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Alabama un. neuf. neuf. six. par Pierre Pelot

Fiche de Alabama un. neuf. neuf. six.

Titre : Alabama un. neuf. neuf. six. (Tome 3 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Alabama un. neuf. neuf. six.

« Naturellement, en vérité, tout commença ailleurs et bien longtemps auparavant. Mais il faut bien tenter un début quelque part, comme on attrape une balle au vol ; un début qui, tout menteur et apparemment approximatif qu’il soit, n’en est pas moins aussi fiable, aussi solide – peut-être même probablement davantage – que ne l’est le véritable début dont les racines, pareilles à celles d’un sacré saule sauvage vert, se perdent et s’enfouissent à Dieu sait quelles distances du tronc visible de l’arbre. Et ce n’était pas à quelques centaines de miles de ce bled d’Alabama, dans les collines, rizières et marais à l’abandon de la fourche entre la Tombigbee River et l’Alabama River, que le véritable début eut lieu ; ce n’était pas uniquement une question de distance géographique ; c’était si bien enfoui ailleurs et dans le temps que seules quelques personnes auraient pu préciser où et quand, pour avoir vécu ces instants de la genèse. »

Extrait de : P. Pelot. « Alabama. Un. Neuf. Neuf. Six. – Ballade de Tony Burden. »

Observation du virus en temps de paix par Pierre Pelot

Fiche de Observation du virus en temps de paix

Titre : Observation du virus en temps de paix (Tome 2 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Observation du virus en temps de paix

« L’autre avait passé la moitié de son temps à me dire que s’il avait été plus jeune et en bonne santé il y aurait belle lurette qu’il aurait quitté le pays ; à part ça, pour le reste du temps, il mâchonnait en silence un chewing-gum, ou peut-être une vieille chique de tabac, je sais pas – mais si c’était du tabac il ne crachait pas – ; et aussi il me demanda trois ou quatre fois d’où je venais, où j’allais. J’avais dû lui dire à un moment quelconque que je revenais au pays. Ça l’intriguait.
Surtout à cause de mon ventre.
Il me jetait des regards en coin, tout en ouvrant et refermant ses doigts sur le volant. Je voyais ses doigts bouger ; j’avais pas besoin de tourner la tête. »

Extrait de : P. Pelot. « Observation du virus en temps de paix – Ballade de Tony Burden. »

Mémoires d’un épouvantail blessé au combat par Pierre Pelot

Fiche de Mémoires d’un épouvantail blessé au combat

Titre : Mémoires d’un épouvantail blessé au combat (Tome 1 sur 5 – Ballade de Tony Burden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mémoires d’un épouvantail blessé au combat

« En ce début d’après-midi torride et plat, Ab Cutty et Tony Burden regardaient s’agiter Malcolm, à quelques pas, de l’autre côté de la route poussiéreuse et blanche, devant le hangar aux pneus branlants. C’était comme si le simple fait d’avoir à contempler le nègre qui bougeait dans le soleil les eut terrassés définitivement, eux, victimes de quelque processus sournois de vases communicants qui les clouait plus profondément, à chaque seconde écoulée, au creux de cette vieille banquette de Ford défoncée qui leur servait de fauteuil, sous l’auvent de la boutique. Comme si, à cause du nègre et de ses gestes lourds, lents, à cause de la sueur du nègre qui coulait sur ses joues et que parfois, de loin en loin, il essuyait d’un revers de main excessivement caricatural – sans manquer, alors, de leur glisser un regard en biais, et aussi à cause des taches sombres de transpiration sur sa chemise vieux rose fanée, Cutty aussi bien que Burden eussent éprouvé de plus en plus de peine à soulever les paupières, à porter à leurs lèvres les boîtes de Bud tiède, à faire le minimum de gestes nécessaires pour chasser les mouches bleues – et même, quasiment respirer. »

Extrait de : P. Pelot. « Mémoires d’un épouvantail blessé au combat – Ballade de Tony Burden. »

Debout dans le ventre blanc du silence par Pierre Pelot

Fiche de Debout dans le ventre blanc du silence

Titre : Debout dans le ventre blanc du silence (Tome 3 sur 5 – Sous le vent du monde)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Milady

Première page de Debout dans le ventre blanc du silence

« Le premier, le boiteux, s’avança à découvert, piquant de son bâton la neige devant lui. Les autres attendaient, groupés près de l’arbre dont une partie de la ramure s’était secouée dans un grand poudroiement quand le boiteux avait frappé le tronc, au passage.

La trace était unique, derrière eux, une seule frayée pour tous, droite.

Le boiteux piquait, poussait sur le bâton à petits coups, levait sa jambe valide et enfonçait son pied à hauteur du bâton, amenait la jambe raide, retirait le bâton et piquait de nouveau, une longueur de pas devant. Sous la neige recouvrant l’eau dure, la rivière coulait.

Il traversa.

Arrivé près de l’arbre, là-bas, il fit comme il avait fait de ce côté-ci de la rivière : fouetta les branches, libérant une grande envolée poudreuse jaillie et retombée en scintillant, et lui dessous, blanchi d’un seul coup. »

Extrait de : P. Pelot. « Debout dans le ventre blanc du silence – Sous le vent du monde. »

Le nom perdu du soleil par Pierre Pelot

Fiche de Le nom perdu du soleil

Titre : Le nom perdu du soleil (Tome 2 sur 5 – Sous le vent du monde)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1998
Editeur : Milady

Première page de Le nom perdu du soleil

« Les Xuah marchaient depuis qu’ils étaient des Xuah. Mais un jour, ils s’étaient arrêtés.

Les enfants sortis du ventre des femmes, devenus des hommes et femmes Xuah, ne savaient plus que le monde s’étend aussi de l’autre côté des montagnes.

Alors, celui qui s’appelait Notlra, à la tête lourde de beaucoup de choses vues, au corps marqué par les os saillants qui crèveraient bientôt sa peau sombre, se mit à parler, et parler encore de ce temps-là enfoui derrière la montagne où le ciel s’éteint chaque jour, d’où venaient les Xuah. Notlra dit que là-bas n’était pas un territoire de nuit sans fin. Il savait.

Il dit avec les mots, avec les gestes, un temps où ses jambes étaient celles d’un enfant, alors pas bien grandes, pas bien dures, mais vives et infatigables – il l’affirmait. Il dit comment vivaient les Xuah, à la recherche du nom perdu de la lumière du ciel. »

Extrait de : P. Pelot. « Le nom perdu du soleil – Sous le vent du monde. »

Qui regarde la montagne au loin par Pierre Pelot

Fiche de Qui regarde la montagne au loin

Titre : Qui regarde la montagne au loin (Tome 1 sur 5 – Sous le vent du monde)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1997
Editeur : Milady

Première page de Qui regarde la montagne au loin

« De sa langue bleue paresseuse, la nuit léchait les hautes herbes et les feuilles acérées des arbres. De loin en loin, montaient l’appel d’une bête, le cri saccadé d’une autre, déchirant les mailles lâches du lacis tressé par les gloussements d’oiseaux qui glissaient et rebondissaient dans les branches.

Elle écoutait la nuit proche.

Parfois, cela faisait comme un bruit de pierre râpant la première peau d’une branche, quand on la pèle. Ce n’était pas un bruit unique et répété, mais plusieurs, tantôt ici, tantôt là, qui montaient du chuchotis caressant.

Un peu après que le jour d’avant se fut éteint avec la plongée sous terre de la boule de lumière rouge, le petit souffle d’air s’était levé ; il semblait sortir de chacune des tiges d’herbes qui s’agitaient pour le retenir ou l’attraper, empêcher sa course invisible ; les feuilles et les épines des plus petites branches, entre ciel et terre, faisaient de même. »

Extrait de : P. Pelot. « Qui regarde la montagne au loin – Sous le vent du monde. »

Les pirates du Graal par Pierre Pelot

Fiche de Les pirates du Graal

Titre : Les pirates du Graal (Tome 2sur 2 – Matthieu Garden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1998
Editeur : Milady

Première page de Les pirates du Graal

« Cinq jours avant Noël et la température extérieure, sur Paris, avoisinait les 25 °C. Sur toutes les chaînes de télé, les hérauts de la météo en bégayaient, répétant qu’on n’avait pas vu l’équivalent depuis plus d’un siècle. « Et pour cause, connard ! » ne pouvait s’empêcher de penser Nadia à chaque fois que lui parvenait à l’oreille l’annonce ressassée de l’événement, après que James, au journal, eut lancé une première fois l’apostrophe à l’adresse d’un quelconque Gillopétré ébahi en gros plan sur l’écran de la vieille télé, au fond de la salle de rédac.

Dans les rues, c’étaient moiteurs et transpirations, entassements d’affalés aux terrasses. »

Extrait de : P. Pelot. « Les Pirates du Graal – Matthieu Garden. »

Le chant de l’homme mort par Pierre Pelot

Fiche de Le chant de l’homme mort

Titre : Le chant de l’homme mort (Tome 1 sur 2 – Matthieu Garden)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1995
Editeur : Milady

Première page de Le chant de l’homme mort

« Il se versa une autre tequila. Le remous de liquide enveloppa la rondelle de citron, au fond du verre. Tequila gold. Combien déjà ? Sans doute un peu trop. Matt répondit, d’un sourire, à celui de Cat-Cathy, qui passait. Il alla reposer la bouteille sur la table.

— Tu fais le plein ? demanda le nouveau copain de Cat-Cathy. Vous en avez prévu, dans les rations alimentaires de survie ?

— Naturellement, dit Matt. Et des citrons verts lyophilisés pré-salés. Le must.

Le type s’appelait Lido – et non pas Ludo, il le précisait chaque fois qu’il se présentait –, genre chemise blanche-cravate en toutes occasions, le cheveu savamment flou, le bagou haut placé, œil de velours à la demande, mâchoire volontaire, sourire superman : un connard. »

Extrait de : P. Pelot. « Le Chant de l’homme mort – Matthieu Garden. »

Le jour de l’enfant tueur par Pierre Pelot

Fiche de Le jour de l’enfant tueur

Titre : Le jour de l’enfant tueur (Tome 1 sur 2 – Le livre de Ahorn)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1999
Editeur : Bragelonne

Première page de Le jour de l’enfant tueur

« Il y a 35 000 ans, les Anâanni vivaient paisiblement au bord d’un lac de montagne. Un jour, deux femmes ohihani et un homme étrange, aux lèvres cousues et au nez traversé d’une pointe d’os, viennent leur proposer un curieux troc : plusieurs hommes de leur clan ont été tués à la chasse et les Ohihani souhaitent échanger deux de leurs femmes contre le plus fort et le plus vigoureux des Anâanni. Après de longues et fatigantes épreuves, c’est Ahorn qui est désigné pour aller vivre sous les huttes des Ohihani, un sort qu’il accepte volontiers car il sait qu’il y retrouvera Ene’a.

Mais une fois là-bas, la réalité est tout autre et Ahorn comprend qu’il a été berné. Ene’a a été enlevée par des chasseurs ohisihan, et les hommes n’ont pas été tués, mais transformés en nokh, des créatures au nez transpercé et à la bouche cousue qui portent en elles les forces mauvaises et invisibles de la terre. »

Extrait de : P. Pelot. « Le Livre de Ahorn – Le jour de l’enfant tueur. »

Les faucheurs de temps par Pierre Pelot

Fiche de Les faucheurs de temps

Titre : Les faucheurs de temps (Tome 4 sur 4 – Les raconteurs de nulle part)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les faucheurs de temps

« Les premières neiges étaient tombées sur le causse au début de décembre, sans abondance, mais avec une opiniâtre constance, jour après jour ; juste ce qu’il fallait pour que le paysage pâlît, barbouillé de grisailles et de lividités malades, toutes véritables couleurs disparues. Parfois, le vent tombait, laissant en paix les nuages qui s’écartaient alors comme sous la poussée du bleu. Le soleil était encore suffisamment chaud pour attaquer la couche blanche, ne fût-ce que pendant deux ou trois heures, dans la journée. L’eau de la fonte qui brillait sur les pierres, affleurant les prés galeux du causse gelait la nuit suivante ; c’est ainsi que le jour nouveau se levait sur de vastes bavures brillantes parmi les herbes cassées et brunies, comme des traces laissées par de gigantesques bêtes au cours de la nuit, de monstrueuses limaces évaporées dans la lumière grise »

Extrait de : P. Pelot. « Les faucheurs de temps – Les raconteurs de nulle part. »