Étiquette : livre
Le monde de Ben par Doris Lessing

Fiche de Le monde de Ben
Titre : Le monde de Ben
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2000
Traduction : M. Véron
Editeur : J’ai lu
Première page de Le monde de Ben
« Quel âge avez-vous ?
— Dix-huit ans. »
La réponse ne vint pas tout de suite car Ben redoutait ce qui, il le savait, allait arriver maintenant ; et en effet, derrière la vitre qui le protégeait du public, l’employé posa son stylo-bille sur le formulaire qu’il remplissait, puis, avec sur son visage une expression que Ben connaissait trop bien, examina son client d’un regard à l’amusement empreint d’impatience qui n’était pas tout à fait de la dérision. L’homme qu’il avait devant lui était petit, gros, ou en tout cas trapu. La veste qu’il portait était trop grande pour lui. Il devait avoir au moins quarante ans. Et ce visage ! C’était une large face aux traits grossiers, dont la bouche s’étirait en un grand sourire – qu’est-ce qu’il pouvait bien trouver de si fichtrement drôle ? -, un nez épaté aux narines dilatées, des yeux glauques avec des cils roux pâle, sous des sourcils en bataille de la même couleur. »
Extrait de : D. Lessing. « Le monde de Ben. »
Le cinquième enfant par Doris Lessing

Fiche de Le cinquième enfant
Titre : Le cinquième enfant
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1988
Traduction : M. Véron
Editeur : Albin Michel
Première page de Le cinquième enfant
« Harriet et David se rencontrèrent à une fête d’entreprise à laquelle ni l’un ni l’autre n’avait eu envie d’aller, et tous deux surent à l’instant même que c’était là ce qu’ils attendaient. Quelqu’un d’assez conservateur, démodé, pour ne pas dire vieillot; timide, difficile à contenter : voilà comment les autres les définissaient, il n’y avait pas de fin aux qualificatifs désobligeants qu’ils s’attiraient. Ils défendaient obstinément une certaine vision d’eux-mêmes, qui était la banalité et le droit à la banalité, sans pour autant avoir à subir de critiques pour leurs exigences émotionnelles et leur abstinence simplement parce que c’étaient là des qualités passées de mode.
A cette fameuse fête d’entreprise, environ deux cents personnes s’entassaient dans une longue salle solennelle, qui était une salle de conseil d’administration trois cent trente-quatre jours par an. Trois sociétés associées, toutes liées à la construction immobilière, tenaient là leur fête de fin d’année. »
Extrait de : D. Lessing. « Le Cinquième enfant. »
Le carnet d’or par Doris Lessing

Fiche de Le carnet d’or
Titre : Le carnet d’or
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1962
Traduction : M. Véron
Editeur : Albin Michel
Première page de Le carnet d’or
« Les deux femmes étaient seules dans l’appartement.
« En fait, ça craque par tous les bouts », dit Anna tandis que Molly reposait le récepteur.
Molly passait sa vie au téléphone. Avant qu’il ne sonne, cette fois, elle avait juste eu le temps de demander à Anna : « Alors ? Quels sont les derniers cancans ? » Et elle annonça en revenant du téléphone : « C’est Richard. Il arrive. Son seul instant libre d’ici un mois, du moins il le prétend.
— De toute façon je ne m’en irai pas, dit Anna.
— Surtout pas, reste où tu es. »
Molly s’examina d’un œil critique : elle portait un pantalon et un pull-over aussi défraîchis l’un que l’autre. « Il n’aura qu’à me prendre comme je suis, décréta-t-elle en s’asseyant devant la fenêtre. »
Extrait de : D. Lessing. « Le Carnet d’or. »
Filles impertinentes par Doris Lessing

Fiche de Filles impertinentes
Titre : Filles impertinentes
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1984
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de Filles impertinentes
« Une photographie de ma mère me la présente sous les traits d’une collégienne imposante, au visage rond empreint de cette assurance caractéristique, me semble-t-il, de l’ère victorienne. Ses cheveux sont noués en arrière avec un ruban noir. Elle porte l’uniforme du collège – un large chemisier blanc et une longue jupe sombre. Sur une photographie prise quarante-cinq ans plus tard, elle apparaît maigre, vieille et sévère, et nous regarde bravement du fond d’un monde de déception et de frustration. Elle est debout près de mon père, la main sur le dossier de sa chaise. Il est contraint de rester assis car il est malade. Comme toujours. Manifestement, il a toutes les peines à se tenir droit. Cependant il arbore le complet de rigueur, sans doute parce qu’elle lui a demandé de faire cet effort. Elle porte une robe de couturière plutôt élégante, confectionnée dans un coupon acheté en solde.
Ce récit a pour objet la distance qui sépare ces deux photographies. Il semble qu’il m’ait fallu toute une vie pour comprendre mes parents, au long d’un chemin jalonné de surprises. »
Extrait de : D. Lessing. « Filles impertinentes. »
Ces prisons où nous choisissons de vivre par Doris Lessing

Fiche de Ces prisons où nous choisissons de vivre
Titre : Ces prisons où nous choisissons de vivre
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1986
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de Ces prisons où nous choisissons de vivre
« Voilà bien longtemps, un fermier aussi prospère que respecté possédait l’un des plus beaux troupeaux de vaches laitières du pays, si bien que des fermiers de toute la partie méridionale du continent venaient lui demander des conseils. Cela se passait dans l’ancienne Rhodésie du Sud, où j’ai grandi et qui s’appelle maintenant le Zimbabwe. Quant à l’époque, c’était juste après la Seconde Guerre mondiale.
Je connaissais bien ce fermier et sa famille. Il était d’origine écossaise et décida de faire venir d’Écosse un taureau exceptionnel. À cette époque, la science n’avait pas encore découvert comment expédier d’un continent à l’autre par la poste de petits paquets contenant de futurs veaux. L’animal arriva le jour dit, en avion naturellement, et eut droit à un comité d’accueil composé de fermiers, d’amis, de connaisseurs. »
Extrait de : D. Lessing. « Ces prisons où nous choisissons de vivre. »
Alfred et Emily par Doris Lessing

Fiche de Alfred et Emily
Titre : Alfred et Emily
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2008
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de Alfred et Emily
« Les soleils des longs étés du début du siècle dernier ne promettaient que paix et abondance, sans parler de la prospérité et du bonheur. De mémoire d’homme, on n’avait jamais vu des journées aussi imperturbablement ensoleillées. D’innombrables mémoires et romans l’ont certifié, aussi puis-je affirmer en toute confiance qu’en ce dimanche après-midi d’août 1902, dans le village de Longerfield, le temps était splendide. C’était le jour de la fête annuelle de l’Allied Essex and Suffolk Bank. La scène avait lieu dans une vaste prairie que le fermier Redway prêtait chaque année et qui était occupée par des vaches la plupart du temps. Plusieurs activités se déroulaient simultanément. À l’extrémité de la prairie, le tumulte et les cris d’excitation indiquaient que les enfants jouaient à cet endroit. »
Extrait de : D. Lessing. « Alfred et Emily. »
L’histoire du Général Dann par Doris Lessing

Fiche de L’histoire du Général Dann
Titre : L’histoire du Général Dann (Tome 2 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 2005
Traduction : P. Giraudon
Editeur : Flammarion
Première page de L’histoire du Général Dann
« Il suffirait à Dann de bouger à peine la main, d’un côté ou de l’autre, et ce serait la chute.
Il s’était allongé, comme un plongeur, et se cramponnait à l’extrémité d’une fragile saillie de roche noire, dont la partie inférieure avait été usée par l’eau et par le vent. De loin, on aurait dit un doigt obscur pointé vers la cataracte se déversant sur une paroi de rocs sombres, où elle se volatilisait instantanément en une brume tourbillonnante. Cette vision mouvante fascinait Dann, comme s’il contemplait une falaise rugissante, d’un blanc éclatant. Le bruit l’assourdissait. Il avait l’impression d’entendre des voix l’appeler du fond d’un orage, bien qu’il sût que ce n’étaient que les cris des oiseaux de mer. Ainsi penché, il ne voyait qu’une immense cascade d’eau limpide. S’il levait la tête au-dessus de son bras et regardait devant lui, il apercevait au loin, au-delà de l’abîme au bord duquel il gisait, des nuées basses qui étaient de la neige et de la glace.
Tout était blanc sur blanc, et il respirait l’air frais de la mer, qui nettoyait ses poumons de l’odeur fade et humide du Centre. »
Extrait de : D. Lessing. « L’Histoire du Général Dann – Cycle de l’eau. »
Mara et Dann par Doris Lessing

Fiche de Mara et Dann
Titre : Mara et Dann (Tome 1 sur 2 – Cycle de l’eau)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1999
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Flammarion
Première page de Mara et Dann
« La scène qu’enfant, puis adolescente et enfin jeune femme elle s’efforcerait tant de garder en mémoire était assez claire au début. Elle avait été entraînée de force – tantôt portée, tantôt tirée par la main –, par une nuit noire, seules les étoiles étaient visibles, puis on l’avait poussée dans une chambre en lui ordonnant de se taire, et les gens qui l’avaient amenée avaient disparu. Elle n’avait pas prêté attention à leurs visages, à leur aspect, elle était trop effrayée, mais c’était son peuple, le Peuple, elle en était sûre. La chambre ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait connu. C’était un carré, construit avec des rocs énormes. Elle se tenait dans une des maisons rocheuses. Elle les côtoyait depuis toujours. Les maisons rocheuses étaient là où vivaient « les autres », le peuple des Rochers. Pas son peuple à elle, qui les méprisait. Elle avait souvent vu le peuple des Rochers marcher sur les routes, s’écarter vite du chemin à la vue du Peuple, mais l’aversion qu’on lui avait inculquée à leur encontre lui interdisait de bien les regarder. Elle en avait peur, elle les trouvait laids. »
Extrait de : D. Lessing. « Mara et Dann – Cycle de l’eau. »
Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen par Doris Lessing

Fiche de Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen
Titre : Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen (Tome 5 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1983
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte
Première page de Les agents sentimentaux de l’Empire Volyen
« J’ai demandé à quitter Shikasta – pour me retrouver sur un monde dont la caractéristique dominante est la même que sur Shikasta. Fort bien ! Je vais supporter ce mandat jusqu’au bout. Mais je vous avise par la présente, formellement, de mon aspiration à être envoyé, lorsque j’en aurai fini ici, sur une planète aussi arriérée, éprouvante que vous le souhaiterez, mais dont les populations ne semblent pas souffrir en permanence de démence autodestructrice.
Venons-en maintenant à mon rapport initial. Cela fait cinq V-années que je me trouve ici, et je peux confirmer certains rapports récents selon lesquels notre agent Incent aurait été victime d’une attaque de Rhétorique – ce qui n’a rien d’inhabituel, après tout, ni de forcément malvenu si l’on considère cela comme une inoculation contre pire encore –, mais malheureusement il ne s’en est pas remis, et souffre toujours d’un état résistant de Rhétorique Ondulante. »
Extrait de : D. Lessing. « Les Agents sentimentaux de l’Empire Volyen – Canopus dans Argo. »
L’invention du représentant de la planète 8 par Doris Lessing

Fiche de L’invention du représentant de la planète 8
Titre : L’invention du représentant de la planète 8 (Tome 4 sur 5 – Canopus dans Argo)
Auteur : Doris Lessing
Date de parution : 1982
Traduction : S. Guillot
Editeur : La Volte
Première page de L’invention du représentant de la planète 8
« Vous voulez savoir ce que nous inspiraient les Agents canopéens à l’époque de la Glace.
C’était d’ordinaire Johor qui venait, mais lui ou un autre arrivait sans prévenir – et fortuitement, selon toute apparence – pour rester plus ou moins longtemps, et durant ces agréables visites, qu’on attendait toujours avec impatience, nous donnait des conseils, nous montrait comment utiliser plus efficacement les ressources de notre planète, nous suggérait de nouveaux appareils, méthodes et techniques. Et puis partait sans jamais nous dire quand aurait lieu la prochaine visite de Canopus.
Les Agents canopéens ne différaient guère les uns des autres. Moi-même, comme mes rares congénères ayant été emmenés sur d’autres Planètes Colonisées pour y recevoir instruction et formations de diverses natures, savions qu’il fallait reconnaître à tous les fonctionnaires du Service colonial canopéen une indéniable autorité. Mais c’était là l’expression de qualités intimes, non celle de quelque position hiérarchique. »
Extrait de : D. Lessing. « L’invention du Représentant de la Planète 8 – Canopus dans Argo. »