Étiquette : Gallimard
La griffe du demi-dieu par Gene Wolfe

Fiche de La griffe du demi-dieu
Titre : La griffe du demi-dieu (Tome 2 sur 6 – Livre du second soleil de Teur)
Auteur : Gene Wolfe
Date de parution : 1981
Traduction : W. Desmond
Editeur : Gallimard
Première page de La griffe du demi-dieu
« Pris dans l’unique rayon de lumière, je voyais flotter le visage de Morwenna, délicieusement encadré par une chevelure aussi noire que ma cape ; de son cou, du sang tombait goutte à goutte sur les dalles. Ses lèvres s’ouvrirent silencieusement. Au lieu de dents, je vis alors dans leur mitan (comme si j’avais été l’Incréé glissant un œil par une déchirure du tissu d’éternité pour contempler le Monde du Temps) la ferme, Stachys son mari, secoué de sanglots d’angoisse sur son lit, et le petit Chad, penché sur l’étang, qui baignait son visage enfiévré dans l’eau.
Eusébie, l’accusatrice de Morwenna, hululait au-dehors comme une sorcière. Je m’efforçai d’atteindre les barreaux pour lui dire de se tenir tranquille, mais me retrouvai soudain perdu dans l’obscurité de la cellule. »
Extrait de : G. Wolfe. « La griffe du demi-dieu – Livre du second soleil de Teur. »
La horde du contrevent par Alain Damasio

Fiche de La horde du contrevent
Titre : La horde du contrevent
Auteur : Alain Damasio
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Première page de La horde du contrevent
« Le Traceur est à la fois le chef, le guide et le meneur de la horde. Il est en tête de fer et assure le primocontre, dont dépend toute l’allure du groupe. Par sa position, Golgoth décide donc de la Trace, c’est-à-dire du choix de l’itinéraire, des passages à emprunter, des contournements éventuels, en fonction du relief, du terrain et du vent. Ce rôle primordial explique qu’ordinairement, le Traceur soit aussi le chef naturel et qu’il soit reçu partout comme tel.
La singularité de Golgoth tient à ce qu’il se fout d’organiser la vie de la Horde, mais qu’il se concentre exclusivement sur la Trace et le rythme, très soutenu, de contre qu’il impose. Il décrète quand et où s’arrêter, la durée des séjours en village, fixe le départ et l’arrêt.
Les décisions de Golgoth ne sont pas discutées. Seul Pietro a son écoute. »
Extrait de : A. Damasio. « La Horde du Contrevent. »
Petit éloge de l’enfance par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge de l’enfance
Titre : Petit éloge de l’enfance
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2007
Editeur : Gallimard
Première page de Petit éloge de l’enfance
« Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu’il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu’ils agissent par scélératesse.
Il ne faisait pas beau.
Déjà que toutes ces années passées s’étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.
Ce n’est pas tant qu’il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu’il pleut ici – en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. »
Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge de l’enfance. »
Loin en amont du ciel par Pierre Pelot

Fiche de Loin en amont du ciel
Titre : Loin en amont du ciel
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard
Première page de Loin en amont du ciel
« Le soir éclos dans les tréfonds des collines « Aux Arcs » s’insinuait depuis peu, sans hâte, à travers les rideaux de pluie. Alors, le jour commença de décliner, palpitant dans les moires des averses en bourrasques.
Trois coups de feu claquèrent, quatre possiblement, une courte salve loin dans les crachis de pluie. Deux fusils, pour le moins.
Le cavalier eut un léger mouvement de la main de rêne d’appui, sous la toile enduite de la longue pèlerine. Les oreilles droites de sa monture réagirent brièvement. Il écouta, retenant son souffle, mais poursuivit, sans vraiment ralentir, dans cette méchante trouée pénétrée d’eau. Les fers des sabots piochaient dans les pierres roulantes.
Trois – ou quatre ? – coups de fusils. Quelque part au-delà des murs de pluie et de feuilles.
S’ils avaient été réellement tirés. Réellement entendus. »
Extrait de : P. Pelot. « Loin en amont du ciel. »
Les jardins d’éden par Pierre Pelot

Fiche de Les jardins d’éden
Titre : Les jardins d’éden
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2020
Editeur : Gallimard
Première page de Les jardins d’éden
« Bien entendu tu es content d’être sorti du fracas. Sauf que tu en traînes toujours des lambeaux avec toi, que l’échappée prend son temps, la garce, qu’on dirait bien n’en avoir jamais vraiment fini avec elle, au fond.
La bécasse de l’accueil leva de ses mots fléchés un œil qu’elle figea sur lui, le laissant venir à elle dans l’entrebâillement de sa paupière, sans trembler d’un cil.
La porte à tambour antédiluvienne émettait toujours le même soupir hoquetant, au démarrage. Seuil franchi, il s’était retrouvé tout net une bonne poignée d’années en arrière. Coincé dans la grimace d’un autre présent.
— Salut, Jip, dit la bécasse.
Paulette. Pareille à elle-même, irrémédiablement inaltérée, femme tronc derrière son meuble, dans un de ses immuables pulls à col roulé plus ou moins lâches – seul accommodement aux saisons – qu’elle portait indifféremment par canicule et neige de décembre, clim ou pas clim. »
Extrait de : P. Pelot. « Les jardins d’Eden. »
L’été en pente douce par Pierre Pelot

Fiche de L’été en pente douce
Titre : L’été en pente douce
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1980
Editeur : Gallimard
Première page de L’été en pente douce
« Il n’était pas du genre à se laisser impressionner facilement – du moins en apparence –, mais tout de même, la lecture du journal, rubrique « avis de décès », semblait lui avoir porté un coup. Il avait juré, grommelé des choses, et Lilas avait compris le principal. Pour confirmation, elle s’était reportée au journal. Depuis, Fane n’avait pas desserré les dents. Ou presque. Juste pour des banalités. Et pour enguirlander Lilas qui n’en finissait pas de se préparer. Lui, il s’était vaguement passé un coup de peigne dans les cheveux, c’est tout. Il n’avait pas mangé.
Fane transpirait. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front ridé, coulaient dans ses yeux, le long de son gros nez, puis se décrochaient n’importe comment et tombaient un peu partout, sur sa chemise, son pantalon, sur ses mains – la droite gantée et la gauche nue – sur le volant. »
Extrait de : P. Pelot. « L’été en pente douce. »
Serpentine par Mélanie Fazi

Fiche de Serpentine
Titre : Serpentine
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Sommaire de Serpentine
- Serpentine
- Elégie
- Nous reprendre à la route
- Rêves de cendre
- Matilda
- Mémoires des herbes aromatiques
- Petit théâtre de rame
- Le faiseur de pluie
- Le passeur
- Ghost town blues
Première page de Serpentine
« La boutique ne paie pas de mine, coincée entre une épicerie ouverte la nuit et un troquet mal éclairé. Elle ressemble en tout point à celle de l’homme qui m’envoie ici, celle où Imène m’avait conduit en premier lieu. Rien ne transparaît de l’extérieur : on a placardé sur les vitres des motifs par dizaines, moins pour attirer le client que pour masquer l’autre côté, comme une boîte hermétiquement close dont rien ne filtre. On y accède par une volée de marches, une fois poussée la porte qui ne s’ouvre qu’au deuxième coup d’épaule. Au-dessus, une pancarte annonce la couleur :
SERPENTINE
TATOUAGES & PIERCINGS
Lettres souples et tout en courbes autour desquelles se tortillent vipères et cobras, sous l’œil d’une salamandre tapie dans un coin. Deux serpents s’enroulent nonchalamment autour du S et du T majuscules. »
Extrait de : M. Fazi. « Serpentine. »
Arlis des forains par Mélanie Fazi

Fiche de Arlis des forains
Titre : Arlis des forains
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Première page de Arlis des forains
« Quand les forains débarquaient en ville, il y avait toujours des gamins de mon âge pour venir traîner autour des caravanes. Le plus souvent, ils se tenaient à l’écart sans oser s’en approcher, comme s’ils craignaient qu’elles soient gardées par des bêtes sauvages. Ou parce que les forains, forcément, devaient être des gens bizarres. Pensez donc, ils n’avaient même pas de toit fixe ! Alors les gamins observaient notre petit manège et s’amusaient à deviner quelles seraient les attractions. Pour l’instant, tout restait possible : on pouvait se prendre à espérer monts et merveilles, de quoi occuper ces après-midi d’été interminables. Mais bientôt la fête serait installée, prête à les accueillir, forcément moins fabuleuse que celle dont ils avaient rêvé. L’arrivée des forains suscitait toujours une excitation unique, car c’était le moment où tout restait à faire. »
Extrait de : M. Fazi. « Arlis des forains. »
L’ève future par Auguste de Villiers de L’Isle-Adam

Fiche de L’ève future
Titre : L’ève future
Auteur : Auguste de Villiers de L’Isle-Adam
Date de parution : 1886
Editeur : Gallimard
Première page de L’ève future
« A vingt-cinq lieues de New York, au centre d’un réseau de fils électriques, apparaît une habitation qu’entourent de profonds jardins solitaires. La façade regarde une riche pelouse traversée d’allées sablées qui conduit à une sorte de grand pavillon isolé. Au sud et à l’ouest, deux longues avenues de très vieux arbres projettent leurs ombrages supérieurs vers ce pavillon. C’est le n° 1 de la cité de Menlo Park.–Là demeure Thomas Alva Edison, l’homme qui a fait prisonnier l’écho.
Edison est un homme de quarante-deux ans. Sa physionomie rappelait, il y a quelques années, d’une manière frappante, celle d’un illustre Français, Gustave Doré. C’était presque le visage de l’artiste traduit en un visage de savant. Aptitudes congénères, applications différentes. Mystérieux jumeaux. »
Extrait de : A. de Villiers de L’Isle-Adam. « L’ève future. »
Histoires insolites par Auguste de Villiers de L’Isle-Adam

Fiche de Histoires insolites
Titre : Histoires insolites
Auteur : Auguste de Villiers de L’Isle-Adam
Date de parution : 1888
Editeur : Gallimard
Sommaire de Histoires insolites
- La céleste aventure
- Un singulier chelem !
- Le jeu des grâces
- Le secret de la belle Ardiane
- L’héroïsme du docteur Hallidonhill
- Les phantasmes de M. Redoux
- Ce Mahoin !
- La maison du bonheur
- Les amants de Tolède
- Le sadisme anglais
- La légende moderne
- Le navigateur sauvage
- Aux chrétiens les lions !
- L’agrément inattendu
- Une entrevue à Solesmes
- Les délices d’une bonne oeuvre
- L’inquiéteur
- Conte de fin d’été
- L’Etna chez soi
Première page de La céleste aventure
« Maintenant que sœur Euphrasie, cette enfant divine, s’est enfuie dans la Lumière, pourquoi garder encore le mot terrestre du « miracle » dont elle fut l’éblouie ? Certes, la noble sainte3 – qui vient de s’endormir, à vingt-huit ans, supérieure d’un ordre de Petites-Sœurs des pauvres, fondé par elle, en Provence – n’eût pas été scandalisée d’apprendre le secret physique de sa soudaine vocation : la voyance de son humilité n’en eût pas été troublée un seul instant ; – toutefois, il sera mieux que je n’aie parlé qu’aujourd’hui.
À près d’un kilomètre d’Avignon s’élevait, en 1860, non loin d’atterrages verdoyants, en amont du Rhône, une bicoque isolée, d’aspect sordide ; ajourée, à son unique étage, d’une seule fenêtre à contrevents ferrés, elle s’accusait, bien en vue d’une protectrice caserne de gendarmerie – sise aux confins des faubourgs, sur la route. »
Extrait de : A. de Villiers de L’Isle-Adam. « Histoires insolites. »