le circuit avec des fanions rouges, des cumulus envahirent le ciel, promesses de conditions idéales pour la compétition qui aurait lieu dans l’après-midi. Pas de pluie ; on éviterait les trois centimètres d’eau qui avaient noyé le verre à Atherton l’an dernier. Pas de reflet aveuglant pour étourdir les spectateurs comme à Buckby l’année d’avant. Et la brise vivifiante, qui ne menaçait pas de forcir, gonflerait les voiles des concurrents sans les culbuter, contrairement à ce qui s’était passé à Edgewood où, voici quatre ans, on avait déploré deux chevilles cassées et bon nombre de bleus.
Après la course on rôtirait un cochon, ou plutôt les fruits succulents qui l’accompagnaient, puisque l’animal tournait lentement sur sa broche depuis un jour et demi. On mettrait en perce des tonnelets d’Old Codger Ale. Mais pour l’heure, Jason Babbidge ne se souciait que de ses patins à verre et de la voile à main jaune crocus qu’il entendait vérifier. »

Extrait de : I. Watson. « Les oiseaux lents. »