Étiquette : Rocambole
La sorcière du marais par Michel Honaker

Fiche de La sorcière du marais
Titre : La sorcière du marais (Tome 5 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2005
Editeur : Gallimard
Première page de La sorcière du marais
« Les monts Tcherski sont l’enfer sur terre et seuls des démons peuvent y habiter. » Tel était le dicton populaire qui circulait dans cette région chaotique de la Russie, meurtrie par le vent et la glace, où la température avoisinait les – 50° au creux de l’hiver. Il disait vrai. Ces démons existaient : c’étaient ces bagnards qui piochaient inlassablement les rives d’un affluent de la rivière Iana. Étaient-ils encore humains, ces pauvres hères qui harcelaient la roche avec de la tourbe jusqu’aux genoux ? Ils plantaient leurs crocs de métal du geste las et répétitif de ceux qui ont oublié le temps, pliant sous les assauts du blizzard. Cette cuvette excavée au cœur de la montagne ressemblait à une fourmilière, traversée par des entrelacs de gouttières en bois dressées sur des pilotis. Les cailloux extraits du torrent étaient acheminés vers de larges tamis en partie immergés dans le courant. Un parfum âcre de produit chimique flottait dans les airs et un mot courait sur les lèvres et expliquait tout : l’or. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et la Sorcière du Marais. »
Le diable de Montrouge par Michel Honaker

Fiche de Le diable de Montrouge
Titre : Le diable de Montrouge (Tome 4 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2005
Editeur : Gallimard
Première page de Le diable de Montrouge
« À peine le dernier accord de la sonate des adieux de Beethoven eut-il été plaqué sous les lambris du salon de lady Avesham, que les applaudissements de l’assistance fusèrent comme une salve d’artillerie. Sous les vivats, Artémis Coulonges s’écarta à regret du piano, encore pénétrée par la musique qu’elle venait d’interpréter, et se levant de son tabouret, esquissa une révérence modeste.
Un élégant à barbiche joua des coudes pour gagner le premier rang de ce beau monde conquis et clamer ses « bravo » avec un enthousiasme dévot. La jeune fille frêle le remarqua sans doute car elle le gratifia lui et lui seul d’un sourire complice. Il en redoubla de cris et de trépignements si la chose était possible.
Lady Avesham en personne, une vieille Anglaise distinguée, quitta sa chaise pour donner l’accolade à la belle.
— Quel merveilleux récital, lui glissa-t-elle. Ne faites pas attendre l’Amérique, mon enfant, et n’écoutez pas ces insatiables, sans quoi vous manquerez votre navire. Partez vite ! »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le Diable de Montrouge. »
Le pacte de sang par Michel Honaker

Fiche de Le pacte de sang
Titre : Le pacte de sang (Tome 3 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Première page de Le pacte de sang
« — Père, quand arriverons-nous à la frontière ?
Tiré de ses préoccupations, Karol Milewsky considéra son fils avec tendresse.
— Bientôt, mon enfant !
Andrej était un bel adolescent de quinze ans aux traits réguliers et francs, au menton volontaire et au regard encore innocent. Il était le portrait de sa défunte mère. Le grand poète polonais se demanda encore par quelle folie il avait entraîné son fils unique dans cette dangereuse aventure. Chaque fois que cette question lui venait à l’esprit, la réponse s’imposait, implacable : s’il avait laissé Andrej derrière lui à Varsovie, ses ennemis l’auraient probablement capturé pour exercer sur lui le plus monstrueux des chantages.
Milewsky soupira. Le deuil récent de sa femme autant que le sort misérable de ses compatriotes l’avaient prématurément vieilli. À quarante-cinq ans, il n’était plus qu’un vieillard aux joues creuses encadrées de longs cheveux gris, et ses petits yeux noirs reflétaient une expression morose et fataliste. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le Pacte de Sang. »
Les marionnettes de la mort par Michel Honaker

Fiche de Les marionnettes de la mort
Titre : Les marionnettes de la mort (Tome 2 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2003
Editeur : Gallimard
Première page de Les marionnettes de la mort
« La diligence talonnée par l’orage émergea de la forêt comme si elle avait le diable à ses trousses. Le cocher donnait du fouet sans relâche, engoncé dans ses longs vêtements de cuir, le visage abrité sous l’auvent d’un antique tricorne. Les quatre chevaux soulevaient des gerbes de boue et la voiture brinquebalait en tous sens sur cette route détrempée.
L’unique passager pressa son gros nez sur la vitre vérolée de pluie et s’effraya des nuages noirs qui avaient enseveli le ciel de cette fin d’après-midi. Marius Aubain était un marchand de bétail qui revenait des foires du Nord où il avait vendu son cheptel à bon prix. Il s’en retournait à présent vers son Berry natal, fortune faite, et n’entendait pas musarder en chemin. Toutefois, le grondement insistant de l’orage commençait à le convaincre qu’une halte serait la bienvenue. Aussi cogna-t-il au plafond avec le pommeau de sa canne pour attirer l’attention du conducteur. Celui-ci ouvrit la lucarne de séparation, laissant deviner un nez long et osseux, une bouche petite mais ferme, mais non pas le visage en son entier, abandonné à l’ombre du feutre. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et les marionnettes de la mort. »
Le spectre de Kerloven par Michel Honaker

Fiche de Le spectre de Kerloven
Titre : Le spectre de Kerloven (Tome 1 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2002
Editeur : Gallimard
Première page de Le spectre de Kerloven
« — Tout le monde dort ! Paix et silence ! Allons, endormez-vous !
La voix de sœur Lucie – que les enfants surnommaient en cachette « la Luciole » – s’éteignit dans les couloirs lugubres de l’orphelinat pour filles de l’Enfant-Roi. Chaque soir, la sévère religieuse faisait ainsi le tour des dortoirs pour s’assurer que le calme régnait, silhouette inquiétante surmontée d’une cornette aux allures de galion. D’ordinaire, aucune des pensionnaires n’osait plus remuer un cil après son passage… Ce soir-là pourtant, dès que la Luciole eut disparu, une téméraire rejeta vivement ses draps rugueux et se pelotonna au pied de son lit.
Fauvette avait à peine treize ans – elle n’en savait trop rien elle-même. Son corps trop maigre flottait dans sa chemise de toile grossière et n’avait pas grandi comme il aurait dû par la faute des privations. Ses grands yeux vifs, un brin effrontés, mangeaient son visage étréci aux joues mal lavées. Elle ramena ses longs cheveux raides couleur noisette dans son cou, puis prenant son élan, courut se mettre à l’abri dans l’ombre d’un pilier. Elle attendit là un instant pour s’assurer que personne ne l’avait vue. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le spectre de Kerloven. »