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Le roi des gueux par Paul Féval

Fiche de Le roi des gueux
Titre : Le roi des gueux
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1859
Editeur :
Première page de Le roi des gueux
« En ce temps, Séville était encore la reine des Espagnes, malgré la suprématie politique accordée par Philippe II à Madrid la parvenue. La capitale nouvelle avait la cour et donnait son nom aux actes de la diplomatie péninsulaire depuis la fin du règne de Charles-Quint ; mais, pour le peuple espagnol, Séville restait toujours la ville royale. Ses mosquées transformées en basiliques, son palais maure qui ne le cède qu’à l’Alhambra, ses campagnes fécondes et embaumées, son fleuve magnifique, sa gloire resplendissante, jetaient un facile défi à ce pauvre et aride coteau, baigné par ce ruisseau bourbeux, le Mançanerez, où s’étageaient les vaniteuses masures madrilènes, comme le mendiant de Castille redresse son incorrigible fierté sous les lambeaux de sa cape criblée.
Ce n’était pas de Madrid qu’on aurait pu chanter, de Bilbao à Tarifa l’Africaine, et de Valence à Lisbonne, capitale d’un tout jeune royaume :
Quien no ha visto a Sevilla
No ha visto a maravilla.
(Qui n’a vu Séville n’a vu de merveille.) »
Extrait de : P. Féval. « Le Roi des gueux. »
Le poisson d’or par Paul Féval
Fiche de Le poisson d’or
Titre : Le poisson d’or
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1878
Editeur : BnF
Première page de Le poisson d’or
« J’ai déjà raconté bien des histoires qui venaient du salon de la Marquise. Elles ont obtenu un certain succès, cela m’encourage. Quelques semaines après la fameuse soirée où sir Walter Scott raconta La Garde noire, ce fut un ministre qui prit la parole.
En ce temps-là, les ministres n’étaient pas « tout le monde. » L’histoire parlera de celui-ci un petit peu, dans un petit coin.
Il avait l’honneur d’être Breton et avocat comme Saint-Yves.
C’était une figure carrée, souriante, quelque peu narquoise, sur un cou gras et trop court. Les intonations de sa voix rappelaient un peu le chant de certains oiseaux aquatiques, qualité de sons fort répandue dans le département d’Ille-et-Vilaine et qui étonna Rome par l’organe de Scipion Nasica. Le mot distinction, dont on fait un abus si cruel dans les salons situés derrière les boutiques, ne pouvait point lui être appliqué. Vous l’eussiez pris pour un riverain des Danubes de Normandie, ou pour un procureur angevin osant son premier voyage de Paris. »
Extrait de : P. Féval. « Le Poisson d’or. »
Le paradis des femmes par Paul Féval
Fiche de Le paradis des femmes
Titre : Le paradis des femmes
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1873
Editeur : BnF
Première page de Le paradis des femmes
« On ne naît pas à Paris, on y vit et on y meurt. Les médecins prétendent qu’on chercherait en vain un Parisien de la quatrième génération ; ceux de la troisième sont déjà très-rares et fort laids. Une répartie célèbre d’Alexandre Dumas a mis en lumière ce fait scientifique que les ancêtres des nègres étaient des orang-outangs ; je pense bien que les petits-neveux des Parisiens deviennent singes. Voilà pourquoi ou perd leurs traces.
Paris est une fournaise, de même que la vie est un fleuve et l’or une chimère. Ces vérités de haute volée ne se démontrent pas. Qu’arriverait-il d’une fournaise où l’on ne jetterait pas incessamment des bûches ? Paris s’éteindrait si nous n’étions venus de bien loin, tous tant que nous sommes, nous consumer à son foyer ardent.
Nous sommes venus comme ce pauvre bois flotté qui descend à la Seine par l’Yonne ou par la Marne : du bois vif et tout jeune. »
Extrait de : P. Féval. « Le Paradis des femmes. »
Le mendiant noir par Paul Féval
Fiche de Le mendiant noir
Titre : Le mendiant noir
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1879
Editeur : BnF
Première page de Le mendiant noir
« En 1817, vers le milieu de l’automne, au premier étage d’une maison située place Saint-Germain-des-Prés entre le portail et la rue de l’Abbaye, deux jeunes gens, accoudés sur le balcon, musaient et causaient. La magnifique église était encore embarrassée de constructions diverses et bien des années devaient passer avant que la restauration en fut seulement projetée.
C’était un dimanche. Le cadran du clocher marquait la demie après quatre heures.
Nos deux jeunes gens attendaient sans doute la fin des vêpres, pour passer en revue les fidèles qui allaient sortir de l’église, car l’éloquent et fameux père Rozan, des Missions de France, prêchait. Il y avait foule.
Tous deux étaient grands et beaux, mais leurs physionomies formaient un plein contraste. Le plus âgé, dont le brun visage avait une expression d’insouciance singulière mêlée d’irréflexion et de vaniteux orgueil, semblait déjà près d’atteindre cette époque incertaine qui sert d’extrême frontière entre la jeunesse et l’âge mûr. »
Extrait de : P. Féval. « Le Mendiant noir. »
Le médecin bleu par Paul Féval

Fiche de Le médecin bleu
Titre : Le médecin bleu
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1925
Editeur : Bibebook
Première page de Le médecin bleu
« Le bourg de Saint-Yon est pittoresquement assis sur la croupe d’une colline, dont le sommet se couronne d’arbres séculaires. Au pied de cette colline s’étend un vaste marais, sorte de lac qui baigne à perte de vue la campagne de Redon et les extrêmes limites du département d’Ille-et-Vilaine. Le bourg est composé d’une seule rue, dont les maisons grises et couvertes en chaume s’étagent en amphithéâtre. À voir cette chaîne de maisons descendre tortueusement la montagne, on dirait, de loin, un serpent gigantesque endormi au soleil en buvant l’eau tranquille des marais.
En l’année 1794, M. de Vauduy était propriétaire du manoir de Rieux, antique résidence des seigneurs de ce nom, et situé à une demi-lieue au plus de Saint-Yon. M. de Vauduy était un homme d’une cinquantaine d’années, froid, sévère et taciturne. Les uns disaient qu’il était républicain fougueux, et en donnaient pour preuve l’empressement qu’il avait mis à se rendre possesseur du château de Rieux, au préjudice de la marquise douairière d’Ouëssant, dernière dame de Rieux, alors réfugiée en Angleterre. Les autres prétendaient, au contraire, qu’il était secrètement partisan des princes exilés, et que le château n’était, entre ses mains, qu’un « dépôt » dont il conservait précieusement la propriété à ses maîtres légitimes. »
Extrait de : P. Féval. « Le Médecin bleu. »
Le loup blanc par Paul Féval
Fiche de Le loup blanc
Titre : Le loup blanc
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1883
Editeur : BnF
Première page de Le loup blanc
« Il n’y a pas encore bien longtemps, le voyageur qui allait de Paris à Brest, de la capitale du royaume à la première de nos cités maritimes, s’endormait et s’éveillait deux fois, bercé par les cahots de la diligence, avant d’apercevoir les maigres moissons, les pommiers trapus et les chênes ébranchés de la pauvre Bretagne. Il s’éveillait la première fois dans les fertiles plaines du Perche, tout près de la Beauce, ce paradis des négociants en farine : il se rendormait poursuivi par l’aigrelet parfum du cidre de l’Orne et par le patois nasillard des naturels de la Basse-Normandie. Le lendemain matin, le paysage avait changé ; c’était Vitré, la gothique momie, qui penche ses maisons noires et les ruines chevelues de son château sur la pente raide de sa colline ; c’était l’échiquier de prairies plantées çà et là de saules et d’oseraies où la Vilaine plie et replie en mille détours son étroit ruban d’azur. Le ciel, bleu la veille, était devenu gris ; l’horizon avait perdu son ampleur, l’air avait pris une saveur humide. Au loin, sur la droite, derrière une série de monticules arides et couverts de genêts, on apercevait une ligne noire. C’était la forêt de Rennes. »
Extrait de : P. Féval. « Le Loup blanc. »
Le fils du diable – Tome II par Paul Féval

Fiche de Le fils du diable – Tome II
Titre : Le fils du diable – Tome II
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1846
Editeur :
Première page de Le fils du diable – Tome II
« Nous reprenons notre histoire où nous l’avons laissée ; nous sommes encore au Temple, le soir du lundi gras de l’année 1844.
Les cabarets qui avoisinent le marché faisaient tous bonne recette. Bien que le lundi-gras soit un jour de relâche entre les bombances du dimanche et l’orgie consacrée du mardi, il fait partie du carnaval et demande à être arrosé, ne fût-ce que modérément.
En conséquence, on buvait comme il faut tout autour du Temple ; le cidre et le petit vin blanc prodiguaient leurs flots aqueux. Les cabarets à la mode regorgeaient de chalands, ni plus ni moins que la veille, et déversaient le trop plein de leurs pratiques sur les guinguettes moins illustres, qui prenaient ainsi part à l’aubaine.
C’était à peu près l’heure où madame de Laurens descendait l’escalier roide et glissant de Batailleur, pour gagner la place de la Rotonde. Comme nous l’avons dit, elle s’était arrêtée un instant au bout de la rue du Petit-Thouars, parce qu’elle avait cru reconnaître, à la lueur des réverbères, Franz, traversant la place d’un pas rapide et se glissant dans une obscure allée. »
Extrait de : P. Féval. « Le fils du diable – Tome II. »
Le fils du diable – Tome I par Paul Féval

Fiche de Le fils du diable – Tome I
Titre : Le fils du diable – Tome I
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1846
Editeur :
Première page de Le fils du diable – Tome I
« L’hôtel des postes de Francfort-sur-Mein venait d’ouvrir ses portes au public. La Zeil commençait à s’encombrer d’industriels de toute sorte ; les courtiers de la bourse y coudoyaient les colporteurs de nouvelles ; les commis alertes luttaient de vitesse avec les garçons de bureau ; les chasseurs en grande livrée poussaient les valets du petit commerce et ne cédaient la place qu’aux messagers diplomatiques reconnaissables à leurs portefeuilles blasonnés.
C’était un mouvement continuel et bruyant. Quelques femmes se glissaient parmi les heiduques ; les Anglais touristes croassaient leur excentrique baragouin ; les trompettes des postillons cornaient de téméraires fanfares, les courriers jouaient du fouet pour avertir la foule, qui ouvrait un large passage au galop de leurs chevaux du Mecklembourg.
Il était neuf heures du matin. Tout le monde avait des lettres à prendre, des places à retenir ou des relais à commander. »
Extrait de : P. Féval. « Le fils du diable – Tome I. »
Le dernier vivant – Tome II par Paul Féval
Fiche de Le dernier vivant – Tome II
Titre : Le dernier vivant – Tome II
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1871
Editeur :
Première page de Le dernier vivant – Tome II
« Je ne lisais plus. Mes yeux restaient fixés sur le petit carré de papier qui portait l’estampille de la Conciergerie. Et mes yeux étaient mouillés.
Se peut-il qu’un laissez-passer libellé selon la formule morne des actes de cette sorte, produise ainsi une profonde, une enthousiaste émotion !
Mon âme vibrait, je puis le dire, pendant que je lisais le dernier mot, écrit sur ce pauvre carton :
Défenseur !
Une fois, Lucien me l’avait dit dans le lyrisme de sa tendresse si belle. Il m’avait dit : « Rien n’est pour moi au-dessus de cette fable splendide : Orphée allant chercher sa femme aux enfers ! »
Aussi comme cette grande fable nous fait rire à gorge déployée, nous, le siècle contempteur des géants, nous les impuissants et les railleurs, nous, les pitres de la décadence !
Et Lucien avait ajouté :
« Ma femme était dans l’enfer, je suis allé l’y chercher. »
Extrait de : P. Féval. « Le dernier vivant II. »
Le dernier vivant – Tome I par Paul Féval
Fiche de Le dernier vivant – Tome I
Titre : Le dernier vivant – Tome I
Auteur : Paul Féval père
Date de parution : 1871
Editeur :
Première page de Le dernier vivant – Tome I
« (Juillet 1866.) Je connaissais vaguement, par les journaux et aussi par nos amis communs (qui avaient autant de répugnance à parler que moi à interroger), l’affreux malheur dont la vie de Lucien Thibaut était accablée. Jamais il ne m’en avait entretenu lui-même dans ses lettres, quoiqu’il m’écrivît assez souvent.
Cette réserve, qui pourrait paraître bizarre, car j’étais son meilleur camarade d’enfance, sera expliquée par les faits.
J’étais à Paris depuis plus d’une semaine, cherchant l’adresse de Lucien du matin au soir, et ne faisant pas autre chose. Je m’étais enquis partout, même à la préfecture de police.
Lucien restait pour moi introuvable, lorsqu’on m’indiqua le bureau de M. Louaisot de Méricourt, rue Vivienne.
Je ne fus pas sans demander ce qu’était ce M. Louaisot. On me répondit que le quartier Vivienne produisait une certaine quantité de spécialités ou providences. Il y a le théâtre du Palais-Royal et ses annexes pour les Anglais, Mme Sitt pour les cors aux pieds, le Coq-d’Or pour rassortir les morceaux de soie, etc. »
Extrait de : P. Féval. « Le dernier vivant I. »