Étiquette : livre
La deux fois morte par Jules Lermina
Fiche de La deux fois morte
Titre : La deux fois morte
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1895
Editeur : BnF
Première page de La deux fois morte
« A peine eus-je posé le pied sur la terre de France — au retour de la longue mission qui m’avait retenu pendant près de trois années dans l’extrême Orient — que je me mis en route pour le coin de Sologne où s’étaient cloîtrés mes amis.
J’avais naguère trouvé assez étrange cette idée de s’aller enfermer avec une jeune femme, presque une enfant, dans une solitude morose, et cela dès le lendemain d’un mariage que j’avais d’ailleurs fort approuvé, en raison de la camaraderie qui avait unis enfants ceux qui devenaient époux.
Je les avais dès lors surnommés Paul et Virginie, et je continuerai à les désigner ainsi, estimant que l’impersonnalité convient aux faits singuliers dont je veux en ce récit conserver le souvenir.
De dix ans plus âgé que Paul, je m’étais toujours intéressé à son caractère. Sa nervosité excessive souvent m’avait effrayé, quoique en somme elle ne me parût exercer sur ses actes aucune influence mauvaise et ne se traduisît d’ordinaire que par une rare ténacité de volonté. »
Extrait de : J. Lermina. « La Deux Fois morte. »
La criminelle par Jules Lermina

Fiche de La criminelle
Titre : La criminelle
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1881
Editeur :
Première page de La criminelle
« Chère madame (remarquez que je ne dis pas chère Pauline, pour respecter les convenances), le repentir est une belle chose, quoiqu’en certains cas il confine à l’ingratitude. Moi qui suis reconnaissant, je n’entends ni me repentir ni surtout oublier. Je ne suis pas de ces gens qu’on met hors de sa mémoire comme un laquais hors d’une maison. Donc sachez ceci. Vous n’avez pas répondu à mes premières lettres, méconnaissant en cela les règles de la plus élémentaire politesse. Celle-ci est la dernière. Lisez-la donc avec soin. Je vous attendrai aujourd’hui, de trois à six heures, dans la maison dont l’adresse est ci-jointe. Il vous suffira de monter au second étage et de frapper à la porte de droite. À six heures et demie, si je ne vous ai pas vue, je me résignerai à regret à envoyer à qui vous savez ce que vous savez. Pas d’exclamations désespérées ! pas de bras en l’air ! Méditez sur le proverbe : – La faim chasse le loup hors du bois. – J’attendrai, et dans votre intérêt, dans celui de… et de… je vous engage à tenir compte de cet avis… qui, je le répète, sera le dernier… »
Extrait de : J. Lermina. « La criminelle. »
L’étranglée de la porte Saint-Martin par Jules Lermina

Fiche de L’étranglée de la porte Saint-Martin
Titre : L’étranglée de la porte Saint-Martin
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1908
Editeur : Oxymoron Editions
Première page de L’étranglée de la porte Saint-Martin
« TOUT le monde connaît le Courrier de Lyon, ce drame légendaire qui a fait pleurer nos mères et fera peut-être pleurer nos petits-fils…
Lesurques, l’innocent, Dubosc, l’assassin, son sosie, Courriol, Choppart dit l’Aimable… celui-là surtout féroce, cynique, le chef-d’œuvre de Paulin Menier qui savait si bien appeler en le sifflant l’ineffable Fouinard – Psst ! Ici, Fouinard ! – son inséparable – toutes figures gravées dans la mémoire populaire.
C’était bien la cinquantième reprise, dernière représentation avant une grande machine dont la répétition générale était annoncée pour le lendemain, et la salle de la Porte-Saint-Martin était bondée.
On applaudissait, on criait, on insultait Dubosc. C’était une tempête de bravos quand Fouinard enfin livrait Dubosc en lui coupant le chemin en haut d’une échelle. »
Extrait de : J. Lermina. « L’étranglée de la porte Saint-Martin. »
L’énigme par Jules Lermina

Fiche de L’énigme
Titre : L’énigme
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1895
Editeur : Bibebook
Première page de L’énigme
« Après avoir brillamment servi la France pendant de longues années, M. de Morlaines, général de brigade, avait pris sa retraite. C’était un homme de soixante ans, encore vert, doué d’une exquise distinction, rappelant le type de ces anciens gentilshommes dont la parole était sacrée, dont la délicatesse n’admettait ni faux-fuyants ni compromis quand il s’agissait de tenir un engagement.
M. de Morlaines était veuf. C’était même la perte de sa femme Hortense, née des Chaslets, qui l’avait engagé à renoncer à l’état militaire. Sa douloureuse tristesse s’accommodait mal de la vie active : il avait renoncé à toute ambition et était venu s’installer auprès de Paris, à Vitry, dans une petite propriété où il avait trouvé le repos dont il avait besoin, s’adonnant à des travaux de jardinage et satisfaisant des goûts qu’il n’avait pas perdus pendant sa longue carrière de soldat.
Son fils, Georges de Morlaines, âgé de vingt-cinq ans, avait été promu depuis peu, au grade de lieutenant de vaisseau et à l’époque où s’ouvre ce court récit, était engagé dans un grand voyage d’exploration. »
Extrait de : J. Lermina. « L’énigme. »
L’effrayante aventure par Jules Lermina
Fiche de L’effrayante aventure
Titre : L’effrayante aventure
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1913
Editeur : BnF
Première page de L’effrayante aventure
« Vers onze heures du matin, par un doux soleil de printemps, — on était au commencement d’avril, le 2, pour bien préciser — tout à coup des hurlements éclatèrent dans la rue Montmartre, à proximité du boulevard, tandis qu’une foule de coureurs rapides, mais peu élégants, se ruaient du coin de la rue du Croissant,
les uns vers le carrefour, les autres dévalant vers les Halles, mais tous glapissant des sons aigus, incohérents, à travers lesquels l’oreille déchirée cependant percevait des fragments de mots sinistres :
— Le crime de l’Obélisque… D’mandez le Nouvelliste, édition spéciale. — Horribles détails.
Après quelques hésitations — car combien de fois n’avait-on pas été mystifié parla rouerie des camelots ! — quelques-uns achetaient la feuille, l’examinaient, puis subitement entourés, s’arrêtaient sur place comme médusés, et lisaient au milieu d’un groupe d’où émergeaient des faces anxieuses…
— Oui, oui !… un crime !… un assassinat !… De qui ?… On ne sait pas… L’assassin est-il arrêté ?… Je t’en fiche !… »
Extrait de : J. Lermina. « L’Effrayante Aventure. »
L’ABC du libertaire par Jules Lermina

Fiche de L’ABC du libertaire
Titre : L’ABC du libertaire
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1906
Editeur : Mille et une nuits
Première page de L’ABC du libertaire
« Au Lecteur,
Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux contre lesquels nous luttons et dont l’égoïste intérêt maintient l’erreur et l’ignorance au prix des pires mensonges.
La série de publications que nous commençons aujourd’hui avec l’aide de camarades qui trouvent tout naturel d’exprimer ce qui leur semble juste et vrai est un complément à l’œuvre que nous avons commencée à Aiglemont.
Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront.
Montrer combien l’autorité est irrationnelle et immorale, la combattre sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. Permettre aux hommes de s’affranchir d’eux-mêmes d’abord, des autres ensuite; faire que ceux qui s’ignorent naissent à nouveau, préparer pour tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une société harmonieuse d’hommes conscients, prélude d’un monde de liberté et d’amour.
Voilà notre œuvre; elle sera l’œuvre de tous si tous veulent, animés de l’esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d’un meilleur devenir. »
Extrait de : J. Lermina. « L’A.B.C. du libertaire. »
Histoires incroyables par Jules Lermina

Fiche de Histoires incroyables
Titre : Histoires incroyables
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1885
Editeur : Bibebook
Sommaire de Histoires incroyables
- Les fous
- Le clou
- Maison tranquille
- La chambre d’hôtel
- La peur
- Le testament
Première page de Les fous
« Pourquoi six heures ? Non pas six heures moins cinq minutes ni six heures cinq, mais bien six heures juste. Cela me préoccupait plus que je ne voulais me l’avouer, et cependant je ne m’étais pas trompé. Tenez, hier encore, j’étais allé chez lui, pour mon procès.
Car il est temps que je vous dise de quoi je veux parler ou plutôt de qui.
Lui, c’est Me Golding, mon sollicitor, un homme de sens et de talent, plus rusé que tous les attorneys des États-Unis, et qui sait vous retourner un juge comme un gant de feutre, ou lui ouvrir l’esprit à point, comme le plus graissé des bowie-knives.
Je suis un homme comme vous, ami lecteur, mais peut-être ai-je en moi telle disposition qui chez vous n’existe qu’à l’état latent.
J’ai remarqué que chez tout individu appartenant à la race humaine, réside en un point spécial et sans qu’il s’en rende compte lui-même, une faculté, comme une sorte de sens, doué d’un superacuité remarquable. Chez les uns, j’ai vu que c’était le désir de l’or, ou plutôt le flair des affaires ; chez les autres, c’était la divination intuitive de la fragilité d’une femme. »
Extrait de : J. Lermina. « Histoires incroyables. »
Alise par Jules Lermina

Fiche de Alise
Titre : Alise
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1893
Editeur : BnF
Première page de Alise
« Au moment précis où sonnaient cinq heures, un matin du mois d’avril 1825, un petit vieillard, d’apparence falote, enveloppé d’une redingote puce à collet, coiffé d’un chapeau à larges bords d’où s’échappait une maigre queue roussâtre, sortit de la rue de Valois, leva le nez en l’air pour prendre le vent, puis, à pas courts, mais hâtifs, en homme qui a besogne faite, s’engagea dans le dédale de rues qui, à cette époque, faisait de la place du Carrousel un véritable labyrinthe, puis sur le pont Royal, sans même jeter un regard sur le magnifique panorama de la Seine, estompée, sous le soleil matinal, d’un brouillard blanchâtre, et, ayant franchi le fleuve, tourna à gauche sur le quai Voltaire.
Comme il approchait de la rue de Beaune, il ralentit sa marche, se glissa le long du mur et avança la tête, regardant la rue dans toute sa longueur avant d’y pénétrer, affaire d’habitude ou d’instinct.
Tout était parfaitement calme. Avant-garde du faubourg Saint-Germain, les rues qui touchaient au quai n’étaient guère plus animées le jour que la nuit. »
Extrait de : J. Lermina. « Alise. »
A tes pieds ! par Jules Lermina
Fiche de A tes pieds !
Titre : A tes pieds !
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1889
Editeur : BnF
Première page de A tes pieds !
« Je crois, en vérité, que j’ai trouvé justement ce que je cherchais. En ce désespoir profond où tout mon être s’est abîmé — comme ces roches qui s’effondrent sous la tempête et disparaissent dans un gouffre — je me suis senti dédaigneux du suicide, éprouvant au contraire une âpre appétence du chagrin long, introublé. J’ai voulu que, sur mon front, tombât, dans la solitude, la perpétuelle goutte d’eau du souvenir. Enfin j’ai désiré m’abstraire de toute impression extérieure pour me livrer, sans trouble, à la poignante étreinte des regrets.
J’avais déjà, en mes longues courses à travers la campagne, remarqué cette propriété abandonnée, toute close do murs au-dessus desquels bruissait une immense broussaille, cherchant à s’évader par le faite des pierres. Je ne sais comment l’idée m’était venue de comparer cela à une vaste tombe où serait enfoui le corps d’un géant. La maison petite avait, en sa façade naguère blanche, des sillons noirâtres qui ressemblaient à des larmes de suie. Oui, en réalité, cette maison semblait avoir pleuré. »
Extrait de : J. Lermina. « À tes pieds !. »
A brûler par Jules Lermina
Fiche de A brûler
Titre : A brûler
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1889
Editeur : BnF
Première page de A brûler
« Sur le point d’entreprendre l’œuvre la plus audacieuse que jamais homme ait tentée, décidé à aller jusqu’au seuil de la Mort sans être certain de n’être pas contraint de le franchir, je veux m’étudier moi-même, revivre toute ma vie passée, considérer comme au microscope les infiniment petits qui m’ont conduit jusqu’à la limite de l’infiniment grand, en un mot, me confesser.
Mais à cette confession je ne me résous que dans la solitude d’une méditation égoïste : seul je m’interroge, seul je me répondrai.
Si, par l’écriture, je donne corps à cette enquête intime, si ma plume matérialise cet interrogatoire et en dresse ce procès-verbal, il est bien entendu que je veux user ainsi d’une sorte de moyen mnémotechnique, pour moi-même, et non pour que ces lignes tombent sous les yeux d’autrui.
Si de l’épreuve que je vais affronter, je sors vivant,
je relirai ces feuilles et j’y ajouterai, en quelques traits, la solution du Problème, j’écrirai la formule du Secret. Puis je me consulterai. Détruirai-je le manuscrit, ou au contraire, le livrerai-je avec la Loi Suprême qu’il contiendra, à la curiosité des hommes ? Je ne le sais. »
Extrait de : J. Lermina. « À brûler. »