Étiquette : H&O
Le hasard et la nuit par Serge Brussolo

Fiche de Le hasard et la nuit
Titre : Le hasard et la nuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2020
Editeur : Editions H&O
Première page de Le hasard et la nuit
« C’est encore le même cauchemar. Encore et toujours. Un souvenir vu et revu au cours des années.
La ville est là, empilement de taudis bâtis sur des ruines. Ordures gigognes dont le cœur n’est plus que cendre. Empilement branlant qu’un prochain séisme éparpillera au moindre éternuement tellurique…
Julia a dix ans, elle court à perdre haleine. Ses épaules, à force de heurter les parois du couloir trop étroit, sont à vif, mais elle n’éprouve aucune douleur, la peur est plus forte. À travers les bourdonnements que le sang vrille dans ses tympans, elle capte les hurlements de P’pa et de M’man lancés à ses trousses. La voix de sa mère, d’abord :
— Reviens ! C’est pour ton bien, tu le sais…
Puis celle du père :
— C’est un grand honneur qu’on nous fait ! Tu es assez grande pour le comprendre. Tu vas attirer la honte sur notre famille ! Tu veux qu’on se fasse lapider, c’est ça !
Julia n’écoute pas. À bout de souffle, elle puise dans ses réserves d’énergie. Elle sait que la ville et son dédale peuvent la sauver pourvu qu’on lui accorde le temps de s’y perdre. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le hasard et la nuit. »
Cendres vives par Serge Brussolo
Fiche de Cendres vives
Titre : Cendres vives
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2020
Editeur : H&O
Première page de Cendres vives
« Cette nuit, à quatre heures, j’ai encore fait l’horrible et stupide cauchemar de la statue.
Je me suis réveillé couvert de sueur, haletant, essayant d’aspirer l’air à pleins poumons.
Dès que j’ai commencé à bouger, les lumières de la maison se sont allumées sous l’impulsion des détecteurs de mouvement.
La voix féminine du synthétiseur a résonné :
— Tout va bien, Monsieur, les données biométriques qu’on m’a communiquées confirment que vous êtes la seule personne occupant le périmètre de sécurité. La surface d’habitation est sécurisée. Aucun intrus, même de petite taille, n’est entré.
J’en suis venu à détester cette parole artificielle, ses modulations maternelles m’irritent. Elle a toujours l’air de s’adresser à un enfant apeuré. Mais, au demeurant, que suis-je d’autre ?
— Baisse l’intensité ! ai-je grogné, comme si l’ordinateur régissant les fonctions de protection de cette smart house était en mesure de détecter ma mauvaise humeur.
Avec une seconde de retard, les spots incrustés dans le plafond sont passés de « plein soleil » à « soirée d’été », cessant de m’aveugler. »
Extrait de : S. Brussolo. « Cendres vives. »