Étiquette : Fleuve noir
Alice qui dormait par Franck Morrisset

Fiche de Alice qui dormait
Titre : Alice qui dormait
Auteur : Franck Morrisset
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir
Première page de Alice qui dormait
« Les esprits chagrins comparent les centres de Cryogenic Inc. à une énorme poubelle.
Une poubelle de luxe aux tarifs exorbitants, mais une poubelle quand même.
Selon ces médisants, les morts qui attendent de revenir, immergés dans leur bain d’hélium, ne sont pas près de rouvrir les yeux.
Quant aux Réveillés qui profitent de chaque passage dans les médias pour témoigner leur gratitude à la firme de Jason T. Meredith, ils sont accusés d’abus de confiance par les hérauts de la croisade anti-cryogénisation.
Les membres de l’Association de Défense du Droit à l’Oubli, plus modérés, préfèrent penser que ces malheureux ont subi un lavage de cerveau.
Les prêtres du Culte du Dernier Repos traquent jour et nuit les revenants pour les débarrasser du démon. Les plus acharnés laissent des exorcismes standard sur les tridéo-répondeurs de leurs victimes. »
Extrait de : F. Morrisset. « Alice qui dormait. »
La route des soleils par Wildy Petoud
Fiche de La route des soleils
Titre : La route des soleils
Auteur : Wildy Petoud
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de La route des soleils
« L’astroport d’Eurocentreville grouillait de monde. Ce n’était pas la foule cossue qu’on voyait le jour, quand les grands vaisseaux de ligne se posaient en provenance de riches planètes, ou s’envolaient vers d’autres mondes non moins prospères. La nuit appartenait aux petits, aux débrouillards, à ceux qui partaient dans l’espace avec trois bouts de ficelle et un vœu pieux.
Il en avait été ainsi sur Terre depuis le commencement de l’expansion humaine dans la galaxie : à la lumière du soleil se promenaient les bourgeois dont les cartes de crédit débordaient d’unités, ceux dont l’argent électronique achetait les plaisirs et les voyages.
La nuit, il avait fallu laisser une place aux autres. Le gouvernement terrien savait très bien que presque un tiers des transactions ayant cours sur la planète se faisait en argent liquide – théoriquement retiré de la circulation depuis bientôt deux siècles. Aucun système économique ne fonctionne sans transactions illégales, et le coucher du soleil livrait l’astroport aux bricoleurs. »
Extrait de : W. Petoud. « La route des soleils. »
Nickel le petit par Christophe Kauffman
Fiche de Nickel le petit
Titre : Nickel le petit
Auteur : Christophe Kauffman
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Nickel le petit
« — Père ?
— Oui, Nickel ?
— Père, parlez-moi du monde des hommes… Dites-moi le Peuple des Plaines.
Du haut de ses quinze centimètres, Nickel observait son père-choisi travailler à la rédaction d’un nouvel ouvrage, un de ces livres ésotériques dont seuls quelques lutins érudits ont le secret.
Faradz était penché sur le chevalet, profondément plongé, semblait-il, dans la relecture et la correction des dernières pages de son manuscrit. Rien ne transparaissait sur son visage étrange. Ses sourcils broussailleux lui ombraient les yeux et la lumière ne pouvait s’accrocher qu’à ses incisives surdéveloppées, comme celles d’un lapin. »
Extrait de : C. Kauffman. « Nickel le petit. »
Jalin Ka par Christophe Kauffman

Fiche de Jalin Ka
Titre : Jalin Ka
Auteur : Christophe Kauffman
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Jalin Ka
« Dans leur maison de pierre, le vieillard et l’enfant se faisaient croire l’un à l’autre qu’ils dormaient. Il n’y avait qu’un lit dans la pièce nue. Ils dormaient ainsi toutes les nuits, depuis de nombreuses années, et ces nuits avaient renforcé les liens presque filiaux qui les unissaient.
L’enfant n’osait pas se retourner sur sa couche, de peur de réveiller l’homme qui sommeillait à ses côtés.
Le vieillard avait senti le malaise de son jeune compagnon. Il eut une quinte de toux et changea bruyamment de position. L’enfant en profita lui aussi pour se retourner et tous deux purent recommencer à faire semblant de dormir.
Jalin Ka, l’enfant, aimait la nuit. C’était pour lui le seul moment où le fossé qui le séparerait à jamais des Maîtres se comblait un peu. Lorsque son instinct lui soufflait que le monde était plongé dans le noir le plus impénétrable, il se sentait presque leur égal. Dans ces moments-là, le fait que ses yeux ne s’ouvriraient jamais à la lumière ne lui paraissait plus si terrible. Lorsqu’il faisait noir, totalement noir dehors, sa nuit intérieure
n’était plus un obstacle. »
Extrait de : C. Kauffman. « Jalin Ka. »
Pour des soleils froids par Jean-Louis Trudel

Fiche de Pour des soleils froids
Titre : Pour des soleils froids
Auteur : Jean-Louis Trudel
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Pour des soleils froids
« Son horizon se limitait à un montant de porte. Sa vie se confinait à une grotte de métal. Son existence rétrécissait d’heure en heure. Le mur opposé était devenu aussi inaccessible qu’un quasar.
Il ne quittait plus son réduit de quarante cubicos. Le plancher et le plafond étaient cachés jusqu’à mi-hauteur par des étagères de fortune. Il dormait à même le métal tiède et vibrant d’un mur. Il n’avait qu’à s’asseoir et étendre le bras pour cueillir un des vidéo-livres alignés sur les étagères ou une tablette nutritive, mais il devait entamer une reptation de cinq mètres pour atteindre l’aspirateur sanitaire dont le siège fixe était devenu vertical. Se lever pour boire au robinet et défier l’accélération bloquée à quatre gravités représentait une aventure quotidienne.
Parfois, il se hasardait jusqu’à sa porte et glissait un regard en biais — impossible, impensable de pousser la tête plus loin — vers le bas. Vingt mètres dans cette direction qui avait correspondu à l’arrière du vaisseau, la coursive transformée en gouffre faisait un coude. La paroi y portait encore des traces de sang séché. »
Extrait de : J.L Trudel. « Pour des soleils froids. »
Le ressuscité de l’Atlantide par Jean-Louis Trudel

Fiche de Le ressuscité de l’Atlantide
Titre : Le ressuscité de l’Atlantide
Auteur : Jean-Louis Trudel
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le ressuscité de l’Atlantide
« Vivant ! Il était vivant. Pendant un temps qu’il n’aurait pu mesurer, la surprise l’empêcha de formuler une autre pensée que cette triomphante constatation. Puis, il se mit à craindre de rêver.
Est-ce que les morts rêvent ?
Il avait un corps, pourtant. Il y avait un goût âcre au fond de son estomac. Un froid métallique lui glaçait la poitrine par endroits. Il respirait une odeur de désinfectant qui irritait sa gorge desséchée.
Oserait-il ouvrir les yeux ?
Il les ouvrit lentement, soulevant ses paupières collées ensemble par le temps. La pénombre régnait, meublée de quelques mouvements furtifs dont il ne distinguait pas la source. Il cligna des yeux. Au milieu d’un fouillis de lignes et de contours encore confus, il reconnut le bout de son nez. Il avait un nez. Il était vivant !
L’étonnement le paralysa. Vivant ? C’était impossible. Matos se souvenait distinctement qu’il…
Qu’il s’était allongé dans une capsule de stase pour échapper au cataclysme prédit par les savants atlantes. »
Extrait de : J.L Trudel. « Le ressuscité de l’Atlantide. »
Les yeux de la terre folle par Philippe Pastor
Fiche de Les yeux de la terre folle
Titre : Les yeux de la terre folle
Auteur : Philippe Pastor
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les yeux de la terre folle
« Hiéronimus Vox songea en examinant les individus qui l’entouraient que le crime réunissait souvent les plus étranges compagnons. Rakri, d’abord : un grand escogriffe décharné, tout en bras et en jambes, qui arborait le sourire stupide du drogué sentant monter la Glace dans son cerveau cramé. Cet homme était fou, Vox le savait ; qui ne l’était pas dans la Zone ? Ce qui l’ennuyait, c’est que Rakri n’avait rien de l’épave inoffensive qu’il paraissait être. Non que la vacuité de son regard fût feinte ; en cet instant Rakri voguait, bien loin d’ici, dans un territoire imaginaire qui reflétait certainement toute l’étendue de sa béate imbécillité. Mais il avait été si bien conditionné que ses capacités se situaient au niveau du pur réflexe. Il aurait pu tuer en dormant ; c’est ce qui déplaisait à Vox.
Accroupi dans un coin d’ombre, Spice le bourreau astiquait sa prothèse manuelle à l’aide d’un chiffon de soie blanche. Spice au moins ne manquait pas d’intelligence. C’était un ancien ouvrier du Cartel Urbanisme qui avait perdu sa main lors du fameux enfoncement du Connex 8. »
Extrait de : P. Pastor. « Les Yeux de la terre folle. »
La forteresse pourpre par Manuel Essard

Fiche de La forteresse pourpre
Titre : La forteresse pourpre
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de La forteresse pourpre
« Un coup de marteau résonna dans le lointain, tel l’entrechoquement de deux lames volontaires. Les échos montèrent dans le ciel dénué de nuages, roulèrent avec lenteur puis s’estompèrent en fugaces murmures dans les frondaisons de la forêt qui barrait l’horizon de sa chevelure verte et sombre.
Dlizona lança un cri de défi à la face des cieux imperturbables et frappa la terre du talon de ses solerets d’apparat. Elle clama son cri de guerre dans le silence revenu à pas de loup.
Dans la voûte céleste, un arc immense se dessina, scintillant de reflets de bois noir, décochant des traits fantastiques qui se perdaient dans l’invisible de l’outre-horizon.
Sentant son cœur s’emballer sous la subite apparition, Dlizona serra les poings et sa mâchoire carrée se durcit. Elle tendit les mains vers l’arc inaccessible, l’appela à l’aide de cri mais l’arme se mit en mouvement et s’éloignait de plus en plus rapidement. Il disparut bientôt dans les cheveux ébouriffes de la forêt.
Dlizona cracha à terre, plaqua ses mains sur ses hanches puis observa le ciel comme un adversaire à vaincre. »
Extrait de : M. Essard. « La forteresse pourpre. »
Saigneur de guerre par Manuel Essard

Fiche de Saigneur de guerre
Titre : Saigneur de guerre (Tome 1 sur 2 – Les balmes rouges)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Saigneur de guerre
« Le comte Haznit de la Garde Blanche entra dans la grande salle du trône et, de ses yeux violets, chercha la reine. Son regard glissa le long des murs de marbre pâle où d’innombrables armes étaient accrochées. Il avança entre les colonnes hexagonales veinées de pourpre, s’approcha du trône vide, fauteuil de bois sculpté aux couleurs de la Dame du château : un aigle blanc et une épée d’argent. Haznit releva son heaume.
« La reine n’est pas ici… », constata-t-il avec un soupçon de tristesse.
Il allait faire demi-tour et regagner ses quartiers quand un courant d’air caressa sa joue. Le comte Haznit comprit. Il se dirigea vers la lourde tenture violette qui dissimulait un balcon derrière le trône. Il écarta le pan et découvrit la reine appuyée sur la balustrade de marbre.
Haznit admira une fois de plus la beauté de la vieille femme. Les rides, au lieu d’enlaidir le visage pâle, en rehaussaient les traits délicats. Ses yeux, grands et en amande, semblaient dévorer le haut de la face. Une chevelure blanche encadrait l’ovale de la tête, soulignait le violet du regard et reposait sur de frêles épaules. Une longue robe enveloppait le corps maigre, cachant les membres noués par l’arthrose. »
Extrait de : M. Essart. « Saigneur de guerre – Les balmes rouges. »
Une si jolie prison par Manuel Essard
Fiche de Une si jolie prison
Titre : Une si jolie prison (Tome 2 sur 2 – Au nom du Roi)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Une si jolie prison
« C’était la première fois qu’il la rencontrait, dans ce genre de soirées mondaines devenues rares depuis que le Conseil des Huit avait décrété l’état d’urgence. Il ne la connaissait pas, il ne l’avait jamais vue auparavant. Elle était jeune, peut-être vingt ans, un visage innocent où un grand regard bleu ajoutait une touche de douce perversité. Sa peau au grain uni, légèrement pâle, brillait à la vive lumière de l’appartement. Sa longue chevelure blonde aux reflets d’or caressait le haut de ses fesses, qui roulaient sous la mince soie de sa minuscule culotte.
Assis dans un fauteuil profond, un verre d’alcool sur l’accoudoir, Odilon regardait le numéro qu’était en train de faire la belle inconnue. Pour moi tout seul…, songea-t-il avec un égoïsme qui lui était étranger avant les troubles. Ses yeux, verts et brillants, suivaient les lents mouvements de la jeune femme à moitié dénudée : il ne lui restait que son slip et un chemisier transparent. Sous l’étoffe boutonnée, Odilon entrevoyait le relief de ses seins aux courbes généreuses. »
Extrait de : M. Essard. « Une si jolie prison – Au nom du Roi. »