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Mondocane par Jacques Barbéri

Fiche de Mondocane

Titre : Mondocane
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2016
Editeur : La Volte

Première page de Mondocane

« Les collines bleues ressemblaient à des nuages de glace flottant sur l’horizon. La peau du lac floculait légèrement sous la morsure du gel naissant. Sous la surface, d’étranges plantes aux corolles sphériques ralentissaient le temps. Le paysage glissait autour de la barque telle une gigantesque sculpture.
— Les algues larguent des bulles d’ammoniaque, m’expliquait mon père. En remontant vers la surface, elles se retrouvent piégées par la glace.
J’adorais l’écouter. Il transformait un simple décor en un vaste laboratoire d’expérimentations baroques.
— C’est l’époque idéale pour la pêche… Regarde… Là  !
Il m’indiquait du doigt une forme noire qui ondulait sous les bulles captives.
— Les baratidas ont faim. Ils se préparent à hiberner et les vers de vase se font rares. Si nous n’en ramenons pas au moins une dizaine, nous sommes des moins que rien.
En effet, les cannes se plièrent. Et les poissons s’amoncelèrent dans le grand seau posé au centre de la barque… »

Extrait de : J. Barbéri. « Mondocane.»

Mémoires de sable par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Mémoires de sable

Titre : Mémoires de sable
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 2015
Editeur : La Volte

Première page de Mémoires de sable

« La salle, gigantesque, était plongée dans une pénombre bleutée. Les gestes de La Tête paraissaient floutés, comme s’ils prenaient place dans plusieurs dimensions à la fois. Cette impression était-elle imputable à la nature fantomatique de l’éclairage et à la peur qu’engendrait la terrifiante pression de l’autorité suprême ? Ou bien à une réalité tangible qui situait La Tête au-delà de l’humain ? Difficile de trancher. Elle se déplaçait derrière son bureau en agitant ce que l’on pourrait qualifier de bras, même si leur longueur et leur finesse les apparentaient plutôt à des pattes d’insecte.

La Tête avait une voix à la fois caverneuse et sifflante, comme si elle tombait du ciel et vrombissait en pénétrant dans l’atmosphère.

Elle fit le tour du bureau – immense plateau noir, laqué, constellé de reflets, miroir d’un ciel étoilé –, disparut dans un trou noir, réapparut dans une fontaine de lumière en une chorégraphie tentaculaire :

— J’ai l’impression que la situation est en train de vous échapper, doktor Ravon…

L’homme qui lui faisait face flottait dans une blouse blanche tellement ample qu’il paraissait être en apesanteur, retenu au sol par des semelles plombées. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Mémoires de sable. »

L’enfer des masques par Jacques Barbéri

Fiche de L’enfer des masques

Titre : L’enfer des masques
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2019
Editeur : La Volte

Première page de L’enfer des masques

« – Sleeping Beauty, ça te tente ?

Elle se regarde dans une flaque. Depuis plusieurs minutes. Elle est à la fois fascinée et dégoûtée par le reflet de son visage. Il pleut. Un fin crachin graisseux. Une boucle rythmique hypnotique estompe la mécanique de la ville. Elle lève lentement la tête, comme si en la décollant de ce miroir liquide elle prenait le risque d’y abandonner une partie de sa peau, de sa chair, de ses os.

Son regard accroche au passage une colonne aquarium dans laquelle flotte une myriade d’étoiles. Sculpture d’artiste ou porte temporelle ?

— Some Call it Loving pour les States, l’œuvre méconnue de James B. Harris…

Elle se retourne tout aussi lentement.

Il est raide, presque amidonné, attendant qu’elle parle. Et probablement qu’elle l’envoie promener, comme à son habitude.

Avec ses yeux bleus écarquillés et ses cheveux blonds, Régis Lynaster a un petit côté village des damnés, mais la comparaison s’arrête là. Il est timide, sur la défensive, et plein aux as. Un de ces jeunes bourges intellos que Nora n’affectionne pas particulièrement. »

Extrait de : J. Barbéri. « L’enfer des masques. »

Le tueur venu du Centaure par Jacques Barbéri

Fiche de Le tueur venu du Centaure

Titre : Le tueur venu du Centaure (Tome 3 sur 3 – Narcose)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2013
Editeur : La Volte

Première page de Le tueur venu du Centaure

« — Ave, legatus Novalski !

Il se déroulait sous mon crâne quelque chose d’étrange que j’avais du mal à expliquer. La lumière oscillait entre le bleu et le jaune vif et je ne savais plus très bien si j’étais dans mon bureau ou dans une cabine de bateau. Je ne m’étais plus regardée dans un miroir depuis quelque temps mais j’avais la curieuse impression que si je tentais le coup, là, à l’instant, il se mettrait instantanément à fondre. Je me passai une main dans les cheveux et j’eus la désagréable sensation de caresser un ours à rebrousse-poil. Un verre de whisky aurait peut-être réussi à me remettre d’aplomb, mais, en bougeant légèrement la tête sur le côté, je constatai avec amertume que la bouteille qui gisait sur le bureau telle une tortue vitrifiée tendant inutilement le cou pour qu’on la redresse, était désespérément vide. Je fis tout de même plaisir à la tortue de verre. Mais cet acte insensé manqua me faire perdre conscience… Je n’avais même pas réussi à quitter mon bureau pour aller ronfler à l’étage. Ça m’arrivait de plus en plus souvent. Mais quand un client débarquait à l’improviste, c’était particulièrement gênant. »

Extrait de : J. Barbéri. « Le tueur venu du Centaure. »

La mémoire du crime par Jacques Barbéri

Fiche de La mémoire du crime

Titre : La mémoire du crime (Tome 2 sur 3 – Narcose)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2013
Editeur : La Volte

Première page de La mémoire du crime

« L’écran-mouchoir n’avait pas plus de tenue qu’une méduse crevée ballottée par les vagues.

Harry Botkine frôla du doigt la télécommande mobile. L’écran se ratatina sur un petit PLOP ! bleuâtre qui dilata de façon désagréable ses pupilles fatiguées.

Cette baraque n’en finit plus de se déglinguer, pensa-t-il distraitement en se concoctant un Ramon-Ramirez.

Il avait du mal à saisir la dernière larve de dynaste qui traînait au fond de la vasque à amuse-gueule. Elle se trémoussait violemment, grasse et visqueuse. Botkine finit par la coincer entre le pouce et l’index.

« Tu n’as vraiment pas les qualités requises pour faire un bon animal de compagnie ! », lança-t-il en laissant choir la bestiole.

Elle gigota un instant au sein du liquide ambré – un tiers d’alcool de caviar, deux tiers de Sambra-Cruz – puis s’immobilisa au fond du verre.

La peau de la larve se déchira en libérant un liquide jaune qui se dilua à l’ensemble pour donner un cocktail doré du plus bel effet. »

Extrait de : J. Barbéri. « La mémoire du crime. »

Narcose par Jacques Barbéri

Fiche de Narcose

Titre : Narcose (Tome 1 sur 3 – Narcose)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2013
Editeur : La Volte

Première page de Narcose

« Le monstre dort.

Il a la taille d’un chaton, mais lorsqu’il déplie ses pattes et qu’il se redresse, il ressemble à un bébé girafe, le cou en moins et quelques pattes en plus.

Il a un poil cendré, magnifique, et des yeux en diamant noir plantés tout autour de son crâne, observatoire circulaire que rien ne peut tromper.

Son abdomen a la taille d’un œuf d’autruche.

Ses chélicères sont comme des canines de tigre, longues et incurvées.

Il s’appelle Aniel et Anton Orosco trouve que ce nom évoque bien toute la puissance carnassière qu’il dégage.

Quelques instants plus tôt, en pénétrant dans la chambre, Lisandra a jeté un regard circulaire.

— Sobre. Efficace. Esthétique.

S’est tournée vers Anton.

— Le reste de ton appartement a l’air plutôt gagné par l’entropie. Étonnant, non ?

Cette idée ne lui avait encore jamais effleuré l’esprit. Il a regardé les murs crème, la lampe constituée d’un simple néon blanc planté dans le sol. Le bar flottant, cube transparent, gros glaçon en verre abritant une armée de bioteilles soigneusement alignées. Le tatami bien étalé au centre de la pièce. »

Extrait de : J. Barbéri. « Narcose. »

Cosmos factory par Jacques Barbéri

Fiche de Cosmos factory

Titre : Cosmos factory (Tome 2 sur 2 – Le crépuscule des chimères)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2014
Editeur : La Volte

Première page de Cosmos factory

« Helena Whateley jouait entre les joncs avec sa fille. Les grenouilles bondissaient et ponctuaient les coassements des crapauds de minuscules explosions liquides. Claire avait huit ans et les marais étaient truffés de trous d’eau et d’étendues de vase aussi dangereuses que des sables mouvants. Mais Helena maîtrisait parfaitement son rêve et savait que rien ne pouvait lui arriver. Sur l’île voisine, Ron avait allumé un feu. Il était mort depuis plus de douze ans mais n’avait toujours pas son pareil pour cuire les truites à la braise. Comme dans tout rêve lucide, Helena savait que ce qu’elle vivait n’était qu’illusion, mais c’était le seul endroit où elle pouvait encore retrouver son mari. Sa mort l’avait anéantie mais le choc émotionnel avait éveillé un don qui ne demandait qu’à s’exprimer. Elle était maintenant capable de maîtriser ses rêves. Elle percevait également l’aura psychique d’un individu et pouvait explorer ses fantasmes, ses obsessions et ses idées fixes, les manipuler. »

Extrait de : J. Barbéri. « Cosmos Factory. »

Le crépuscule des chimères par Jacques Barbéri

Fiche de Le crépuscule des chimères

Titre : Le crépuscule des chimères (Tome 1 sur 2 – Le crépuscule des chimères)
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2013
Editeur : La Volte

Première page de Le crépuscule des chimères

« L’éclair de la lame.

Anjel n’avait pas eu le temps d’identifier l’objet. Il avait juste vu un trait lumineux passer devant lui. Un filament incandescent qui s’étirait entre la main de son frère et la gorge de son père. Un pont de lumière qui avait enjambé la table du salon, un court moment d’éternité.

Il était resté pétrifié.

La gorge de son père s’était ouverte, comme une deuxième bouche privée de dents.

La bouche riait et le sang giclait. Les mains de son père, recroquevillées telles des serres, agrippaient les bords de la plaie, essayaient de colmater la brèche. Dérisoire tentative d’enrayer l’inéluctable venue de la mort qui ricanait en un gargouillis atroce.

Une main se posa sur son épaule.

« Vous devriez vous asseoir. »

Il leva la tête et aperçut un policier d’une quarantaine d’années, cheveux courts, fine moustache, yeux gris-bleu qui le poussait gentiment vers un fauteuil. Il s’y laissa choir mollement. »

Extrait de : J. Barbéri. « Le crépuscule des chimères. »

Tronche par Philippe Curval

Fiche de Tronche

Titre : Tronche
Auteur : P. Curval
Date de parution : 2023
Editeur : La volte

Première page de Tronche

« — C’est pénible, déclara Balthazar d’un ton exaspéré, j’ai une chanson qui me trotte dans la tête et elle n’en finit pas. J’ai l’impression d’être un disque à sillon infini. Tu sais, quand ça arrive au bout, ça recommence au début.

— Qu’est-ce que c’est comme chanson ? demanda Greta en suçant son pouce.

— Les Feuilles mortes.

— Je vois pas de quoi il s’agit.

— Tu as dû pourtant en ramasser. À l’automne, elles tombent des arbres toutes jaunes et recroquevillées.

— Rue de Tolbiac y a pas d’arbres.

— Mais dans mon jardin derrière, il y a un grand paulownia !

— T’as p’têt raison, mais je m’en souviens pas. Et c’est quoi comme chanson ? »

Extrait de : P. Curval. « Tronche. »

Les furtifs par Alain Damasio

Fiche de Les furtifs

Titre : Les furtifs
Auteur : Alain Damasio
Date de parution : 2019
Editeur : La volte

Première page de Les furtifs

« — Il est dedans…
— Comment tu peux savoir qu’il est dedans ?
 
·· Arshavin · a un petit hoquet rieur, surpris. À ce moment-ci de l’examen final, après soixante-dix-neuf semaines de formation où il m’a tout appris, il ne s’attendait pas, de ma part, à une aussi potache provocation. Ça m’a échappé. Son bras est toujours tendu vers la porte close, vitrée dans sa partie supérieure, afin de m’inviter à entrer dans la salle… Il me toise à plein visage, avec son calme lunaire et ses yeux pers qui sont un hommage quotidien à l’intelligence. Derrière ma saillie, aggravée par mon sourire de contenance, il lit à cœur ouvert. Que j’ai peur. Que j’ai honte de m’abriter derrière des vannes déplacées alors qu’il faudrait être là, juste là, en prise. À se hisser en silence à la hauteur de l’instant. »

Extrait de : A. Damasio. « Les Furtifs. »