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Ces prisons où nous choisissons de vivre par Doris Lessing

Fiche de Ces prisons où nous choisissons de vivre
Titre : Ces prisons où nous choisissons de vivre
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1986
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de Ces prisons où nous choisissons de vivre
« Voilà bien longtemps, un fermier aussi prospère que respecté possédait l’un des plus beaux troupeaux de vaches laitières du pays, si bien que des fermiers de toute la partie méridionale du continent venaient lui demander des conseils. Cela se passait dans l’ancienne Rhodésie du Sud, où j’ai grandi et qui s’appelle maintenant le Zimbabwe. Quant à l’époque, c’était juste après la Seconde Guerre mondiale.
Je connaissais bien ce fermier et sa famille. Il était d’origine écossaise et décida de faire venir d’Écosse un taureau exceptionnel. À cette époque, la science n’avait pas encore découvert comment expédier d’un continent à l’autre par la poste de petits paquets contenant de futurs veaux. L’animal arriva le jour dit, en avion naturellement, et eut droit à un comité d’accueil composé de fermiers, d’amis, de connaisseurs. »
Extrait de : D. Lessing. « Ces prisons où nous choisissons de vivre. »
Alfred et Emily par Doris Lessing

Fiche de Alfred et Emily
Titre : Alfred et Emily
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2008
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de Alfred et Emily
« Les soleils des longs étés du début du siècle dernier ne promettaient que paix et abondance, sans parler de la prospérité et du bonheur. De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu des journées aussi imperturbablement ensoleillées. D’innombrables mémoires et romans l’ont certifié, aussi puis-je affirmer en toute confiance qu’en ce dimanche après-midi d’août 1902, dans le village de Longerfield, le temps était splendide. C’était le jour de la fête annuelle de l’Allied Essex and Suffolk Bank. La scène avait lieu dans une vaste prairie que le fermier Redway prêtait chaque année et qui était occupée par des vaches la plupart du temps. Plusieurs activités se déroulaient simultanément. À l’extrémité de la prairie, le tumulte et les cris d’excitation indiquaient que les enfants jouaient à cet endroit. »
Extrait de : D. Lessing. « Alfred et Emily. »
L’histoire du Général Dann par Doris Lessing

Fiche de L’histoire du Général Dann
Titre : L’histoire du Général Dann (Tome 2 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2005
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de L’histoire du Général Dann
« Il suffirait à Dann de bouger à peine la main, d’un côté ou de l’autre, et ce serait la chute.
Il s’était allongé, comme un plongeur, et se cramponnait à l’extrémité d’une fragile saillie de roche noire, dont la partie inférieure avait été usée par l’eau et par le vent. De loin, on aurait dit un doigt obscur pointé vers la cataracte se déversant sur une paroi de rocs sombres, où elle se volatilisait instantanément en une brume tourbillonnante. Cette vision mouvante fascinait Dann, comme s’il contemplait une falaise rugissante, d’un blanc éclatant. Le bruit l’assourdissait. Il avait l’impression d’entendre des voix l’appeler du fond d’un orage, bien qu’il sût que ce n’étaient que les cris des oiseaux de mer. Ainsi penché, il ne voyait qu’une immense cascade d’eau limpide. S’il levait la tête au-dessus de son bras et regardait devant lui, il apercevait au loin, au-delà de l’abîme au bord duquel il gisait, des nuées basses qui étaient de la neige et de la glace.
Tout était blanc sur blanc, et il respirait l’air frais de la mer, qui nettoyait ses poumons de l’odeur fade et humide du Centre. »
Extrait de : D. Lessing. « L’Histoire du Général Dann – Cycle de l’eau. »
Mara et Dann par Doris Lessing

Fiche de Mara et Dann
Titre : Mara et Dann (Tome 1 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1999
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Flammarion
Première page de Mara et Dann
« La scène qu’enfant, puis adolescente et enfin jeune femme elle s’efforcerait tant de garder en mémoire était assez claire au début. Elle avait été entraînée de force – tantôt portée, tantôt tirée par la main –, par une nuit noire, seules les étoiles étaient visibles, puis on l’avait poussée dans une chambre en lui ordonnant de se taire, et les gens qui l’avaient amenée avaient disparu. Elle n’avait pas prêté attention à leurs visages, à leur aspect, elle était trop effrayée, mais c’était son peuple, le Peuple, elle en était sûre. La chambre ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait connu. C’était un carré, construit avec des rocs énormes. Elle se tenait dans une des maisons rocheuses. Elle les côtoyait depuis toujours. Les maisons rocheuses étaient là où vivaient « les autres », le peuple des Rochers. Pas son peuple à elle, qui les méprisait. Elle avait souvent vu le peuple des Rochers marcher sur les routes, s’écarter vite du chemin à la vue du Peuple, mais l’aversion qu’on lui avait inculquée à leur encontre lui interdisait de bien les regarder. Elle en avait peur, elle les trouvait laids. »
Extrait de : D. Lessing. « Mara et Dann – Cycle de l’eau. »
Les âmes du purgatoire par Prosper Mérimée

Fiche de Les âmes du purgatoire
Titre : Les âmes du purgatoire
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1834
Editeur : Flammarion
Première page de Les âmes du purgatoire
« Cicéron dit quelque part, c’est, je crois, dans son traité De la nature des dieux, qu’il y a eu plusieurs Jupiters, – un Jupiter en Crète, – un autre à Olympie, – un autre ailleurs ; – si bien qu’il n’y a pas une ville de Grèce un peu célèbre qui n’ait eu son Jupiter à elle. De tous ces Jupiters on en a fait un seul à qui l’on a attribué toutes les aventures de chacun de ses homonymes. C’est ce qui explique la prodigieuse quantité de bonnes fortunes qu’on prête à ce dieu.
La même confusion est arrivée à l’égard de don Juan, personnage qui approche de bien près de la célébrité de Jupiter. Séville seule a possédé plusieurs don Juans ; mainte autre ville cite le sien. Chacun avait autrefois sa légende séparée. Avec le temps, toutes se sont fondues en une seule. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Les Âmes du purgatoire. »
Chronique du règne de Charles IX par Prosper Mérimée

Fiche de Chronique du règne de Charles IX
Titre : Chronique du règne de Charles IX
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1829
Editeur : Flammarion
Première page de Chronique du règne de Charles IX
« Non loin d’Étampes, en allant du côté de Paris, on voit encore un grand bâtiment carré, avec des fenêtres en ogive, ornées de quelques sculptures grossières. Au-dessus de la porte est une niche qui contenait autrefois une madone de pierre ; mais dans la révolution elle eut le sort de bien des saints et des saintes, et fut brisée en cérémonie par le président du club révolutionnaire de Larcy. Depuis on a remis à sa place une autre vierge, qui n’est que de plâtre à la vérité, mais qui, au moyen de quelques lambeaux de soie et de quelques grains de verre, représente encore assez bien, et donne un air respectable au cabaret de Claude Giraut.
Il y a plus de deux siècles, c’est-à-dire en 1572, ce bâtiment était destiné, comme à présent, à recevoir les voyageurs altérés ; mais il avait alors une tout autre apparence. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Chronique du règne de Charles IX. »
Le bûcher des immortels par J. Carroll

Fiche de Le bûcher des immortels
Titre : Le bûcher des immortels
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1999
Traduction : H. Collon
Editeur : Flammarion
Première page de Le bûcher des immortels
« En fin de compte, on n’a jamais qu’une seule histoire à raconter. Pourtant, alors qu’on l’a vécue, cette histoire, on n’a ni le courage, ni l’art de la coucher par écrit.
Si j’ai vécu jusqu’ici, si je suis enfin à même d’évoquer ma vie, ce n’est pas pour en donner une version mensongère. À quoi bon, d’ailleurs ? Je n’ai plus personne à épater. Toutes les personnes qui m’ont aimée ou haïe ont disparu, ou bien il ne leur reste que la force de respirer. Sauf une.
Les souvenirs, c’est tout ce qui me reste. Je suis une vieille dame à la tête pleine de réminiscences fragiles comme des coquilles d’œuf. Ce qui ne les empêche pas de demeurer véhémentes, exigeantes. « Souviens-toi de moi ! » clament-elles. Quand ce n’est pas : « Rappelle-toi le chien qui parlait. » Et moi : « Je veux la vérité, souvenirs ! Vous êtes sûrs de ce que vous avancez ? Ou bien récrivez-vous l’histoire pour me réconforter ? »
Il est facile de présenter son meilleur profil au miroir de l’histoire. Seulement l’histoire, elle, elle s’en moque. Je l’ai appris à mes dépens. »
Extrait de : J. Carroll. « Le bûcher des Immortels. »
Le baiser aux abeilles par J. Carroll

Fiche de Le baiser aux abeilles
Titre : Le baiser aux abeilles
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 1998
Traduction : N. Serval
Editeur : Flammarion
Première page de Le baiser aux abeilles
« Je déteste manger seul. C’est une des raisons qui m’ont poussé à devenir célèbre. Le spectacle d’une personne mangeant seule en public a quelque chose d’à la fois pathétique et déplaisant. Mieux vaut encore rester à la maison et dîner devant la télé d’une soupe en boîte et d’une poignée de crackers que d’attendre tout seul à table qu’on vous serve un repas solitaire et mélancolique.
Je déjeunais avec mon agent, Patricia Chase, quand j’ai fait cette réflexion. Patricia est une grande et belle femme avec des couilles en titane. Elle m’a regardé avec une expression qui m’est devenue familière depuis vingt ans que je la connais, un mélange tout à fait unique d’amusement, d’agacement et de réprobation.
« Où vas-tu chercher des idées pareilles, Sam ? Mais je ne connais rien de plus merveilleux que d’être seule à table ! »
Extrait de : J. Carroll. « Le baiser aux abeilles. »
L’aube du huitième jour par J. Carroll

Fiche de L’aube du huitième jour
Titre : L’aube du huitième jour
Auteur : J. Carroll
Date de parution : 2001
Traduction : N. Serval
Editeur : Flammarion
Première page de L’aube du huitième jour
« Ne jamais acheter de vêtements jaunes ni de cuir bon marché : tel est mon credo – un parmi d’autres. Vous savez ce qui me plaît le plus ? C’est de voir des gens se tuer. Ne vous méprenez pas ; je ne parle pas ici des pauvres cloches qui se jettent par la fenêtre ou fourrent leur tête d’abruti dans un sac plastique. Je ne parle pas non plus des tournois de « Mortal Kombat », où une bande de molosses enragés et coiffés en brosse n’arrêtent pas de se sauter à la gorge. Imaginez plutôt un type au visage plombé qui allumerait une Camel en pleine rue et vous recracherait ses poumons à la première bouffée… Bien fait pour toi, mon vieux ! Vive la nicotine, l’acharnement et l’auto-complaisance.
« Eh ! Jimmy, remets-nous ça », braille Sa Majesté Cholestérol, assis au bout du comptoir. Il a le nez rouge comme une pivoine et une tension assez élevée pour l’expédier chez Pluton avec toute sa lignée. Satisfaction, masse, texture… Une crise cardiaque le terrassera en quelques secondes. »
Extrait de : J. Carroll. « L’aube du huitième jour. »
Les guerriers de la nuit par J.-P. Andrevon

Fiche de Les guerriers de la nuit
Titre : Les guerriers de la nuit
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion
Première page de Les guerriers de la nuit
« LA NUIT ROUGE
La nuit est rousse, couleur de la pleine lune ouverte dans une étroite bande de ciel fuligineux, œil de cyclope à la sclérotique ensanglantée. L’homme se tient plaqué à la paroi du canyon dont il sent dans son dos les aspérités rocheuses lui entrer douloureusement dans les côtes. Il doit serrer les paupières, cligner des yeux à cause de la poussière soulevée par le vent qui balaye le défilé, criblant sa figure de grenailles infinitésimales.
L’homme sursaute, ses omoplates entrent un peu plus durement encore en contact avec la roche. Il a cru… mais non, ce n’est qu’une boule d’adobe qui roule en cahotant, charriée par la bourrasque. Ce vent moite ne cessera-t-il jamais ? Les rafales de sable rouge lui masquent toute visibilité au niveau du sol à guère plus de dix mètres. Comment, dans ce cas, faire face avec efficacité à l’approche de »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « Les guerriers de la nuit. »