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La légende de Gösta Berling par Selma Lagerlöf

Fiche de La légende de Gösta Berling

Titre : La légende de Gösta Berling
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1905
Traduction : A. Bellessort
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de La légende de Gösta Berling

« Enfin, voilà le pasteur en chaire… Les paroissiens relevèrent la tête. Ah, ah, le voilà pourtant ! Il y aurait donc un service aujourd’hui : ce ne serait pas comme dimanche dernier, et comme tant d’autres dimanches !
Le pasteur était jeune, grand, élancé. Il avait les yeux profonds d’un poète, le menton décidé d’un homme de guerre. Tout en lui était d’une singulière beauté et comme embrasé de vie intérieure.
Le peuple se sentit étrangement subjugué. Les gens étaient plus accoutumés à le voir sortir du cabaret en titubant, entouré de gais camarades, tels que Bérencreutz, le colonel aux épaisses moustaches blanches, et le fort capitaine Christian Bergh. Il avait tant bu que, depuis des semaines, il n’avait pu remplir ses fonctions et que la paroisse s’était plainte, d’abord auprès de son curé, puis auprès de l’évêque et du chapitre. Et l’évêque était venu procéder à une enquête. Il était là, dans le chœur, la croix d’or sur la poitrine ; et les théologiens de Karlstad et les pasteurs des communes avoisinantes étaient assis autour de lui. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « La Légende De Gösta Berling. »

L’empereur du Portugal par Selma Lagerlöf

Fiche de L’empereur du Portugal

Titre : L’empereur du Portugal
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1914
Traduction : T. Hammar, M. Metzger
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de L’empereur du Portugal

« Jan Andersson de Skrolycka ne se lassa jamais, même dans sa vieillesse, de parler du jour où naquit la petite fille.
Dès le matin, Jan Andersson était allé chercher la sage-femme et d’autres personnes d’expérience ; après quoi il avait passé toute la matinée et un bon bout de l’après-midi assis sur le billot, dans le bûcher, sans autre chose à faire que d’attendre.
Au-dehors, il pleuvait à verse, et Jan Andersson ne put éviter sa part de l’ondée, bien que sensément il fût à l’abri. L’humidité suintait des murs mal clos, le toit aux poutres disjointes laissait passer les gouttes, et tout à coup le vent précipita une trombe d’eau par l’entrée du bûcher que ne fermait aucune porte.
– Je me demande si quelqu’un s’imagine que je me réjouis de voir arriver cet enfant, marmonnait Jan dans son coin, et ce disant il donna un tel coup de pied à une bûchette qu’il la fit voler dans la cour. Car c’est vraiment la pire malchance qui pouvait m’arriver. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « L’Empereur Du Portugal. »

L’argent de Monsieur Arne par Selma Lagerlöf

Fiche de L’argent de Monsieur Arne

Titre : L’argent de Monsieur Arne
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1904
Traduction : E. Girod-Hoskier
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de L’argent de Monsieur Arne

« Du temps du roi Frédéric II de Danemark, vers l’an 1560, vivait à Marstrand, dans la pauvreté, un revendeur de poisson nommé Thorarin. Faible de santé, infirme d’un bras, il n’avait pas la force de tirer un filet hors de l’eau ni de conduire un bateau à la rame. Il ne pouvait donc pas gagner sa vie comme les autres pêcheurs du petit archipel de Marstrand et devait se contenter de circuler de village en village dans sa kariole, avec sa provision de poisson frais ou salé.
Un soir de février, au crépuscule, Thorarin se trouva sur la route qui, de Kongshelle mène à la paroisse de Solberga. La route était particulièrement solitaire, on n’y voyait pas une âme ; Thorarin cependant n’avait pas besoin de garder le silence. Il avait à côté de lui, sur la voiture, un excellent compagnon auquel il parlait souvent : c’était un petit chien noir au poil épais, qui répondait au nom de Grim. En général, Grim se tenait parfaitement tranquille, la tête appuyée sur ses pattes de devant, clignotant seulement des yeux quand son maître lui parlait ; mais s’il entendait quelque chose qui lui déplût, il se redressait, et, le museau en l’air, hurlait plus fort qu’un loup. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « L’Argent De Monsieur Arne. »

L’anneau du pêcheur par Selma Lagerlöf

Fiche de L’anneau du pêcheur

Titre : L’anneau du pêcheur
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1939
Traduction : T. Hammar, M. Metzger
Editeur : La république des Lettres

Sommaire de L’anneau du pêcheur

  • L’inscription sur le sol
  • Mam’zelle Fredrika
  • Il ne faut jamais trop penser
  • La pierre du lac Rottne
  • Le journalier de chez Dobbrichsen
  • Parmi les rosiers grimpants
  • La trêve de Dieu
  • L’antique Kungahälla
  • La reine des bois
  • L’anneau du pêcheur
  • Une histoire de Hallstanaes
  • L’eau pure
  • Magister Frykstedt
  • Paix sur la terre
  • La cravache
  • La souricière

Première page de L’inscription sur le sol

« La femme adultère venait d’être jugée. Elle savait qu’elle allait mourir. Ceux qui l’avaient surprise en flagrant délit l’avaient traînée au temple et amenée devant les prêtres et les docteurs de la loi, qui venaient de prononcer leur arrêt : d’après la loi de Moïse, elle devait être lapidée.
La femme adultère était un pauvre être minable. Dans ses vêtements déchirés, le visage couvert de meurtrissures dues aux coups qu’elle avait reçus, déjà à moitié morte de frayeur, elle restait immobile, muette, devant ses juges, sans chercher à se défendre. Elle n’opposa aucune résistance non plus aux hommes qui l’avaient conduite au sanctuaire et qui, maintenant, la poussaient vers le lieu où elle allait subir son supplice. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « L’anneau du pêcheur. »

Des trolls et des hommes par Selma Lagerlöf

Fiche de Des trolls et des hommes

Titre : Des trolls et des hommes
Auteur : Selma Lagerlöf
Date de parution : 1910
Traduction : M. de Gouvenain, L. Grunbach
Editeur : Babel

Première page de Des trolls et des hommes

« Un jour, une mère troll parcourait la forêt, portant son petit dans une hotte en écorce jetée sur son dos. Le marmot était gros et laid, avec des cheveux telles des soies de cochon, des dents aussi acérées que des poinçons et un petit doigt muni d’une griffe. Sa mère troll, pourtant, estimait bien sûr qu’on n’aurait su trouver de par le monde plus bel enfant.

Au bout d’un moment, elle arriva dans un endroit où la forêt s’éclaircissait. Un chemin passait là, criblé de trous et que les nombreuses racines rendaient glissant et, sur ce chemin, chacun sur son cheval, s’avançaient un fermier et sa femme.

À peine la mère troll les eut-elle aperçus qu’elle voulut s’esquiver au plus profond de la forêt pour ne pas être vue des humains, mais à l’instant même elle remarqua que la fermière portait un enfant sur le bras et, de ce fait, elle changea d’avis. « Il me faut vérifier si l’enfant d’homme égale en beauté mon petit », pensa-t-elle, et elle se blottit contre un noisetier qui poussait en bordure de chemin. »

Extrait de : S. Lagerlöf. « Des trolls et des hommes. »

Equilibre par Alain Le Bussy

Fiche de Equilibre

Titre : Equilibre
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de Equilibre

« La planète n’offrait aucun intérêt particulier. Elle n’était même que marginalement habitable. Mais, même marginalement, c’était le seul point de l’espace à des dizaines d’années-lumière où l’homme pouvait vivre à l’air libre. Le seul point aussi où il avait le droit de se trouver.
Et le devoir de se trouver.
Sa marginalité ne résidait pas dans la composition de l’atmosphère, ou dans la pesanteur qu’on y ressentait. Pas même dans les températures – tout au moins à une certaine altitude – ou dans le climat qui pouvait être considéré, en ces endroits, comme tempéré ou méditerranéen.
Le problème, c’était que les endroits en question étaient rares : les océans occupaient plus de quatre-vingt-dix pour cent de la surface, et le reste était soit marécageux, soit constitué de zones d’un volcanisme actif où nul n’aurait songé à faire de lourds investissements pour installer une colonie permanente. Il y avait aussi quelques pics montagneux, lieux idéaux pour installer des observatoires, ou des stations de sports d’hiver, s’il y avait eu une véritable clientèle et de la neige en suffisance. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Équilibre. »

Déraag par Alain Le Bussy

Fiche de Déraag

Titre : Déraag
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Déraag

« La colline dominait la ville de toute sa masse aux parois raides, avec, çà et là, des pans de falaise nus qui lui donnaient un aspect encore plus rébarbatif. Quelques arbustes tentaient bien d’adoucir l’apparence de la colline, mais ils arrivaient rarement à l’âge d’arbre. Quand la tempête d’hiver ne les déracinait pas, c’était une année de sécheresse extrême qui les tuait. Et s’ils échappaient aux maux naturels, il se trouvait toujours quelque serviteur zélé des Seigneurs pour les faire arracher, sous prétexte que par eux, on aurait pu atteindre les murs du château.
Ils n’avaient pas tout à fait tort, le risque existait, même si cela faisait bien longtemps que personne n’avait osé se dresser contre eux.
Ou même songé sérieusement à le faire.
La Citadelle qui se dressait au sommet de la colline rappelait trop bien la puissance des Seigneurs. Il y avait d’abord les murs de pierre grise qui suivaient plus ou moins régulièrement les courbes naturelles du sommet de la colline. Ils estompaient les différences de relief, sans toutefois prétendre à l’horizontalité parfaite. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Déragg. »

Djamol de Kîv par Alain Le Bussy

Fiche de Djamol de Kîv

Titre : Djamol de Kîv (Tome 6 sur 13 – Yorg)
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Djamol de Kîv

« Tza-Feng ne décolérait pas depuis six jours. Au départ, cela n’avait été qu’une simple irritation, qui s’était traduite par un visage encore plus crispé qu’à l’accoutumée, puis la tension avait commencé à monter. Il ne se contentait plus des rapports des éclaireurs ou de ses officiers, mais courait à pied ou à cheval tout au long des deux lieues de la rive occidentale du Nièpp qu’occupaient ses troupes.

Il y avait vingt radeaux qui attendaient d’être lancés dans le courant, et une douzaine de pirogues. Une douzaine seulement, et aucune barque de quelque importance : les Nièpps avaient parfaitement nettoyé cette rive de toutes les embarcations qui s’y trouvaient en général accostées. Des guerriers malahims avaient déniché les quelques pirogues plus au nord, ou bien dans quelque hangar où on les avait traînées pour les réparer. C’étaient les seules embarcations capables de traverser le fleuve en moins d’une heure, et elles ne pouvaient emporter que cinq ou six hommes à la fois. Comme il en fallait au moins deux pour pagayer, cela réduisait leur puissance de feu, et les matelots de Kîv, à l’abri derrière leurs rambardes d’épaisses planches, ne craignaient pas le tir des carabines. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Djamol de Kiv – Yorg. »

Jorvan de la mer par Alain Le Bussy

Fiche de Jorvan de la mer

Titre : Jorvan de la mer (Tome 5 sur 13 – Yorg)
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Jorvan de la mer

« La falaise se mit à mugir comme un immense troupeau. Torkiz tomba à genoux en se couvrant les oreilles des deux mains, et Yorg dut faire un effort pour ne pas agir comme l’enfant. De son côté, Hou avait fait un bond vers la voiture pour s’abriter derrière elle.

C’est du moins ce que crut Yorg un instant, jusqu’au moment où il entendit gronder le moteur. Où voulait aller le Tching ? L’eau les entourait de toutes parts. C’est alors que Hou alluma les phares et que leur double pinceau de lumière tenta de percer le brouillard pour éclairer l’étrange falaise mobile.

La brume n’était pas très dense et si la lumière des phares se diluait vite dans les gouttelettes d’eau en suspension dans l’air, elle luisait sur la surface de l’eau et permettait de comprendre que la falaise en mouvement flottait en fait sur l’eau. C’était une paroi qui pouvait avoir la hauteur de dix hommes et au moins le double en largeur. Elle était irrégulière, avec des taches ocres, d’autres claires et quelques taches noires. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Jorvan de la mer – Yorg. »

Jana des couloirs par Alain Le Bussy

Fiche de Jana des couloirs

Titre : Jana des couloirs (Tome 4 sur 13 – Yorg)
Auteur : Alain Le Bussy
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve noir

Première page de Jana des couloirs

« Les Yagrr ont dû quitter leurs terres ancestrales sous la pression d’envahisseurs venus de l’Est, les Longs-Cheveux, qui se nomment eux-mêmes les Hommes-du-Vent. En avant-garde du groupe près de mourir de froid et de faim car l’hiver est très rude, Yorg découvre un lac au milieu duquel se situe une île défendue par des falaises abruptes. Il réussit pourtant à en atteindre le sommet, puis à y amener le reste des Yagrr, car l’île les met à l’abri des Longs-Cheveux et le climat y est étrangement plus doux.

Les Hommes-du-Vent, quant à eux, s’installent au pied d’un grand mur dominé par un colossal chien de pierre. Ils s’abritent du froid dans des cavernes au-dessus du sol, ce qui reste en fait d’un grand entrepôt.

Pendant ce temps, sous le sol, vivent deux groupes bien
différents. Ceux qui se donnent le nom de Survivants descendent de gens qui cinq siècles plus tôt se sont réfugiés dans un immense abri, dont ils ne cessent d’étendre les couloirs. Ils n’ont conservé qu’un embryon des connaissances de leurs ancêtres et, surtout, ont presque tout oublié de la surface. »

Extrait de : A. Le Bussy. « Jana des couloirs – Yorg. »