Étiquette : Robert Laffont
Collines noires par D. Simmons

Fiche de Collines noires
Titre : Collines noires
Auteur : Dan Simmons
Date de parution : 2010
Traduction : O. Demange
Editeur : Robert Laffont
Première page de Collines noires
« Paha Sapa retire sa main précipitamment, mais pas suffisamment pour éviter le choc, fulgurant comme la morsure d’un crotale, de l’esprit du Wasicun*2 mourant qui, d’un bond, s’introduit dans ses doigts et remonte le long de son bras jusqu’à sa poitrine. Le garçon recule en titubant, épouvanté, tandis que le fantôme s’insinue, brûlant, dans ses veines et dans ses os tel un flot de venin. L’esprit du Wasicun creuse un sillon brûlant dans les nerfs de l’épaule de Paha Sapa, avant de se répandre dans son thorax et dans sa gorge, bouillonnant et tourbillonnant à l’image d’une épaisse fumée grasse. Paha Sapa en sent le goût. Un goût de mort. Se dilatant toujours, le fantôme envahit le torse de Paha Sapa, il descend, gagne les extrémités du petit garçon, affaiblissant et alourdissant ses bras et ses jambes. Tandis que le fantôme du Wasicun emplit ses poumons d’une affreuse pesanteur qui s’élargit, se densifie et lui coupe le souffle, Paha Sapa se rappelle le jour – il était encore si petit ; il marchait à peine – où il a failli se noyer dans la rivière de la Langue. Du fond de sa terreur, Paha Sapa qui n’a même pas onze étés sent pourtant que ce qui lui arrive – cette invasion – est infiniment plus effroyable qu’une mort par noyade. »
Extrait de : D. Simmons. « Collines noires. »
Olympos par D. Simmons

Fiche de Olympos
Titre : Olympos (Tome 2 sur 2 – Ilium et Olympos)
Auteur : Dan Simmons
Date de parution : 2004
Traduction : J.-D. Brèque
Editeur : Robert Laffont
Première page de Olympos
« Peu de temps avant l’aurore, Hélène de Troie est réveillée par le hurlement des sirènes. Elle promène une main sur les coussins de son lit, mais Hockenberry, son amant du moment, a disparu – il s’est éclipsé en pleine nuit, pendant que les domestiques dormaient encore, ainsi qu’il le fait toujours à l’issue d’une nuit d’amour avec elle, comme s’il avait honte de ses actes, et sans doute marche-t-il en ce moment dans les ruelles et les venelles les plus obscures de la ville. Hockenberry est un homme bien triste et bien étrange, songe Hélène. Puis elle se souvient.
Mon époux est mort.
Cela fait neuf jours que la mort de Pâris, tué par l’impitoyable Apollon, relève de la réalité – dans trois heures débuteront ses funérailles, auxquelles doivent participer Troyens et Achéens, si le char divin qui survole la cité d’Ilium ne l’a pas complètement détruite dans les prochaines minutes –, mais Hélène n’arrive toujours pas à croire que son Pâris n’est plus. »
Extrait de : D. Simmons. « Olympos – Ilium et Olympos. »
Questions brûlantes par M. Atwood

Fiche de Questions brûlantes
Titre : Questions brûlantes
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2022
Traduction : M. Albaret-Maatsch, O. Demange, V. Leÿs, R. Morin, I. D. Philippe
Editeur : Robert Laffont
Première page de Questions brûlantes
« Questions brûlantes est mon troisième recueil d’essais et autres textes de circonstance. Le premier, Second Words, s’ouvrait en 1960, date à laquelle j’ai commencé à publier des critiques littéraires, pour s’achever en 1982. Le deuxième, Moving Targets, regroupait des textes écrits entre 1983 et le milieu de l’année 2004. Questions brûlantes va du milieu de 2004 au milieu de 2021. Soit vingt ans, à raison d’un volume par an, à peu de chose près.
Ces périodes ont toutes été mouvementées, chacune à sa manière. Les textes de circonstance sont écrits pour des circonstances particulières et se rattachent donc étroitement au temps et au lieu qui les ont vus naître – les miens, en tout cas. Ils sont également liés à l’âge que j’avais lorsque je les ai écrits, et à la vie que je menais alors. (Avais-je un emploi ? Étais-je étudiante ? Avais-je besoin de l’argent qu’ils me rapportaient ? Étais-je déjà une autrice assez en vue pour pouvoir me consacrer à ce qui m’intéressait ? Était-ce un service que je rendais à quelqu’un qui m’avait demandé de l’aide ?) »
Extrait de : M. Atwood. « Questions brûlantes. »
Poèmes tardifs par M. Atwood

Fiche de Poèmes tardifs
Titre : Poèmes tardifs
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2020
Traduction : C. Evain, B. Doucey
Editeur : Robert Laffont
Première page de Poèmes tardifs
« Voici des poèmes tardifs.
La plupart des poèmes arrivent tard,
bien sûr : trop tard,
comme une lettre envoyée par un marin
qui arrive après qu’il s’est noyé.
Trop tard pour être utiles, de telles lettres,
et il en va de même pour les poèmes tardifs.
Ils arrivent comme apportés par l’eau.
Quoi qu’il en soit, c’est déjà fait :
la bataille, le jour ensoleillé et joyeux, la chute dans la luxure
au clair de lune, les mots d’adieu. Le poème
s’échoue sur le rivage comme une épave.
… »
Extrait de : M. Atwood. « Poèmes Tardifs. »
Oeil de chat par M. Atwood

Fiche de Oeil de chat
Titre : Oeil de chat
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1988
Traduction : H. Filion
Editeur : Robert Laffont
Première page de Oeil de chat
« Le temps n’est pas une ligne, mais une dimension ; comme les dimensions de l’espace. Si l’on peut modifier l’espace, on peut aussi modifier le temps. Et si l’on en savait suffisamment, on pourrait aller plus vite que la lumière, remonter dans le temps, et exister à deux endroits à la fois.
C’est mon frère Stephen qui m’a appris cela, à l’époque où il enfilait son chandail rouge foncé effiloché pour étudier et se tenait sur la tête afin que le sang irrigue mieux son cerveau et le nourrisse. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, alors, mais peut-être ne l’expliquait-il pas très bien. Il prenait déjà ses distances par rapport à l’imprécision des mots. »
Extrait de : M. Atwood. « Oeil-de-chat. »
Neuf contes par M. Atwood

Fiche de Neuf contes
Titre : Neuf contes
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2014
Traduction : P. Dusoulier
Editeur : Robert Laffont
Sommaire de Neuf contes
- Alphinland
- Revenante
- La dame en noir
- Lusus naturae
- Le marié lyophilisé
- Je rêve de Zenia aux dents rouges et brillantes
- La main morte t’aime
- Matelas de pierre
- Les vieux au feu
Première page de Alphinland
« La pluie verglaçante tombe telles des poignées de riz scintillantes lancées sur des mariés invisibles. Partout où elle s’abat, elle se cristallise en une fine couche de glace granuleuse. À la lueur des réverbères, le spectacle est féerique, comme si la rue se parait d’argent, songe Constance. Mais c’est normal qu’elle le pense : elle est bien trop portée sur les enchantements. La beauté est une illusion, une mise en garde aussi, car la beauté a une face sombre, comme les papillons venimeux. Elle devrait penser aux dangers, aux risques, aux malheurs que cette tempête de glace va infliger à tant de gens. Qu’elle leur inflige déjà, d’après les bulletins d’information.
Sa télévision est un modèle à écran plat, haute définition, qu’Ewan avait acheté pour regarder les matchs de hockey et de football. »
Extrait de : M. Atwood. « Neuf contes. »
Mort en lisière par M. Atwood

Fiche de Mort en lisière
Titre : Mort en lisière
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1991
Traduction : F. Dupuigrenet-Desroussilles
Editeur : Robert Laffont
Première page de Mort en lisière
« Les serveuses se dorent au soleil comme une troupe d’otaries écorchées, leurs corps rose et brun tout luisants d’huile solaire. Elles ont gardé leurs maillots de bain parce que c’est l’après-midi. Aux premières lueurs de l’aube, ou bien au crépuscule, il arrive qu’elles aillent se baigner toutes nues – rester accroupis en proie à mille démangeaisons, au milieu des buissons infestés de moustiques qui se trouvent en face du ponton qui leur est réservé, devient alors infiniment plus attrayant.
C’est Donny qui tient les jumelles. Elles ne sont pas à lui mais à Monty. Le père de Monty les lui a données pour observer les oiseaux, mais Monty ne s’intéresse pas aux oiseaux. Il a découvert qu’on pouvait tirer des jumelles un meilleur profit en les louant aux autres garçons, cinq minutes maximum, pour cinq cents le coup d’œil ou alors une barre de chocolat de la cantine, bien qu’il préfère l’argent. »
Extrait de : M. Atwood. « Mort en lisière. »
La vie avant l’homme par M. Atwood

Fiche de La vie avant l’homme
Titre : La vie avant l’homme
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1979
Traduction : M. Véron
Editeur : Robert Laffont
Première page de La vie avant l’homme
« Je ne sais pas comment je devrais vivre. Je ne sais pas comment on devrait vivre. Je sais seulement comment je vis. Je vis comme un escargot privé de sa coquille. Et ce n’est pas un moyen de gagner de l’argent.
Je veux qu’on me rende ma coquille, j’ai mis assez longtemps à la fabriquer. Tu l’as emportée, où que tu sois désormais. Tu as bien su me l’ôter. Je veux une coquille comme une robe à sequins, faite de piécettes argentées et de dollars se chevauchant comme les écailles d’une armadille. L’arme à gauche. Imperméable ; comme un ciré breton.
Je voudrais bien n’avoir pas à penser à toi. Tu as voulu m’impressionner ; eh bien je ne suis pas impressionnée, seulement écœurée. C’était dégoûtant de faire cela. Et puéril. Et idiot. Comme de fracasser une poupée dans un moment de fureur, mais toi, c’est ta tête que tu as fracassée. »
Extrait de : M. Atwood. « La vie avant l’homme. »
L’odyssée de Pénélope par M. Atwood

Fiche de L’odyssée de Pénélope
Titre : L’odyssée de Pénélope
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2005
Traduction : L. Saint-Martin, P. Gagné
Editeur : Robert Laffont
Première page de L’odyssée de Pénélope
« Dans la vie, tout est question de point de vue : c’est souvent celui qui raconte l’histoire qui emporte le morceau car, en l’absence de récit contradictoire, on est bien obligé de le croire sur parole.
Et c’est ainsi que, depuis vingt-neuf siècles, un homme se taille la part du lion dans l’une des plus grandes épopées qui soient : l’Odyssée. Non qu’Ulysse, puisqu’il s’agit de lui, soit toujours le narrateur. Mais quand il l’est, égrenant par le menu la liste de ses exploits à ses hôtes ébahis, quel festival d’autocélébration ! Sa victoire sur l’horrible Polyphème, le cyclope mangeur d’hommes ? C’est grâce à sa ruse, à son génie, à sa vaillance ! La délivrance de ses compagnons changés en porcs par l’ensorceleuse Circé ? »
Extrait de : M. Atwood. « L’Odyssée de Pénélope. »
