Étiquette : Editions Lokomodo
Rumeur de guerre par Manuel Essard
Fiche de Rumeur de guerre
Titre : Rumeur de guerre (Tome 2 sur 2 – Les balmes rouges)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1992
Editeur : Editions Lokomodo
Première page de Rumeur de guerre
« Le souverain impérial Hrilf Zorkèr était beau. Assis dans l’ancienne salle du trône du château de la Dame Blanche, il laissait errer son regard sur la longue pièce vide.
À l’habituelle place d’Arquoh, ancien conseiller de la Dame vaincue, un squelette gisait sur les dernières marches. Zorkèr l’avait laissé là, sur le marbre blanc veiné de pourpre, à présent taché par la décomposition du cadavre. Le trépas du vieil homme ne reçut jamais l’intérêt d’un seul instant du monarque.
Toutes les étapes de son irrésistible conquête ne cessaient de tourbillonner dans son esprit satisfait. Mercenaire notoire, il s’en était allé un beau jour dans l’est du continent pour chercher un royaume mystérieux dont nul n’avait jamais vraiment entendu parler, sinon par de vagues allusions, des indices abscons distillés dans des légendes elles-mêmes opaques ; une contrée souterraine peuplée de guerriers nés et n’attendant qu’un chef pour s’élancer à la conquête du monde !
Hrilf Zorkèr, après les confidences évasives d’un moribond dérangé et aveugle, avait décidé qu’il serait ce chef de guerre, ce général impitoyable. »
Extrait de : M. Essard. « Rumeur de guerre – Les balmes rouges. »
Le niwaâd par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de Le niwaâd
Titre : Le niwaâd
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1997
Editeur : Editions Lokomodo
Première page de Le niwaâd
« Tout était couleur de boue à Tamlouk, dans le quartier des mangeurs de cochons, près du fleuve Yamouna : la terre battue des ruelles et le torchis des murs, le lisier qui ruisselait dans les caniveaux et l’eau turbide qui dégouttait des toits, les fumées ocres vomies des cheminées, et l’air, l’air acide aux teintes safranées, l’air si poisseux, si gluant de suie et si empesté d’âcres poisons que des pluies de cadavres d’oiseaux migrateurs s’abattaient parfois sur la ville géante dont la plupart des habitants n’avaient jamais vu le bleu du ciel.
Jamaal Abdul Okiwa et son escorte progressaient à grand peine au travers de la foule compacte qui grouillait autour d’eux. Tous ces gens acclamaient leur idole, scandaient son nom avec ferveur, et tentaient de toucher les pans de sa tunique. Lutteur d’exception, invaincu depuis plus de dix ans et cent-trente-huit combats, le colosse était un héros pour chaque citoyen de Tamlouk. Les mangeurs de cochons le vénéraient sans réserve, bien qu’il appartînt à une ethnie qui avait affronté leur peuple dans des luttes sanglantes lorsqu’ils étaient venus du Nord-Est pour s’établir sur les rives de la Yamouna, plusieurs générations auparavant. »
Extrait de : J.C Chaumette. « Le niwaad. »
Le bal des iguanes par Brice Tarvel
Fiche de Le bal des iguanes
Titre : Le bal des iguanes
Auteur : Brice Tarvel
Date de parution : 2008
Editeur : Editions Lokomodo
Première page de Le bal des iguanes
« — Le jeu est le dernier recours avant l’ennui, soupira Robert Vauquelin, dit Bob, l’ancien truand.
Ne laissant filtrer qu’un mince trait de regard sous ses lourdes paupières de saurien, il fixait ses cartes comme s’il avait en main tous les mandats d’arrêt qui avaient émaillé sa longue et tumultueuse existence.
Henriette Dunoyer, installée face à Vauquelin, de l’autre côté de la table, émit un petit rire idiot, ce qui était chez elle une réponse à tous les propos qu’elle pouvait saisir, même quand elle n’en comprenait pas le sens. Était-elle consciente que cette hilarité imbécile et sporadique était tout ce qu’elle conservait de sa jeunesse depuis longtemps envolée, gâchée en moult minauderies mondaines ? Toujours est-il que, pour qui n’y était pas habitué, ce grelottement aux sonorités cristallines produit par sa gorge garnie de pendeloques de peau fanée ne manquait pas de surprendre avant de faire sourire, puis d’irriter.
— Le jeu, murmura Leufroy Nox en remuant à peine les lèvres, c’est surtout, avec l’incontinence, ce qui rend semblables les deux extrémités de la vie. »
Extrait de : B. Tarvel. « Le Bal des Iguanes. »