Auteur/autrice : CH91

 

La maison à mi-chemin par Robert Silverberg

Fiche de La maison à mi-chemin

Titre : La maison à mi-chemin (nouvelle)
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1967
Traduction : P. Alpérine
Editeur : Opta / Galaxie

Sommaire de La maison à mi-chemin

  • Les fleurs pourpres de Clifford D. Simak
  • Mercenaire par Charles van de Vet
  • La maison à mi-chemin par Robert Silverberg

Premières pages de La maison à mi-chemin

« Plus tard, Alfieri se rendit compte que l’on devait sacrifier sa vie si l’on voulait s’en procurer une de rechange. Pour le moment son unique préoccupation était de survivre et cela ne lui laissait guère le temps de philosopher.
Il était l’uomo dal fuoco in bocca, l’homme ayant du feu dans la bouche. Un cancer lui rongeait la gorge. Le voxophone lui permettait de parler ; mais un feu dévorant n’allait pas tarder à le brûler entièrement jusqu’à la moelle et il n’y aurait plus de Franco Alfieri. C’était dur de s’y résigner. Aussi se rendit-il au Transfert pour demander de l’aide.
Il avait l’argent nécessaire. Or, c’était la principale clé qui ouvrait cette grande porte donnant accès aux planètes. Il fallait même beaucoup d’argent. Ceux qui dirigeaient le Transfert ne le faisaient pas par charité pure. Rien que la consommation du courant s’élevait à trois millions de kilowatts à chaque propulsion du Transfert. »

Extrait de : R. Silverberg. « La maison à mi-chemin. »

Un été pour mourir par Lois Lowry

Fiche de Un été pour mourir

Titre : Un été pour mourir
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1977
Traduction : J. La Gravière
Editeur : Editions Duculot

Première page de Un été pour mourir

« Cette ligne partageant notre chambre en deux, c’est Molly qui l’a tracée, à la craie. Un gros bâton de craie blanche datant de l’époque où nous vivions en ville et jouions à la marelle sur les trottoirs, quand nous étions toutes deux plus jeunes. Ce morceau de craie traînait depuis longtemps, parmi des bouts de ficelle et des épingles à cheveux tordues, dans une petite coupe en terre cuite que j’avais fabriquée l’année précédente à l’école, au cours de poterie.

Molly pêcha cette craie dans la coupe et traça une ligne au milieu du tapis. Si le tapis avait été plus poilu, elle n’y serait jamais arrivée, mais c’était un vieux tapis usé et aplati provenant de la salle à manger de notre autre maison et la craie y laissa une ligne blanche bien visible. Je regardais faire ma sœur avec étonnement : cela ne lui ressemblait pas de se fâcher ainsi. »

Extrait de : L Lowry. « Un été pour mourir. »

Passeuse de rêves par Lois Lowry

Fiche de Passeuse de rêves

Titre : Passeuse de rêves
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2006
Traduction : F. Pressmann
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Passeuse de rêves

« Au loin, une chouette lançait ses hululements lugubres. Quelque part, plus près, on entendit battre des ailes, puis glapir un lapereau que des serres aiguisées entraînaient vers sa perte. Surpris, un raton laveur en train de fourrager leva ses yeux brillants. Deux cerfs traversèrent une prairie côte à côte. Un fin nuage passa devant la lune.

*
*     *

Dans la petite maison, le duo progressait à pas furtifs. Elles travaillaient la nuit, une fois que la parole humaine s’était tue, que les pensées s’étaient apaisées, que même la respiration et les battements de cœur avaient ralenti leur course. Dehors, la campagne vibrait de sa vie nocturne, mais dans la petite maison tout était calme et plongé dans l’obscurité.

Elles avançaient sur la pointe des pieds. La femme et son chien, profondément endormis, n’avaient pas conscience de leur présence même si, de temps à autre, le chien, couché sur une litière de copeaux de cèdre au pied du lit à baldaquin de la femme, remuait les pattes comme à la poursuite d’un lapin. »

Extrait de : L. Lowry. « La passeuse de rêves. »

Le garçon qui se taisait par Lois Lowry

Fiche de Le garçon qui se taisait

Titre : Le garçon qui se taisait
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2003
Traduction : D. Kugler
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Le garçon qui se taisait

« Je suis maintenant une très vieille femme. Mes arrière-petits-enfants – qui m’appellent Docky, le surnom que me donnèrent, il y a des années, mes plus jeunes patients – me demandent de leur raconter des histoires, et j’invente pour eux des contes où il est question de cochons qui parlent et portent un ruban rose autour de leur queue en tire-bouchon, ou de singes en costume qui se promènent avec une canne. Je suis aussi douée pour inventer des sottises que j’étais habile autrefois pour opérer mes malades.

Si je commençais à leur raconter l’histoire que je vais relater ici, leurs parents me feraient les gros yeux, Non, diraient leurs regards. Pas question.

Autrement dit : elle est trop triste. Trop compliquée. Et c’est de l’histoire ancienne.

Alors, quand ils viennent me voir – le petit Austin qui porte le même prénom que son arrière-grand-père ; les jumeaux, Sam et Zoé ; Lily la petite Chinoise adoptée aux yeux rieurs ; et la très sérieuse Katharine, qui a hérité de mon prénom mais refuse tous les diminutifs, que ce soit Katy comme on m’appelait autrefois ou Kate, mon petit nom d’aujourd’hui – quand ils viennent me réclamer une histoire, je ne leur raconte jamais celle-ci. »

Extrait de : L. Lowry. « Le Garçon qui se taisait. »

La longue quête de Nathalie par Lois Lowry

Fiche de La longue quête de Nathalie

Titre : La longue quête de Nathalie
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1978
Traduction : D. Mols
Editeur : Editions Duculot

Première page de La longue quête de Nathalie

« — Si on reçoit une grosse lettre, c’est qu’on est accepté. Si la lettre est mince, c’est fichu.
C’est Becky Margeson qui avait parlé. Personne ne l’écoutait vraiment : elle n’avait fait que redire une phrase que toutes connaissaient déjà par cœur et qui appartenait au folklore qui se répétait chaque année dans les classes terminales des écoles. Au printemps, à l’époque où se décidaient les admissions et les non-admissions dans les différentes facultés universitaires. L’histoire de la lettre était d’ailleurs un mythe, qui avait été démenti deux ans auparavant : le président du comité des élèves avait été accepté dans une des universités les plus cotées des États-Unis, mais, comme la lettre qui le lui annonçait n’était pas épaisse, il l’avait jetée avec dépit, sans même l’ouvrir, et ce n’est qu’une semaine plus tard que sa mère, en vidant sa corbeille à papiers, était tombée sur la lettre si mince et cependant porteuse d’une bonne nouvelle. »

Extrait de : L. Lowry. « La longue quête de Nathalie. »

Compte les étoiles par Lois Lowry

Fiche de Compte les étoiles

Titre : Compte les étoiles
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1989
Traduction : A. Desarthe
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Compte les étoiles

« — Faisons la course jusqu’au coin, Ellen !
Annemarie ajusta son gros cartable en cuir sur ses épaules, pour que ses livres de classe se balancent sans à-coups.
— Prête ? dit-elle en regardant sa meilleure amie.
Ellen fit une grimace.
— Non, dit-elle en riant. Tu sais que je ne peux pas te battre, mes jambes ne sont pas aussi longues que les tiennes. On ne peut pas marcher, tout simplement, comme des personnes civilisées ?
Elle était courtaude pour ses dix ans, au contraire d’Annemarie qui était grande et mince.
— Il faut qu’on s’entraîne pour la compétition d’athlétisme de vendredi. Je sais que je vais gagner l’épreuve de course à pied cette semaine. Je suis arrivée deuxième la semaine dernière, mais depuis je me suis entraînée tous les jours. Allez, Ellen, supplia Annemarie, en évaluant d’un œil la distance qui les séparait de la rue Copenhague. S’il te plaît.
Ellen hésita, puis hocha la tête et ajusta son propre sac à dos rempli de livres sur ses épaules. »

Extrait de : L. Lowry. « Compte les étoiles. »

Cinq centièmes de seconde par Lois Lowry

Fiche de Cinq centièmes de seconde

Titre : Cinq centièmes de seconde
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1977
Traduction : L. Kiefé
Editeur : Casterman

Première page de Cinq centièmes de seconde

« Cette ligne, c’est une initiative de Molly.

Elle s’est servie d’une craie – un gros bout de craie blanche qui datait de l’époque où on habitait en ville, quand il y avait des trottoirs, quand on jouait souvent à la marelle, quand on était toutes les deux plus jeunes.

Cette craie, on l’avait depuis longtemps et Molly l’avait dénichée sur un plat en terre que j’avais fait au cours de poterie l’année précédente ; elle traînait à côté d’un morceau de ficelle, de quelques trombones et d’une pile peut-être pas encore périmée.

Ma sœur a commencé par tracer une ligne en plein milieu du tapis. Heureusement qu’il était à poil ras, sinon ça n’aurait jamais marché ; mais c’était un vieux tapis usé et raplapla, qui venait de la salle à manger de notre ancienne maison : le blanc de la craie se détachait parfaitement sur le bleu. Et puis, sous mes yeux ébahis (une colère pareille, ça ne ressemblait pas à Molly), elle a continué en remontant sur le papier peint à fleurs bleues. Pour atteindre le plafond, d’un côté, elle a escaladé son bureau et, de l’autre, son lit. Sans dévier. Heureusement que c’était Molly ; si moi, j’avais essayé, ça aurait été un beau gâchis, un trait tremblotant et tout de travers. Mais Molly est quelqu’un de soigneux. »

Extrait de : L. Lowry. « Cinq centièmes de seconde. »

Le fils par Lois Lowry

Fiche de Le fils

Titre : Le fils (Tome 4 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2012
Traduction : F. Pressmann
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Le fils

« La jeune fille eut un mouvement de recul quand ils lui posèrent le masque en cuir sur les yeux. Cela lui paraissait grotesque et inutile mais elle ne protesta pas. C’était la procédure. Elle le savait. Une autre réceptacle le lui avait raconté un mois plus tôt, à l’heure du déjeuner.
— Un masque ? avait-elle demandé, étonnée, presque amusée par l’image étrange. À quoi ça sert ?
— En fait, ce n’est pas vraiment un masque, s’était reprise la jeune femme assise à sa gauche en engouffrant une bouchée de salade. C’est un bandeau.
Elle chuchotait. Les jeunes filles n’étaient pas censées discuter de ce genre de choses.
— Un bandeau ? s’était-elle exclamée, avant d’éclater de rire. Dis donc, j’ai beaucoup de conversation aujourd’hui, je passe mon temps à répéter ce que tu dis. Mais enfin, pourquoi un bandeau ? »

Extrait de : L. Lowry. « Le fils – Le Quatuor du Passeur. »

Messager par Lois Lowry

Fiche de Messager

Titre : Messager (Tome 3 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2004
Traduction : A. Desarthe
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Messager

« Matty était impatient de terminer les préparatifs du dîner. Il voulait cuisiner, manger et partir aussitôt. Il aurait aimé être adulte pour pouvoir décider de l’heure des repas, et même avoir le droit de les sauter, si l’envie lui en prenait. Il avait une chose à faire, une chose qui l’effrayait. Et l’attente ne faisait qu’accroître son appréhension.

Matty n’était plus un enfant, mais pas encore un homme. Parfois, à l’entrée du Chez-Soi, il se mesurait en prenant la fenêtre pour repère. Autrefois, il atteignait à peine le rebord, le front juste à niveau, appuyé contre le bois, mais à présent il pouvait regarder par la vitre et voir l’intérieur sans effort. Ou bien, s’il reculait, il distinguait son reflet dans le carreau. Son visage devenait plus viril, pensait-il, même s’il aimait encore, comme tous les enfants, se faire des grimaces dans la surface miroitante. Sa voix était peu à peu tombée dans les graves.

Il vivait avec l’aveugle, celui qu’on appelait Visionnaire, et lui procurait son aide. Il faisait le ménage du Chez-Soi, même si faire le ménage l’ennuyait. L’homme disait que c’était obligé. »

Extrait de : L Lowry. « Messager – Le Quatuor du Passeur. »

L’élue par Lois Lowry

Fiche de L’élue

Titre : L’élue (Tome 2 sur 4 – Le Quatuor du Passeur)
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2000
Traduction : B. Formentelli
Editeur : Gallimard

Première page de L’élue

« — Maman ?

Il n’y eut pas de réponse. Elle n’en attendait pas. Sa mère était morte depuis déjà quatre jours, et Kira savait que l’ultime souffle de l’esprit était en train de s’échapper à jamais. « Maman. » Elle redit le mot tout doucement à ce qui, si mystérieux, s’en allait. Il lui semblait sentir son adieu à la manière dont on peut sentir, le soir, le doux murmure de la brise.

Désormais, Kira était seule, absolument seule. Désarroi, solitude, tristesse profonde, tel était son lot.

Avant, au lieu de ça, il y avait eu sa mère, la femme vivante et chaleureuse appelée Katrina. Puis, après la maladie foudroyante, le corps de Katrina, temple de l’esprit qui subsistait encore. Enfin, après quatre couchers et quatre levers de soleil, l’esprit s’en était allé à son tour. Il ne restait plus qu’un corps. Les pelleteurs viendraient répandre une couche de terre sur le cadavre, mais il serait tout de même mangé par les créatures armées de griffes et affamées qui hantaient la
nuit. »

Extrait de : L Lowry. « L’élue – Le Quatuor du Passeur. »