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Elle qui ne sait pas dire je par Pierre Pelot

Fiche de Elle qui ne sait pas dire je

Titre : Elle qui ne sait pas dire je
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Première page de Elle qui ne sait pas dire je

« IL DONNAIT QUELQUES COUPS de lame courbe dans le taillis, puis se servait de l’outil pour ratisser et tirer dans le fossé, à ses pieds, branches et fougères coupées ; après quoi il soupirait brièvement, toujours pareil, et s’arrêtait, se redressait lentement, essoufflé comme s’il venait de fournir un effort surhumain. Alors, il posait la main gauche sur sa hanche, pouce au-dessus de la ceinture de cuir noir, sa main droite fermée sur le manche lisse du croissant débroussailleur, il appuyait maintenant sur l’outil cette énorme fatigue qui paraissait l’habiter et restait ainsi un moment à se demander s’il allait être capable ou non de poursuivre son travail. C’était sa manière. Trois ou quatre coups de lame pour sabrer, le mouvement transformé en ample ratissage, puis la pause, un regard bref au fil de la lame pour vérifier si un caillou sournois n’y avait pas d’aventure planté une dent. »

Extrait de : P. Pelot. « Elle qui ne sait pas dire je. »

Elle était une fois… par Pierre Suragne

Fiche de Elle était une fois…

Titre : Elle était une fois…
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Elle était une fois…

« Carling Joe avait l’âme généreuse, et il le regrettait parfois. Toujours trop tard, bien entendu.

Par exemple, ce mercredi de novembre…

Il aurait préféré mille fois se trouver chez lui, dans la maison de Boolt City, à regarder tomber la pluie furieuse derrière les carreaux, une tasse de café fumant dans le creux de la main. Ou même sous l’auvent de la scierie, dans l’odeur humide des tas de sciure. La scierie ou la maison, c’était pareil : c’était chez lui.

Mais non. Au lieu de ça, il roulait sur la route tortueuse, en plein cœur de la bourrasque, luttant avec le volant de sa camionnette poussive qui balançait méchamment sous les coups de boutoir du vent.

Un vent du diable, assurément. Un temps à ne pas mettre un chrétien dehors. C’était sûr  ; après toute cette pluie, on entendrait rugir la Boolt River un fameux moment. »

Extrait de : P. Suragne. « Elle était une fois…. »

Dylan Stark – l’intégrale par Pierre Pelot

Fiche de Dylan Stark – l’intégrale

Titre : Dylan Stark – l’intégrale
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution :
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Dylan Stark – l’intégrale

  • Quatre hommes pour l’enfer
  • Le vent de la colère
  • La couleur de Dieu
  • La horde aux abois
  • Les loups dans la ville
  • Les loups sur la piste
  • Les irréductibles
  • Le hibou sur la porte
  • La marche des bannis
  • Deux hommes sont venus
  • 7h20 pour Opelousas
  • La peau du nègre
  • L’homme-qui-marche
  • Quand gronde la rivière
  • Plus loin que les docks
  • Un jour, un ouragan…
  • Le tombeau de Satan
  • L’homme des monts déchirés

Duz par Pierre Suragne

Fiche de Duz

Titre : Duz
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Duz

« A un moment, Duz en eut assez de regarder défiler le paysage. Il décolla son front de la vitre de la portière et se laissa tomber sur la banquette.

— Est-ce que tu as fini de sauter comme ça ? dit le Type.

Sans même tourner la tête, ni jeter le moindre coup d’œil dans le rétroviseur. Rien. Ce gars-là devait avoir des yeux derrière la tête, ou quelque chose comme ça. On ne pouvait rien faire, sans qu’il le sente dans la seconde et se mette à râler.

Un instant, Duz joua à se demander s’il n’était pas un Extra-Terrestre, avec des dons particuliers, comme on en trouve dans les bandes dessinées. De ces types qui viennent d’ailleurs, de la planète Marfol par exemple, et qui se font passer pour des Terriens, mais tout ça pour faire des coups en douce et essayer de coloniser la planète – la Terre – et jouer des sales tours autant qu’ils le peuvent. »

Extrait de : P. Suragne. « Duz. »

Du plomb dans la neige par Pierre Pelot

Fiche de Du plomb dans la neige

Titre : Du plomb dans la neige
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne

Première page de Du plomb dans la neige

« — Ça t’a jamais fait ça ? demanda Mocky sur un ton qu’il voulait détaché.

Mais ça ne prenait pas : il y avait l’œil, et cette façon de tordre la bouche en coin, et cette décontraction, en somme, qui n’était pas dans l’attitude habituelle de Mocky.

Louis enclencha la troisième. Il avait un profil dur de bandit calabrais, comme on en voit dans les films. Le profil et la face. D’ailleurs, il était calabrais naturalisé, vacciné et tout le tremblement, mais pour ce qui est de l’origine, il ne pouvait pas nier.

Qu’est-ce que ça m’a jamais fait ? demanda-t-il dans un souffle, les paroles glissant tout autour du cigare à embout plastifié qu’il serrait entre les dents.

— Un truc, comme ça, dans le ventre. »

Extrait de : P. Pelot. « Du plomb dans la neige. »

Dérapages par Pierre Suragne

Fiche de Dérapages

Titre : Dérapages
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dérapages

« Le vent courait sans s’énerver, sud-ouest-nord-est, tout juste pour dire qu’il était le vent, tout juste pour maintenir le ciel dégagé, comme une grande cape bleue bien repassée dont les pans reposaient, en ronde corolle, aux quatre points des horizons dentelés de la forêt.
Il y a deux saisons au Québec, vous diront tous les Québécois, sur un sourire-clin d’œil et un joli roulement d’accent : l’hiver et le mois de juillet.
C’était juillet, fidèle au rendez-vous, comme tous les autres juillets passés et comme ceux qui viendraient. Ciel bleu, chaleur épaisse, lourde, et chaque instant de la journée semble étiré, allongé au maximum dans le temps : le matin n’en finit pas, le midi n’en finit pas, l’après-midi n’en finit pas, le soir n’en finit pas. C’était l’après-midi de ce jour-là et ce jour-là était dimanche. »

Extrait de : P. Suragne. « Dérapages. »

Delirium circus par Pierre Pelot

Fiche de Delirium circus

Titre : Delirium circus
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1977
Editeur : J’ai lu

Première page de Delirium circus

« S. 236. Int.
Tout allait bien pour Zorro Nap.
Une bonne intégration. Il le savait même s’il n’en avait pas réellement conscience.
Tout va bien, Zorro Nap… La poudrière…
Une vague somnolence s’était emparée de lui, à un moment donné, alors qu’il s’était affalé dans le siège de cuir défoncé, les jambes croisées jetées sur le plateau du bureau. Il avait écouté, un certain temps, les bruits divers qui s’entrecroisaient au-dehors, et les émanations sonores de ce réseau vibrant avaient contribué à son endormissement. Coupure noire, tranchée dans le fil du temps. Réveil.
Zorro Nap se redressa sur le siège ; il décroisa les jambes et posa ses pieds au sol. Sa bouche était pâteuse, il avait les reins douloureux. Tout cela très normal. La fatigue. »

Extrait de : P. Pelot. « Delirium circus. »

Danger, ne lisez pas ! par Pierre Pelot

Fiche de Danger, ne lisez pas !

Titre : Danger, ne lisez pas !
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1975
Editeur : Bragelonne

Première page de Danger, ne lisez pas !

« Je ne l’avais jamais consulté ce docteur.

Et si j’étais arrivé le premier, ce jour-là, dans la petite salle d’attente de son cabinet, cela n’avait littéralement rien à voir avec mon état de santé. Je n’étais pas malade. Je ne souffrais d’aucun malaise nécessitant le concours d’un docteur.

Certes, je fumais beaucoup plus depuis quelques mois, et j’étais parfois sujet à des crises d’irritabilité inexplicables… Mais c’est le lot de chacun, surtout en cette année 1999, où tout va de mal en pis. Et cela, je le répète, n’a rien à voir avec ma présence en ce lieu.

D’abord, je ne connaissais pas ce toubib, nouvellement installé. J’avais depuis toujours l’habitude de confier mes crampes d’estomac au savoir d’un antique médecin de famille, et je ne vois pas quelle idée bizarre aurait pu me pousser au changement. »

Extrait de : P. Pelot. « Danger, ne lisez pas !. »

Cimetière aux étoiles par Pierre Pelot

Fiche de Cimetière aux étoiles

Titre : Cimetière aux étoiles
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Castelmore

Première page de Cimetière aux étoiles

« Des milliards d’étoiles scintillaient sous la voûte du ciel immense, exactement comme dans le livre sur L’Univers et ses mystères, de tante Edith.

Il n’y avait pas un nuage. C’était une nuit d’été sans lune, pourtant claire.

— Il a peur, il a peur, chantonnait Béguinette, à voix basse et entre ses dents.

Si un renard avait pu sourire, se disait Junior Pierrot, il ne s’y serait pas pris différemment. Il était rudement satisfait de n’être pas l’objet des sarcasmes de la fille, pour une fois. Tant pis pour Kiki, et chacun son tour.

— C’est même pas vrai que j’ai peur, protesta lamentablement Kiki, d’une voix qui se voulait vaillante.

Une voix qui avait baissé de trois tons au moins entre les premiers mots de la phrase et les derniers, à peine plus gaillards qu’un murmure étranglé. »

Extrait de : P. Pelot. « Cimetière aux étoiles. »

Ce soir, les souris sont bleues par Pierre Pelot

Fiche de Ce soir, les souris sont bleues

Titre : Ce soir, les souris sont bleues
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Bragelonne

Première page de Ce soir, les souris sont bleues

« Le silence était retombé.

Même les mouches semblaient ne plus avoir la force ni l’envie de voler ; elles bourdonnaient confusément aux fenêtres, suivant le tour des carreaux.

C’était un peu après que l’ombre eut glissé de ce côté-ci du bâtiment. Elian descendit de chez lui au-dessus du garage – et sortit. L’esquisse d’un pas, suspendu une seconde, traduisit sa perplexité en lisière de la chaleur vibrante. Seuls des fous ou des gens en vacances pouvaient à l’évidence se remuer à plaisir dans les pesanteurs de cette fournaise.

Les paupières d’Elian, plissées et lourdes, encadrant le gris du regard méfiant, papillotèrent et se fermèrent à demi. Il écouta. La grimace appuyée avança comme un bec sous la moustache raide et compacte. »

Extrait de : P. Pelot. « Ce soir, les souris sont bleues. »