Étiquette : Le Masque

 

Le masque des regrets par Kurt Steiner

Fiche de Le masque des regrets

Titre : Le masque des regrets
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1960
Editeur : Le masque

Première page de Le masque des regrets

« Le lecteur me saura gré de taire le nom de mes personnages ou de les nantir d’un patronyme emprunté. Car l’histoire que je prendrai plaisir à leur conter risquerait de froisser quelque grande famille. Si peu vraisemblable qu’elle puisse paraître, cette aventure est très exacte. Je ne peux mettre en doute les écrits et les témoignages que j’ai pu étudier. Tous concordent à établir la réalité des faits qui relient curieusement l’époque de Louis XIV à la nôtre et bien que je n’eusse aucune raison valable de mettre en doute la parole d’un gentilhomme de la meilleure naissance, je poussai néanmoins le scrupule jusqu’à prendre beaucoup de mon temps pour consulter de vieilles archives de police qui confirmèrent, s’il en était besoin, le bien-fondé de ce que je vais sans plus tarder vous relater. »

Extrait de : K. Steiner. « Le Masque des regrets. »

La chaîne de feu par Kurt Steiner

Fiche de La chaîne de feu

Titre : La chaîne de feu
Auteur : Kurt Steiner
Date de parution : 1959
Editeur : Le Masque

Première page de La chaîne de feu

« — Un Bourbon… commanda Greg, l’air maussade.
Le barman jeta un coup d’œil interrogateur à la caissière. Gras et lourd, il avait fait, de la lèvre supérieure, une grimace qui avait accentué sa ressemblance naturelle avec un cheval de trait. La caissière posa ses yeux noirs aux paupières flétries sur Gregory Crane.
— Non, dit-elle sèchement. Greg, ton ardoise s’allonge, et tu n’as pas l’air de te renflouer.
— Écoute, Bessie, fit Greg en penchant en avant sa tête haut perchée, Bill m’aurait servi. Fais comme si…
— Je ne ferai rien, déclara Bessie. Banque d’abord.
Greg serra les lèvres, qu’il avait déjà minces. Son visage prit un air de méchanceté :
— Un de ces jours, dit-il du coin de la bouche, tu auras des ennuis, Bessie. Fais-moi confiance. »

Extrait de : K. Steiner. « La chaîne de feu. »

Veruchia par Edwin Charles Tubb

Fiche de Veruchia

Titre : Veruchia
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1973
Editeur : Le masque

Première page de Veruchia

« Le musée avait quelque chose d’une cathédrale, si bien que les visiteurs marchaient à pas feutrés et parlaient en chuchotant, intimidés par la majesté de l’édifice. Il était fait de pierre brute, ses hauts toits en voûte murmurants d’échos lointains, ses vastes salles flanquées de galeries et de fenêtres oblongues en verre de couleur vive. Même les gardiens, discrètement postés près des piliers sculptés, ressemblaient davantage à des pièces de musée qu’à des hommes : créatures soumises à l’art du taxidermiste, simulacres en uniforme chargés de protéger des trésors fabuleux. Il eût été facile d’oublier leur présence.

Dumarest ne l’oubliait pas. Dès son entrée dans le musée, il avait eu conscience de leurs regards attentifs. Ils le suivaient en ce moment même, tandis qu’il déambulait avec une douzaine d’autres personnes, sa tenue gris neutre contrastant violemment avec leurs atours citadins, le désignant comme étranger et, par là, objet d’intérêt. Même les gardiens finissaient par s’ennuyer.

— Un phendrat.

La voix du guide s’éleva par-dessus le bruit étouffé des pas qui bientôt se tut. Il leva le doigt en direction d’une créature ailée hérissée de piquants, suspendue par des fils invisibles. »

Extrait de : E. C. Tubb. « Veruchia. »

Les maîtres du hasard par Edwin Charles Tubb

Fiche de Les maîtres du hasard

Titre : Les maîtres du hasard
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1964
Editeur : Le masque

Première page de Les maîtres du hasard

« Rien ne semblait justifier l’existence d’une telle salle. Elle ouvrait directement sur l’espace par une vaste baie vitrée et, en cela, la station bactériologique britannique était seule de son espèce sur la Lune.
Rien de semblable chez les Russes ou les Américains, et encore moins chez les Chinois.
Tapis dans les galeries blindées de leurs installations souterraines, ils avaient bien trop à faire avec les armes de toute sorte qui les hérissaient pour songer à de telles fioritures. Quant aux Chinois, ils restaient terrés au fond de leur base de la mer de la Fécondité, énigmatiques et inquiétants.
Seuls les Anglais, grâce à leur génie des situations difficiles, avaient décidé que, quitte à s’installer sur la Lune, ils profiteraient au moins du spectacle.
Pour une fois, Sir Ian Macdonald avait l’occasion d’en jouir tranquillement. »

Extrait de : E. C. Tubb. « Les Maîtres du hasard. »

Lallia par Edwin Charles Tubb

Fiche de Lallia

Titre : Lallia
Auteur : Edwin Charles Tubb
Traduction : J. Huet
Date de parution : 1971
Editeur : Le masque

Première page de Lallia

« Sur Aarn, un homme fut assassiné et Dumarest le vit mourir. La chose se passa très vite, dans un endroit proche du champ d’atterrissage : une taverne animée, reluisante de confort, de l’autre côté de la haute clôture périphérique, tout près de l’entrée principale ; un endroit civilisé et feutré, aux éclairages tamisés, douillettement installé sur un monde civilisé. Cette violence bestiale n’en était que plus inattendue.

Dumarest vit toute la scène ; il tournait le dos au décor mural vivant, des femmes nues folâtrant dans une mer d’émeraude parmi des bêtes visqueuses aux proportions obscènes. Devant lui, éparpillés sur les tapis moelleux, les clients de la taverne étaient vautrés dans des fauteuils ou appuyés au long comptoir de bois luminescent. Un assortiment d’officiers, d’hommes d’équipage, d’employés au sol, de commerçants et de voyageurs. Sur cette foule se détachaient les parures voyantes des filles de joie déployant leurs charmes. Du plafond sculpté susurrait une musique douce, et l’air était teinté d’une fumée odorante. »

Extrait de : E. C. Tubb. « Lallia. »

Les cercles de l’épouvante par J. Ray

Fiche de Les cercles de l’épouvante

Titre : Les cercles de l’épouvante
Auteur : Jean Ray
Date de parution : 1943
Editeur : Le masque

Sommaire de Les cercles de l’épouvante

  • Les cercles
  • La main de Goetz von Berlichingen
  • L’assiette de Moustiers
  • Le cimetière de Marlyweck
  • Le dernier voyageur
  • L’homme qui osa
  • Dürer, l’idiot
  • L’auberge des spectres
  • L’histoire du Wûlkh
  • Le miroir noir
  • Hors des cercles

Première page de Les cercles

« Ma petite fille Lulu a des yeux noirs comme la nuit qui s’avance, ses cheveux coulent comme les ténèbres d’une nue nocturne. Elle est grave et très belle ; son arrière-grand-mère était une squaw d’une tribu perdue du Dakota et elle fut certainement sorcière aux journées menaçantes de sa jeunesse.
Je lui demande :
— Tes poupées parlent-elles ?
— Elles parlent, courent, jouent et se battent, dit-elle.
— Et tes soldats de plomb, bougent-ils ?
— Sûr ! Avant de mourir… car ils sont soldats et faits pour mourir. Tu vois comme beaucoup ont la tête tranchée. Ils se coupent le cou en se battant avec leurs sabres.
En vain, par le trou de la serrure, j’espionne Lulu toute à ses jeux : les soldats montent une garde immobile et les poupées sont sagement assises en rond. »

Extrait de : Jean Ray. « Les Cercles de l’Epouvante. »

Les furies par K. Roberts

Fiche de Les furies

Titre : Les furies
Auteur : Keith Roberts
Date de parution : 1966
Traduction : F. Straschitz
Editeur : Le masque

Première page de Les furies

« On peut les nommer les Gardiens. La chose qu’ils gardaient si jalousement n’était pas matérielle dans le sens où nous l’entendons. Elle avait du volume, mais pas de forme ; de la masse, mais pas de dimension. Bouillonnant nœud de mémoire, frémissant arbre de sagesse, elle avait bourgeonné à travers l’espace, ballottée par les courants gravitationnels, léchée par les flammes blanches des novæ. Et elle avait atteint la Terre…

Peut-être les Gardiens étaient-ils las. Pour eux, Vanderdecken était une créature éphémère et le millénium des Ahasuerws, guère plus que le lent clignement d’un œil. Leur voyage s’étendait à l’infini dans l’avenir comme dans le passé, loin, loin, loin avant notre ère, jusqu’au jour, peut-être, de la Première Création. Et les Gardiens eux-mêmes avaient oublié d’où ils venaient, et n’avaient jamais su comment ils avaient propagé leur espèce. »

Extrait de : K. Roberts. « Les Furies. »

Le cavalier squelette par G. J. Arnaud

Fiche de Le cavalier squelette

Titre : Le cavalier squelette
Auteur : G. J. Arnaud
Date de parution : 2002
Editeur : Editions du Masque

Première page de Le cavalier squelette

« Comme chaque nuit vers 2 heures, le curé de Cubières quittait la chaleur de son gros édredon pour jeter une bûche dans sa cheminée. Ce mois de décembre lui gelait les os le jour comme la nuit et il ne cessait de grelotter. Aumônier de l’armée en Algérie, il y avait pris des fièvres qui ne lui laissaient de répit que l’été. Tout grelottant, il allait se recoucher lorsque le galop d’un cheval se fit entendre, venant de la route de Bugarach. D’abord roulement lointain d’orage sur le chemin gelé, les sabots de l’animal décomposèrent l’allure en petit trot. L’abbé Reynaud jeta sa robe de chambre en laine des Pyrénées sur ses épaules aiguës, gratta les fleurs de givre de sa vitre. Depuis son arrivée au presbytère, le menuisier de Mouthoumet devait installer des volets et l’abbé pensait que ce retard avait quelque sournoiserie d’anticlérical.
Maintenant réduit au pas, le cheval dépité devait secouer sa tête car cliquetait son mors entre ses dents. »

Extrait de : G. J. Arnaud. « Le Cavalier Squelette. »

L’oeil derrière l’épaule par J.-P. Andrevon

Fiche de L’oeil derrière l’épaule

Titre : L’oeil derrière l’épaule
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 2001
Editeur : Le Masque

Première page de L’oeil derrière l’épaule

« LE DÉMÉNAGEMENT

Les Woolwright quittèrent définitivement LA pour Harmony le dernier week-end de mai.
L’initiative venait de Pam, bien sûr. Jon avait tenté plusieurs semaines durant une résistance passive dont les bastions s’effondraient à mesure, louvoyant, faisant la sourde oreille, cherchant des prétextes futiles pour retarder l’irréparable. Il avait des raisons pour ça – ou au moins une, qu’il ne pouvait évidemment pas avouer à sa femme.
— On pourrait voir… attendre encore un peu.
— Un peu quoi ? persiflait-elle de sa voix la plus pointue.
— Je ne sais pas… que Veronika entre au lycée, par exemple.
— Mais ce n’est pas un peu, ça. C’est quatre ans ! »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « L’oeil derrière l’épaule. »

Via Velpa par Y. Dermèze

Fiche de Via Velpa

Titre : Via Velpa
Auteur : Y. Dermèze
Date de parution : 1975
Editeur : Le Masque

Première page de Via Velpa

« Lorsque Nel Gavard, bourreau juré d’Altaïr, décida de jouer à l’expérimentateur, il ne se doutait pas des bouleversements qu’il allait apporter dans sa constellation et dans sa galaxie tout entière. Des cerveaux beaucoup plus puissants que le sien n’eussent pas imaginé la millième partie de ce qu’allait entraîner un tout petit geste.
Nel Gavard était une demi-brute. Son front plat s’ornait de six barres verticales indélébiles. Ses yeux bovins saillaient sous ses épais sourcils noirs. Lorsque, dans son adolescence, on avait mesuré son indice intellectuel, on avait ricané avec pitié. Et Nel Gavard avait ricané aussi, incapable qu’il était de comprendre l’ironie ou la pitié. Les tests habituels l’avaient classé bon dernier. Que faire de ce dégénéré ? À partir de la septième catégorie, la loi ordonnait de les supprimer afin qu’ils ne fussent ni une charge, ni un danger pour la civilisation. Nel Gavard avait été sauvé par une toute petite étincelle qui subsistait en lui. »

Extrait de : Y. Dermèze. « Via velpa. »