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Un autre monde par André Caroff

Fiche de Un autre monde

Titre : Un autre monde
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un autre monde

« Le soleil est plat, les nuages triangulaires et la mer ronde comme un monticule à l’assaut duquel montent les vagues sans jamais parvenir au sommet. Je suis adossé à un arbre de pierre. Devant moi, une immense étendue uniformément blanche. Il fait froid. Quand il ne fait pas froid, il fait chaud. Trop chaud ou trop froid, sans juste milieu.

D’ailleurs il n’y a pas de milieu.

Cela m’est égal. Seule m’intéresse l’étendue blanche. Immense. Mais pas illimitée. Elle est rectangulaire, avec un haut, un bas, deux côtés. Je suis là pour la noircir. Pas n’importe comment, d’une façon ordonnée, en lui laissant une marge à gauche, à triple interligne si possible et sans oublier de taper, en haut à droite, le numéro de la page. Sauf pour ce qui concerne la première, car tout le monde sait qu’elle ne peut être que la première puisqu’il n’y en a pas d’autre avant elle.

Il n’est pas nécessaire, pour la même raison, d’écrire : « Chapitre Premier ». Le titre suffit. Seulement je n’ai pas de titre. Je n’ai rien en tête pour noircir cette page. À force de la regarder, comme si elle était capable de m’inspirer alors qu’elle n’est capable que d’une profonde et désespérante passivité ; des images passent devant mes yeux : un soleil plat, des nuages triangulaires, une mer ronde sur laquelle les vagues courent à rebrousse-poil.  »

Extrait de : A. Caroff. « Un autre monde.  »

Un autre monde par J.-H. Rosny aîné

Fiche de Un autre monde

Titre : Un autre monde
Auteur : J.-H. Rosny aîné
Date de parution : 1895
Editeur : La revue de Paris

Première page de Un autre monde

« Je suis natif de la Gueldre. Notre patrimoine se réduit à quelques acres de bruyère et d’eau jaune. Des pins croissent sur la bordure, qui frémissent avec un bruit de métal. La ferme n’a plus que de rares chambres habitables et meurt pierre à pierre dans la solitude. Nous sommes d’une vieille famille de pasteurs, jadis nombreuse, maintenant réduite à mes parents, ma sœur et moi-même.

Ma destinée, assez lugubre au début, est devenue la plus belle que je connaisse : j’ai rencontré Celui qui m’a compris ; il enseignera ce que je suis seul à savoir parmi les hommes. Mais longtemps j’ai souffert, j’ai désespéré, en proie au doute, à la solitude d’âme, qui finit par ronger jusqu’aux certitudes absolues.

Je vins au monde avec une organisation unique. Dès l’abord, je fus un objet d’étonnement. Non que je parusse mal conformé : j’étais, m’a-t-on dit, plus gracieux de corps et de visage qu’on ne l’est d’habitude en naissant. Mais j’avais le teint le plus extraordinaire, une espèce de violet pâle, très pâle, mais très net. À la lueur des lampes, surtout des lampes à huile, cette nuance pâlissait encore, devenait d’un blanc étrange, comme d’un lis immergé sous l’eau. »

Extrait de : J.-H. Rosny aîné. « Un autre monde. »