Étiquette : La fille de l’archer
Le suaire écarlate par Serge Brussolo
Fiche de Le suaire écarlate
Titre : Le suaire écarlate (Tome 2 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : I2N
Première page de Le suaire écarlate
« Elle se nomme Catherine, elle a quatorze ans et des cheveux aussi frisés que la laine des moutons qu’elle a l’habitude de mener paître sur la colline des Averneaux.
Elle s’est débarrassée de ses sandales pour goûter la joie de marcher pieds nus dans l’herbe fraîche. Sa vie est faite d’une addition de plaisirs simples. Elle a tôt appris qu’il fallait s’en contenter car l’existence des humbles est brève, souvent interrompue par le passage capricieux d’une épidémie ou le surgissement furieux d’une troupe armée qui viole, saccage et tue. Elle a vite compris combien il était vain de faire de grands projets. Mieux vaut vivre dans l’instant et se réjouir de n’avoir pas encore la gorge tranchée. Elle n’a plus d’illusions ; l’année dernière, elle a vu ce que les soldats avaient laissé de Montauvert, le village voisin, au terme d’une ripaille de trois jours et trois nuits. Elle a aidé sa mère et sa sœur à laver les corps des femmes éventrées, et ceux des bébés empalés sur des piques. Elle a elle-même enveloppé dans un suaire sa grande amie, Ninette, qui avait partagé ses jeux de petite fille. Ninette, qui plantait dans la terre de minuscules fanions jaunes pour attirer les lutins. Ninette, qui aurait tellement voulu être une fée… »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Suaire écarlate – La fille de l’archer. »
La fille de l’archer par Serge Brussolo
Fiche de La fille de l’archer
Titre : La fille de l’archer (Tome 1 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2012
Editeur : Fleuve noir
Première page de La fille de l’archer
« La foire est un trou punais, un lieu où l’on peut à son aise, et selon la terminologie des édiles, lascher ses eaues et aysemens…
La foire bourgeonne au pied des remparts, agglutinant ses tentes aux vives couleurs. Le vacarme est effrayant, les odeurs se font lourdes. La dernière averse a changé le sol en un champ boueux où les badauds piétinent allégrement, crottant chausses, brodequins et pigaches. Les dames, elles, essayent de sauvegarder leurs robes en empruntant les chemins de planches disposés au long des baraques. Les goinfres, gavés de gaufres et de cidre, connaissent les affres de la colique et se soulagent à l’abri de paravents de joncs tressés, ou derrière une tente. Leurs excréments vivifient le fumet ambiant ; qu’importe ! tout à l’heure on lâchera les cochons éboueurs qui s’engraisseront de ces déchets.
Il y a le cracheur de feu, l’équilibriste, le jongleur, l’homme qui s’enfonce des épingles dans les joues sans cesser de sourire, l’enfant araignée aux membres tordus qu’on peut replier dans un panier d’osier où il tient à peine plus de place qu’un chaton. »
Extrait de S. Brussolo. « La Fille de l’Archer – La Fille de l’Archer. »