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Kosmokrim par Jacques Barbéri

Fiche de Kosmokrim

Titre : Kosmokrim
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Kosmokrim

  • Mondocane
  • Le joueur
  • La mort en ce jardin tel un pilote en son navire
  • Drosophiles
  • La promenade du garçon boucher
  • Kosmokrim
  • Le gardien
  • La lente liquéfaction des ruines mémorielles
  • Jeux de piste
  • Traces

Première page de Mondocane

« La fin de la guerre vit la naissance des hommes-bouteilles et des ruches à homoncules. La guerre avait laissé derrière elle la Terre saignante et boursouflée. Les plaies se remplissaient au fil des années d’eau et de sable, transformant les villes en désert et les continents en îlots.
Ce qui s’était vraiment passé, personne ne le savait. Un glissement de forces, une haine incontrôlable…
Des hommes s’étaient retrouvés attirés par de grands malades, cancéreux, lépreux, diabétiques. Ils étaient tractés par une force mystérieuse, traînés comme des chiens le long des rues poussiéreuses. Aspirés. Et ils s’engouffraient, désarticulés, dans les couloirs des cliniques, des hôpitaux, pour terminer leurs courses dans les salles d’opération, collés au corps du mourant. De gigantesques pyramides se formaient, faisant éclater les murs des édifices, des bâtiments poreux.
De nouvelles montagnes envahissaient ainsi la géographie changeante du globe.
Les plus prévoyants s’étaient rapidement enterrés aux tréfonds d’abris antiatomiques. Une fois toutes les trappes fermées, les derniers maniaques de la protection s’étaient cadenassés dans de vieux blockhaus ou, le cas échéant, derrière les mètres de béton d’usines nucléaires désaffectées. »

Extrait de : J. Barbéri. « Kosmokrim. »

Guerre de rien par Jacques Barbéri

Fiche de Guerre de rien

Titre : Guerre de rien
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Première page de Guerre de rien

« Bor Durin se grattait distraitement le nez. Il n’était ni excité ni angoissé. Sentiments partagés par les autres occupants du wagon blindé. Ils savaient que la décision prise par le comité de Turing était sans appel.
Trente-trois heures auparavant, le long des coursives glacées du Q.G. de Cheebar, Guerre et Paix avait délivré ses conclusions : « L’Eurocentre ne peut plus rester étranger au conflit. Une attaque ennemie est imminente. »
« Mais quel ennemi ? » s’était écrié Durin en arrachant le dériveur synaptique qui calottait son crâne… « Nous ne sommes pas encore en guerre, nous ne pouvons pas avoir d’ennemi déclaré ! » Ernst Klarktung l’avait regardé d’un air débile. « Ça devait arriver », s’était-il contenté de dire. « Notre hideux bébé vient de piquer sa crise… comme tous les autres. »
Bor Durin avait recoiffé le dériveur synaptique : le froid cybernétique. »

Extrait de : J. Barbéri. « Guerre de rien. »

Retour sur l’horizon par Serge Lehman

Fiche de Retour sur l’horizon

Titre : Retour sur l’horizon
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2009
Editeur : Denoël

Sommaire de Retour sur l’horizon

  • Ce qui reste du réel par Fabrice Collin
  • Effondrement partiel d’un univers en deux jours par Emmanuel Werner
  • Tertiaire par Eric Hoistein
  • Une fatwa de mousse de tramway par Catherine Dufour
  • Les fleurs de troie par Jean-Claude Dunyach
  • Pirate par Maheva Otphan-Bugni
  • Trois singes par Laurent Kloetzer
  • Lumière noire par Thomas Day
  • Temps mort par André Ruellan
  • Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais par Léo Henry
  • Penchés sur le berceau des géants par Daylon
  • Dragonmakx par Philippe Curval
  • Terre de Fraye par Jérôme Noirez
  • Je vous prends tous un par un par David Calvo
  • Hiebert Hôtel par Xavier Mauméjean

Le haut-lieu et autres espaces inhabitables par Serge Lehman

Fiche de Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

Titre : Le haut-lieu et autres espaces inhabitables
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2008
Editeur : Denoël

Sommaire de Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

  • Le haut-lieu
  • Le gouffre aux chimères
  • La chasse aux ombres molles
  • Superscience
  • Origami
  • La régulation de Richard Mars

Première page de Le haut-lieu

« L’instant d’avant, l’univers semblait replié sur lui-même, immobile et silencieux, et la pénombre était si dense qu’on l’eût prise pour une chose vivante. Puis, tout s’anima brusquement. Une sonnette émit un bourdonnement, six étages plus bas. La gâche d’une porte d’entrée céda avec un claquement sonore. Des pas résonnèrent sur le dallage. Des voix murmurèrent.

L’ascenseur se mit en marche. C’était un très vieux modèle. Le contrepoids, une lourde masse de fer tapissée de graisse et de poussière, oscilla un instant avant de plonger dans le puits obscur, suivi par une pluie de mouches mortes. Il croisa la cabine entre le troisième et le quatrième étage, tandis que les mouches rebondissaient sur le toit et les vitres latérales en produisant de petits bruits secs, ping ! ping ! ping !

La cabine s’arrêta au sixième. Aucune des deux portes n’était équipée de système automatique et les passagers durent livrer bataille contre les ressorts rouillés de la première avant de pouvoir ouvrir la seconde.

La femme sortit d’abord. Souriante, elle se glissa entre les battants en faisant attention à ne pas froisser son tailleur et prit pied sur le palier avec assurance. »

Extrait de : S. Lehman. « Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables. »

Obsidio par Johan Heliot

Fiche de Obsidio

Titre : Obsidio
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2003
Editeur : Denoël

Sommaire de Obsidio

  • Les maux blancs
  • Retour aux sources
  • Obsidio

Première page de Les maux blancs

« Sur la route du sang.

Un lézard vert et or file dans les fourrés.

L’homme en blanc (un costume de tweed à la mode anglaise, des mocassins vernis, un panama penché sur le côté du crâne) s’arrête. Avec sa gueule ravinée, il ressemble à Chet Baker vieux, à un ange torturé. Mais la comparaison est impossible. D’une part Chet Baker n’est pas vieux, nous sommes en 1955, il est encore le séraphin improbable qui pose en couverture de l’album Young Chet. Il ne connaît pas les canaux d’Amsterdam où l’attend la camarde. D’autre part, l’homme en blanc est jeune à cette époque, il n’a pas trente ans.

Le sang sur la route forme une flaque d’écarlate, qui contraste vivement avec le bitume noir. Garée sur le-bas-côté, une DeSoto cabossée, année quarante-huit ou quarante-neuf les ailes empoussiérées. La vitre du conducteur est constellée d’étoiles. L’homme en blanc en compte cinq, allumées au passage d’autant de balles brûlantes. »

Extrait de : J. Heliot. « Obsidio. »

Les vaisseaux d’Omale par Laurent Genefort

Fiche de Les vaisseaux d’Omale

Titre : Les vaisseaux d’Omale (Tome 5 sur 6 – Omale)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2014
Editeur : Denoël

Première page de Les vaisseaux d’Omale

« La porte couina lorsque Siléo Rouhaia l’entrebâilla puis la referma après s’être glissé dans sa maison. La nuit était tombée depuis longtemps, aussi s’efforçait-il de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller ses enfants. Il posa son cartable au pied de l’armoire de l’entrée, ôta son manteau et son chapeau orné de la cocarde verte des professeurs laïcs. Puis il pénétra dans la salle à manger.
La pièce était aussi dénudée qu’une cellule monastique. Siléo s’était toujours enorgueilli de cette comparaison : l’instruction devait être un sacerdoce, et les enseignants, des apôtres de la connaissance. Les volets étaient clos, de sorte que de l’extérieur il n’avait pu discerner la lueur du bougeoir qui découpait le bureau calé dans un coin de la pièce. Ni la fillette en chemise, penchée sur un gros livre. Ses jambes maigres battaient sans bruit contre les pieds de la chaise. En entendant le plancher grincer, elle releva son visage rond encadré de cheveux d’un noir profond. Aussitôt, elle s’éclaira d’un sourire. »

Extrait de : L. Genefort. « Les vaisseaux d’Omale. »

Inferno par Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle

Fiche de Inferno

Titre : Inferno
Auteur : Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle
Date de parution : 1973
Traduction : M. et J. Perrin
Editeur : Denoël

Première page de Inferno

« Cameron envoya un baiser d’adieu à Madeleine qui se pencha par la fenêtre du train pour lui crier :
— Téléphone-moi, je viendrai te chercher.
— Ce n’est pas la peine, tu sais.
Le train s’ébranlait lentement, avançant à la vitesse d’un homme au pas, puis accélérant progressivement. Cameron espérait pouvoir le prendre lui aussi le lendemain, peut-être le surlendemain, ou seulement… Il détestait rester à Londres, inactif, surtout lorsque son séjour dépendait de crises plus ou moins vagues à Whitehall. Mais il fallait tout de même bien attendre jusqu’au bout. Il jeta un coup d’œil à sa montre qui indiquait 19 h 35, et se demanda pourquoi le gouvernement ne décidait pas de décimaliser les unités de temps.
Et puis il songea à son dîner. Selon l’usage, il aurait dû le prendre en compagnie de quelque persona grata. Mais qui pouvait-on réellement qualifier de grata, en ces temps ? Il finit par choisir le restaurant Wheeler dans Old Compton Street, prit le métro jusqu’à Leicester Square et fit le reste du chemin à pied. »

Extrait de : F. Hoyle et G. Hoyle. « Inferno. »

Au plus profond de l’espace par Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle

Fiche de Au plus profond de l’espace

Titre : Au plus profond de l’espace
Auteur : Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle
Date de parution : 1974
Traduction : J. A. Bourcy
Editeur : Denoël

Première page de Au plus profond de l’espace

« J’étais assis à mon bureau et je feuilletais les dernières pages de mon journal intime. Il y avait maintenant presque trois ans que j’étais revenu de notre mission réussie, avec Achernard, et que j’avais lâché une bombe au lithium dans le Soleil pour détourner une attaque des Yéla. La bombe au lithium avait provoqué une explosion solaire si fantastique qu’elle avait non seulement grillé les vaisseaux yéla, mais que, même à présent, le système solaire était bombardé par des particules mortelles à haute énergie.
Ce qu’aucun de nous n’avait réalisé à l’époque, c’était que notre proche espace allait être inhabitable pendant si longtemps. Même Achernard, notre allié en provenance de la Grande Ourse, finissait par désespérer de pouvoir un jour rejoindre sa flotte de navires qui attendait quelque part au fond de l’espace, en dehors du système solaire. Il trouvait affreusement déprimant de ne pouvoir communiquer avec les siens du fait que tous les signaux radio, dans le système solaire, étaient désormais absorbés par le torrent d’électrons qui balayait l’espace interplanétaire. »

Extrait de : F. et G. Hoyle. « Au plus profond de l’espace. »

Deux soleils pour Artuby par Bernard Villaret

Fiche de Deux soleils pour Artuby

Titre : Deux soleils pour Artuby
Auteur : Bernard Villaret
Date de parution : 1971
Editeur : Denoël

Première page de Deux soleils pour Artuby

« Au moment de commencer ce récit, j’éprouve bien des scrupules. Peut-être en est-il toujours ainsi pour celui qui se propose d’écrire la biographie d’un grand homme, alors que les événements n’ont pas encore été figés par l’histoire.

Pourrai-je saisir avec exactitude les motifs profonds qui ont poussé Jan Artuby vers sa prodigieuse épopée ? Saurai-je traduire le caractère à la fois pur et explosif de ce héros exemplaire qui galvanisa les foules par ses paroles, ses œuvres et ses actes, ces foules qui le placeront peut-être dans leur mémoire aux côtés d’Alexandre le Grand, du Christ et de Léonard de Vinci…

Serai-je capable enfin de cerner sa personnalité insolite – monolithique de la jeunesse à la mort – mais en vérité faite tout entière de contrastes. Durant sa brève existence, ne fut-il pas déchiré entre ses deux passions, l’art et la liberté, auxquelles vint s’ajouter un troisième amour – terrestre celui-là et peut être le plus grand – qu’il entraîna avec lui dans sa fulgurante apothéose ! »

Extrait de : B. Villaret. « Deux soleils pour Artuby. »

Mémo par André Ruellan

Fiche de Mémo

Titre : Mémo
Auteur : André Ruellan
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël

Première page de Mémo

« Paul mord la nuque du rat. La bête s’immobilise. Il la saisit par les pattes et lui ouvre l’abdomen d’un autre coup de dents. Puis il en arrache et mâche les viscères sanglants. Il avale. Il s’attaque à une cuisse. La peau et le pelage se refusent à son avidité. Il se contente des petits muscles

Brandissant le cadavre déchiqueté, il entonne une mélopée sauvage et se met à danser.

Autour de lui s’étend une savane hérissée d’objets dépourvus de sens : tables de céramique, cloisons vitrées. Les graminées s’y mêlent, plus vraies qu’eux et seules familières. Tout est transparent, même cette muraille qui ne cache pas l’horizon, même cet écran blanc au-dessus de sa tête, écran dont se rit le ciel bleu panaché de nuages gris.

Il lance au loin les reliefs de son repas, s’essuie les mains sur la toison qui couvre son corps nu. Elle se confond avec des vêtements que son esprit rejette. Il n’y prend pas garde. Il se met en marche dans la savane. Il avance courbé en avant, balançant lourdement sa légère mâchoire. »

Extrait de : A. Ruellan. « Mémo. »