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L’empire invisible par Jérôme Noirez

Fiche de L’empire invisible

Titre : L’empire invisible
Auteur : Jérôme Noirez
Date de parution : 2015
Editeur : Gulf Stream

Première page de L’empire invisible

« La nuit est rouge. Les étoiles sont des caillots de sang. Je n’entends plus mon propre souffle. La douleur s’efface, la peur aussi.

C’est la fin.

Ô Jésus, accueille-moi dans ton royaume. De ce côté-ci de l’éternité, nous avons tant souffert. Punis les méchants et console les innocents, ô Jésus.

J’entends les chiens aboyer, partout, d’Anderson à Abbeville, et dans le ciel aussi, comme une meute emportée par une tornade. Ils me trouveront bientôt. Ils trouveront mon cadavre et planteront leurs crocs dans ma gorge.

Ô Jésus, petit enfant de Dieu, fais en sorte qu’ils ne me dévorent pas. Je ne veux pas être dévorée par les chiens. Je veux monter au paradis, entière, avec mon visage, mes mains et mes seins, ô Jésus. »

Extrait de : J. Noirez. « L’Empire invisible. »

Fleurs de dragon par Jérôme Noirez

Fiche de Fleurs de dragon

Titre : Fleurs de dragon
Auteur : Jérôme Noirez
Date de parution : 2008
Editeur : Gulf Stream

Première page de Fleurs de dragon

« Assis sur les genoux, le dos raide, Shigeru observe avec dédain la petite auberge dans laquelle lui et ses compagnons ont fait halte à la nuit tombée : une masure sale et malodorante seulement éclairée par les braises mourantes d’un foyer creusé à même la terre battue. Le vieillard édenté et bossu qui tient l’établissement ne leur a servi que des kakis séchés et du thé à l’arrière-goût de poisson.

— Je veux du saké ! gronde le samouraï en frappant le plancher avec l’extrémité du fourreau de son sabre.

Ses cinq compagnons acquiescent. Passer une soirée sans vider quelques cruchons de saké et sans jouer aux dés leur semble tout bonnement impensable. »

Extrait de : J. Noirez. « Fleurs de dragon. »

Desolation road par Jérôme Noirez

Fiche de Desolation road

Titre : Desolation road
Auteur : Jérôme Noirez
Date de parution : 2011
Editeur : Gulf Stream

Première page de Desolation road

« Gayle Hudson était du genre chétif. Quand il était gosse, à l’école, on le surnommait Twisted Nail, « clou tordu », parce qu’il avait tendance à se tenir voûté, une mauvaise habitude qu’il n’avait pas perdue, du reste. Il était né avec le siècle, et, en 1917, quand l’Oncle Sam avait pointé son doigt autoritaire vers lui, il avait voulu s’engager volontairement. L’Amérique avait besoin de lui. Il y croyait alors. On l’avait réformé à la première visite médicale, à cause de sa taille et de son poids. « Mon gars, si une bombe explose à côté de toi, tu t’envoles jusqu’en Russie », lui avait dit le médecin en riant. Gayle n’était pas taillé pour la guerre, pour l’aventure, il valait mieux qu’il manie un crayon plutôt qu’un fusil, et il avait fini par se faire à cette idée. C’était un garçon têtu, terriblement têtu, opiniâtre des pieds à la tête. Ça se voyait dans sa démarche, quand il fendait la foule des rues de Los Angeles avec la détermination d’un homme décidé à commettre un meurtre de sang-froid, juste parce qu’il lui prenait l’envie subite d’aller boire un verre dans l’un de ses bars favoris. »

Extrait de : J. Noirez. « Desolation road. »

Brainless par Jérôme Noirez

Fiche de Brainless

Titre : Brainless
Auteur : Jérôme Noirez
Date de parution : 2015
Editeur : Gulf Stream

Première page de Brainless

« Ces images vous sont familières, toutes les télévisions du monde les ont diffusées en boucle durant plusieurs jours : des voitures de police cernant l’entrée du lycée, des ambulances garées sur les pelouses, des blessés sanglés sur des civières attendant qu’on les évacue, des survivants hébétés ou en pleurs, la fumée noire de l’incendie qui surplombe les toits comme un géant informe, la correspondante de CNN qui commente en direct l’événement, ses sursauts et ceux de son caméraman à chaque détonation, les témoignages confus des élèves recueillis sur le trottoir : « C’est un massacre ! Il y a des morts partout ! Ils sont sans pitié ! Seigneur, ils tuent tout le monde ! » Vous vous souvenez, n’est-ce pas ?

Personne n’a oublié la date du 21 septembre 2014, la tuerie du lycée de Vermillion, la pire tuerie scolaire de l’histoire des États-Unis.

J’y étais. J’ai vécu ça de l’intérieur.

Par la suite, on a essayé de me faire passer pour un héros. Moi, avec mon ventre qui fait des plis, avec ma tête ronde et mon menton épais, avec mes cheveux trop fins, d’une couleur parfaitement quelconque, qui partent en épis au premier coup de vent, avec mes fringues ringardes et mes vieilles baskets… Tu parles d’un héros. »

Extrait de : J. Noirez. « Brainless. »