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Le lit à baldaquin par Christopher Stork

Fiche de Le lit à baldaquin
Titre : Le lit à baldaquin
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le lit à baldaquin
« Il se nommait Benjamin Orp. Mais, sauf quelques rares personnes qui l’appelaient Ben, tout le monde l’avait baptisé « Pot de colle ».
Ce sobriquet, prononcé à la va-vite, était devenu Potkol et conférait à son porteur un faux air cambodgien. Orp s’y était si bien habitué qu’il répondait indifféremment à l’une ou l’autre de ces identités.
C’est aussi qu’il était d’un tempérament débonnaire et placide, pour tout dire un de ces « pauvres en esprit » auxquels le royaume des cieux appartiendra un jour mais qui, en attendant, ne possèdent pas grand-chose et surtout pas l’estime de leurs contemporains. Situation navrante et d’autant plus injuste qu’Orp mourait d’envie de mieux comprendre le monde où il vivait et les êtres qui peuplaient ce monde. Il harcelait ces derniers de « pourquoi », de « comment », de questions ingénues et donc embarrassantes, identiques en cela à l’enfant qu’il était resté sous l’apparence d’un adulte. »
Extrait de : C. Stork. « Le lit à baldaquin. »
Le bon larron par Christopher Stork
Fiche de Le bon larron
Titre : Le bon larron
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le bon larron
« Le 3 mars 1972, le vaisseau spatial Pioneer 10 était lancé depuis le cap Kennedy en direction de Jupiter. L’engin devait d’abord explorer les abords de la planète puis quitter le système solaire pour aller se perdre quelque part dans l’univers. Il était porteur d’un « message » destiné à d’éventuels Extraterrestres.
Ce « message », imaginé par l’astronome américain Carl Sagan, était gravé sur une plaque d’aluminium recouverte d’or fixée à l’antenne de Pioneer 10. Cette plaque de 15 cm sur 22,5 comportait un certain nombre de symboles, de dessins et de chiffres
destinés à faire savoir aux Extra-terrestres d’où provenait le vaisseau spatial et à leur donner quelques indications sur notre planète et l’état de notre civilisation.
Sur la droite de la plaque figurent deux êtres humains, un homme et une femme entièrement nus. Le sexe de l’homme et les seins de la femme sont bien visibles, ce qui provoqua d’ailleurs de nombreuses protestations aux États-Unis. L’homme lève la main droite en signe de salut. La femme se tient à ses côtés, les bras le long du corps, dans une attitude que certains, et notamment les féministes, ont jugée trop passive. »
Extrait de : C. Stork. « Le bon larron. »
La quatrième personne du pluriel par Christopher Stork

Fiche de La quatrième personne du pluriel
Titre : La quatrième personne du pluriel
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de La quatrième personne du pluriel
« La première personne du singulier se dit : je.
La deuxième personne du singulier se dit : tu.
La troisième personne du singulier se dit : il ou elle.
La première personne du pluriel se dit : nous.
La deuxième personne du pluriel se dit : vous.
La troisième personne du pluriel se dit : ils ou elles.
La quatrième personne du pluriel se dit :
Là, vous êtes coincés, mes jolis, tellement habitués à vos deux testaments, vos trois vertus théologales, vos quatre points cardinaux, vos cinq sens, vos six semaines de congés payés, vos sept péchés capitaux, vos huit clos, vos neuf muses, vos dix doigts, vos onze novembre, vos douze plaies d’Égypte, vos nombres d’or, vos comptes ronds, vos 3,1415926… et la suite.
Que peut bien être, représenter, signifier, la quatrième personne du pluriel ? Pour le comprendre, il va falloir sérieusement vous secouer les méninges et astiquer vos microtubules. »
Extrait de : C. Stork. « La quatrième personne du pluriel. »
La machine maîtresse par Christopher Stork

Fiche de La machine maîtresse
Titre : La machine maîtresse
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de La machine maîtresse
« Nuit du 30 au 31 août 2012
Je suis le plus malheureux des hommes. Pas seulement des hommes de ce temps mais des hommes de tous les temps. La tragédie que je vis n’a pas d’équivalent dans l’Histoire, ni même dans les mythes et les légendes de l’humanité. Pygmalion, Prométhée, Faust n’ont pas vécu un drame comparable à celui dans lequel je me débats depuis des mois.
Le temps de prendre une décision approche et, plus il approche, plus je suis indécis. Au point d’avoir envie de me donner la mort rien que pour échapper à l’échéance. Pandora doit-elle vivre et moi dois-je vivre avec elle ? Mais à quel prix ! Ou bien dois-je la rendre à ceux qui l’ont conçue ? Mais se laissera-t-elle faire ? Et eux, qu’en feront-ils ? Ne vont-ils pas détruire ce qu’elle est devenue avec moi, ne vont-ils pas… la tuer ? Rien que d’écrire ces quatre lettres sur ma page me révolte, me bouleverse, m’arrache des larmes, ces larmes que je verse si facilement depuis quelque temps. »
Extrait de : C. Stork. « La machine maîtresse. »
La femme invisible par Christopher Stork

Fiche de La femme invisible
Titre : La femme invisible
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de La femme invisible
« Carole Gray regarda ses mains et poussa un soupir de découragement. Décidément, rien n’y faisait, ni les crèmes, ni les lotions, ni les soins de la manucure. Ses doigts, rongés par les acides et les divers produits qu’elle manipulait dans son laboratoire, étaient rêches et râpeux. « Comme une langue de chat, disait Michael en riant, et il y a des moments où ce n’est pas du tout désagréable. » « Des mains de lavandière, oui ! songea Carole en débouchant son flacon de vernis à ongles avec un haussement d’épaules. Et encore ! Une lavandière au moins a les mains propres ! Moi, avec ces taches brunes ou vertes, j’ai l’air d’avoir une maladie de peau ! Je me demande bien pourquoi je me donne la peine de mettre ce vernis… Et pourquoi, d’ailleurs, je me donne la peine de sortir ce soir… Ces Malcolm sont horriblement ennuyeux… »
Elle faillit reboucher le flacon, puis interrompit son geste et se regarda dans la glace de sa coiffeuse. »
Extrait de : C. Stork. « La femme invisible. »
La dernière syllabe du temps par Christopher Stork
Fiche de La dernière syllabe du temps
Titre : La dernière syllabe du temps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de La dernière syllabe du temps
« La pièce était deux fois plus longue que large et totalement démunie de fenêtres. Elle aurait ressemblé assez exactement à l’intérieur d’un bunker ou d’une casemate si ses murs et son plafond n’avaient été recouverts de curieux bourrelets cylindriques qui avaient un peu l’apparence de colonnes cannelées, coupées en deux dans le sens de la hauteur.
Le général Bruce Bean passa la main sur un des bourrelets et le sentit céder sous la pression. Il se tourna vers l’homme en blouse blanche qui se tenait à côté de lui.
— Qu’est-ce que c’est que ce rembourrage ? demanda-t-il à mi-voix.
— Un revêtement absorbant, mon général, répondit l’homme en blouse blanche ; un composé d’amiante, de coton de verre et de mousse en polystyrène expansé. Il est à la fois flexible et poreux, ce qui veut dire qu’il absorbe aussi bien les fréquences graves que les aiguës et évite de ce fait tout danger de réverbération. Vous avez certainement remarqué que nos voix n’ont ici aucun effet d’écho et que… »
Extrait de : C. Stork. « La dernière syllabe du temps. »
L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés par Christopher Stork

Fiche de L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés
Titre : L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés
« On n’a jamais su au juste quand les gosses s’étaient posés. Après coup, bien sûr, des gens ont prétendu les avoir repérés dès le début. Si c’est vrai, on se demande ce qu’ils attendaient pour prévenir les autres. Moi, je crois que personne ne s’est rendu compte de quoi que ce soit jusqu’au moment où les gosses sont devenus si nombreux et si puissants qu’il n’y avait plus rien à faire.
On ne sait pas non plus d’où ils venaient ni comment ils sont arrivés. Là encore, il y a eu des savants et des spécialistes en tout genre pour lancer des tas d’idées sur la question. Certains ont même prétendu avoir trouvé des traces de l’atterrissage des gosses, généralement dans des coins comme le Sahara ou le Kalahari. Moi, je veux bien, mais, franchement, qu’est-ce que ça change ? Les gosses sont venus puis ils sont repartis après avoir foutu toute la planète en l’air. Qu’ils soient allés sur Sirius, Bételgeuse ou Alpha du Centaure, qu’est-ce que ça peut nous faire ? »
Extrait de : C. Stork. « L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés. »
L’ordre établi par Christopher Stork
Fiche de L’ordre établi
Titre : L’ordre établi
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ordre établi
« Sur plus d’un kilomètre, le terrain rocailleux avait été rasé, retourné par les bulldozers puis passé au lance-flammes, ce qui donnait au sol un aspect bitumeux. La route qui le traversait paraissait très blanche par contraste, ainsi que les bâtiments du Centre d’Aide Médicale Extérieure qui s’étendaient à l’horizon. Au-delà, une quadruple rangée de barbelés électrifiés s’allongeait à perte de vue, surmontée de place en place par la silhouette des miradors dressés contre le ciel gris.
Comme chaque fois qu’il apercevait le Centre, York se sentit pris d’un vague malaise. Le paysage n’avait pourtant rien d’inhabituel. C’était pareil tout autour de la ville. Pas mal de gens en faisaient même un but de promenade, le dimanche, en famille, et pendant toute son enfance, York y était venu avec les siens sans rien éprouver de particulier. Puis, un jour – il devait avoir treize ou quatorze ans, c’était juste avant qu’il n’attrape cette maladie dont il avait failli mourir – quelque chose l’avait désagréablement frappé dans ce spectacle. Comme si ces baraques, ces barbelés, ces miradors lui rappelaient un mauvais souvenir. »
Extrait de : C. Stork. « L’ordre établi. »
L’envers vaut l’endroit par Christopher Stork

Fiche de L’envers vaut l’endroit
Titre : L’envers vaut l’endroit
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’envers vaut l’endroit
« Rueisnom el eriaterces lareneg ed l’ U.N.O.,
Ej suov eirp ed erdnerp ettec erttel sert ua xueires. Nos ecnatropmi tse emrone ruop suov emmoc ruop suon…
Je vous demande infiniment nodrap… je veux dire : pardon. Sans m’en rendre compte, je m’adressais à vous dans notre langue. Je recommence donc :
Monsieur le secrétaire général de l’O.N.U.,
Je vous prie de prendre cette lettre très au sérieux. Son importance est énorme pour vous comme pour nous. Elle concerne en effet la survie d’une partie de l’humanité et, si j’ose ainsi m’exprimer, la surmort d’une autre. C’est au nom de celle-ci que je vous écris.
Qui sommes-nous ? Autant vous le dire tout de suite, ce sera chose faite : nous sommes les morts, les morts qui se trouvent parmi vous, sous une forme et dans des conditions évidemment très différentes des vôtres, mais qui n’en existent pas moins et commencent à subir, de façon inquiétante, le contrecoup des activités incohérentes des vivants. »
Extrait de : C. Stork. « L’envers vaut l’endroit. »
L’enfant de l’espace par Christopher Stork

Fiche de L’enfant de l’espace
Titre : L’enfant de l’espace
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’enfant de l’espace
« Le capitaine Leslie Granger s’assit sur le bord de sa couchette, regarda sa montre et, avec un sourire moqueur, arracha un feuillet au calendrier fixé à la cloison, au-dessus de sa tête.
C’était une copie fidèle de ces vieux éphémérides du XXe siècle, un gros bloc-notes qui comportait autant de pages que de jours dans l’année. Chaque page donnait une date ainsi que quelques indications démodées : le nom d’un saint, l’heure du lever et du coucher du soleil, les phases de la lune et, au verso, un proverbe, un dicton ou une citation extraite de la Bible.
Granger retourna le feuillet, lut le texte qui s’y trouvait imprimé et se mit à rire.
— « Tout vient à point à qui sait attendre », murmura-t-il ; on n’aurait pu imaginer une formule qui convienne mieux à notre situation !
Depuis notre départ, qu’avons-nous fait d’autre qu’attendre? Et, aujourd’hui, 1er juillet 2015, nous attendons encore, nous attendons que s’écoulent les cent quatre-vingts jours qui nous séparent de la Terre… C’est seulement alors, je suppose, que, si j’en crois ce proverbe, tout nous viendra à point… Que pourra bien être ce « tout », je me le… »
Extrait de : C. Stork. « L’enfant de l’espace. »