Auteur/autrice : CH91
Le jour de la démouille par Claude Bolduc

Fiche de Le jour de la démouille
Titre : Le jour de la démouille
Auteur : Claude Bolduc
Date de parution : 2018
Editeur : Editions Vents d’ouest
Première page de Le jour de la démouille
« En contemplation devant une œuvre de maître, Richard Cœur d’Artichaut se laissait bercer de beauté. Tant de fascination pour un simple dessin sur une peau d’animal ! Le roi l’éprouvait depuis sa tendre enfance et jamais elle ne s’était émoussée au fil du temps. S’y trouvait représentée une scène imaginaire de la renaissance de Ridès, la planète nourricière, dans laquelle cette dernière, magma informe de particules dans l’espace, tournoyait à travers des nuages cosmiques qui, peu à peu, lui redonnaient de l’eau. La force de l’œuvre résidait dans sa capacité de suggestion ; pour peu qu’il s’y attardât, Richard était entraîné dans cette danse aux proportions inimaginables, la grande ronde galactique qui, selon la tradition, amenait les fragments de la planète éclatée à s’assembler de nouveau.
Voyance, tout ceci, ou simple effort de l’imagination pour illustrer le contenu nébuleux des textes anciens ? Peu importait. »
Extrait de : C. Bolduc. « Le jour de la démouille. »
Là-haut sur la colline par Claude Bolduc
Fiche de Là-haut sur la colline
Titre : Là-haut sur la colline
Auteur : Claude Bolduc
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Vents d’ouest
Première page de Là-haut sur la colline
« La vie, c’est jamais ce qu’on pense que ça va être », disait mon père, aussi bien dans les moments heureux que dans les moments pénibles. Je ne sais pas pourquoi il disait ça, mais même s’il est mort depuis un bon bout de temps, ses paroles me sont revenues à l’esprit plusieurs fois ces dernières semaines. Depuis que les mots de maman me sont tombés dessus comme une tonne de briques : « On déménage ! »
Oh ! bien sûr, elle en avait déjà parlé auparavant, comme ça, en passant, mais c’était toujours demeuré pour moi quelque chose d’abstrait, d’impalpable, presque des paroles en l’air, si bien que je ne m’étais jamais vraiment arrêté à réfléchir à ce que ça pouvait impliquer. Du moins était-ce le cas jusqu’à il n’y a même pas trois mois, quand ces mots sont soudain devenus une vérité irréfutable et inéluctable. Quoi ? Moi, quitter mon village, mes amis, ma forêt, mon monde ? Perdre tout ça ? M’en aller ailleurs ? C’était m’arracher le cœur ! Détruire mon univers ! »
Extrait de : C. Bolduc. « Là-haut sur la colline. »
La maison douleur par Claude Bolduc

Fiche de La maison douleur
Titre : La maison douleur et autres histoires de peur
Auteur : Claude Bolduc
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Vents d’ouest
Sommaire de La maison douleur :
- La maison douleur par F. Pelletier
- Le lapin par C. Bolduc
- L’envol des gargouilles par D. Sernine
- L’ultime niveau par M. Lavoie
- Le prix par A. Bergeron
- Icabod Icabod Crâne par J. Champetier
Entre les bras des amants réunis par Claude Bolduc

Fiche de Entre les bras des amants réunis
Titre : Entre les bras des amants réunis suivi de contes de la nuit tombée
Auteur : Claude Bolduc
Date de parution : 2010
Editeur : Editions Vents d’ouest
Sommaire de Entre les bras des amants réunis :
- Entre les bras des amants réunis
- Contes de la nuit tombée
- Les ténèbres
- Le masque
- La traversée
- Lendemain de veille
- L’oeil de la lune
- Il ne faut pas que je dorme
- L’horloge du Grand Birimi
- Dans la poubelle
Première page de Entre les bras des amants réunis
« À l’instant où Jacques entrouvrit les paupières, une bestiole se prélassait sur le tapis de la chambre. Pour une raison connue d’elle seule, elle balançait ses antennes dans toutes les directions pendant que ses pattes innombrables demeuraient au garde-à-vous. Soudain, comme si elle avait perçu le poids d’un regard, la créature s’enfuit en zigzaguant.
Belle énergie. Belle vivacité. Et toi, Jacques, saurais-tu en faire autant ? La dernière fois que tu as fourni un effort comparable, tu étais sans doute spermatozoïde.
Pour bouger, il faut d’abord être en mesure de justifier une telle dépense d’énergie, il faut une raison.
Valait-il vraiment la peine de se lever ce matin pour plonger aussitôt dans la mélasse d’une journée interminable ? Encore une, rattachée à un convoi lui aussi sans fin. La torture sans cesse renouvelée, qui consistait pour l’essentiel à traîner sa misérable carcasse ici et là, à subir la vue de sa triste mine dans le miroir ou, pire, à la montrer aux autres. »
Extrait de : C. Bolduc. « Entre les bras des amants réunis. »
Claude Bolduc

Présentation de Claude Bolduc :
Claude Bolduc, né à Québec à l’aube de l’année 1960, s’impose comme un véritable maître de l’insolite et de l’effroi au sein des lettres canadiennes-françaises. Homme de lettres au parcours peu banal, il appartient à cette génération biberonnée dès le plus jeune âge aux feuilletons télévisés de l’étrange et aux illustrés d’anticipation, ce qui a sans nul doute nourri son goût prononcé pour les marges de notre réalité.
Élevé loin des tumultes de la grande ville, ce nouvelliste solitaire a longtemps gardé sa plume dans l’ombre. Ce n’est qu’à l’approche de la trentaine qu’il se décide à livrer ses premiers manuscrits aux presses. Dès l’année 1989, avec la publication d’un premier texte dans les pages d’un modeste fanzine, il se fait d’emblée remarquer par les amateurs de conjecture et de merveilleux sombre. Loin de s’enfermer dans les cercles mondains ou les chapelles littéraires, il déploie une prose singulière, souvent publiée çà et là dans diverses revues de l’underground francophone.
Se défiant de la bien-pensance, Claude Bolduc — qui s’amuse parfois à dissimuler son identité sous de truculents pseudonymes tels que Richard Viens ou Baba Côté — se fait l’explorateur minutieux des turpitudes de l’âme humaine. Il excelle dans l’art exigeant de la nouvelle, troussant des récits où la terreur la plus poisseuse côtoie, avec une habileté diabolique, un cynisme et une ironie fort salvateurs. Ses personnages, souvent confrontés à leurs propres démons, évoluent dans une atmosphère oppressante qui n’est pas sans rappeler les grands feuilletonistes anglo-saxons ou les maîtres belges du genre.
Au fil des ans, l’abondante production de cet infatigable prosateur a été heureusement rassemblée dans de fort beaux volumes. Les lecteurs avertis chérissent tout particulièrement ses recueils tels que « Les Yeux troubles et autres contes de la lune noire » ou encore « Histoire d’un soir et autres épouvantes ». Salué par ses pairs et couronné par les plus hautes distinctions de l’imaginaire d’outre-Atlantique, dont le prestigieux Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois, Claude Bolduc prouve avec panache que la littérature d’épouvante possède, elle aussi, ses lettres de noblesse.
Livres de Claude Bolduc :
Entre les bras des amants réunis (2010)
La maison douleur (1996)
Là-haut sur la colline (2007)
Le jour de la démouille (2018)
Pour en savoir plus sur Claude Bolduc :
La page Wikipédia sur C. Bolduc
La page Noosfere sur C. Bolduc
La page isfdb de C. Bolduc
Sang de pierre par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Sang de pierre
Titre : Sang de pierre
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire
Sommaire de Sang de pierre :
- Eon
- Le langage de la nuit
- Le début du cercle
- Celles qui vivent au-dessus des nuages
- Sang de pierre
- Terminus
Première page de Eon
« L’enfant ne ressemble à personne. Ce n’est pas un Kheïry : il est blanc. Il n’a pas les cheveux cendrés des Milès ni les yeux bridés des Ély ; ses mains sont petites et étroites, celles des Haupt sont larges et carrées. Il est simplement vêtu d’un pagne qui lui ceint les reins. Son torse nu brille, lisse et souple, dans la lumière rosée du passage. Épaules rondes, mince visage triangulaire, grands yeux noirs, cheveux noirs roulant en boucles sur les épaules, l’enfant ne ressemble à personne et, à cette heure-ci, il devrait être dans la salle d’étude avec les autres. Mais il est là, appuyé contre la paroi de chair, à moitié couché dans le creux qui s’y est ouvert pour le recevoir, et il regarde Hilsh avancer.
Hilsh n’a pas le temps de s’arrêter. Il est occupé, il a du travail, il doit aller chercher… Que doit-il aller chercher ? Une angoisse brève le traverse. Il ne se rappelle pas ! Il est sûr pourtant qu’il doit aller chercher quelque chose. Quelqu’un ? Il arrive près de l’enfant ; son pas ralentit involontairement. Et justement l’enfant sourit, se redresse et dit : « Je dois t’emmener. Suis-moi. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Sang de pierre. »
Reine de mémoire – intégrale par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Reine de mémoire – intégrale
Titre : Reine de mémoire – intégrale
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution :
Editeur : Editions Alire
Sommaire de Reine de mémoire – intégrale :
- La maison d’oubli
- Le dragon de feu
- Le dragon fou
- La princesse de vengeance
- La maison d’équité
Les voyageurs malgré eux par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Les voyageurs malgré eux
Titre : Les voyageurs malgré eux
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1994
Editeur : Editions Alire
Première page de Les voyageurs malgré eux
« Catherine se réveille. Dans son lit, sa chambre, sa maison, elle le sait au paysage sensoriel qui se déploie dans sa conscience. La posture de son corps est familière : main droite sous le drap, à plat sur le diaphragme, main gauche à l’extérieur, jambe droite un peu pliée sur le côté, jambe gauche un peu relevée. Et presque dans la même fraction de seconde, un autre continuum de sensations explose dans sa tête, dans son corps, ou à l’extérieur, elle ne sait, un raz-de-marée, non, un tourbillon et elle au centre, dans l’oeil de la tornade, un calme surnaturel où chacune des sensations inconnues qui l’assaillent est identifiée, analysée – en une perception parfaitement attendue, familière, normale.
Ce rêve (puisqu’assurément elle rêve), par l’intermédiaire de sens qu’elle ne possède pas, lui fournit des informations dont elle comprend la substance, mais non l’utilité. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Les voyageurs malgré eux. »
Les contes de la chatte rouge par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Les contes de la chatte rouge
Titre : Les contes de la chatte rouge
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1993
Editeur : Editions Québec / Amérique
Première page de Les contes de la chatte rouge
« II était une fois, dans un grand château du Pays-d’En-Bas, une petite fille très curieuse, et qui s’appelait Lila. Comme le lilas, mais sans s. C’était peut-être parce qu’elle avait les yeux d’un bleu tirant sur le mauve, comme les fleurs des lilas qui poussaient tout autour du château. Pour le reste, elle ne ressemblait pas tellement à une fleur : elle avait des taches de rousseur en confettis sur le bout du nez et des cheveux roux, brillants et frisés comme de fins tire-bouchons de cuivre. Quand ils étaient secs, après avoir été lavés et parfumés à l’essence de citronnelle, sa gouvernante osait à peine les brosser : ils gonflaient comme la crinière d’une petite lionne, impossibles à natter. S’il faisait sombre, on voyait des étincelles y crépiter sous la brosse, et si alors on posait dessus des petits morceaux de soie déchirée – la fine soie du bonnet qu’on mettait le dimanche – les morceaux restaient collés tout seuls ! (Ce n’était pas la gouvernante qui avait découvert cette propriété des cheveux de Lila, évidemment.) »
Extrait de : E. Vonarburg. « Les contes de la chatte rouge. »
Le silence de la cité par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Le silence de la cité
Titre : Le silence de la cité
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire
Première page de Le silence de la cité
« Elle ne savait pas qu’il pouvait mourir.
Il avait une peau brune toute ridée, une masse de cheveux blancs toujours en désordre, des yeux bruns qui souriaient au fond de leur réseau de rides ; ou bien c’étaient les rides qui souriaient. De toute façon, on ne pouvait pas dire s’il souriait en regardant sa bouche : il avait trop de moustache. Grand-Père. Elle l’appelait Grand-Père.
Elle ne savait pas que c’était un homme-machine.
Elle n’avait presque jamais besoin d’utiliser son bracelet de communication. Elle avait perdu sa poupée, elle était tombée, Gil ou Marianne lui avaient fait mal en jouant, ou elle s’était disputée avec eux, et il surgissait avant même qu’elle ait vraiment eu le temps de se mettre à pleurer. Il parlait, ou il ne disait pas grand-chose, mais il était toujours là quand il le fallait vraiment. Elle ne savait pas bien pourquoi, mais quand il sentait le tabac, ou l’herbe coupée, et que sa moustache était jaunie, il était davantage… là. Elle sentait très bien, alors, s’il était gai, ou sérieux, ou préoccupé – mais toujours comme il l’aimait. C’était Grand-Père. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Le silence de la cité. »