Étiquette : Les animaux funèbres
L’ombre des gnomes par Serge Brussolo
Fiche de L’ombre des gnomes
Titre : L’ombre des gnomes (Tome 2 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ombre des gnomes
« — La ville devient folle ! murmura une fois de plus le lieutenant Manuel Corco.
L’odeur fade du cadavre flottait dans l’appartement comme un relent de fleurs pourrissantes. Le policier jeta un bref coup d’œil au corps de Bombicho. L’ancien juge reposait sur le sol, entièrement nu, le ventre criblé de courtes tiges d’aciers qui ressemblaient à des carreaux d’arbalète.
Oui, la ville devenait folle. Tout avait commencé avec Bagazo, le croque-mort, qui, une nuit, avait découvert une bande de singes à l’intérieur du cimetière. Des singes dont la principale occupation consistait à déterrer les défunts et… à les manger.
Le lieutenant chassa une mouche d’un revers de main agacé. Peu de temps après, les singes s’étaient mis à envahir la cité, déféquant sur les toits des voitures et s’accouplant en public. Il s’agissait d’animaux étranges, n’appartenant à aucune espèce connue. Probablement des bâtards, dépourvus de pelage, et à la peau affreusement rose.
Corco souleva sa casquette pour s’éponger le front. Mathias Gregori Mikofsky, le journaliste scientifique, venait d’entrer dans le salon. C’était un colosse enveloppé de mauvaise graisse, au crâne chauve et dont la lèvre supérieure s’ornait d’une moustache hypertrophiée masquant complètement sa bouche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres – L’ombre des gnomes. »
Les animaux funèbres par Serge Brussolo

Fiche de Les animaux funèbres
Titre : Les animaux funèbres (Tome 1 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les animaux funèbres
« — Yeye… Eja. Yemanja… Mère des poissons et mère des eaux. Yeye… Eja.
Le halètement montait dans le brouillard de poussière au-dessus des toits du bidonville, véritable psalmodie de machine à vapeur purgeant son trop-plein d’énergie par mille soupapes.
— Yeye… Eja…
Le lieutenant Corco ferma les yeux et se cramponna au volant poisseux comme si la voiture de patrouille allait soudain disparaître, engloutie par le fleuve de goudron amolli coulant entre les deux rives de l’avenue San Emilio.
La psalmodie s’échappant de l’église spirite pénétrait en lui par tous ses orifices naturels et enflait sous sa calotte crânienne à la manière d’une montgolfière. Son cerveau n’était déjà plus qu’une boule de chewing-gum mille fois mâché, un de ces gros chewing-gums américains bleuâtres qui vous emplissent un peu plus la bouche à chaque mastication et semblent gonfler sur votre langue tel un levain plastifié, comme si on les avait secrètement programmés pour décupler leur volume, obstruer votre gorge et vous condamner à l’étouffement. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres. »