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Les corbeaux de Pearblossom par Aldous Huxley

Fiche de Les corbeaux de Pearblossom

Titre : Les corbeaux de Pearblossom
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1985
Traduction : J. A. & C. Rey
Editeur : Gallimard

Première page de Les corbeaux de Pearblossom

« C’était une voisine, une vague connaissance de Dora avec qui elle échangeait quelques mots lorsqu’elles se rencontraient dans la rue. Seulement, cette fois, cela avait été plus qu’un brin de causette.

– J’ai promis de t’en parler, elle était comme toujours, bizarre, mais… avec quelque chose en plus… j’ai été bouleversée.

Dora avait parlé presque à voix basse à son mari.

– que t’a-t-elle dit? demanda l’inspecteur principal Wexford.

–  » Rod a disparu « , quelque chose comme ça. Et puis, elle m’a demandé si tu pouvais t’en occuper.

Les officiers de police ont d’autres chats à fouetter, d’autant que Wexford était persuadé que son mari était parti avec une autre. Heureusement, elle ne faisait pas partie du district sur lequel il travaillait habituellement. »

Extrait de : A. Huxley. « Les corbeaux de Pearblossom. »

Les Claxton & Le jeune Archimède par Aldous Huxley

Fiche de Les Claxton & Le jeune Archimède

Titre : Les Claxton & Le jeune Archimède
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1930
Traduction : B. Veraldi
Editeur : Gallimard

Première page de Les Claxton & Le jeune Archimède

« Dans leur petit pavillon de banlieue, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. Même le chat était végétarien – du moins officiellement –, même le chat. Ce qui rendait la conduite de la petite Sylvia réellement inexcusable. Car la petite Sylvia était un être humain de six ans, alors que Pussy n’était qu’un animal de quatre ans. Si Pussy pouvait se contenter de légumes, de lait et, comme gâterie, d’un morceau de beurre de cacahuète, lui qui avait du sang de tigre, Sylvia pouvait sûrement s’abstenir de manger du bacon en cachette. Surtout chez quelqu’un d’autre. Qu’il fût arrivé sous le toit de Judith rendait l’incident particulièrement pénible pour les Claxton. C’était leur premier jour chez Judith depuis leur mariage. Martha Claxton avait un peu peur de sa sœur, de sa langue acérée, de son rire, de son irrévérence mordante. Et, de l’aveu même de son mari, elle était assez jalouse du mari de Judith. Les livres de Jack Bamborough étaient non seulement appréciés mais ils se vendaient bien. »

Extrait de : A. Huxley. « Les Claxton – Le jeune Archimède. »

Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes

Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Plon

Première page de Le meilleur des mondes

« Un immeuble gris massif, de trente-quatre étages seulement, avec au-dessus de l’entrée principale les mots CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT CENTRAL DE LONDRES, et, dans un écu, la devise de l’État mondial, COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.

L’immense salle du rez-de-chaussée donnait au nord. Froide malgré l’été derrière les vitres et la chaleur tropicale entre les murs, une lame de lumière venue des fenêtres cherchait avidement un modèle anatomique sous sa housse, la silhouette blême d’un universitaire frigorifié, et ne rencontrait que le verre, le nickel et la porcelaine à l’éclat glacial d’un laboratoire. À l’hivernal répondait l’hivernal. Les blouses des employés étaient blanches, leurs mains gantées d’un caoutchouc cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantôme.

Seuls les tubes jaunes astiqués des microscopes lui renvoyaient une substance riche et vivante tel du beurre, en coulées alléchantes, d’une paillasse à l’autre jusqu’au fond de la salle. »

Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes [Nvlle trad. de Josée Kamoun]. »

Le meilleur des mondes par Aldous Huxley

Fiche de Le meilleur des mondes

Titre : Le meilleur des mondes
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1932
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Le meilleur des mondes

« Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots : CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l’État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.

L’énorme pièce du rez-de-chaussée était exposée au nord. En dépit de l’été qui régnait au-delà des vitres, en dépit de toute la chaleur tropicale de la pièce elle-même, ce n’étaient que de maigres rayons d’une lumière crue et froide qui se déversaient par les fenêtres. Les blouses des travailleurs étaient blanches, leurs mains, gantées de caoutchouc pâle, de teinte cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantomatique. Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre.
— Et ceci, dit le Directeur, ouvrant la porte, c’est la Salle de Fécondation.
Au moment où le Directeur de l’Incubation et du Conditionnement entra dans la pièce, trois cents Fécondateurs, penchés sur leurs instruments, étaient plongés dans ce silence où l’on ose à peine respirer, dans ce chantonnement ou ce sifflotement inconscient, par quoi se traduit la concentration la plus profonde. »

Extrait de : A. Huxley. « Le meilleur des mondes. »

La philosophie éternelle par Aldous Huxley

Fiche de La philosophie éternelle

Titre : La philosophie éternelle
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1945
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres

Première page de La philosophie éternelle

« Dans l’étude de la Philosophia Perennis, on peut commencer soit par le bas, par la pratique et la morale ; soit par le haut, par la considération des vérités métaphysiques ; soit enfin par le milieu, au point focal où l’esprit et la matière, l’action et la pensée ont leur lieu de rencontre dans la psychologie humaine.

La porte inférieure est celle que préfèrent les maîtres strictement pratiques — les hommes qui, tel Gautama Bouddha, n’ont pas l’emploi de la spéculation, et dont le but primordial est d’éteindre, au cœur des hommes, les feux hideux de la convoitise, du ressentiment et de l’aveuglement. Par la porte supérieure passent ceux dont la vocation est de penser et de spéculer — les philosophes et les théologiens-nés. La porte intermédiaire donne l’accès aux interprètes de ce qu’on a appelé la « religion spiritualiste », — aux contemplatifs dévots de l’Inde, aux soufis de l’Islam, aux mystiques catholiques de la fin du Moyen Âge, et, dans la tradition protestante, à des hommes tels que Denk, Franck et Castellion, qu’Everard et John Smith, que les premiers Quakers et William Law. »

Extrait de : A. Huxley. « La Philosophie éternelle. »

La fin et les moyens par Aldous Huxley

Fiche de La fin et les moyens

Titre : La fin et les moyens
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1937
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres

Première page de La fin et les moyens

« Pour ce qui est du but idéal de l’effort humain, on est d’accord dans notre civilisation, et l’on a été d’accord depuis près de trente siècles, sur les grandes lignes. Depuis Isaïe jusqu’à Karl Marx, les prophètes ont parlé d’une seule voix. Dans l’Âge d’Or auquel ils aspirent, il y aura la liberté, la paix, la justice et l’amour fraternel. « Aucune nation n’élèvera plus l’épée contre une autre nation » ; « le libre développement de chacun conduira au libre développement de tous » ; « la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur, comme les flots recouvrent la mer. »

Pour ce qui est du but, je le répète, on est d’accord, et on l’a été depuis longtemps, sur les grandes lignes. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les voies qui mènent à ce but. Ici, l’unanimité et la certitude cèdent la place à la confusion totale, au choc des opinions contradictoires, que l’on soutient dogmatiquement et suivant lesquelles on agit avec la violence du fanatisme.

Il en est qui croient — et c’est là une croyance fort répandue à l’époque présente — que le chemin royal vers un monde meilleur est le chemin de la réforme économique. »

Extrait de : A. Huxley. « La Fin et les Moyens. »

L’éminence grise par Aldous Huxley

Fiche de L’éminence grise

Titre : L’éminence grise
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1941
Traduction : J. Castier
Editeur : Les belles lettres

Première page de L’éminence grise

« Le moine avait retroussé son froc, et ses jambes nues étaient crottées jusqu’aux genoux. Après les pluies du printemps, la route ressemblait à un marécage. Elle avait été semblable à un four à chaux, songeait-il, la dernière fois qu’il était passé par là. Il se rappela le poème qu’il avait écrit lors d’un autre de ses voyages :

Quand, au plus haut du jour, l’ardente canicule
Fait de l’air un fourneau,
Des climats basanés mon pied franc ne recule,
Quoy que je coule en eau.


Cet été de 1618, lorsqu’ils s’étaient, tous les trois, mis en route pour l’Espagne ! Le pauvre Frère Zénon de Guingamp était mort d’une insolation à Toulouse. Et, huit jours plus tard, près de Burgos, le Père Romanus avait été terrassé par la dysenterie. En trois jours, tout avait été fini. Il était arrivé à Madrid en boitillant, et tout seul… Et c’est tout seul, à présent, qu’il arriverait en boitillant à Rome. Car il avait dû laisser le Père Ange derrière lui, chez les Capucins de Viterbe, en proie à une fièvre qui l’empêchait de faire un pas de plus. Puisse Dieu le rétablir bientôt en bonne santé ! »

Extrait de : A. Huxley. « L’Éminence Grise. »

L’art de voir par Aldous Huxley

Fiche de L’art de voir

Titre : L’art de voir
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1943
Traduction :
Editeur : Payot

Première page de L’art de voir

« Medicus curat, natura sanat : le médecin traite et la nature guérit. Ce vieil aphorisme résume la portée entière et le but de la médecine, qui est de mettre les organismes malades dans les meilleures conditions extérieures et intérieures pour utiliser leurs propres mécanismes de restauration et de régulation automatique. S’il n’existait pas une vis medicatrix naturae, des puissances naturelles de guérison, la médecine serait impuissante, et le moindre dérangement de l’organisme conduirait soit à la mort immédiate, soit à une maladie chronique.
Lorsque les conditions sont favorables, les organismes malades tendent à la guérison par leurs propres moyens de restauration, inhérents à leur nature. S’ils ne se rétablissent pas, cela signifie soit que le cas est désespéré, soit que les conditions ne sont pas favorables, en d’autres termes que le traitement médical employé ne réussit pas à atteindre le résultat qu’un traitement adéquat obtiendrait. »

Extrait de : A. Huxley. « L’art de voir. »

Jouvence par Aldous Huxley

Fiche de Jouvence

Titre : Jouvence
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1939
Traduction : J. Castier
Editeur : Plon

Première page de Jouvence

« Tout avait été convenu par télégramme : Jeremy Pordage devait chercher des yeux un chauffeur « de couleur » vêtu d’un uniforme gris, avec un oeillet à la boutonnière ; et le chauffeur de couleur devait chercher des yeux un Anglais entre deux âges tenant à la main les Oeuvres Poétiques de Wordsworth. Malgré la foule qui encombrait la gare, ils se reconnurent sans difficulté.

« Le chauffeur de Mr Stoyte ?»

« Mr Pordage, Massah ?»

Jeremy fit de la tête un signe affirmatif, et, son Wordsworth dans une main, son parapluie dans l’autre, étendit à demi les bras, du geste d’un mannequin cherchant à excuser les imperfections de sa personne, tout en exhibant, avec une conscience totale et amusée de leurs défauts, une silhouette déplorable qu’accentuaient les vêtements les plus ridicules. « Une chose misérable, semblait-il insinuer, mais c’est bien moi. » Le dénigrement défensif et pour ainsi dire préventif était, chez lui, devenu habituel. »

Extrait de : A. Huxley. « Jouvencel. »

Île par Aldous Huxley

Fiche de Île

Titre : Île
Auteur : Aldous Huxley
Date de parution : 1962
Traduction : M. Treger
Editeur : Plon

Première page de Île

«  Attention ! » cria une voix, et c’était comme si un hautbois se fût mis à parler tout à coup. « Attention ! » répéta la voix haut perchée et nasillarde. « Attention ! » Gisant sur un lit de feuilles mortes, tel un cadavre, les cheveux emmêlés, le visage barbouillé d’une façon grotesque, meurtri, les vêtements en lambeaux et maculés de boue, Will Farnaby s’éveilla en sursaut. Molly l’avait appelé. Il était temps de se lever, temps de s’habiller. Il ne fallait pas être en retard au bureau.
« Merci, chérie », dit-il en s’asseyant. Il ressentit une douleur aiguë dans son genou droit ; d’autres douleurs s’éveillèrent dans son dos, ses bras, sur son front.
« Attention ! » insistait la voix, sur le même ton. Appuyé sur un coude, Will regarda autour de lui et fut ahuri de voir, à la place du papier peint gris et des rideaux jaunes de sa chambre à coucher de Londres, une clairière ombragée et balayée par les rayons obliques de l’aurore.
« Attention ! »
Pourquoi disait-elle « Attention » ?
« Attention ! Attention ! » insistait la voix, au point que cela en devenait étrange et stupide. « Molly ! » appela Will. « Molly ! ». »

Extrait de : A. Huxley. « Île. »