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Anges de fer, paradis d’acier par Serge Brussolo

Fiche de Anges de fer, paradis d’acier

Titre : Anges de fer, paradis d’acier (Tome 2 sur 2 – Frontière barbare)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2015
Editeur : Gallimard

Première page de Anges de fer, paradis d’acier

« Comme cela se produisait de plus en plus souvent, David Sarella fut réveillé par le martèlement des canons de la Défense Contre Avion qu’accompagnait le cliquetis des douilles d’obus de 20 ou de 35 mm rebondissant sur le béton de la plate-forme de tir au sommet de la forteresse. L’air, alourdi par la puanteur de la poudre brûlée, lui ravagea les sinus et le fit éternuer. Il s’assit au bord du lit en grimaçant. Depuis quelque temps, et sans qu’il fût en mesure de l’expliquer, les douleurs de l’âge mûr se réinstallaient dans son corps pourtant artificiellement rajeuni lors de son séjour à Ozataxa. Tout se passait comme s’il était à la fois jeune et vieux. En lui, semblaient désormais cohabiter un adolescent et un quinquagénaire en perpétuel conflit, et dont les prises de bec avaient pour effet de torturer ses organes, ses os et ses tendons.
Les dents serrées, il se redressa et, s’emparant d’une serviette-éponge, essuya la sueur sur son torse nu. On crevait de chaud dans le bunker de béton qu’il occupait au QG de l’escadron d’artillerie. »

Extrait de : S. Brussolo. « Anges de fer, paradis d’acier – Frontière barbare. »

Frontière barbare par Serge Brussolo

Fiche de Frontière barbare

Titre : Frontière barbare (Tome 1 sur 2 – Frontière barbare)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2013
Editeur : Gallimard

Première page de Frontière barbare

« David Sarella scrutait l’herbe depuis dix minutes à la recherche d’un indice qui aurait pu trahir la nature réelle de cette prairie si verte, si paisible. Il ne parvint qu’à mettre en fuite un lièvre qui, en trois bonds, se propulsa hors de portée de cet étranger dont émanaient des phéromones chargées d’angoisse.

« Pas la peine de vous user les yeux, doc, lâcha le sergent. Vous ne verrez rien. Vous n’entendrez pas la moindre détonation, pas le plus petit cri d’agonie… Tout ça est filtré, recyclé. L’étanchéité est totale. Même les animaux n’ont pas conscience de ce qui se passe sous la terre. »

David s’ébroua, honteux de s’être conduit en touriste. Certes, il n’était pas un débutant, il savait à peu près tout ce qu’il y avait à savoir sur les RUCA — Restricted Underground Conflict Areas —, autrement dit les zones de conflit souterraines, mais il ne pouvait s’interdire d’éprouver la même stupeur mêlée d’émerveillement à chaque nouvelle visite. »

Extrait de : S. Brussolo. « Frontière barbare. »

La maison de l’aigle par Serge Brussolo

Fiche de La maison de l’aigle

Titre : La maison de l’aigle (Tome 2 sur 2 – 3 place de Byzance)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Gallimard

Première page de La maison de l’aigle

« Décembre 1938…
 
C’est alors qu’ils emménagèrent dans la maison de verre. Un atelier d’artiste au sommet d’un immeuble vermoulu du Quartier latin, une bâtisse du XVIe siècle, plantée de guingois au bord de la Seine, prête à basculer dans le fleuve, tels ces clochards ivres qui oscillent au ras des quais. Une maison étroite, bâtie en hauteur. Les marches de l’escalier, usées en leur milieu, avaient été rabotées par deux siècles d’allées et venues. Leur bois, poncé par les semelles, avait la finesse de la soie.
Au sixième étage se tenait l’atelier. Une cage vitrée où la lumière entrait à flots. Dès qu’elle en franchit le seuil, Judith fut assaillie par le vertige. C’était une maison de verre accrochée au bord du vide, une de ces bicoques qu’on voit parfois en haut des falaises, perchées en dépit du bon sens ; frôlant l’abîme. Abris précaires, on sait qu’elles basculeront au prochain éboulement, lorsque le calcaire de leur assise s’effritera sous le travail des marées. À l’intérieur de l’atelier, on n’était préservé de la chute dans le fleuve que par une mince couche de verre courant du sol au plafond. »

Extrait de : S. Brussolo. « 3 place de Byzance – La maison de l’aigle. »

Rivage des intouchables par Francis Berthelot

Fiche de Rivage des intouchables

Titre : Rivage des intouchables
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard

Première page de Rivage des intouchables

« Ce bout de planète, ce bloc d’eau et de sable issu d’on ne sait quelle malice de l’espace, il n’a pas été facile de le nommer. Arrogance de la pierre, fausseté de l’onde, ses deux éléments étaient trop dissemblables, trop rudes, installés dans une haine trop passionnée. Ce sont eux qui ont dicté leur loi. Les efforts des pionniers pour les réduire à un terme n’ont abouti qu’à un catalogue de néologismes, de mots-valises, de collages à l’étymologie creuse, entre lesquels nul n’est arrivé à trancher. En dernier ressort, on s’est résolu à mettre l’accent, justement, sur leur antagonisme. Et c’est ainsi que cet astre s’est vu gratifier par l’Histoire du pire nom qu’il pouvait espérer : Erda-Rann. Ce qui signifie : Terre Divisée.

Dès les premières générations, les colons se sont méfiés les uns des autres. Mutant avec prudence, d’abord, puis abandonnant bientôt toute vergogne, ils ont renié leurs origines pour s’adapter, qui au désert qui à cette mer insane et multiforme – la Loumka. En même temps, ils ont pris l’élément d’en face en aversion. »

Extrait de : F. Berthelot. « Rivage des intouchables. »

Khanaor – l’intégrale par Francis Berthelot

Fiche de Khanaor

Titre : Khanaor – intégrale
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2010
Editeur : Gallimard

Sommaire de Khanaor

  • Solstice de fer
  • Equinoxe de cendre

Première page de Solstice de fer

« En l’an 584 de l’ère chrétienne, Chilpéric, roi de Soissons, périt assassiné sur l’ordre de son épouse Frédégonde, dernier crime de cette servante pour accéder au trône, flaque de sang perdue parmi l’éternité féroce des pouvoirs…

Sur l’île de Khanaor, battue par les lames de l’Atlantique, mais assez éloignée des continents pour jouir d’un isolement farouche, ce drame demeura ignoré. Eût-il même été clamé par les bardes, les tensions grondant depuis la fin de l’hiver lui auraient enlevé tout écho. En ces temps troublés, chacun affrontait sa propre barbarie sans prendre en compte l’ordre global du monde.

À quoi bon, d’ailleurs, évoquer le christianisme à propos d’une contrée où la croyance en Dieu s’était scindée entre l’art des magiciens, le culte des mânes et la hantise de Throg ? Où l’année, de la lune du cygne à celle du renne, se divisait parfois en douze, parfois en treize ? Comment même parler de contrée devant cette terre fragmentée en quatre régions, où le coût du pain, l’architecture des fermes, le sens de la divinité à craindre, différaient du tout au tout ? Khanaor, né des croisements hasardeux de l’histoire, en gardait les contrastes. »

Extrait de : F. Berthelot. « Khanaor – intégrale. »

Les corbeaux de Pearblossom par Aldous Huxley

Fiche de Les corbeaux de Pearblossom

Titre : Les corbeaux de Pearblossom
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1985
Traduction : J. A. & C. Rey
Editeur : Gallimard

Première page de Les corbeaux de Pearblossom

« C’était une voisine, une vague connaissance de Dora avec qui elle échangeait quelques mots lorsqu’elles se rencontraient dans la rue. Seulement, cette fois, cela avait été plus qu’un brin de causette.

– J’ai promis de t’en parler, elle était comme toujours, bizarre, mais… avec quelque chose en plus… j’ai été bouleversée.

Dora avait parlé presque à voix basse à son mari.

– que t’a-t-elle dit? demanda l’inspecteur principal Wexford.

–  » Rod a disparu « , quelque chose comme ça. Et puis, elle m’a demandé si tu pouvais t’en occuper.

Les officiers de police ont d’autres chats à fouetter, d’autant que Wexford était persuadé que son mari était parti avec une autre. Heureusement, elle ne faisait pas partie du district sur lequel il travaillait habituellement. »

Extrait de : A. Huxley. « Les corbeaux de Pearblossom. »

Les Claxton & Le jeune Archimède par Aldous Huxley

Fiche de Les Claxton & Le jeune Archimède

Titre : Les Claxton & Le jeune Archimède
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1930
Traduction : B. Veraldi
Editeur : Gallimard

Première page de Les Claxton & Le jeune Archimède

« Dans leur petit pavillon de banlieue, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. Même le chat était végétarien – du moins officiellement –, même le chat. Ce qui rendait la conduite de la petite Sylvia réellement inexcusable. Car la petite Sylvia était un être humain de six ans, alors que Pussy n’était qu’un animal de quatre ans. Si Pussy pouvait se contenter de légumes, de lait et, comme gâterie, d’un morceau de beurre de cacahuète, lui qui avait du sang de tigre, Sylvia pouvait sûrement s’abstenir de manger du bacon en cachette. Surtout chez quelqu’un d’autre. Qu’il fût arrivé sous le toit de Judith rendait l’incident particulièrement pénible pour les Claxton. C’était leur premier jour chez Judith depuis leur mariage. Martha Claxton avait un peu peur de sa sœur, de sa langue acérée, de son rire, de son irrévérence mordante. Et, de l’aveu même de son mari, elle était assez jalouse du mari de Judith. Les livres de Jack Bamborough étaient non seulement appréciés mais ils se vendaient bien. »

Extrait de : A. Huxley. « Les Claxton – Le jeune Archimède. »

Le ruban moucheté par Arthur Conan Doyle

Fiche de Le ruban moucheté

Titre : Le ruban moucheté et autres aventures de Sherlock Holmes
Auteur : Arthur Conan Doyle
Date de parution : 1956
Traduction : B. Tourville
Editeur : Gallimard

Sommaire de Le ruban moucheté

  • Les cinq pépins d’orange
  • Un scandale en Bohême
  • L’escarboucle bleue
  • Le ruban moucheté

Première page de Les cinq pépins d’orange

« Quand je feuillette mes notes de l’année 1882 à 1890, je constate que Sherlock Holmes a été mêlé à beaucoup d’affaires. Et j’en trouve tellement de captivantes que, avant de fixer mon choix, j’hésite ! Le public en connaît déjà certaines par la presse. D’autres n’ont pas permis à mon ami de déployer toute la gamme de ses prodigieuses qualités : or, l’objet de ce livre est justement de les montrer en action. Par ailleurs, il y en eut quelques-unes qui résistèrent victorieusement à l’habileté de ses analyses, si bien que leur récit ressemblerait à des histoires dont le début serait connu et non la fin. Enfin, plusieurs n’ont été élucidées qu’en partie, et l’explication offerte pour conclure a davantage été basée sur des conjectures que sur l’une de ces preuves logiques absolues dont il était si friand.
En voici un excellent exemple. Répétons que cette affaire n’a jamais été éclaircie totalement ; mais elle est bourrée de détails si extraordinaires, et elle a pris une ampleur si imprévue, que je me laisse tenter à la raconter. »

Extrait de : A.C Doyle. « Le Ruban moucheté et autres aventures de Sherlock Holmes. »

Les opéras de l’espace par Laurent Genefort

Fiche de Les opéras de l’espace

Titre : Les opéras de l’espace – l’intégrale
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2014
Editeur : Gallimard

Première page de Les opéras de l’espace

« Axelkahn était parvenu à l’apogée du dernier mouvement de La sphinge apprivoisée lorsque sa voix défaillit.
Cette seconde précise marqua le prélude de sa déchéance.
 
La décence imposait aux artistes de porter un masque en présence des personnalités de Seroa. Spécialement conçu pour l’opéra adapté de la Deuxième symphonie de Zemön, l’objet tenait davantage du loup, en laissant le bas du visage à découvert. Il représentait un vieil archéarque sur le point de mourir. Axelkahn portait un pantalon à lacets qui collait aux cuisses. Une toge ample, étudiée pour dissimuler au mieux son embonpoint, le drapait.
L’orchestre offrait ce qu’il y avait de mieux dans la Rosace en termes de musiciens. Ce qui n’empêchait pas les violons de se révéler aussi exécrables que les cuivres. Le balinet le décevait un peu moins – si peu cependant !
Cela n’avait guère d’importance. La qualité de l’orchestre ne comptait plus dès lors que son chant s’élevait.
Il y avait foule, comme d’habitude. Des notables bien sûr, mais aussi de simples colons, du moins ceux qui avaient les moyens de payer la place. Les autres devraient se contenter des enregistrements clandestins. Depuis seize ans qu’Axelkahn chantait, il n’existait aucun enregistrement officiel. »

Extrait de : L. Genefort. « Les opéras de l’espace. »

In ze pocket par Walter Tevis

Fiche de In ze pocket

Titre : In ze pocket
Auteur :  Walter Tevis
Date de parution : 1959
Traduction : M. Duhamel
Editeur : Gallimard

Première page de In ze pocket

« Armé d’un volumineux trousseau de clés, Henry, noir et voûté, ouvrit la porte. Il venait de monter par l’ascenseur. Il était neuf heures du matin. L’énorme panneau de bois sculpté, teinté à l’origine façon acajou, avait tourné à l’ébène au bout de soixante années de fumées et de poussière. Henry poussa la porte, mit en place le butoir du bout de son pied bot et entra en boitillant dans la salle.
Il était inutile d’allumer, à cette heure, car les trois immenses fenêtres qui occupaient tout un pan de mur étaient orientées au soleil levant. Par-delà, c’était le plein jour, et un vaste secteur du centre de Chicago. Henry actionna le cordon de tirage et les lourds rideaux se replièrent de chaque côté des fenêtres en un drapé d’une élégance crasseuse, sur un panorama de buildings grisâtres, coupé de tranches de ciel d’un bleu virginal. Henry souleva les panneaux vitrés de quelques centimètres. L’air s’engouffra dans la pièce et de minuscules tourbillons de poussière et de fumée de cigarettes rance commencèrent à tournoyer pour se dissiper presque aussitôt. L’après-midi, les rideaux étaient toujours tirés et les fenêtres hermétiquement closes ; on ne renouvelait l’air que le matin. »

Extrait de : W. Tevis. « In ze pocket. »