Étiquette : Denoël

 

Le voyage de Tchekhov par Ian Watson

Fiche de Le voyage de Tchekhov

Titre : Le voyage de Tchekhov
Auteur : Ian Watson
Date de parution : 1983
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Le voyage de Tchekhov

« Anton se pelotonna dans sa veste en peau de mouton sous son imperméable en cuir de style militaire. Tandis que le boghei traversait en cahotant la nuit sibérienne, il contemplait, engourdi, les derniers restes d’herbe de l’année précédente qui brûlaient sur les champs gelés.
Des langues de feu tissaient sur le sol un entrelacs d’or et de rouge qui éclairait parfois vaguement un bosquet de bouleaux. La nuit néanmoins absorbait aussitôt toute chaleur. La route était gelée, dure comme fer. La parcourir donnait parfois l’impression de rouler sur un alignement d’armures étalées côte à côte.
Depuis combien de temps voyageaient-ils ? Était-ce cinq heures ? Huit ? Les chevaux progressaient, telles de stupides machines, et Volodya, le cocher, était depuis longtemps tombé en catalepsie. Mais Anton n’avait pas encore pris le coup pour parvenir à dormir à travers ce genre d’épreuve. »

Extrait de : I. Watson. « Le voyage de Tchekhov. »

La ville au fond de l’oeil par Francis Berthelot

Fiche de La ville au fond de l’oeil

Titre : La ville au fond de l’oeil
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël

Première page de La ville au fond de l’oeil

« Moi, Alexis, le soir tombe à nouveau, et je voudrais comprendre. Jour après jour, je vois grandir la fêlure qui me sépare du monde, tandis que la vie se retire de mes marionnettes. Le castelet qui était ma raison d’être, mon gagne-pain, sombre dans une torpeur proche de l’hébétude, un de ces comas où s’enferment les objets qu’on a offensés. Ici, le printemps a la quiétude de la mer, le vert de l’indifférence. Alors que dans ma tête, ou peut-être là-bas, au pays d’Ambre, une bulle s’est formée dont le contenu m’échappe, noyé dans les motifs cruels des tapisseries d’Orient, inaccessible à la mémoire autant qu’à l’imagination.
Le télégramme de mon frère m’est arrivé pour mon anniversaire. Que cet aventurier s’en soit souvenu, depuis les contrées au visage voilé qu’il sillonne sans trêve, buvant Dieu sait quelle eau, aimant Dieu sait quel corps, m’a rempli d’une joie inexprimable. À Retkah, entre deux reportages, il a pensé à Alexis, et pris le temps de le lui dire. Bénie soit cette ville… »

Extrait de : F. Berthelot. « La ville au fond de l’œil. »

Demain les puces par Patrice Duvic

Fiche de Demain les puces

Titre : Demain les puces
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël

Sommaire de Demain les puces

  • Un logique nommé Joe par Murray Leinster
  • Interface 1 par Patrice Duvic
  • Gaia de Silicium par Tom Maddox
  • Valentina par Joseph Delaney – Marc Stiegler
  • Nous avions tous décidé d’être heureux par Philippe Curval
  • Johnny Mnemonic par William Gibson
  • Interface 2 par Gérard Klein
  • Des réponses par John Sladek
  • Mémoire vive, mémoire morte par Gérard Klein
  • La muse électronique par Hilbert Schenck

Fragments du rêve par Jean-Pierre Vernay

Fiche de Fragments du rêve

Titre : Fragments du rêve
Auteur : Jean-Pierre Vernay
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Sommaire de Fragments du rêve

  • À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où,…
  • Où sont les neiges d’antan ?
  • Congo ?
  • La Grande Terre
  • Histoire pour ceux qui ne croient pas qu’il y eut une grande république d’Ukraine
  • Les guerres étranges
  • Lied pour une Lorelei
  • Beyrouth-sur-Isère
  • En bas
  • Dialectique du plan et de la guerre
  • Roule. Roule.
  • Femmes, agitez vos mouchoirs, le navire s’en va
  • Passante
  • Extase (Ecstasy)
  • Lamantins
  • Amours et voyages pour une enfant pubère
  • Enfants lointains
  • Pavane pour un assassin
  • Holocauste pour un homme seul
  • Albatros
  • La petite fille et le Jardinier
  • Cérémonie à l’ancienne
  • Oscar Wilde est mort. Assassiné.

Première page de À l’heure où ta montre s’arrête, tu regardes le ciel où, blanc-rouge-bleu, tu crois voir le bouclier de Captain America au-dessus de nos têtes

« Dysfonctionnement du serveur ? le terminal présentait un écran ambre que ne parcouraient qu’occasionnellement des interférences. Peut-être un problème de temps de réponse, dû à la saturation du réseau… mais Tcherko ne le croyait pas. Frustré, il mit une gifle à l’écran et retourna à sa bière. Sur le comptoir métallique, il fit deux ronds, qu’il relia par une ligne humide.
Que faisait l’autre ? (Il n’avait jamais pensé à Mason d’une manière personnelle.) Il aurait dû être ici – dans ce bar paumé où la bière avait le goût du maïs avec lequel elle était brassée – depuis deux jours. Avec l’argent. Ou sans. Il aurait dû être ici.
Tcherko but une gorgée, grimaça, appela le loufiat qui rebouchait une bouteille de gin et lui demanda un bourbon dans deux verres.
Le rire forcé d’un des deux gars juchés sur les tabourets voisins pelait les nerfs de Tcherko comme on le fait avec les couches d’un oignon pourri. »

Extrait de : J.P Vernay. « Fragment du rêve. »

Dites-le avec des mots par Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne

Fiche de Dites-le avec des mots

Titre : Dites-le avec des mots
Auteur : Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Dites-le avec des mots

  • Dites-le avec des mots
  • Les portées du silence
  • Vénus aux papiers
  • Le vol de la mésange
  • Les jours d’été
  • Eh ! Et si l’amour des étoiles avait plus de rapports avec la chair qu’on ne le croit ?

Première page de Dites-le avec des mots

« Le papier huilé de la baie vitrée s’était encore décollé. Saleté de vent ! Non seulement il n’y avait pas moyen de garder une seule fenêtre en bon état, mais les turbulences empêchaient aussi le poêle de tirer convenablement ! La pièce était pleine de fumée – une fumée noire et puante.

— Vous n’auriez pas dû l’allumer avec un vieux pneu, monsieur André.

— Taisez-vous, vous ! Encore une remarque et je vous jette dehors. Il ne manque pas de remplaçantes sur le marché du travail… Et je vous le dis pour la dernière fois : ne m’adressez jamais la parole !

André Deligne avait une véritable phobie du dialogue. Tout, toujours, avait déjà été dit par d’autres, avec les mêmes formules, les mêmes mimiques, les mêmes intonations… Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, Deligne avait l’impression de répéter les répliques de tout un tas de gens morts et enterrés depuis longtemps, et se sentait la bouche emplie d’une sorte de goût de pourriture. »

Extrait de : J.P Vernay et E. Jouanne. « Dites-le avec des mots. »

Kosmokrim par Jacques Barbéri

Fiche de Kosmokrim

Titre : Kosmokrim
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Kosmokrim

  • Mondocane
  • Le joueur
  • La mort en ce jardin tel un pilote en son navire
  • Drosophiles
  • La promenade du garçon boucher
  • Kosmokrim
  • Le gardien
  • La lente liquéfaction des ruines mémorielles
  • Jeux de piste
  • Traces

Première page de Mondocane

« La fin de la guerre vit la naissance des hommes-bouteilles et des ruches à homoncules. La guerre avait laissé derrière elle la Terre saignante et boursouflée. Les plaies se remplissaient au fil des années d’eau et de sable, transformant les villes en désert et les continents en îlots.
Ce qui s’était vraiment passé, personne ne le savait. Un glissement de forces, une haine incontrôlable…
Des hommes s’étaient retrouvés attirés par de grands malades, cancéreux, lépreux, diabétiques. Ils étaient tractés par une force mystérieuse, traînés comme des chiens le long des rues poussiéreuses. Aspirés. Et ils s’engouffraient, désarticulés, dans les couloirs des cliniques, des hôpitaux, pour terminer leurs courses dans les salles d’opération, collés au corps du mourant. De gigantesques pyramides se formaient, faisant éclater les murs des édifices, des bâtiments poreux.
De nouvelles montagnes envahissaient ainsi la géographie changeante du globe.
Les plus prévoyants s’étaient rapidement enterrés aux tréfonds d’abris antiatomiques. Une fois toutes les trappes fermées, les derniers maniaques de la protection s’étaient cadenassés dans de vieux blockhaus ou, le cas échéant, derrière les mètres de béton d’usines nucléaires désaffectées. »

Extrait de : J. Barbéri. « Kosmokrim. »

Guerre de rien par Jacques Barbéri

Fiche de Guerre de rien

Titre : Guerre de rien
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Première page de Guerre de rien

« Bor Durin se grattait distraitement le nez. Il n’était ni excité ni angoissé. Sentiments partagés par les autres occupants du wagon blindé. Ils savaient que la décision prise par le comité de Turing était sans appel.
Trente-trois heures auparavant, le long des coursives glacées du Q.G. de Cheebar, Guerre et Paix avait délivré ses conclusions : « L’Eurocentre ne peut plus rester étranger au conflit. Une attaque ennemie est imminente. »
« Mais quel ennemi ? » s’était écrié Durin en arrachant le dériveur synaptique qui calottait son crâne… « Nous ne sommes pas encore en guerre, nous ne pouvons pas avoir d’ennemi déclaré ! » Ernst Klarktung l’avait regardé d’un air débile. « Ça devait arriver », s’était-il contenté de dire. « Notre hideux bébé vient de piquer sa crise… comme tous les autres. »
Bor Durin avait recoiffé le dériveur synaptique : le froid cybernétique. »

Extrait de : J. Barbéri. « Guerre de rien. »

Retour sur l’horizon par Serge Lehman

Fiche de Retour sur l’horizon

Titre : Retour sur l’horizon
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2009
Editeur : Denoël

Sommaire de Retour sur l’horizon

  • Ce qui reste du réel par Fabrice Collin
  • Effondrement partiel d’un univers en deux jours par Emmanuel Werner
  • Tertiaire par Eric Hoistein
  • Une fatwa de mousse de tramway par Catherine Dufour
  • Les fleurs de troie par Jean-Claude Dunyach
  • Pirate par Maheva Otphan-Bugni
  • Trois singes par Laurent Kloetzer
  • Lumière noire par Thomas Day
  • Temps mort par André Ruellan
  • Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais par Léo Henry
  • Penchés sur le berceau des géants par Daylon
  • Dragonmakx par Philippe Curval
  • Terre de Fraye par Jérôme Noirez
  • Je vous prends tous un par un par David Calvo
  • Hiebert Hôtel par Xavier Mauméjean

Le haut-lieu et autres espaces inhabitables par Serge Lehman

Fiche de Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

Titre : Le haut-lieu et autres espaces inhabitables
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 2008
Editeur : Denoël

Sommaire de Le haut-lieu et autres espaces inhabitables

  • Le haut-lieu
  • Le gouffre aux chimères
  • La chasse aux ombres molles
  • Superscience
  • Origami
  • La régulation de Richard Mars

Première page de Le haut-lieu

« L’instant d’avant, l’univers semblait replié sur lui-même, immobile et silencieux, et la pénombre était si dense qu’on l’eût prise pour une chose vivante. Puis, tout s’anima brusquement. Une sonnette émit un bourdonnement, six étages plus bas. La gâche d’une porte d’entrée céda avec un claquement sonore. Des pas résonnèrent sur le dallage. Des voix murmurèrent.

L’ascenseur se mit en marche. C’était un très vieux modèle. Le contrepoids, une lourde masse de fer tapissée de graisse et de poussière, oscilla un instant avant de plonger dans le puits obscur, suivi par une pluie de mouches mortes. Il croisa la cabine entre le troisième et le quatrième étage, tandis que les mouches rebondissaient sur le toit et les vitres latérales en produisant de petits bruits secs, ping ! ping ! ping !

La cabine s’arrêta au sixième. Aucune des deux portes n’était équipée de système automatique et les passagers durent livrer bataille contre les ressorts rouillés de la première avant de pouvoir ouvrir la seconde.

La femme sortit d’abord. Souriante, elle se glissa entre les battants en faisant attention à ne pas froisser son tailleur et prit pied sur le palier avec assurance. »

Extrait de : S. Lehman. « Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables. »

Obsidio par Johan Heliot

Fiche de Obsidio

Titre : Obsidio
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2003
Editeur : Denoël

Sommaire de Obsidio

  • Les maux blancs
  • Retour aux sources
  • Obsidio

Première page de Les maux blancs

« Sur la route du sang.

Un lézard vert et or file dans les fourrés.

L’homme en blanc (un costume de tweed à la mode anglaise, des mocassins vernis, un panama penché sur le côté du crâne) s’arrête. Avec sa gueule ravinée, il ressemble à Chet Baker vieux, à un ange torturé. Mais la comparaison est impossible. D’une part Chet Baker n’est pas vieux, nous sommes en 1955, il est encore le séraphin improbable qui pose en couverture de l’album Young Chet. Il ne connaît pas les canaux d’Amsterdam où l’attend la camarde. D’autre part, l’homme en blanc est jeune à cette époque, il n’a pas trente ans.

Le sang sur la route forme une flaque d’écarlate, qui contraste vivement avec le bitume noir. Garée sur le-bas-côté, une DeSoto cabossée, année quarante-huit ou quarante-neuf les ailes empoussiérées. La vitre du conducteur est constellée d’étoiles. L’homme en blanc en compte cinq, allumées au passage d’autant de balles brûlantes. »

Extrait de : J. Heliot. « Obsidio. »