Étiquette : Fleuve noir
La troisième lune par Laurent Genefort

Fiche de La troisième lune
Titre : La troisième lune
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de La troisième lune
« Depuis un an, son nom était Snaut.
Des bourrasques heurtaient son casque intégral comme des coups de poings élastiques. Engoncé dans la combinaison noire, les hanches comprimées par le harnais de vol, son corps paraissait flotter au centre du balancier de sustentation trapézoïdal, insensible au froid d’altitude. Quatre cent soixante mètres sept dixièmes, précisait la sonde laser. Moins deux degrés centigrades.
De la main gauche, il pesa sur le balancier de gouverne, lâcha une giclée de gaz. Le microléger prit de l’erre, s’inclinant sur l’aile pour s’engouffrer dans le flux ascendant.
Le chuintement du vent grimpa d’un ton. L’obscurité était presque complète, mais le casque amplifiait les lumières scintillantes de la ville qui se déroulait sous lui, ainsi que celle, blafarde, de la troisième lune. La lune des miracles, lui avait confié Avram. Sous la visière se surimprimaient les courbes vert fluo des courants aériens. »
Extrait de : L. Genefort. « La troisième lune. »
L’homme qui n’existait plus par Laurent Genefort
Fiche de L’homme qui n’existait plus
Titre : L’homme qui n’existait plus
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’homme qui n’existait plus
« Des applaudissements saluèrent le départ du cargo. Mais de toute évidence, le cœur n’y était pas. Les huit hommes assemblés dans la rotonde de détente de Kibrilon savaient qu’ils allaient partir eux aussi.
Les écrans disposés sur le pourtour montraient sous divers angles l’appareil accélérant vers Satori pour échapper à la gravité de la planète. Par effet de fronde, comme ils disaient. Le Samedi, vieux tanker pansu à combustion de cinq cent mille tonnes, ressemblait à un concombre d’aluminium strié dans le sens de la longueur.
— L’avant-dernier, murmura Monge, un technicien responsable du circuit sanitaire, en grignotant un gâteau d’apéritif. Direction Bernal. Il ne reste plus que nous, la dernière garde. Le Jour-du-Seigneur appareille dans quatre heures à peine.
Il avait dit Jour-du-Seigneur, et non Dimanche. On ne le voyait guère sans un casque d’audition sur les oreilles. Le petit homme remuant et grassouillet avait une réputation de mélomane érudit. »
Extrait de : L. Genefort. « L’homme qui n’existait plus. »
Haute-enclave par Laurent Genefort

Fiche de Haute-enclave
Titre : Haute-enclave
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Haute-enclave
« Dès qu’il fut seul, le conseiller-sénateur Morje Lartigue ouvrit le sachet d’une pression du pouce, et la pilule roula au creux de sa paume. Il ignorait la composition de la poudre contenue dans la capsule de gélatine noire, il savait seulement qu’elle procurait une mort rapide et indolore. À ses pieds gisait, froissé, le papier rose d’une assignation à comparaître devant le tribunal directorial des Pairs. Machinalement, il vérifia l’ordonnancement de sa tenue d’apparat, brodée sur l’épitoge de la rosace symbolisant l’Entente de l’ensemble des Habitats Humains.
La chambre du palais Lartigue avait la nudité d’une cellule. On avait coutume de l’appeler l’aquarium, à cause du miroir sans tain qui mangeait un pan du mur ouest. Derrière les trente millimètres blindés de la vitre, un tramway à étages faisait pesamment le tour de l’agora Vladmir Kavine, pour se diriger la base de l’axe Merritt, l’un des deux rayons qui reliaient la jante du tore Driov à son moyeu. Les jardins suspendus multicolores de l’agora symbolisaient à eux seuls l’opulence de la capitale. »
Extrait de : L. Genefort. « Haute-enclave. »
Elaï par Laurent Genefort

Fiche de Elaï
Titre : Elaï
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Elaï
« Mon nom est Plaike. Plaike tout court. « Drôle de nom pour un drôle de bonhomme », avait coutume de dire Fraimont.
Fraimont et moi formions une bonne équipe, sans doute parce qu’il était aussi cinglé que moi – assez, en tout cas, pour nous permettre de rester en vie jusqu’à maintenant.
Je dis « maintenant », parce que deux gus nous filaient le train depuis l’aube. Fraimont m’interrogea du regard. Avec sa peau de jais, le buisson crépu de ses cheveux et ses traits épatés, il faisait penser à un grand épouvantail goudronné. Ce que les Aragiens purs et durs, adeptes de la suprématie de la race blanche, nomment un nègre.
J’opinai du chef en réponse : d’accord pour les coincer.
Deux semaines à Callonéo nous avaient permis de connaître le port dans ses moindres recoins. La capitale du Méliador se présentait comme un échiquier dont il valait mieux n’ignorer aucune case. »
Extrait de : L. Genefort. « Elaï. »
Arago par Laurent Genefort

Fiche de Arago
Titre : Arago
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Arago
« Les bandes de cuir du lit craquèrent lorsque Sam Pendrek se retourna. Quelque chose l’avait éveillé.
Ses yeux parcoururent l’agencement de la cabine. Aucune décoration, hormis une plaque de daguerréotype. Le cliché, une lame de cuivre enduite d’un vernis mat, montrait un homme pris au piège d’un site désolé ; alourdi d’un étrange appareillage, l’homme se fondait dans la grisaille morne du marécage de l’Averne. C’était du moins ce que lui avait affirmé le vendeur du souk souterrain de Callonéo. C’était manifestement un faux, patiné, pour donner le change, à la térébenthine. Mais Pendrek s’en fichait. L’image avait une plus grande valeur que celle que pouvait lui conférer une douteuse authenticité.
Il s’assit et un frisson le parcourut. Un bourdonnement grimpait du sol de métal le long de ses mollets. Et avec lui, la sensation qu’un incident s’était produit. Pendrek passa une main sur le duvet de son crâne. Inutile qu’il se recouche, c’en était fait du sommeil. »
Extrait de : L. Genefort. « Arago. »
Lyane par Laurent Genefort

Fiche de Lyane
Titre : Lyane (Tome 3 sur 3 – Les chants de Felya)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir
Première page de Lyane
« D’une pression des talons, Lyane appuya sur les ailes atrophiées de Pliche. L’oivin émit un gloussement contrarié, mais ralentit. Lyane passa une jambe par-dessus les deux sacoches pendant de chaque côté de la croupe. La jeune fille se laissa glisser à terre, lissant la jupe de toile écrue qui descendait jusqu’à ses mollets. Ses pieds nus foulèrent une herbe mauve, aux pointes jaunâtres. La tête bosselée de Pliche s’abaissa, son bec tapissé de squames râpeuses vint se frotter sous son aisselle.
— Pliche, je sais que tu aimes galoper. Si je ne t’arrêtais pas de temps en temps, tu courrais jusqu’au bord du monde, et tu basculerais dans la grande Mer de nuages ! Si je n’étais pas là, que deviendrais-tu ?… Là, on va faire une halte.
Elle avait pris l’habitude de s’adresser à Pliche, bien qu’elle doutât que l’oivin pût comprendre ses propos. Le tout était de ne pas perdre le goût de la parole. Cela avait son utilité, de savoir parler quand l’hiver se montrait trop rude et qu’elle devait aller mendier un logis dans les vilaines villes du Sest. »
Extrait de : L. Genefort. « Lyane. »
De chair et de fer par Laurent Genefort
Fiche de De chair et de fer
Titre : De chair et de fer (Tome 2 sur 3 – Les chants de Felya)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de De chair et de fer
« Le fer entrait dans sa chair. Il s’appelait Lorin, et on l’avait entraîné dans l’abdomen d’une libellule de métal qui ne volait pas comme les oiseaux.
Les côtes du ventre métallique entraient dans l’échine du garçon. À chaque fois qu’il changeait de position, un Vangkana au crâne rasé lui assénait un coup de matraque. Des hématomes marbraient de violet sa peau dorée.
Sa djellaba de lichen tanné, déchirée dans l’action, laissait voir des muscles longs, noués sur une charpente anguleuse. On pouvait lui donner vingt ans. En réalité, il comptait quatre hivers de moins. L’inquiétude altérait ses traits. Son visage se différenciait de celui de ses compagnons par la noirceur de ses cheveux, des yeux symétriquement écartés aux cils féminins, et un nez presque plat.
En cet instant, il ne pensait pas à la souffrance qui fouaillait son dos, ni à ses compagnons de captivité. Il pensait à Soheil. Quelque part, en bas. »
Extrait de : L. Genefort. « De chair et de fer. »
Le labyrinthe de chair par Laurent Genefort

Fiche de Le labyrinthe de chair
Titre : Le labyrinthe de chair (Tome 1 sur 3 – Les chants de Felya)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le labyrinthe de chair
« Les éventails vernis d’écarlate cliquetaient dans le vent pris de folie. Sur les rives de la baie les tigerouges se courbaient en arc, comme s’ils prenaient pour cible le vaisseau qui gravissait péniblement un ciel de lait caillé, poussant au sommet d’une colonne de feu dont le pied de fumée s’estompait déjà.
« — Voilà de quoi sont faits les piliers de leurs temples, répétait à l’envi Assoudim. Ils sont faits de fumée. Ce vaisseau retombera, celui-là sera pour nous, pêcheurs de fer. »
Pourtant il continuait à s’élever. Machinalement, Lorin rajusta sa tunique de lierre de mer tressé, drapée autour de hanches maigres, aux muscles longs. Chaque enfant devait se la fabriquer lui-même, sinon il restait nu. Debout entre les arbres à deux cents pas du rivage, Lorin avait l’illusion de dominer le bord du monde, là où la terre finissait et où commençait la
grande mer du Levant qui n’avait pas de fin. »
Extrait de : L. Genefort. « Le labyrinthe de chair. »
Les voies du ciel par Laurent Genefort
Fiche de Les voies du ciel
Titre : Les voies du ciel (Tome 2 sur 2 – L’opéra de l’espace)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les voies du ciel
« Axelkahn est un chef-d’œuvre de la technologie yuweh. On dit sa voix magique lorsqu’il chante les opéras immortels. Mais quand les bioprocesseurs se taisent dans sa gorge, ce n’est plus qu’un homme comme les autres. Il lui faut survivre tel qu’il est, ou bien retrouver le seul être qui pourra ressusciter sa voix : un Yuweh disparu au sein d’un Habitat Humain, artefact étrange et démesuré connu sous le nom de Bulbes Griffith.
Mais les Yuweh, cette mystérieuse caste de techniciens terraformateurs, sont-ils seulement humains ?
Les Bulbes Griffith seraient, selon la légende, une construction des Vangk, espèce disparue qui a légué à l’humanité les Portes mettant à disposition des milliers de mondes. Vus de l’espace, les Bulbes ne sont pas sans rappeler la représentation enfantine d’une molécule géante : un agrégat de coquilles de plusieurs kilomètres de diamètre, parfois dotées d’atmosphère, rattachées par de vastes tunnels, les jointures. À quoi servaient-ils, avant que les humains ne s’y installent ? En d’autres termes : quelle est la nature des Bulbes Griffith, périodiquement ravagés par les allostéries, redoutables cataclysmes gravifiques suscitant d’innombrables cultes expiatoires ? »
Extrait de : L. Genefort. « Les voies du ciel. »
La compagnie des fous par Laurent Genefort
Fiche de La compagnie des fous
Titre : La compagnie des fous (Tome 1 sur 2 – L’opéra de l’espace)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir
Première page de La compagnie des fous
« Axelkahn était parvenu à l’apogée du dernier mouvement de la Sphinge apprivoisée lorsque sa voix défaillit.
À cette seconde précise commença sa déchéance.
La décence imposait aux artistes de porter un masque en présence des personnalités de Seroa. Celui-ci, spécialement conçu pour l’opéra adapté de la Deuxième symphonie de Zemôn, évoquait plutôt un loup laissant le bas du visage à découvert. Il représentait un vieil archéarque sur le point de mourir. Axelkahn portait un pantalon à lacets qui collait aux cuisses. Il était heureusement drapé dans une toge étudiée pour dissimuler au mieux son
embonpoint.
L’orchestre offrait ce qu’il y avait de mieux dans la Rosace comme musiciens. Ce qui n’empêchait pas les violons de se révéler aussi exécrables que les cuivres. Le balinet le décevait un peu moins – si peu cependant !
La qualité de l’orchestre ne comptait plus dès que son chant s’élevait. »
Extrait de : L. Genefort. « La compagnie des fous. »