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Haute-école par Sylvie Denis

Fiche de Haute-école

Titre : Haute-école
Auteur : Sylvie Denis
Date de parution : 2004
Editeur : L’Atalante

Première page de Haute-école

« Hérus Tork avait toujours attendu la mort de Mérot l’Ancien.

Cela datait du jour même de son arrivée à la Haute-École. Le directeur était venu jeter un coup d’œil aux nouveaux, envoyés par leurs parents à peine célébré leur sixième anniversaire. Levé à l’aube, il s’était lavé à l’eau froide et avait avalé un petit-déjeuner loin d’être succulent, mais copieux. Puis il s’était mis en rang avec une douzaine de nouvelles recrues dans une des innombrables cours des multiples bâtiments qui jouxtaient le château. Ses futurs compagnons étaient des fils d’apothicaires et de maçons, de bouchers et de cultivateurs. Pas de filles. Les filles fréquentaient une autre école, celle de Sopok, sur les rives de la mer d’Avole, dans le Premier Quadrant.

Mérot était un homme de haute taille, aussi musclé et large d’épaules que certains Chasseurs. Ayant effectué plusieurs allers- retours devant les gamins, il s’arrêta devant Hérus Tork et demanda au Chasseur qui s’occupait d’eux depuis leur arrivée où il avait trouvé cet avorton. »

Extrait de : S. Denis. « Haute-Ecole. »

Dedans, dehors par Sylvie Denis

Fiche de Dedans, dehors

Titre : Dedans, dehors
Auteur : Sylvie Denis
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Armada

Première page de Dedans, dehors

« Nous, Hommes Libres et Singuliers, déclarons que l’homme peut vivre libre et responsable dans une communauté auto-organisée, sans hiérarchie et sans État.

Nous pensons que le but de toute organisation socio-économique est de servir l’homme, pas de se servir elle-même ou ceux qui l’ont créée. Nous pensons que la communauté ne doit pas aliéner l’individu, que l’individu ne doit pas mettre en danger la communauté. Nous disons que la communauté doit servir l’individu doit servir la communauté doit servir l’individu.

Nous, Hommes Libres et Singuliers, nous engageons à ne jamais utiliser les découvertes de la génétique et des biotechnologies pour créer un modèle d’être humain prétendument unique, définitif et parfait.

Nous, Hommes Libres et Singuliers, nous engageons à ne pas confondre description et prescription, observation et injonction. »

Extrait de : S. Denis. « Dedans, dehors. »

L’empire du sommeil par Sylvie Denis

Fiche de L’empire du sommeil

Titre : L’empire du sommeil (Tome 2 sur 2 – La saison des singes)
Auteur : Sylvie Denis
Date de parution : 2012
Editeur : L’Atalante

Première page de L’empire du sommeil

« Au commencement, rien n’était écrit.
Rien n’allait de soi.
Personne ne savait – car il n’y avait ni personnes ni savoir – qu’une espèce de singes accéderait à la conscience, encore moins qu’elle développerait suffisamment d’intelligence pour maîtriser son environnement.
Qui aurait pu prévoir que ces bestioles-là, entre toutes, survivraient aux maladies, au froid, à la sécheresse, à la faim, aux prédateurs ?
Parce que les animaux, dans notre univers, ça va ça vient. Ça apparaît et ça disparaît en masse. Ça se reproduit, ça mange tout ce que ça trouve jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Ça veut vivre et ça ne sait pas. Ça fait, logique, bêtise sur bêtise. Ça ne sait pas, mais ça veut comprendre, alors ça invente. Et ça invente encore et encore. Et ça croit à ce que ça a inventé.
Car au commencement il n’y avait rien.
Rien n’allait de soi. Rien n’était donné à personne. »

Extrait de : S. Denis. « L’Empire du sommeil – La saison des singes. »

La saison des singes par Sylvie Denis

Fiche de La saison des singes

Titre : La saison des singes (Tome 1 sur 2 – La saison des singes)
Auteur : Sylvie Denis
Date de parution : 2007
Editeur : L’Atalante

Première page de La saison des singes

« Dans cet espace-temps, il y a…
Des étoiles et des singes.
Des singes et des étoiles.
Par milliards.

Les étoiles soumises aux lois de la physique se sont rassemblées en galaxie spirale. Obéissant à celles de l’évolution, un unique phylum de singes a accédé à la conscience. Et après des milliers d’années de tâtonnements, d’erreurs et d’errances, la civilisation des singes conscients et connaissants, scientifiques et techniques, bâtisseurs et artistes a englouti leur planète, s’est étendue à leur système et l’a quitté.

Il y a quelques centaines d’années, ils ont enfin vu de leurs propres yeux que leur système solaire n’est qu’un parmi d’autres. Ils ont vraiment compris que la Galaxie n’est qu’une spirale commune appartenant à un petit groupe, lui-même insignifiant au sein de l’amas local, qui n’est franchement qu’une chiure d’acarien perdue dans le super-amas.

Les singes ont étudié et compris le fonctionnement du vivant. Ils ont rédigé la Charte des hommes libres et singuliers. Certains se sont modifiés, comme ils disent. Mieux : ils ont mis les modifications à ­disposition des signataires de la Charte. Qui les ont adoptées. Ou pas. »

Extrait de : S. Denis. « La Saison des singes – La saison des singes. »

Villa Rosalie par Mélanie Fazi

Fiche de Villa Rosalie

Titre : Villa Rosalie
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2006
Editeur : Bragelonne

Première page de Villa Rosalie

« Près de la porte, le nom de la maison s’affiche en lettres de fer forgé, « Villa Rosalie », comme un badge épinglé au revers d’une veste. Derrière, le blanc du crépi commence à s’encrasser.

Au moment d’entrer, je me raidis toujours en imaginant les regards braqués dans mon dos. Il suffit de se dire « Surtout, n’ayons pas l’air suspect » pour sentir ses épaules se voûter, ses doigts trembler, comme un cambrioleur à la manque. J’ai remonté l’allée avec une nonchalance calculée qui cache mal ma nervosité. Je commence à m’y habituer, mais je m’étonne toujours, à chaque nouvelle visite, de n’entendre aucun voisin m’interpeller.

On doit me connaître de vue comme le type qui vient tondre la pelouse chez la vieille Clémen­tine, parfois faire de menus travaux.  »

Extrait de : M. Fazi. « Villa Rosalie.  »

Serpentine par Mélanie Fazi

Fiche de Serpentine

Titre : Serpentine
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard

Sommaire de Serpentine

  • Serpentine
  • Elégie
  • Nous reprendre à la route
  • Rêves de cendre
  • Matilda
  • Mémoires des herbes aromatiques
  • Petit théâtre de rame
  • Le faiseur de pluie
  • Le passeur
  • Ghost town blues

Première page de Serpentine

« La boutique ne paie pas de mine, coincée entre une épicerie ouverte la nuit et un troquet mal éclairé. Elle ressemble en tout point à celle de l’homme qui m’envoie ici, celle où Imène m’avait conduit en premier lieu. Rien ne transparaît de l’extérieur : on a placardé sur les vitres des motifs par dizaines, moins pour attirer le client que pour masquer l’autre côté, comme une boîte hermétiquement close dont rien ne filtre. On y accède par une volée de marches, une fois poussée la porte qui ne s’ouvre qu’au deuxième coup d’épaule. Au-dessus, une pancarte annonce la couleur :

SERPENTINE
TATOUAGES & PIERCINGS

Lettres souples et tout en courbes autour desquelles se tortillent vipères et cobras, sous l’œil d’une salamandre tapie dans un coin. Deux serpents s’enroulent nonchalamment autour du S et du T majuscules. »

Extrait de : M. Fazi. « Serpentine. »

Nous qui n’existons pas par Mélanie Fazi

Fiche de Nous qui n’existons pas

Titre : Nous qui n’existons pas
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2018
Editeur : Dystopia

Première page de Nous qui n’existons pas

« Est arrivé un jour où la fiction n’a pas suffi. Un jour où les mots trop longtemps contenus ont demandé à sortir nus, sans filtre, sans que je ne déguise ma voix derrière celle d’un narrateur. Un samedi matin, au réveil, quatre pages se sont écrites d’une traite, nourries d’années de réflexion, de tâtonnements, de quête d’identité. Ce jour-là, l’étrangeté autour de laquelle je me suis construite a enfin trouvé des mots simples pour se dire.

Je ne cherche pas à affirmer qu’il y aurait une vérité plus grande dans un récit vécu que dans un texte de fiction ; depuis la fin de l’adolescence, mon langage est celui des histoires, et des nouvelles fantastiques en particulier, car c’est ainsi que je sais le mieux parler du monde. J’ai pour les genres en général, et surtout pour le fantastique, un grand amour et un profond respect. J’aime leurs multiples niveaux de lecture, leur richesse métaphorique, j’aime la façon dont ils permettent de traduire des réalités complexes par des images fortes ou poétiques là où les mots se dérobent parfois. »

Extrait de : M. Fazi. « Nous qui n’existons pas. »

Notre Dame aux écailles par Mélanie Fazi

Fiche de Notre Dame aux écailles

Titre : Notre Dame aux écailles
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2008
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Notre Dame aux écailles

  • La cité travestie
  • En forme de dragon
  • Langage de la peau
  • Le train de nuit
  • Les cinq soirs du lion
  • La danse au bord du fleuve
  • Villa Rosalie
  • Le noeud cajun
  • Notre-Dame aux écailles
  • Mardi gras
  • Noces d’écume
  • Fantômes d’épingles

Première page de La cité travestie

« La cité travestie ne dort jamais. Ses insomnies sont contagieuses.
Depuis six mois, je hante ses rues. Ils sont des centaines à me croiser chaque jour pour m’oublier aussitôt. Avec mon sac en bandoulière et mes habits quelconques, on doit me croire touriste ou étudiant. Eux ne me voient pas, mais il en est d’autres qui guettent. Parfois, aux abords des canaux, je jurerais entendre le clapotis m’appeler par mon nom.
Giordano Salvaggio, murmurent les eaux. Ne nous oublie pas, Giordano.
Je suis un braconnier d’un genre un peu spécial, et Venise est mon terrain de chasse. Six mois, c’est assez pour nouer avec une ville un rapport plus qu’intime. Il suffit parfois de peu pour changer un regard : tirez sur un fil et la tapisserie entière se délite entre vos doigts. Mais une cité mise à nu, ce n’est jamais beau à voir. »

Extrait de : M. Fazi. « Notre-Dame-aux-Ecailles. »

Noces d’écume par Mélanie Fazi

Fiche de Noces d’écume

Titre : Noces d’écume
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2008
Editeur : Bragelonne

Première page de Noces d’écume

« Ils étaient partis pêcher tous les quatre. À leur retour, Valentin avait refusé de me dire ce qu’ils avaient tiré de la mer.

Son expression hagarde, ce soir-là… Posé au bord du lit comme un tas de chiffons jeté là, négligemment. Épaules rentrées, dos voûté. Bras ballants à ses côtés comme s’il ne savait qu’en faire. Et le regard perdu entre ici et la fenêtre, ou plus loin encore. Tourné vers l’océan qu’il n’avait quitté que depuis quelques heures.

La nuit tombait dehors, chargée du bruit des vagues. Un silence épais, alourdi de cet écho, étouffait notre chambre. Ma voix s’y frayait un chemin hési­tant.

— Il s’est passé quelque chose, Valentin ?

Un accident peut-être ? C’était la première question qui m’avait traversé l’esprit en lui voyant cet air sonné quand il avait passé la porte. À se demander par quel miracle il avait regagné la maison. »

Extrait de : M. Fazi. « Noces d’écume. »

Miroir de porcelaine par Mélanie Fazi

Fiche de Miroir de porcelaine

Titre : Miroir de porcelaine
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2009
Editeur : ActuSF

Première page de Miroir de porcelaine

« D’abord ouvrir les yeux. Mes paupières pèsent une tonne. Chercher une raison de me réveiller pleinement. Et la chercher longtemps.
Plus tard, assise au bord du matelas. En équilibre entre vertige et nausée. Tout mon corps proteste. Résister contre la voix du lit qui m’appelle à l’oubli.
C’est la soif qui me pousse à me lever. Tout étonnée de savoir encore poser un pied devant l’autre. J’ai dormi trop longtemps. Ma gorge desséchée réclame à boire.
Salle de bains. Le carrelage est glacial. Penchée sur le lavabo, j’avale l’eau à grandes goulées jusqu’à manquer m’étrangler. Ça ne suffit jamais. Derrière la soif, une autre tension me serre la gorge. »

Extrait de : M. Fazi. « Miroir de porcelaine. »