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Le cycle angoisse 1 par Serge Brussolo

Fiche de Le cycle angoisse 1
Titre : Le cycle angoisse 1
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1996
Editeur : Editions du rocher
Sommaire de Le cycle angoisse 1
- Cauchemar à louer
- La meute
- Krucifix
Première page de Cauchemar à louer
« C’était l’une de ces journées où tout va de mal en pis ; où les images qui vous entourent semblent une extension des cauchemars de la nuit, une sorte d’épanchement de l’imaginaire dans le réel. La pluie noyait le paysage, encadrant la route de rideaux liquides ininterrompus derrière lesquels les maisons n’étaient plus que des ombres fuyantes. Le père de David conduisait, les dents serrées, les mains crispées sur le volant. Le bruit de l’averse dominait celui de l’autoradio, écrasant la musique sous son martèlement humide. M’man, elle, demeurait silencieuse, tendue. Elle n’avait qu’une confiance limitée dans les talents de conducteur de son mari, de plus elle n’ignorait pas qu’il avait bu en cachette avant de partir.
Elle l’avait vu s’isoler dans la remise du jardin, là où il cachait la bonbonne d’eau-de-vie de pomme. Lorsqu’il en était ressorti, il avait une seconde titubé dans l’allée des citrouilles – dont certaines portaient encore les cicatrices de la dernière fête d’Halloween ! – et n’avait retrouvé son équilibre qu’en s’accrochant à la corde à linge. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le cycle angoisse 1. »
Le chien de minuit par Serge Brussolo

Fiche de Le chien de minuit
Titre : Le chien de minuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le chien de minuit
« Il se nommait Jedediah Wayne Paulson, mais depuis dix ans il se faisait appeler Bambata N’Koula Bassaï, parce qu’on lui avait dit qu’en dialecte (lequel ?) cela signifiait Le guerrier de la nuit. Il était noir, il avait vingt-trois ans, ce qui était déjà vieux pour un enfant des rues et des slums.
Pour l’heure ses mains tremblaient et il n’avait pas plus de force qu’un enfant. Au cours des dernières minutes, il avait bel et bien cru qu’il allait lâcher prise, tout près du but. Il s’était injurié mentalement, espérant que la colère infuserait dans ses veines quelques gouttes d’adrénaline supplémentaires, juste de quoi lui permettre d’atteindre le sommet du mur de brique. Des images effrayantes avaient commencé à déferler dans sa tête, et ses sensations s’étaient bizarrement amplifiées, comme chaque fois qu’il prenait de la dope. Soudain, il s’était vu, minuscule araignée humaine accrochée en pleine nuit sur la façade d’un brownstone de quarante étages et grimpant à mains nues, sans le secours d’aucune corde. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le chien de minuit. »
Le château d’encre par Serge Brussolo

Fiche de Le château d’encre
Titre : Le château d’encre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1988
Editeur : Denoël
Première page de Le château d’encre
« Chaque fois que j’essaye de la situer, les mêmes mots me montent aux lèvres : La maison se dressait à la sortie de la nuit…
Je regarde couler le flot sombre du fleuve. Au-dessus des berges s’élève le château d’encre. Drôle de nom pour une bicoque délabrée dont personne ne connaît plus en fait le ou les propriétaires. « Le château d’encre », cela sonne de manière un peu grotesque, comme l’appellation d’un palais appartenant depuis des lustres – des siècles – à quelque obscure famille transylvanienne ruinée. Mythes et fantasmes se mêlent à l’ombre de cette demeure à demi avalée par la berge, et qui s’enfonce un peu plus chaque année dans la vase.
Je me tiens en équilibre à la proue du bateau, comme on m’a recommandé de ne jamais le faire. Le château d’encre me domine, vautré dans sa bauge, dans son limon. Amas de planches et de cloisons déjà digéré, et qui paraît enveloppé par les sucs gastriques des eaux. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le château d’encre. »
Le carnaval de fer par Serge Brussolo

Fiche de Le carnaval de fer
Titre : Le carnaval de fer
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël
Première page de Le carnaval de fer
« Le train file dans la nuit. Et la locomotive creuse sa trouée dans l’épaisseur des ténèbres, dévorant les rails, crachant un panache de suie que le vent de la course rabat aussitôt sur son échine de wagons comme un voile de mariée sur le négatif d’une pellicule photographique.
Aucune lumière dans les voitures, aucune veilleuse dans les couloirs, rien qu’une dizaine de wagons aveugles où le moindre lumignon semble tabou. Un convoi obscur qui file dans l’obscurité, un curieux train fantôme aux passagers tâtonnants.
Dans le huitième compartiment de tête, assis dans le fauteuil réservé n°1234 (sens de la marche – côté vitre) il y a un homme. Un vieillard à peau grise engoncé dans un costume de confection trop grand pour lui. Sa glotte s’agite constamment sur le trajet de sa gorge à la chair grumeleuse et plissée. Ses mains tremblent sur ses cuisses maigres, comme deux bêtes racornies tavelées de jaune et de brun. Il s’appelle David, il se rend à la Cité des Oracles. Il a près de soixante-dix ans. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Carnaval de fer. »
La route obscure par Serge Brussolo

Fiche de La route obscure
Titre : La route obscure
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Le livre de poche
Première page de La route obscure
« Parfois, l’employé songeait que la muraille des consignes automatiques, avec ses alignements de petites portes carrées, toutes identiques, avait quelque chose de ces cimetières verticaux en usage dans certains pays. Un jour, en vacances, il avait visité un de ces funérariums où l’on rangeait les cercueils les uns au-dessus des autres, comme des caisses dans un entrepôt. Ça lui avait fait bizarre. Les morts avaient beau être chacun chez soi, et chaque niche fermée par une belle dalle de marbre, on ne pouvait s’empêcher de penser qu’on les avait stockés telles des marchandises en attente, et qu’un gros camion allait venir prendre d’une minute à l’autre pour les emmener vers un drôle de supermarché.
À cause de ce souvenir l’employé éprouvait toujours un pincement désagréable lorsqu’il longeait les consignes automatiques. Les portes, les portes avec leur numéro… Ça faisait penser également à des tiroirs de morgue. En plus petit bien sûr. Des petits tiroirs réfrigérés pour de petits cadavres. Des cadavres de nains ? Ou d’enfants ? Non, les enfants morts c’était une idée trop déprimante, il préférait encore les nains. Les nains, c’est jamais très beau, alors tant qu’à faire… »
Extrait de : S. Brussolo. « La Route obscure. »
La route de Santa Anna par Serge Brussolo

Fiche de La route de Santa Anna
Titre : La route de Santa Anna
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : Editions du Masque
Première page de La route de Santa Anna
« C’est quelque part dans le désert du Nevada, loin des routes habituellement patrouillées par les Rangers. Une de ces zones qui, parfois, sont le théâtre de fêtes clandestines. Autant dire que c’est nulle part, ou presque. Une tache blanche sur la carte.
Le désert a toujours abrité d’étranges rituels auxquels les fidèles, conviés par un efficace bouche à oreille, se pressent en secret. Les esprits forts ont décidé qu’il s’agissait là de légendes urbaines ; ils se trompent lourdement ; mais faire croire qu’il n’existe pas n’est-elle pas la suprême ruse du Diable ?
Markh serre le volant poisseux de toutes ses forces. Le va-et-vient des voitures au centre de l’arène soulève tant de poussière qu’il ne distingue plus les gradins où s’entassent les spectateurs hurlants. Il conduit au sein d’un brouillard jaune, au hasard, sachant qu’une collision peut se produire à tout moment.
Le public du premier rang le bombarde de boulons qu’il sème à grosses poignées, visant les pare-brise des véhicules. »
Extrait de : S. Brussolo. « La Route de Santa Anna. »
La princesse noire de Serge Brussolo

Fiche de La princesse noire
Titre : La princesse noire
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2004
Editeur : Le livre de poche
Première page de La princesse noire
« Le loup a rompu sa chaîne. Il est là, qui court, silhouette géante à l’horizon du monde. Il se hâte pour un rendez-vous de mort fixé de toute éternité. Dans un instant il ouvrira la gueule pour dévorer la lune et le soleil. Alors, la lumière s’éteindra dans le ciel, et la nuit tombera sur Asgard, le château des dieux, ainsi que sur le Midgard, la terre du milieu, là où demeurent les humains…
Le loup a rompu sa chaîne. De tous les coins de l’horizon des guerriers colossaux se lèvent et rassemblent pour l’ultime bataille, le chaos final. Même le serpent géant qui fait le tour de la terre s’est redressé. Le venin coule de sa gueule sans discontinuer, empoisonnant les campagnes.
C’est le dernier combat des divinités. Jetées les unes contre les autres, elles périront l’épée à la main, et toute vie s’éteindra, et le vent ne soufflera plus que des bourrasques de cendre grise.
Fenrir le loup a rompu sa chaîne. Il va dévorer la lune et le soleil. L’âge des ténèbres s’installera sur le champ de bataille des dieux morts. Ce sera l’obscurité des temps nouveaux voués à la désespérance. »
Extrait de : S. Brussolo. « La princesse noire. »
La porte d’ivoire par Serge Brussolo
Fiche de La porte d’ivoire
Titre : La porte d’ivoire
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2018
Editeur : Editions du Masque
Première page de La porte d’ivoire
« Cette nuit-là, l’éléphant passa la tête par la fenêtre du bungalow et, de sa trompe poisseuse, vint chatouiller Tracy Morgan pour la réveiller. La jeune femme sursauta et s’assit, de la morve plein la figure.
« Je suis venu te dire que je vais tous vous tuer, dit l’éléphant. Les hommes, les femmes, les enfants, tous.
— Pourquoi ? protesta Tracy avec la voix geignarde de la fillette qu’elle était vingt-cinq ans plus tôt.
— Parce que j’ai mal à la tête, grogna le pachyderme. Que ça me fait chier comme pas possible. Et aussi parce que tes semblables ont massacré beaucoup de mes frères. Donc, je vais venir vous tuer, toi, ton mâle et tes complices. Demain, ou plus tard, je ne sais pas encore. J’y réfléchirai quand j’aurai moins la migraine. Enfin voilà, c’est tout ce que je voulais te dire. Tu peux te rendormir.
— Je ne te laisserai pas faire ! » lança Tracy.
L’éléphant ricana comme seuls les éléphants savent le faire, et rétorqua :
« C’est ce que tu crois. Les hommes s’imaginent toujours plus forts que les animaux, ils se trompent. »
Extrait de : S. Brussolo. « La porte d’ivoire. »
La planète des ouragans – intégrale par Serge Brussolo

Fiche de La planète des ouragans
Titre : La planète des ouragans – intégrale
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Gallimard
Sommaire de La planète des ouragans
- Rempart des naufrageurs
- La petite fille et le doberman
- Naufrage sur une chaise électrique
Première page de La planète des ouragans
« Le vent se leva au moment même où l’astronef posait son train d’atterrissage sur la piste bétonnée de l’aéroport.
À l’instant précis où les grosses ventouses métalliques montées sur vérin entraient en contact avec le sol – agrandissant le réseau de lézardes sillonnant l’aire de stationnement –, le souffle déferla sur les bâtiments, fouettant les lignes sans grâce d’une architecture presque uniquement composée de dômes joufflus percés de meurtrières. La secousse ébranla le gros cargo, et les membrures du fuselage émirent une note creuse qui réveilla David. Tout de suite après une nuée de détritus envahit l’espace. Des journaux détrempés, portés par la tourmente, mais aussi des cartons d’emballage, des sacs de plastique ou de cellophane, de la paille et des débris de cageots…
Ces ordures palpitaient dans le vent comme de gros oiseaux flasques. Les journaux, les revues, battaient des pages tels des volatiles à ailes multiples ; des sachets arborant les noms et les emblèmes de divers supermarchés montaient vers le ciel comme des montgolfières boursouflées. Cet essaim gifla l’astronef, se plaquant contre ses flancs avec une rage étrange. »
Extrait de : S. Brussolo. « La planète des ouragans – Intégrale. »
La nuit du venin par Serge Brussolo

Fiche de La nuit du venin
Titre : La nuit du venin
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de La nuit du venin
« La barque, à peine un gros canot flanqué d’un moteur cabossé, déchire les vagues avec une obstination soyeuse de scalpel lancé en une trajectoire d’éventration parfaite.
Seule l’écume, moussant de part et d’autre de l’étrave, met un peu de blancheur dans l’obscurité pesant sur le lac.
Cécile relève contre ses joues les revers du trench-coat. L’humidité de la nuit la pénètre. Elle songe que les vêtements soigneusement rangés dans la valise qui bringuebale présentement entre les bancs de nage seront sans aucun doute poisseux lorsqu’elle les déballera.
La brume flottant à la surface du lac semble dotée d’un étrange pouvoir de dissolution. À son contact les étoffes deviennent molles, gluantes, comme si leurs fibres, perdant toute cohérence, privaient le tissage d’une trame solide. D’ailleurs le bois de la barque n’est-il pas beaucoup plus spongieux qu’au moment du départ ? Les ongles de la jeune femme tailladent maintenant le bastingage sans rencontrer la moindre résistance.
Si la traversée s’éternise, le canot va s’alourdir telle une grosse éponge, se défaire, abandonnant ses passagers dans le ventre des eaux noires. »
Extrait de : S. Brussolo. « La nuit du venin. »