Étiquette : Fleuve noir
Les comptes du petit poucet par Adam Saint-Moore

Fiche de Les comptes du petit poucet
Titre : Les comptes du petit poucet
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les comptes du petit poucet
« Georges rampa un instant sur l’épaisse moquette, comme il l’avait vu faire aux soldats dans la jungle, à la télévision, puis se dressa brusquement et brandit la petite mitraillette en plastique qui crachait des étincelles rouges.
— Pan ! pan ! pan ! pan ! hurla-t-il en visant la centaine de silhouettes imaginaires, armées jusqu’aux dents, qui avaient brusquement surgi de la ligne des grandes herbes et des cocotiers. Les féroces guerriers culbutèrent comme des quilles. Ils commençaient même à s’enfuir en criant de peur et Georges se préparait à les pourchasser afin de transformer leur fuite en déroute, quand la mince silhouette de miss Dorothy se dressa devant lui.
— Georges, my dear boy, soyez assez gentil pour me donner cette chose infernale, s’il vous plaît.
La voix était douce mais implacable. Miss Dorothy ne criait jamais. Elle n’avait pas besoin de crier, d’ailleurs. Elle possédait cette douceur qui décourage la révolte. Avec un soupir de résignation, Georges tendit la mitraillette et regarda se fondre dans la brousse les farouches Watutsi. Ils l’avaient échappé belle ! »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Les comptes du Petit Poucet. »
Le sang des idoles par Adam Saint-Moore

Fiche de Le sang des idoles
Titre : Le sang des idoles
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1964
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le sang des idoles
« Alan Gildar regarda autour de lui d’un air attentif. Il avait l’air d’un loup bien élevé, très beau et un peu maigre. Un loup blond. Il tenait cette blondeur de son ascendance germanique. Son père l’avait emmené à New York quand il avait moins d’un an. Il ne gardait de son Allemagne natale qu’un souvenir extrêmement vague et confus ; entre autres, celui d’une grande femme au doux visage qui se penchait vers lui et lui souriait en chantant des chansons. C’était sa grand-mère, la mère de son père.
Alan ne gardait pas un bon souvenir de son séjour à New York. Ils étaient pauvres et la pauvreté est très exactement considérée comme un vice. Alan avait grandi dans les sales coins de Brooklyn et il y avait reçu ce dressage, comme disent les psychologues, qui transforme le plus doux des gosses en une sorte de bête féroce qui se bat pour survivre.
Les terribles « clans » de gosses, les gangs d’adolescents qui règnent littéralement sur les quartiers pauvres à la façon dont les petits féodaux de l’Europe médiévale le faisaient sur leurs fiefs, sont un des problèmes les plus inquiétants de ce temps et nul adolescent ne passe impunément par ce genre d’école. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Le sang des idoles. »
Le feu à la mèche par Adam Saint-Moore

Fiche de Le feu à la mèche
Titre : Le feu à la mèche
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1956
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le feu à la mèche
« Le petit Esteban resserra frileusement le col de son manteau autour de son maigre cou et lança un regard aigu dans la rue. Un vent aigre chassait de minces ondées sur les trottoirs luisants de l’avenue vide. Esteban leva ses yeux fiévreux sur les baies illuminées de l’Ambassade. Accroché au balcon du premier, le drapeau trempé se balançait lourdement comme un pendu. Esteban cracha devant lui, violemment, et se rejeta dans l’ombre de la porte-cochère. La nuit d’hiver descendait lentement sur Washington.
Esteban avait trente ans, à peu près. Son visage émacié, basané et grêlé, était tendu, mais calme. Un visage appliqué comme celui d’un coureur de cent mètres qui ne veut pas manquer le départ. Le gros colt 45 faisait une bosse dans sa poche et il en serrait la crosse comme une main amicale.
Un policier en uniforme, revêtu du large ciré noir, faisait les cent pas sous la pluie, devant la porte de l’Ambassade. Un grand gars costaud à la démarche lourde et assurée. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Le feu à la mèche. »
La nuit du chat par Adam Saint-Moore

Fiche de La nuit du chat
Titre : La nuit du chat
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir
Première page de La nuit du chat
« Le bonhomme était miteux. Toute une vie de difficultés, d’échecs et d’humiliations avait coulé sur ce visage tiré vers le bas, avec ses yeux tristes de clown et sa grande bouche aux commissures affaissées, et, sur ce corps au dos rond, ce dos frileux et craintif qui semblait garder le souvenir de longues séries de coups de pieds aux fesses.
Les vêtements, eux aussi, mystérieusement, avaient une « expression » de résignation. Les vêtements, par une loi singulière, participent de la psychologie de leurs propriétaires et prennent des « rides d’expression », comme disent les typologues. Il existe des vêtements arrogants, enflés, pleins d’eux-mêmes, des vestons paisibles et probes, des pantalons loufoques et des imperméables pervers. Le manteau, pourtant propre, du bonhomme, et son costume étalaient la fatigue, la peur et aussi la ruse.
Car il y avait de la ruse dans ce visage chevalin et morne. Elle se lisait dans les yeux, à la fois observateurs et fuyants qui clichaient à la dérobée, à la sournoise, puis se baissaient vite, comme pris en faute. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « La nuit du chat. »
La dernière battue par Adam Saint-Moore

Fiche de La dernière battue
Titre : La dernière battue
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1968
Editeur : Fleuve noir
Première page de La dernière battue
« Si seulement il avait pu pleuvoir, ça aurait plus ou moins gâché le plaisir de ces messieurs et dames ! Patauger dans des layons noyés de flaques et recevoir des averses quand on lève son fusil, ça calme les plus enragés et ça défraîchit les plus ravissantes tenues de chasse ! Mais non, il allait faire beau ! Il allait même faire très beau. Il suffisait de lever le nez pour s’en rendre compte !
Le ciel virait au rose tendre du côté de l’est et il étendait un grand drap bien tendu, d’un bleu pâle, couleur de gorge de tourterelle, sans une tache, sans une salissure, sans un nuage. En ce moment-ci, le père Dubuc, le garde-chasse, devait inspecter le même ciel, avec son œil infaillible d’adjupète qui inspecte le permissionnaire, et tirailler sa moustache de sanglier d’un air satisfait : ça irait ! Les invités pourraient, en toute quiétude, massacrer les faisans et les lapins de Monsieur. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « La dernière battue. »
Ça se mange froid par Adam Saint-Moore

Fiche de Ça se mange froid
Titre : Ça se mange froid
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ça se mange froid
« La retraite, je la sens venir et s’approcher à la façon d’un petit matin mélancolique qui pointe, inexorablement, à l’horizon. Elle est, chaque jour, plus proche. Chaque jour, quand je me rends au bureau, je la devine qui gagne encore sur moi, qui va me tomber dessus à la date prévue.
Prévue, la date, elle l’est, et par tout le Service. On ne laisse pas partir l’O.P. Paumard, un des vieux de la vieille, comme un simple planton. C’est que je suis quelque chose comme un cas ! Simple O.P. à cinquante-deux ans, après vingt-six ans de service, après avoir fait la carrière type du flic de la P.J. : gardien de la paix, secrétaire suppléant à la Mondaine et aux Garnis, affecté au commissariat du Faubourg Montmartre après le concours de secrétaire, j’ai suivi tout le parcours du flic modèle, sauf le concours de commissaire. Manque de bagage et de diplômes, et aussi le manque de pot : je suis arrivé au mauvais moment, quand la nouvelle génération des forts en thème d’après la Libération rappliquait avec ses diplômes supérieurs et tout le toutim. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Ça se mange froid. »
Les clans de l’étang vert par Adam Saint-Moore
Fiche de Les clans de l’étang vert
Titre : Les clans de l’étang vert (Tome 9 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les clans de l’étang vert
« Athyr se demandait quel était l’âge de la Grande Forêt. Depuis qu’elle pénétrait dans ses profondeurs, avec les hommes du clan, et que son immensité paraissait sans limites, elle s’interrogeait sur ses origines. Avait-elle commencé à croître dès les temps primordiaux ? Ou bien avait-elle surgi sur les décombres, après la Grande Désolation, quand la Terre avait été ravagée par la folie des hommes ?
L’ORGA, la Grande Organisation universelle, n’aimait pas les forêts. Elle les avait supprimées à chaque fois qu’elle l’avait pu. La Planification donnait la terre aux Fermes d’État, et district par district, les zones sylvestres avaient disparu, laissant la place aux champs et aux rizières. Le grand État rationnel savait que les rebelles et les déviants vont toujours se cacher dans les ombres et les labyrinthes des forêts, où l’ordre ne pénètre pas. Et les Matriarches, responsables de la loi, savaient que toutes les vieilles magies, les rêves et les puissances irrationnelles, se réfugient et prennent force dans le silence et la lumière tamisée de ses clairières. C’est pourquoi elles avaient fait abattre, impitoyablement, toutes les zones forestières, là où elles l’avaient pu. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Les clans de l’étang vert – ORGA. »
Les ombres de la mégapole par Adam Saint-Moore

Fiche de Les ombres de la mégapole
Titre : Les ombres de la mégapole (Tome 8 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les ombres de la mégapole
« — Par la Matriarche Originelle ! grommela Bourka, une des Miliciennes qui marchait en tête de la colonne. Pourquoi faut-il de nouveaux territoires ?
— Parce que la population s’agrandit, pardi ! répondit la Gradée qui marchait sur le flanc de la colonne.
La Gradée s’appelait Gloka. C’était une dure à cuire qui avait fait presque toute sa carrière dans les Zones d’Insécurité, et qui en avait ramené les cicatrices qui marquaient son visage et ses bras.
— On manque de bonne terre pour implanter de nouvelles Fermes d’État, reprit-elle, sentencieuse comme une maîtresse d’école. Alors, il faut défricher et trouver des terres qui ne soient pas pourries. Et ça n’est pas facile, dans tous les Districts.
Toutes les Miliciennes hochèrent la tête. Toutes conservaient dans leur mémoire, obscurément présente, l’image de la Terre empoisonnée, telle qu’elle était apparue après la Grande Désolation, avant la fondation de l’UMAT, et que l’ORGA instaure son ordre sur la planète dévastée par la folie des hommes. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « Les ombres de la mégapole – ORGA. »
L’hérésiarque par Adam Saint-Moore

Fiche de L’hérésiarque
Titre : L’hérésiarque (Tome 7 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’hérésiarque
« Les chèvres commençaient à s’égailler à travers la rocaille semée de plantes odoriférantes. C’était comme si elles avaient compris que le vieil Eti, le vieux mâle à tignasse blanche qui les gardait s’était endormi. Il ronflait à l’ombre d’un buisson, et son chien, assis à côté de lui, se taisait.
Orsa regarda le vieil homme d’un œil indifférent. Elle aurait dû, selon le règlement, le réveiller à coups de fouet et lui infliger une punition, mais elle se souciait de cet Eti comme du lézard en train de se chauffer au soleil, à quelques pas des sabots de son cheval. En fait, elle ne le voyait même pas. Pas plus qu’elle ne voyait le troupeau qui s’égaillait le long des pentes. Elle songeait, en écoutant le vent dans les hautes herbes. Quand elle était ainsi, nul bruit ou voix, ou reflet du monde extérieur ne pouvait l’atteindre. Elle pouvait rester de la sorte, immobile, pendant des heures, à écouter ce que seule elle entendait. »
Extrait de : A. Saint-Moore. « L’hérésiarque – ORGA. »
La traque d’été par Adam Saint-Moore

Fiche de La traque d’été
Titre : La traque d’été (Tome 6 sur 9 – ORGA)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de La traque d’été
« Quand le deuxième appel, strident, de la trompette retentit dans la cour, ce fut presque la panique dans la chambrée.
— Magnez-vous les fesses ! gueula la grosse Ghéra, on va encore se démerder pour être les dernières au rassemblement !
Depuis la veille, la grosse Ghéra était sous pression, comme toutes les filles de la patrouille. C’était toujours ainsi, à la fin des stages, à la veille du Grand Rassemblement, quand la Traque allait commencer. Ça mettait les Filumats dans un état d’excitation terrible. Toutes piaillaient et s’agitaient comme une portée de souris ivres.
— Ma dague ? glapit Sekou, une blonde semée de taches de rousseur. Qui m’a piqué ma dague ?
— Elle est là, ta dague ! dit placidement la brune Jova qui la contemplait avec pitié de ses yeux verts. Sur ton pieu ! »
Extrait de : A. Saint-Moore. « La traque d’été – ORGA. »