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La belle Jenny par Théophile Gautier

Fiche de La belle Jenny
Titre : La belle Jenny
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1868
Editeur : BnF
Première page de La belle Jenny
« Une pâle aurore de novembre encore mal éveillée se frottait les yeux derrière une courtine de nuages grisâtres, et déjà le digne hôtelier Geordie se tenait debout sur le seuil de son auberge, les bras aussi croisés que le permettait un abdomen plus que majestueux, qui témoignait on ne peut plus favorablement de la cuisine du Lion rouge.
Il avait l’air profondément tranquille d’un aubergiste qui, étant unique, se sent maître de la situation et ne craint pas que les voyageurs puissent lui échapper ; car le Lion rouge était, en ce temps-là, la seule hôtellerie de Folkstone.
Folkstone, au temps où se passait l’histoire que nous entreprenons de raconter, n’était qu’un petit village dont les maisons de briques jaunes et de planches goudronnées s’échelonnaient un peu au hasard sur la pente qui, de la montagne, descend à la mer.
La maison de Geordie était une des plus belles, sinon la plus belle de Folkstone. À l’angle du bâtiment, au bout d’une volute de fer élégamment contournée, se balançait à la brise de mer le lion rouge découpé en tôle, dont les vapeurs salines de l’Océan nécessitaient de raviver fréquemment les couleurs, et qui, repeint depuis peu, flamboyait aussi fièrement qu’un lion de gueules sur champ d’or dans un manuel héraldique. »
Extrait de : T. Gautier. « La Belle Jenny. »
Jettatura par Théophile Gautier
Fiche de Jettatura
Titre : Jettatura
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1857
Editeur : BnF
Première page de Jettatura
« Le Léopold, superbe bateau à vapeur toscan qui fait le trajet de Marseille à Naples, venait de doubler la pointe de Procida. Les passagers étaient tous sur le pont, guéris du mal de mer par l’aspect de la terre, plus efficace que les bonbons de Malte et autres recettes employées en pareil cas.
Sur le tillac, dans l’enceinte réservée aux premières places, se tenaient des Anglais tâchant de se séparer les uns des autres le plus possible et de tracer autour d’eux un cercle de démarcation infranchissable ; leurs figures splénétiques étaient soigneusement rasées, leurs cravates ne faisaient pas un faux pli, leurs cols de chemise roides et blancs ressemblaient à des angles de papier Bristol ; des gants de peau de Suède tout frais recouvraient leurs mains, et le vernis de lord Elliot miroitait sur leurs chaussures neuves. On eût dit qu’ils sortaient d’un des compartiments de leurs nécessaires ; dans leur tenue correcte, aucun des petits désordres de toilette, conséquence ordinaire du voyage. »
Extrait de : T. Gautier. « Jettatura. »
Jean et Jeannette par Théophile Gautier

Fiche de Jean et Jeannette
Titre : Jean et Jeannette
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1863
Editeur : BnF
Première page de Jean et Jeannette
« La marquise de Champrosé est à sa toilette ; ses femmes l’accommodent. Le galant édifice de sa coiffure touche à sa fin. Des houppes de cygne s’échappe un nuage de poudre à la maréchale dont la marquise préserve ses yeux en tenant cachée sa charmante figure dans un cornet de maroquin vert-pomme, au grand désespoir de M. l’abbé, qui proteste contre cette éclipse.
Enfin l’opération est terminée ! Les cheveux blonds cendrés de la marquise relevés en hérisson sur le sommet de la tête, crêpés en neige sur chaque face, ont disparu sous cette poussière blanche qui s’allie si bien aux tons de pastel de sa peau. Un long repentir, faiblement bouclé, descend le long de son col et vient jouer sur sa poitrine un peu découverte.
Mme de Champrosé abaisse le fatal cornet, et son joli visage, frais comme une rose pompon, apparaît dans tout son éclat ; l’abbé ne se sent pas d’aise, il s’est levé brusquement de la duchesse où il était étendu et papillonne dans la chambre.
Dans sa joie, il heurte les meubles, renverse les porcelaines, gêne les femmes, fait japper le petit chien et glapir le sapajou effrayés de sa turbulence ; il jette au loin le malencontreux cornet, qu’il appelle l’éteignoir des grâces, et va se placer au bon point pour détailler les charmes de la marquise. »
Extrait de : T. Gautier. « Jean et Jeannette. »
Italia par Théophile Gautier
Fiche de Italia
Titre : Italia
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1855
Editeur : BnF
Première page de Italia
« Nous avons bien peur d’avoir marqué notre premier pas sur la terre étrangère par un acte de paganisme, une libation au soleil levant ! L’Italie catholique, qui sait si bien s’arranger avec les dieux grecs et romains, nous le pardonnera ; mais la rigide Genève nous trouvera peut-être un peu libertin. Une bouteille de vin d’Arbois, achetée en passant à Poligny, jolie ville au pied de la muraille jurassique qu’il faut franchir pour sortir de France, fut bue par nous au premier rayon du jour ! Phœbo nascenti ! Ce rayon venait de nous révéler subitement, au bas des dernières croupes de la montagne, le lac Léman, dont quelques plaques miroitaient sous la brume argentée du matin.
La route descend par plusieurs pentes, dont chaque angle découvre une perspective toujours nouvelle et toujours charmante.
Le brouillard se déchirant nous laissa deviner, comme à travers une gaze trouée, les crêtes lointaines des Alpes suisses, et le lac, grand comme une petite mer, sur lequel flottaient, pareilles à des plumes de colombes tombées du nid, les voiles blanches de quelques barques matineuses. »
Extrait de : T. Gautier. « Italia. »
Histoire du romantisme par Théophile Gautier

Fiche de Histoire du romantisme
Titre : Histoire du romantisme
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1874
Editeur : BnF
Sommaire de Histoire du romantisme
- Histoire du romantisme
- Notices romantiques
- Le progrès de la poésie française depuis 1830
Première page de Histoire du romantisme
« De ceux qui, répondant au cor d’Hernani, s’engagèrent à sa suite dans l’âpre montagne du Romantisme et en défendirent si vaillamment les défilés contre les attaques des classiques, il ne survit qu’un petit nombre de vétérans disparaissant chaque jour comme les médaillés de Sainte-Hélène. Nous avons eu l’honneur d’être enrôlé dans ces jeunes bandes qui combattaient pour l’idéal, la poésie et la liberté de l’art, avec un enthousiasme, une bravoure et un dévouement qu’on ne connaît plus aujourd’hui. Le chef rayonnant reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur une colonne d’airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, et c’est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraire d’en raconter les exploits oubliés.
Les générations actuelles doivent se figurer difficilement l’effervescence des esprits à cette époque ; il s’opérait un mouvement pareil à celui de la Renaissance. Une sève de vie nouvelle circulait impétueusement. Tout germait, tout bourgeonnait, tout éclatait à la fois. Des parfums vertigineux se dégageaient des fleurs ; l’air grisait, on était fou de lyrisme et d’art. Il semblait qu’on vint de retrouver le grand secret perdu, et cela était vrai, on avait retrouvé la poésie. »
Extrait de : T. Gautier. « Histoire du romantisme. »
Gautier journaliste par Patrick Berthier

Fiche de Gautier journaliste
Titre : Gautier journaliste
Auteur : Patrick Berthier
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion
Première page de Gautier journaliste
« Du premier recueil de Poésies, malencontreusement mis en vente le 28 juillet 1830, alors que les barricades se dressaient dans Paris et que nul ne pouvait s’intéresser à un inconnu de dix-neuf ans à peine, jusqu’à l’ultime article de 1872, interrompu par sa mort, l’itinéraire créateur de Théophile Gautier couvre une large part d’un siècle littérairement et politiquement agité. Venu à l’écriture dans l’élan ascendant du romantisme, le jeune homme au gilet cramoisi de la première d’Hernani est devenu en assez peu d’années un critique ventru, idéologiquement fort peu révolutionnaire (et même très gouvernemental sous le Second Empire, dont il fréquente les souverains), et un poète dont les clichés des manuels ont associé le nom au slogan figé de « l’art pour l’art », dont il n’est même pas littéralement l’inventeur. L’art, la beauté, il en fut certes l’adorateur infatigable, et Baudelaire, dont la sensibilité, sur ce plan-là, était proche de la sienne, sut le reconnaître en lui dédiant solennellement Les Fleurs du Mal ; mais chez l’auteur de Mademoiselle de Maupin, ce culte indéfectible n’est pas béat : il s’exprime à la fois dans la nuance, dans la passion, dans l’humour. Sur tous ces points, aujourd’hui, le vrai Gautier reste largement à redécouvrir. »
Extrait de : P. Berthier. « Gautier journaliste. »
Fusains et eaux-fortes par Théophile Gautier
Fiche de Fusains et eaux-fortes
Titre : Fusains et eaux-fortes
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1880
Editeur : BnF
Sommaire de Fusains et eaux-fortes
- Un buste de Victor Hugo
- De l’originalité – en France
- Scènes populaires – de Henri Monnier
- Voyages littéraires
- Excellence de la poésie
- Sculpteurs contemporains – M. Antonin Moine
- Au bord de l’océan
- Décorations de stradella
- Les danseurs espagnols
- Un feuilleton a faire
- Vente de la galerie – de l’Elysée-Bourbon
- Copie du jugement dernier – de Michel-Ange
- Les éventails de la princesse Hélène
- Les concours de 1837
- Les fêtes de juillet – vues de Montmartre
- Le chemin de fer
- Illustrations – de Paul et Virginie
- Utilité de la poésie
- Préface pour la Turquie – de Camille Rogier
- La république de l’avenir
- L’atelier de M. Ingres – en 1848
- A propos de ballons
- De l’incommodité – des logements modernes
- Théophile de Viau
- Saint-Amant
- Charles Baudelaire
- Les aventures – du baron de Munchhausen
Fortunio par Théophile Gautier
Fiche de Fortunio
Titre : Fortunio
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1840
Editeur : BnF
Première page de Fortunio
« Georges donnait à souper à ses amis, non pas à tous, car il en avait bien deux ou trois mille, mais seulement à quelques lions et à quelques tigres de sa ménagerie intime.
Les soupers de Georges avaient une célébrité d’élégance joyeuse et de sensualité délicate qui faisait regarder comme une bonne fortune d’y être invité ; mais cette faveur était difficilement accordée, et bien peu de noms pouvaient se vanter d’être inscrits habituellement sur la bienheureuse liste. Il fallait être grand clerc en fait de belle vie, éprouvé au feu et à l’eau, pour être admis dans le sanctuaire.
Quant aux femmes, les conditions étaient encore plus exorbitantes : la beauté la plus parfaite, la corruption la plus exquise, et vingt ans tout au plus. On pense bien qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes au souper de Georges, quoiqu’au premier coup d’œil la seconde des conditions semble assez facile à remplir ; cependant il y en avait quatre ce soir-là, quatre
superbes créatures, quatre pur sang, des anges doublés de démons, des cœurs d’acier dans des poitrines de marbre, des Cléopâtre et des Impéria au petit pied, les monstres les plus charmans que l’on puisse imaginer. »
Extrait de : T. Gautier. « Fortunio. »
Emaux et camées par Théophile Gautier

Fiche de Emaux et camées
Titre : Emaux et camées
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1913
Editeur : BnF
Sommaire de Emaux et camées
- Affinités secrètes
- Le poème de la femme
- Etude de mains
- Variations sur le Carnaval de Venise
- Symphonie en blanc majeur
- Coquetterie posthume
- Diamant du coeur
- Premier sourire du printemps
- Contralto
- Caerulei Oculi
- Rondalla
- Nostalgies d’obélisques
- Vieux de la vieille
- Tristesse en mer
- A une robe rose
- Le monde est méchant
- Inès de las Sierras
- Odelette anacréontique
- Fumée
- Apollonie
- L’aveugle
- Lied
- Fantaisies d’hiver
- La source
- Bûchers et tombeaux
- Le souper des armures
- La montre
- Les néréides
- Les accroche-coeurs
- La rose-thé
- Carmen
- Ce que disent les hirondelles
- Noël
- Les joujoux de la morte
- Après le feuilleton
- Le château du souvenir
- Camélia et Paquerette
- La fellah
- La mansarde
- La nue
- Le merle
- La fleur qui fait le printemps
- Dernier voeu
- Plaintive tourterelle
- La bonne soirée
- L’art
Coffret par Théophile Gautier

Fiche de Coffret
Titre : Coffret
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1858, 1866 et 1868
Editeur : BnF
Sommaire de Coffret
- Le roman de la momie
- Le Capitaine Fracasse
- Spirite
Première page de Le roman de la momie
« J’ai un pressentiment que nous trouverons dans la vallée de Biban-el-Molouk une tombe inviolée, disait à un jeune Anglais de haute mine un personnage beaucoup plus humble, en essuyant d’un gros mouchoir à carreaux bleus son front chauve où perlaient des gouttes de sueur, comme s’il eût été modelé en argile poreuse et rempli d’eau ainsi qu’une gargoulette de Thèbes.
– Qu’Osiris vous entende, répondit au docteur allemand le jeune lord : c’est une invocation qu’on peut se permettre en face de l’ancienne Diospolis magna ; mais bien des fois déjà nous avons été déçus ; les chercheurs de trésors nous ont toujours devancés.
– Une tombe que n’auront fouillée ni les rois pasteurs, ni les Mèdes de Cambyse, ni les Grecs, ni les Romains, ni les Arabes, et qui nous livre ses richesses intactes et son mystère vierge, continua le savant en sueur avec un enthousiasme qui faisait pétiller ses prunelles derrière les verres de ses lunettes bleues. »
Extrait de : T. Gautier. « Coffret. »