Auteur/autrice : CH91

 

Un voleur par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de Un voleur

Titre : Un voleur
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1932
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Un voleur

« Nous partons après-demain pour Vichy, dit la vieille Mme Rivelaines pendant un entr’acte de Topaze.
Roland de Langares pâlit sous le coup.
— J’ai le foie fatigué, soupira la dame… Il paraît qu’il me faut boire leur eau sur place, à la source. Je suis sceptique, mais disciplinée : j’obéis !
Comme l’homme emporté par la rivière, Roland s’accrocha à la première touffe d’herbes :
— Mme Montaverne vous accompagne ?
— Et qui m’accompagnerait ? se récria Mme Rivelaines, indignée.
C’était la catastrophe. Roland regarda l’étincelante Gilberte Montaverne avec désespoir.
Tous ses goûts l’avaient entraîné vers cette femme, avant l’amour même. Jamais elle ne l’avait déçu. Attaché à elle comme à sa propre vie, il ne concevait plus qu’aucune autre, jusqu’à la fin de ses jours, pût la remplacer. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « Un Voleur. »

La fille d’affaires par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de La fille d’affaires

Titre : La fille d’affaires
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1925
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La fille d’affaires

« Le vicomte Guillaume de Rocheverne dépouillait sa correspondance avec cette fureur qu’il transportait dans le plaisir, dans le travail, dans l’amour même… Parce qu’elle remontait à son enfance, il savait la juguler ; elle piaffait, elle écumait, mais ne démarrait que lorsqu’il le voulait bien : seulement, elle lui dévorait les entrailles et lui congestionnait le cerveau…

— Crétin ! Crétin ! Crétin ! grogna-t-il en rejetant une épaisse missive bleue.

À ce gentilhomme aux mains rudes, aux joues larges, dont les yeux scintillaient dans la pénombre, la nature avait départi une poitrine profonde, une stature de cent-garde et une vaine force musculaire.

Il boitait, ayant reçu un éclat d’obus dans la cuisse.

Bientôt, il repoussa les lettres et jeta un regard vers sa fille. Elle éprouvait une compassion impuissante pour ce solide organisme qui semblait si bien fait pour vaincre et qui perdait constamment la bataille. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « La Fille d’affaires. »

Nouvelles préhistoriques par Joseph-Henry Rosny aîné

Fiche de Nouvelles préhistoriques

Titre : Nouvelles préhistoriques
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1896-1933
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Nouvelles préhistoriques

  • La vie chez les mammouths
  • Le lion géant et la tigresse
  • Amour des temps farouches, idylle préhistorique
  • Combat préhistorique

Première page de La vie chez les mammouths

« Quand Naoh, fils du Léopard, ramena son compagnon Gaw, qu’il avait repris aux Dévoreurs d’Hommes, le feu brûlait clair et pur dans sa cage, sous la garde de Nam. Et le troupeau des Mammouths paissait tout le long du fleuve. Quoique sa fatigue fût extrême, qu’une blessure mordît sa chair comme un loup, que sa tête bourdonnât de fièvre, Naoh eut un grand moment de bonheur. Dans sa large poitrine battait toute l’espérance humaine, plus belle de ce que, sans l’ignorer, il ne songeait pas à la mort. La jeunesse palpitait en lui, et, pour sa courte prévoyance, c’était l’Éternité. Il vit le marécage au printemps, lorsque les roseaux dardent tous ensemble leurs flèches tendres, lorsque les peupliers, les aulnes et les saules revêtent leur fourrure verte et blanche, lorsque les sarcelles, les hérons, les ramiers, les mésanges s’interpellent lorsque la pluie tombe si allègre que c’est comme si la vie même tombait sur la terre. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « Nouvelles préhistoriques. »

Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise

Titre : Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1931
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Ambor le loup, vainqueur de César – Dans la forêt gauloise

  • Ambor le loup, vainqueur de César
  • Dans la forêt gauloise

Première page de Ambor le loup, vainqueur de César

« La grande insurrection gauloise, menée par Vercingétorix, surprit César, alors en Italie. Il assembla rapidement une armée, franchit les Alpes, les Cévennes, et parut sur le sol même des Arvernes, d’où la révolte était partie.

Son arrivée fut un coup de foudre pour les Gaulois. Menacé par un parti formidable, allié aux Romains, Vercingétorix fut contraint de revenir en arrière pour abattre les conspirateurs.

Or, un matin, sept grands chefs gaulois tinrent conseil dans une boucle de rivière, parmi les saules et les peupliers.

C’étaient Lucter le Cadurque, les rois ou chefs des Aulerques, des Andécaves, des Lemovices, des Bituriges, des Carnutes, et Vercingétorix lui-même.

Les gardes étaient à distance, mais une armée campait dans la vallée : les sept avaient voulu s’assurer une entrevue à l’abri de toute surprise. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « Ambor le Loup, Vainqueur de César. »

La mort de la Terre – Contes par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de La mort de la Terre – Contes

Titre : La mort de la Terre – Contes
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1912
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de La mort de la Terre – Contes

  • La mort de la Terre
  • Contes – première série
  • Contes – deuxième série

Première page de La mort de la Terre

« L’affreux vent du Nord s’était tu. Sa voix mauvaise, depuis quinze jours remplissait l’oasis de crainte et de tristesse. Il avait fallu dresser les brise-ouragan et les serres de silice élastique. Enfin, l’oasis commençait à tiédir.
Targ, le veilleur du Grand Planétaire, ressentit une de ces joies subites qui illuminèrent la vie des hommes, aux temps divins de l’Eau. Que les plantes étaient belles encore ! Elles reportaient Targ à l’amont des âges, alors que des océans couvraient les trois quarts du monde, que l’homme croissait parmi des sources, des rivières, des fleuves, des lacs des marécages. Quelle fraîcheur animait les générations innombrables des végétaux et des bêtes ! La vie pullulait jusqu’au plus profond des mers. Il y avait des prairies et des sylves d’algues comme des forêts d’arbres et des savanes d’herbes. Un avenir immense s’ouvrait devant les créatures ; l’homme pressentait à peine les lointains descendants qui trembleraient en attendant la fin du monde. Imagina-t-il jamais que l’agonie durerait plus de cent millénaires ? »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « La Mort de la Terre – Contes. »

Amour étrusque par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de Amour étrusque

Titre : Amour étrusque
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1911
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Amour étrusque

« Le voyageur s’arrêta près du Volturne aux grands roseaux. C’était l’heure terrible où les cigales sont heureuses de vivre et chantent toutes ensemble leur hymne à Phoïbos. Les peupliers noirs et les sycomores se pâmaient sous la fournaise du ciel ; les vastes étangs, sauvages comme au jour où ils sortirent du Chaos, enveloppaient Veïla mollement endormie sur la terre campanienne.
Le voyageur rejeta sa chlamyde et déposa sur une racine son pilos lamentable. Il portait un bâton d’olivier poli par plusieurs générations, et la flûte que Pan tira du corps mélancolique de Syrinx. Car il cultivait l’art magique des sons. Parti de Syracuse sur une trirème phocéenne, il avait marché de ville en ville, de bourgade en bourgade, dans la volonté d’atteindre Rome. Il était jeune, fait comme les hommes d’Argos ou de Mycènes, agile, les yeux vifs, la chevelure ardente et noire. Son âme avait reçu la culture délicate des philosophes, des aèdes et des courtisanes. Mais l’aveugle fortune ayant englouti son patrimoine, il vivait de son art.
L’excès de sa fatigue lui cachait la beauté du paysage. Il n’avait guère dormi, dans une bourgade farouche, et marchait depuis l’aube. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « Amour Étrusque. »

Helgvor du fleuve bleu par Joseph-Henri Rosny aîné

Fiche de Helgvor du fleuve bleu

Titre : Helgvor du fleuve bleu
Auteur : Joseph-Henri Rosny aîné
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Helgvor du fleuve bleu

« Les femmes, à l’entrée des cavernes, contemplaient la flamme rouge qui menaçait les astres, et le ciel s’abaissait sur la plaine comme le creux d’un roc.
Le vieillard Urm disait :
— Nos pères ont vu couler des torrents de feu ! Le feu fondait la pierre, les hommes mouraient comme des sauterelles.
Il avait l’âge des corbeaux blanchis : les Tzoh croyaient qu’il était né avec les étoiles, le fleuve et les forêts. Les autres vieillards regardaient avec des yeux creux.
Parce que c’était le temps où les hommes forts cherchent au loin les grands herbivores, la flamme rouge semblait plus redoutable. La montagne grondait dans ses profondeurs.
Urm parla aux choses homicides, qui vivent dans la pierre : on ne sait jamais quand elles s’évadent. »

Extrait de : J.H Rosny aîné. « Helgvor du Fleuve Bleu. »

Le coeur de Paris par Albert Robida

Fiche de Le coeur de Paris

Titre : Le Cœur de Paris — Splendeurs et souvenirs (Tome 2 sur 2 – Paris)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1896
Editeur : A la librairie illustrée

Première page de Le coeur de Paris

« La cité de Paris, la noble nef qui, depuis si longtemps, malgré tant d’ouragans, sous l’assaut des vents furieux ou sous les caresses d’un soleil ami, vogue avec audace et fierté, souvent rudement ballottée mais jamais submergée, a vu pour ainsi dire, commencer l’histoire de France, avec les aventures de jeunesse de Lutetia, dans les jours où se formait, sur les rives de la Seine, le petit État barbare d’un chef franc.

Pendant des siècles, sur ce point minuscule, à cet étroit îlot enserré par les eaux de la rivière, vinrent à ce qu’il semble s’attacher tous les fils reliant au mince domaine royal des premiers temps, les terres, les fiefs et les provinces qui grossissaient peu à peu le naissant pays de France, et lui ramenaient un à un tous les lambeaux de la Gaule éparpillée après l’écroulement du monde romain. »

Extrait de : A. Robida. « Paris de siècle en siècle: Le Cœur de Paris — Splendeurs et souvenirs. »

Paris de siècle en siècle par Albert Robida

Fiche de Paris de siècle en siècle

Titre : Paris de siècle en siècle (Tome 1 sur 2 – Paris)
Auteur : Albert Robida
Date de parution : 1895
Editeur : A la librairie illustrée

Première page de Paris de siècle en siècle

« A chaque étape de sa vie, à chaque mouvement de sa croissance, les siècles passés ont vu notre Paris, faisant craquer sa ceinture et se dépouillant de son enveloppe, s’épanouir en d’autres conditions au soleil des idées nouvelles, revêtir, sous une armure de défense plus solide et plus large, un vêtement tout neuf, enrichi et décoré suivant les modes alors triomphantes, lesquelles constituent parfois un progrès et un embellissement, mais parfois aussi, par malheur, n’apportent que de regrettables modifications.

Une capitale est un organisme et Paris plus que nulle autre.

Mais dans cet organisme de la ville en perpétuelle transformation, en même temps que l’enveloppe se modifie, le cœur change de place. Il était ici, en ce siècle, sur cette rive du fleuve; au siècle prochain, il sera là-bas, de l’autre côté. Il fut au milieu du fleuve d’abord, aux premiers vagissements de Paris, dans l’île où naquit la petite Lutèce, puis il passa l’eau, sembla se fixer un instant sur la montagne Sainte-Geneviève, à l’ombre des palais gallo-romains, qu’après Constance Chlore, Julien et les magistrats romains, habitaient les terribles chefs francs,—pour revenir en son île avec les évêques et les rois, entre la cathédrale et le palais, ensuite pour refranchir encore le fleuve, mais de l’autre côté, et gagner la ville nouvelle, la ville bruyante et commerçante qui s’agite sur la rive droite… »

Extrait de : A. Robida. « Paris de siècle en siècle. »

Le voyage immobile par Maurice Renard

Fiche de Le voyage immobile

Titre : Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières
Auteur : Maurice Renard
Date de parution : 1909
Editeur : Mercure de France

Sommaire de Le voyage immobile

  • Le voyage immobile
  • La singulière destinée de Bouvancourt
  • Le rendez-vous
  • La mort et le coquillage
  • Parthénope ou l’escale imprévue
  • La statue ensoleillée
  • Une légende chrétienne d’Aktéon

Première page de Le voyage immobile

« Vers dix heures du matin, l’homme que nous avions sauvé ouvrit enfin les yeux.

Je m’attendais au réveil classique, à des doigts fébriles passés sur le front, à des « où suis-je ? où suis-je ? » balbutiés d’une voix languissante. Il n’en fut rien. Notre obligé resta quelques secondes tranquille, le regard perdu. Puis son œil s’anima d’intelligence, d’énergie, et il prêta l’oreille au bruit de l’hélice et au clapotis des vagues contre le bordage. Alors, s’étant assis dans l’étroite couchette, il se mit à inspecter la cabine, aussi froidement que si Gaétan et moi n’eussions pas été là. Nous le vîmes ensuite se tourner vers le hublot pour regarder la mer, puis nous examiner l’un après l’autre, sans curiosité ni politesse, comme des meubles encore inaperçus, et, les bras croisés, se plonger dans une profonde rêverie.

Sur la foi de son extérieur, nous tenions pour bien élevé cet inconnu de beau visage et de belles mains, dont les habits, tout ruisselants qu’ils fussent, nous avaient paru ceux d’un gentleman. Aussi sa conduite blessa-t-elle mon camarade et me surprit moi-même, quoique Gaétan m’eût depuis longtemps accoutumé à voir dans un seul être la noblesse encanaillée d’un rustre et le chic mésallié à l’insolence. »

Extrait de : M. Renard. « Le voyage immobile, suivi d’autres histoires singulières. »