Étiquette : Le livre de poche
La princesse noire de Serge Brussolo

Fiche de La princesse noire
Titre : La princesse noire
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2004
Editeur : Le livre de poche
Première page de La princesse noire
« Le loup a rompu sa chaîne. Il est là, qui court, silhouette géante à l’horizon du monde. Il se hâte pour un rendez-vous de mort fixé de toute éternité. Dans un instant il ouvrira la gueule pour dévorer la lune et le soleil. Alors, la lumière s’éteindra dans le ciel, et la nuit tombera sur Asgard, le château des dieux, ainsi que sur le Midgard, la terre du milieu, là où demeurent les humains…
Le loup a rompu sa chaîne. De tous les coins de l’horizon des guerriers colossaux se lèvent et rassemblent pour l’ultime bataille, le chaos final. Même le serpent géant qui fait le tour de la terre s’est redressé. Le venin coule de sa gueule sans discontinuer, empoisonnant les campagnes.
C’est le dernier combat des divinités. Jetées les unes contre les autres, elles périront l’épée à la main, et toute vie s’éteindra, et le vent ne soufflera plus que des bourrasques de cendre grise.
Fenrir le loup a rompu sa chaîne. Il va dévorer la lune et le soleil. L’âge des ténèbres s’installera sur le champ de bataille des dieux morts. Ce sera l’obscurité des temps nouveaux voués à la désespérance. »
Extrait de : S. Brussolo. « La princesse noire. »
La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond – intégrale par Serge Brussolo

Fiche de La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond
Titre : La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : Le livre de poche
Première page de La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond
« D’abord il y a la fissure qui s’ouvre dans le plafond de la station. Cric-crac-criiic-criiic… Personne ne l’entend, bien sûr, avec le vacarme des rames. À peine un couinement de souris à qui l’on marche sur la queue. Et puis la voûte est si haute. En outre, qui, dans le métro, aurait l’idée de lever la tête pour regarder ce qui se passe là-haut ? Qui, à part un clochard, peut-être, allongé sur le quai. Mais qui l’écouterait s’il poussait, tout à coup, un cri d’alarme ?
La fissure progresse. Les vibrations se propageant dans les parois du tunnel l’y aident. Chaque nouvelle rame y va de son coup de pouce. Criiiic-criiic.
Sur les quais, c’est la foule ; la bataille sans cesse recommencée de la sortie des bureaux. Les wagons pris d’assaut, les corps en sueur, les odeurs d’aisselles moites, le slip qui vous rentre dans la raie, les chaussettes visqueuses au fond des godasses. Dans un moment tout ce beau monde recevra la plus belle douche de sa vie. La dernière, également. »
Extrait de : S. Brussolo. « La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond – intégrale. »
La main froide par Serge Brussolo

Fiche de La main froide
Titre : La main froide
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Le livre de poche
Première page de La main froide
« Le chien sentit la mort avant tout le monde. Mais c’était son travail, et il était doué pour ça.
Son maître l’appelait Dust ou Dusty, parce qu’il avait le pelage de la même couleur que la poussière du désert. C’était un nom comme un autre et le chien s’en fichait ; un nom inutile, du reste, car il devinait que l’homme allait l’appeler trois secondes avant que celui-ci n’ouvre la bouche. Les humains sont terriblement prévisibles.
En ce qui concernait Dust, on le prenait parfois pour un coyote. Un gros coyote de soixante-cinq kilos. Le chien s’en moquait. Il n’aimait pas qu’on le touche, l’odeur des hommes le gênait, il ne tolérait que celle de son maître. Celle des femmes, des enfants, l’incommodait plus encore. Les gosses lui donnaient envie de mordre. Ils étaient trop petits, toujours à se promener sous son nez comme pour le narguer. Ils ressemblaient à des lapins ou à des gerboises. Leur chair devait avoir un goût de lait, leurs os étaient probablement mous, sans aucune tenue sous la dent. Il y avait en eux quelque chose de « faible » qui appelait la morsure. Une sorte de provocation. »
Extrait de : S. Brussolo. « La main froide. »
La fille de la nuit par Serge Brussolo

Fiche de La fille de la nuit
Titre : La fille de la nuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1996
Editeur : Le livre de poche
Première page de La fille de la nuit
« Certaines personnes ont un trou de mémoire… un trou dans leur emploi du temps… elle, elle avait tout cela à la fois puisqu’elle avait un trou dans la tête.
Un beau trou, du diamètre d’une pièce de cinq cents. Ça ne paraît pas beaucoup une pièce de cinq cents, mais il est des circonstances où l’on découvre que c’est énorme. Un gouffre. Un abîme.
Depuis plusieurs minutes déjà elle s’étonnait d’être encore en vie. Tout avait commencé avec cette toile d’araignée apparue au beau milieu du pare-brise. Une toile gigantesque qui s’était matérialisée en une fraction de seconde, lui bouchant tout l’horizon et la plongeant dans la stupeur. Il lui avait fallu un demi-siècle avant de comprendre qu’il s’agissait d’un réseau de fêlures dû à la pénétration d’un projectile à grande vitesse visant son front. D’abord elle s’était réjouie : si elle pouvait contempler le trou ouvert par la balle c’est que celle-ci l’avait manquée, n’est-ce pas ? Et puis elle avait commencé à éprouver une sensation bizarre du côté du cerveau. Un peu comme si elle avait un bocal à poissons rouges au creux de la boîte crânienne. Quelque chose qui faisait « floc-floc » entre ses oreilles. Une masse liquide instable habitée par des bêtes affolées donnant des coups de nageoire en tous sens. »
Extrait de : S. Brussolo. « La fille de la nuit. »
La fenêtre jaune par Serge Brussolo

Fiche de La fenêtre jaune
Titre : La fenêtre jaune
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2007
Editeur : Le livre de poche
Première page de La fenêtre jaune
« L’hélicoptère survole la mesa. Un désert d’argile desséchée, que le souffle du rotor caresse en soulevant un nuage de poussière qui crépite sur le fuselage. Cassie songe qu’elle n’aimerait pas être happée par un tel tourbillon. Quand cela se produit, les grains vous décapent la peau avec l’efficacité d’un tampon à récurer ! Elle coule un regard en biais vers le pilote. Il se nomme William (Bill) Plume Rouge. C’est un Shoshone du bureau des affaires indiennes. Massif, la peau recuite par le soleil, il a les cheveux longs, gris, tressés en nattes qui lui battent les omoplates. Cassie ne sait pas ce qu’il pense d’elle, la petite blanche à la chevelure rousse, à la peau laiteuse criblée d’éphélides si peu à sa place dans ce paysage surdimensionné. Il n’a pas ouvert la bouche depuis le décollage, se concentrant sur les courants aériens qui bouleversent l’espace dès qu’on prend de
l’altitude.
Le désert court jusqu’à la ligne d’horizon. Les pitons rocheux se dressent à la façon des épieux plantés au fond d’un piège à ours. Ils ont tous la même forme conique. Des pains de sucre de granit. »
Extrait de : S. Brussolo. « La fenêtre jaune. »
La chambre indienne par Serge Brussolo

Fiche de La chambre indienne
Titre : La chambre indienne
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2000
Editeur : Le livre de poche
Première page de La chambre indienne
« Un après-midi de désœuvrement, dans le capharnaüm de la chambre qu’elle partageait avec Jennifer Podowsky, sa coturne, à la résidence universitaire de l’UCLA, Sarah Devon s’amusa à établir une liste des catastrophes qui ne manqueraient pas de les menacer toutes deux dans les années à venir. La scène se déroulait dans le dorm des freshgirls, vide à cette heure de la journée car la plupart des étudiantes de première année avaient émigré sur le campus en raison de la chaleur étouffante. Un silence inhabituel pesait sur les lieux ; un silence qui amena instinctivement les deux jeunes filles à chuchoter. Par la suite, Sarah devait souvent se remémorer cette absence de bruit, les échos bizarrement sonores de leurs murmures au long des corridors. Il y avait eu là comme une mise en scène mélodramatique du destin, un avertissement analogue au silence brutal des forêts, lorsque les oiseaux se taisent dans la minute précédant l’attaque d’un prédateur. »
Extrait de : S. Brussolo. « La chambre indienne. »
L’Enfer, c’est à quel étage ? – intégrale par Serge Brussolo

Fiche de L’Enfer, c’est à quel étage ?
Titre : L’Enfer, c’est à quel étage ? – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1986
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’Enfer, c’est à quel étage ?
« Les tigres vont et viennent. Chaque fois que leur queue fouette les barreaux, une note sourde et vibrante s’élève dans la nuit. Le jardin zoologique est désert, mais, de cage en cage, la nouvelle s’est répandue, éveillant les bêtes prisonnières qui gémissent en se pelotonnant les unes contre les autres. Déjà, les singes ne forment plus qu’une masse velue, frissonnante. Les oiseaux se cachent la tête sous l’aile ; seuls les charognards se dandinent encore sur leur branche en claquant du bec.
Quelque chose est tombé du ciel. Une proie, un gibier.
C’est inhabituel. Rien ne vient jamais d’en haut.
Les fauves s’énervent. L’objet s’est empalé à la pointe des barreaux. Maintenant le sang coule le long des tiges de fer rouillées. Les tigres se battent pour le lécher. Ils grognent, montrent les crocs, s’envoient des coups de patte.
Les gardiens ne se sont rendu compte de rien. Ils sont loin, claquemurés dans le poste de garde, à siroter des grogs au vin chaud. On est en novembre, il fait froid. La fourrure des animaux a commencé à s’épaissir en prévision de la mauvaise saison. »
Extrait de : S. Brussolo. « L’Enfer, c’est à quel étage ? – intégrale. »
Iceberg Ltd par Serge Brussolo

Fiche de Iceberg Ltd
Titre : Iceberg Ltd (Tome 3 sur 3 – Peggy Meetchum)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2000
Editeur : Le livre de poche
Première page de Iceberg Ltd
« Rolf sait que le cauchemar est revenu, mais il n’y peut rien. C’est toujours pareil, il entend craquer la coque du bateau. Il sent la pression des glaces sur les membrures, de part et d’autre du bastingage. Peu à peu, le mouvement de tenaille que la banquise fracturée exerce sur le navire se transfère sur les flancs du dormeur. Il semble alors à Rolf que sa cage thoracique est prise elle aussi dans un étau, et qu’un bourreau invisible serre, serre… jusqu’à ce que les os commencent à grincer. Rolf étouffe, il ne peut plus respirer. Il guette avec terreur le moment où ses côtes, lasses de plier, vont casser avec un bruit de brindilles et lui perforer les poumons, le cœur. Il souffre du même mal que le bateau prisonnier des glaces flottantes. Il ne pourra plus résister très longtemps. Il se raidit, contracte ses muscles, comme s’il allait communiquer sa force aux membrures du vaisseau. Peine perdue, la banquise est plus forte, elle emboîte méthodiquement ses fragments. »
Extrait de : S. Brussolo. « Iceberg ltd – Peggy Meetchum. »
Baignade accompagnée par Serge Brussolo

Fiche de Baignade accompagnée
Titre : Baignade accompagnée (Tome 2 sur 3 – Peggy Meetchum)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1999
Editeur : Le livre de poche
Première page de Baignade accompagnée
« Peggy a enfilé une combinaison de caoutchouc noir, classique, le modèle recommandé si l’on veut éviter d’attirer l’attention des requins qui sont nombreux dans ces eaux. Les couleurs vives – affectionnées par les plongeurs amateurs – sont repérées de très loin par les squales, et la jeune femme préfère éviter ce type de rencontre.
« On ne voit jamais venir un requin, lui a seriné son instructeur. C’est un principe de base. Une seconde avant l’attaque, il n’était pas là, tout paraissait tranquille. Une seconde après, il est déjà reparti en emportant ton bras ou ta jambe. Tu as à peine eu le temps de le voir passer. Le requin sort du néant et y retourne aussitôt, c’est pour cette raison que tous les systèmes de défense qu’on a pu inventer à ce jour ne servent à rien, ou presque, car ils présupposent que tu as eu le temps de repérer la bête, et de la mettre en joue, or ça ne se passe jamais de cette façon. Les seuls requins qu’on peut voir sont justement ceux qui ne vous attaquent pas. »
Extrait de : S. Brussolo. « Baignade accompagnée – Peggy Meetchum. »
Les enfants du crépuscule par Serge Brussolo

Fiche de Les enfants du crépuscule
Titre : Les enfants du crépuscule (Tome 1 sur 3 – Peggy Meetchum)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Le livre de poche
Première page de Les enfants du crépuscule
« Elle s’appelait Lisa Meetchum… Du moins c’était le nom qu’elle avait porté lorsqu’elle était jeune fille. Son nom de femme mariée ne comptait plus – n’est-ce pas ? – puisque son époux était mort.
Elle s’appelait Lisa Meetchum, elle avait 38 ans, et elle savait qu’on allait la tuer, cette nuit peut-être… dans une heure ou dans quelques minutes. Les choses étaient en marche, elle ne pouvait plus rien faire pour les arrêter. D’ailleurs en avait-elle vraiment envie ?
Elle se sentait molle, lourde, entre les bras du fauteuil club de cuir éraflé, sans force. Le fauteuil de Sammy. Elle ignorait depuis combien de temps elle fixait le ciel à travers la porte-moustiquaire. Elle avait bu plusieurs verres de Southern Comfort pour faire passer les vieux Quaaludes retrouvés dans le tiroir de la table de chevet. En moins d’une heure son cerveau avait pris la consistance d’un morceau de guimauve ; quant à son corps, il lui paraissait bourré de fleurs de coton, telles ces hottes que les esclaves noirs remplissaient jadis dans les plantations. »
Extrait de : S. Brussolo. « Peggy Meetchum – Les enfants du crépuscule. »