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Dans les mers du Sud par Robert-Louis Stevenson

Fiche de Dans les mers du Sud

Titre : Dans les mers du Sud
Auteur : Robert-Louis Stevenson
Date de parution : 1891
Traduction : M.-L. des Garets
Edition : Gallimard

Première page de Dans les mers du Sud

« Depuis près de dix ans, ma santé n’avait cessé de décliner ; et peu de temps avant d’entreprendre mon voyage, je croyais bien être arrivé au dernier acte de la vie et n’avoir plus rien à attendre que la garde-malade et l’entrepreneur des pompes funèbres. On me conseilla d’essayer des mers du Sud, et l’idée ne me déplut pas de traverser comme un fantôme, et porté comme un ballot, des sites qui m’avaient attiré quand j’étais jeune et bien portant. Je frétai donc la goélette du Dr Merrit, le Casco – soixante-quatorze tonnes –, mis à la voile de San Francisco, vers la fin de juin 1888, visitai les îles de l’Est et me trouvai, au début de l’année suivante, à Honolulu. Une fois là, manquant de courage pour retourner à ma vie de réclusion et à ma chambre de malade, je résolus de filer sous le vent sur une goélette marchande, l’Equateur, d’un peu plus de soixante-dix tonnes, passai quatre mois parmi les Atolls (îles basses de corail) du groupe Gilbert, et atteignis Samoa vers la fin de 1889. »

Extrait de : R.-L. Stevenson. « Dans les mers du Sud. »

Panique à bord par Richard Marsten

Fiche de Panique à bord

Titre : Panique à bord
Auteur : Richard Marsten
Date de parution : 1955
Traduction : J. Herisson
Editeur : Gallimard

Première page de Panique à bord

« Il s’était installé à bâbord, juste devant le poste radar et l’échelle qui montait à la passerelle de commandement. Assis sur une caisse à munitions, il avait la main appuyée contre la pièce de D.C.A. de vingt millimètres. Le canon se trouvait débâché car, ce jour-là, le public était admis à visiter le bateau.

Conformément aux ordres du pacha, il était en treillis bleus. Il n’aimait pas ça, les treillis, à cause des manches courtes, et sans poignet. Vraiment, se disait-il, la tenue de drap aurait été plus indiquée pour le Navy Day.

Il avait l’œil aux aguets, pour le cas où serait survenu un officier car, il ne l’ignorait pas, il se serait fait sonner les cloches, si on l’avait surpris tranquillement assis dans ce coin-là, au moment où le navire grouillait de visiteurs. Mais il ne voulait pas manquer la jeune femme quand elle monterait à bord. De son poste d’observation, juste au-dessous de la passerelle de commandement, il pouvait surveiller à loisir les abords du quai. »

Extrait de : R. Marsten. « Panique à bord. »

Néant à roulettes par Jack Finney

Fiche de Néant à roulettes

Titre : Néant à roulettes
Auteur : Jack Finney
Date de parution : 1957
Traduction : P. Béguin
Editeur : Gallimard

Première page de Néant à roulettes

« J’avais bien envie de sécher mon cours, à deux heures, mais je ne tenais pas plus à rester dans ma chambre qu’à sortir. Je n’étais pas tenté de me saouler, mais je ne voulais pas davantage renoncer à boire, et j’avais déjà vu les deux films qui se donnaient en ville. J’aurais peut-être pu appeler une fille, mais j’étais fauché. Je sortis de ma chambre et longeai le couloir du Foyer universitaire pour me rendre dans la turne de Brick. J’étais en quête de je ne sais quoi, d’une sale histoire peut-être.
J’avais dix-neuf ans et j’étais « cube », c’est-à-dire étudiant de troisième année dans une petite université de l’Illinois. On était au début de juin, mais on aurait aussi bien pu être en février. Depuis des jours et des jours une pluie fine tombait sans interruption. J’étais resté enfermé depuis trop longtemps. Pourtant je me trouvais en parfaite santé, je pesais quatre-vingts kilos et, après tout, je n’étais pas si mal dans le genre brun. Mais j’avais une envie folle de me dépenser. »

Extrait de : J. Finney. « Néant à roulettes. »

Le nouveau soleil de Teur 2 par Gene Wolfe

Fiche de Le nouveau soleil de Teur 2

Titre : Le nouveau soleil de Teur 2 (Tome 6 sur 6 – Livre du second soleil de Teur)
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1987
Traduction : W. Desmond
Editeur : Denoël

Première page de Le nouveau soleil de Teur 2

« J’avais été dans l’incertitude sur ce qui se passerait entre Burgundofara et moi ; mais on nous attribua une même cabine (laquelle faisait peut-être le dixième de la suite que j’avais occupée lors de ma dernière nuit sur le vaisseau) et elle ne formula aucune objection lorsque je l’embrassai et la déshabillai. Elle était, découvris-je, bien moins experte que Gunnie, quoique n’étant pas vierge. Bizarre de se dire que Gunnie et moi n’avions fait l’amour qu’une fois.

Burgundofara m’avoua ensuite que jamais un homme ne l’avait traitée avec autant de douceur ; elle m’embrassa pour me remercier et s’endormit dans mes bras. Je ne m’étais jamais considéré comme un amant tempéré ; je restai quelque temps éveillé à méditer et à écouter, comme je m’étais un jour promis de le faire, les siècles qui filaient contre la coque. »

Extrait de : G. Wolfe. « Le nouveau soleil de Teur 2 – Livre du second soleil de Teur. »

La citadelle de l’Autarque par Gene Wolfe

Fiche de La citadelle de l’Autarque

Titre : La citadelle de l’Autarque (Tome 4 sur 6 – Livre du second soleil de Teur)
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1982
Traduction : W. Desmond
Editeur : Gallimard

Première page de La citadelle de l’Autarque

« Je n’avais jamais vu la guerre, ni même n’en avais parlé longuement avec quelqu’un qui y aurait participé ; mais j’étais jeune et, ayant quelques connaissances de la violence, je m’imaginais que la guerre n’était qu’une nouvelle expérience à faire, comme tout autre chose – comme de disposer d’une certaine autorité à Thrax, ou de m’évader du Manoir Absolu.

Or la guerre n’est pas une nouvelle expérience : c’est un monde nouveau. Ses habitants en sont plus différents des êtres humains que Famulimus et ses amis. Ses lois sont nouvelles, et même sa géographie est différente, car il s’agit d’une géographie dans laquelle le moindre vallon et la plus humble colline peuvent acquérir l’importance d’une grande ville. »

Extrait de : G. Wolfe. « La citadelle de l’Autarque – Livre du second soleil de Teur. »

L’épée du licteur par Gene Wolfe

Fiche de L’épée du licteur

Titre : L’épée du licteur (Tome 3 sur 6 – Livre du second soleil de Teur)
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1981
Traduction : W. Desmond
Editeur : Gallimard

Première page de L’épée du licteur

« L’odeur était dans mes cheveux, Sévérian, dit Dorcas. C’est pourquoi je suis restée sous la cascade de la salle aux pierres brûlantes… j’ignore si le côté des hommes est disposé de la même manière. Et à chaque fois que j’en sortais, je les entendais parler de nous. Elles t’appelaient le boucher noir, et te donnaient aussi d’autres noms que je refuse de répéter.

— Il n’y a rien là que de bien normal, répondis-je. Tu étais la première étrangère, peut-être, à venir fréquenter cet endroit depuis un mois ; il fallait bien s’attendre que l’on parle de toi, et que les rares femmes qui savaient qui tu es en tirent vanité, enjolivant au besoin leur savoir de quelque conte. Quant à moi, j’y suis habitué, et tu ne peux pas ne pas avoir entendu déjà plusieurs fois ce genre d’expressions, sur la route qui nous a menés ici ; j’en ai moi-même relevé. »

Extrait de : G. Wolfe. « L’épée du Licteur – Livre du second soleil de Teur. »

La griffe du demi-dieu par Gene Wolfe

Fiche de La griffe du demi-dieu

Titre : La griffe du demi-dieu (Tome 2 sur 6 – Livre du second soleil de Teur)
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1981
Traduction : W. Desmond
Editeur : Gallimard

Première page de La griffe du demi-dieu

« Pris dans l’unique rayon de lumière, je voyais flotter le visage de Morwenna, délicieusement encadré par une chevelure aussi noire que ma cape ; de son cou, du sang tombait goutte à goutte sur les dalles. Ses lèvres s’ouvrirent silencieusement. Au lieu de dents, je vis alors dans leur mitan (comme si j’avais été l’Incréé glissant un œil par une déchirure du tissu d’éternité pour contempler le Monde du Temps) la ferme, Stachys son mari, secoué de sanglots d’angoisse sur son lit, et le petit Chad, penché sur l’étang, qui baignait son visage enfiévré dans l’eau.

Eusébie, l’accusatrice de Morwenna, hululait au-dehors comme une sorcière. Je m’efforçai d’atteindre les barreaux pour lui dire de se tenir tranquille, mais me retrouvai soudain perdu dans l’obscurité de la cellule. »

Extrait de : G. Wolfe. « La griffe du demi-dieu – Livre du second soleil de Teur. »

La horde du contrevent par Alain Damasio

Fiche de La horde du contrevent

Titre : La horde du contrevent
Auteur : Alain Damasio
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard

Première page de La horde du contrevent

« Le Traceur est à la fois le chef, le guide et le meneur de la horde. Il est en tête de fer et assure le primocontre, dont dépend toute l’allure du groupe. Par sa position, Golgoth décide donc de la Trace, c’est-à-dire du choix de l’itinéraire, des passages à emprunter, des contournements éventuels, en fonction du relief, du terrain et du vent. Ce rôle primordial explique qu’ordinairement, le Traceur soit aussi le chef naturel et qu’il soit reçu partout comme tel.

La singularité de Golgoth tient à ce qu’il se fout d’organiser la vie de la Horde, mais qu’il se concentre exclusivement sur la Trace et le rythme, très soutenu, de contre qu’il impose. Il décrète quand et où s’arrêter, la durée des séjours en village, fixe le départ et l’arrêt.

Les décisions de Golgoth ne sont pas discutées. Seul Pietro a son écoute. »

Extrait de : A. Damasio. « La Horde du Contrevent. »

Petit éloge de l’enfance par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge de l’enfance

Titre : Petit éloge de l’enfance
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2007
Editeur : Gallimard

Première page de Petit éloge de l’enfance

« Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu’il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu’ils agissent par scélératesse.

Il ne faisait pas beau.

Déjà que toutes ces années passées s’étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.

Ce n’est pas tant qu’il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu’il pleut ici – en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. »

Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge de l’enfance. »

Loin en amont du ciel par Pierre Pelot

Fiche de Loin en amont du ciel

Titre : Loin en amont du ciel
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard

Première page de Loin en amont du ciel

« Le soir éclos dans les tréfonds des collines « Aux Arcs » s’insinuait depuis peu, sans hâte, à travers les rideaux de pluie. Alors, le jour commença de décliner, palpitant dans les moires des averses en bourrasques.
Trois coups de feu claquèrent, quatre possiblement, une courte salve loin dans les crachis de pluie. Deux fusils, pour le moins.
Le cavalier eut un léger mouvement de la main de rêne d’appui, sous la toile enduite de la longue pèlerine. Les oreilles droites de sa monture réagirent brièvement. Il écouta, retenant son souffle, mais poursuivit, sans vraiment ralentir, dans cette méchante trouée pénétrée d’eau. Les fers des sabots piochaient dans les pierres roulantes.
Trois – ou quatre ? – coups de fusils. Quelque part au-delà des murs de pluie et de feuilles.
S’ils avaient été réellement tirés. Réellement entendus. »

Extrait de : P. Pelot. « Loin en amont du ciel. »