Auteur/autrice : CH91

 

Le trône du prisonnier par Holly Black

Fiche de Le trône du prisonnier

Titre : Le trône du prisonnier (Tome 2 sur 2 – Domelfe)
Auteur : Holly Black
Traduction : L. Damant-Jeandel
Date de parution : 2024
Editeur : Rageot

Première page de Le trône du prisonnier

« Chêne fourra ses sabots dans un pantalon de velours.
– Vous ai-je mis en retard ? s’enquit dame Elaine, toujours au lit, la voix pleine
d’une malicieuse satisfaction.

Elle posa sa tête sur son coude et émit un petit rire.

– Encore un peu de patience, ajouta-t-elle, et vous n’aurez plus à être à leur botte.
– Oui, confirma Chêne, distrait. Juste à la vôtre, c’est ça ?

Elle rit de nouveau.

Son pourpoint à moitié boutonné, il tenta désespérément de se rappeler le chemin le plus court pour rejoindre les jardins. Il avait eu l’intention d’être ponctuel – avant que surgisse l’occasion de connaître enfin l’étendue du complot qu’il voulait déjouer.

Je vous présenterai mes associés, promis, lui avait soufflé dame Elaine en glissant ses doigts sous sa chemise. Vous serez impressionné de voir à quel point on peut se rapprocher du trône…

Chêne quitta précipitamment la pièce, maudissant les cieux, lui-même et le concept du temps en général.

– Dépêche-toi, chenapan ! le houspilla une des blanchisseuses du palais. Ça va faire mauvais effet s’ils commencent sans toi. Et arrange tes cheveux ! »

Extrait de : H. Black. « Le Trône du prisonnier – Domelfe. »

L’héritier trahi par Holly Black

Fiche de L’héritier trahi

Titre : L’héritier trahi (Tome 1 sur 2 – Domelfe)
Auteur : Holly Black
Traduction : L. Damant-Jeandel
Date de parution : 2023
Editeur : Rageot

Première page de L’héritier trahi

« Une passante trouva la petite assise sur le béton glacé d’une ruelle. Elle jouait avec l’emballage d’une boîte de nourriture pour chat. Le temps d’arriver à l’hôpital, elle était bleue de froid. Le bout de chou rabougri n’avait que la peau sur les os, ses membres si maigres qu’on aurait dit des brindilles.

Elle ne connaissait qu’un seul mot. Son prénom : Wren.

En grandissant, elle conserva un teint bleuté qui rappelait le lait écrémé. Ses parents adoptifs l’emmitouflaient dans des manteaux et des blousons, couvraient ses mains de mitaines et de gants, alors que, contrairement à sa sœur, elle n’avait jamais froid. Ses lèvres changeaient de couleur comme une bague d’humeur. Elles restaient bleuâtres, voire violettes, même en plein été, et ne devenaient roses qu’à proximité d’un feu. Elle pouvait jouer dans la neige pendant des heures, à creuser des tunnels compliqués et se battre pour de faux contre des stalactites, ne rentrant à la maison que lorsqu’on l’appelait.

Malgré sa maigreur et son air anémique, elle avait de la force. À huit ans, elle était capable de soulever des sacs de courses que sa mère adoptive avait du mal à porter.

À neuf ans, elle disparut. »

Extrait de : H. Black. « L’héritier trahi – Domelfe. »

La quête impossible par Holly Black

Fiche de La quête impossible

Titre : La quête impossible (Tome 3 sur 3 – Contes de faes modernes)
Auteur : Holly Black
Traduction : L. Damant-Jeandel
Date de parution : 2007
Editeur : Rageot

Première page de La quête impossible

« Bien qu’elle l’ait envoyé ici, en dépit de ses hématomes récents et du sang sous ses ongles, Roiben était toujours épris de dame Silarial. Malgré le regard avide des courtisans unseelie. Malgré les tâches épouvantables auxquelles Nicnevin l’astreignait ; malgré les multiples humiliations ; malgré tout ce à quoi il préférait ne plus penser pendant qu’il se tenait là, raide, derrière le trône de cette dernière.
En se concentrant vraiment, il revoyait la chevelure cuivrée aux reflets flamboyants de sa reine, ses yeux verts impénétrables et son sourire mystérieux quand, à peine trois mois auparavant, elle lui avait annoncé le sort qui l’attendait. Avoir été choisi pour quitter la cour de Lumière et servir la cour de Nuit était un honneur, se rappela-t-il une fois de plus. Lui seul vouait à Silarial un amour assez puissant pour conserver sa loyauté envers elle. C’était à lui qu’elle faisait confiance, plus qu’à quiconque parmi ses sujets. Son amour pour elle était le seul qui soit assez sincère pour endurer une telle épreuve. »

Extrait de : H. Black. « La Quête impossible – Contes de faes modernes. »

La valeureuse par Holly Black

Fiche de La valeureuse

Titre : La valeureuse (Tome 2 sur 3 – Contes de faes modernes)
Auteur : Holly Black
Traduction : L. Damant-Jeandel
Date de parution : 2005
Editeur : Rageot

Première page de La valeureuse

« Valerie Russell sentit quelque chose de froid sur ses reins, se retourna et, par réflexe, frappa aussitôt. Son coup rencontra de la chair. Une canette de soda tomba et roula sur le sol en béton du vestiaire, formant une flaque pétillante de liquide brunâtre et collant. D’autres filles qui enfilaient leur tenue de sport levèrent les yeux et pouffèrent.

Les mains en l’air dans une parodie de reddition, Ruth éclata de rire.

– C’était qu’une blague, Princesse Badass de Badassie !
– Désolée, s’excusa Val à contrecœur.

Sa colère, montée d’un coup, n’était pas complètement redescendue. Elle se sentit bête.

– Qu’est-ce que tu fous là ? enchaîna-t-elle. Je croyais que la sueur te filait de l’urticaire.

Ruth s’assit sur un banc vert, très classe dans sa veste de smoking vintage et sa longue jupe en velours. Deux minces traits de crayon lui tenaient lieu de sourcils. Elle avait appliqué un fard à paupières rouge sur ses yeux cernés de khôl noir. Des tresses violettes parsemaient sa chevelure d’un noir brillant, plus claire au niveau des racines. Elle tira profondément sur sa cigarette au clou de girofle, puis souffla la fumée en direction d’une des coéquipières de Valerie. »

Extrait de : H. Black. « Un conte de Faes moderne – La Valeureuse. »

L’offrande par Holly Black

Fiche de L’offrande

Titre : L’offrande (Tome 1 sur 3 – Contes de faes modernes)
Auteur : Holly Black
Traduction : L. Damant-Jeandel
Date de parution : 2002
Editeur : Rageot

Première page de L’offrande

« Kaye tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la glisser dans le goulot de la bouteille de bière d’Ellen, sa mère. Elle pensait que ce serait une bonne façon de déterminer son degré d’ivresse. Voir si elle avalerait carrément un mégot.

Ils étaient encore sur scène – Ellen, Lloyd et les autres membres de Stepping Razor. Ils avaient mal joué et, à les voir démonter leur matériel, ils le savaient. Ce n’était pas très grave. En plus de grésiller, la sono avait été trop forte mais, comme tout le monde n’avait fait que boire, fumer et brailler, Kaye doutait que le manager leur en veuille. Certains clients avaient même un peu dansé.

Après l’avoir reluquée une énième fois, le barman proposa à Kaye quelque chose à boire, « offert par la maison ».

– Un verre de lait, répliqua la jeune fille avec un sourire narquois, rejetant en arrière ses cheveux blonds indisciplinés.

Dès qu’il eut le dos tourné, elle subtilisa deux pochettes d’allumettes qu’elle enfonça dans sa poche. »

Extrait de : H. Back. « Un conte de faes moderne – L’Offrande. »

Le regard brûlant des étoiles par Erik L’Homme

Fiche de Le regard brûlant des étoiles

Titre : Le regard brûlant des étoiles (Tome 8 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2012
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Le regard brûlant des étoiles

« Je suppose que le Sphinx a explicitement demandé à être enterré.
Moi, depuis que je sais que des goules hantent les cimetières, je penche plutôt pour la crémation.
De toute façon, dans un funérarium ou devant une tombe fraîchement creusée, l’ambiance reste la même.
Silencieuse et digne.
Triste.
Mortelle…
Dans le cimetière Stephen King, les arbres qui dressent vers le ciel leurs longs bras squelettiques font office de gardiens.
Aux États-Unis, ce genre d’endroits, grands comme des parkings de supermarché, permet à des limousines de dégorger les men in black venus rendre un dernier hommage à leurs camarades tombés dans l’exercice du devoir.
Ici, l’espace entre les tombes est à peine suffisant pour accueillir la douzaine de personnes présentes. »

Extrait de : E. L’Homme. « Le regard brûlant des étoiles – A comme association. »

Car nos coeurs sont hantés par Erik L’Homme

Fiche de Car nos coeurs sont hantés

Titre : Car nos coeurs sont hantés (Tome 7 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2012
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Car nos coeurs sont hantés

« – Tu as une tête horrible, sorcière. Tu aurais dû dormir, au lieu de faire les cent pas toute la nuit.
– Ce que je fais de mes nuits ne te regarde pas, démon.
Quant à ma tête, si elle te déplaît, je peux toujours ranger dans un placard le miroir qui te sert de prison,
comme ça tu ne la verras plus !
– Je retire ce que j’ai dit à propos de ta tête. Je m’ennuie déjà à mourir, alors quitter le mur de ta cuisine pour l’obscurité d’une étagère… Je préfère ne pas y penser !
– Penses-y, au contraire. Ça t’évitera des problèmes. Je ne suis pas d’humeur à supporter tes sarcasmes.
– J’en prends bonne note, sorcière. Alors ?
– Alors quoi ? Tu veux toujours savoir ce que j’ai fait de ma nuit ?
– Oh, oui ! Nous vivons un moment historique : la débâcle de l’Association. Je ne veux pas en perdre une
miette !
– Débâcle ? »

Extrait de : E. L’Homme. « Car nos coeurs sont hantés – A comme association. »

Ce qui dort dans la nuit par Erik L’Homme

Fiche de Ce qui dort dans la nuit

Titre : Ce qui dort dans la nuit (Tome 6 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2011
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Ce qui dort dans la nuit

« Tout est sombre. Désespérément obscur.

Je m’enfonce dans une galerie déserte. Je martèle de mes semelles métalliques le sol dur et froid.

Autour de moi patrouillent des volutes de fumée grise.

La roche creusée, éventrée, martelée, martyrisée, transpire un écœurant goudron, une substance poisseuse qui ressemble à du sang.

J’avance sans savoir où je vais, les poumons brûlés par l’air vicié.

Comme un somnambule surpris.

Un pied après l’autre.

Mains en avant pour ne pas me cogner.

La galerie débouche sur une caverne immense. Roche irrégulière et béton lisse, comme de la glace. Étrange le béton. Des tentures sanglantes dégoulinent le long des parois.

Je me rends compte que je vois tout, absolument tout, en nuances de noir et de rouge. Comme si un filtre avait chassé les autres couleurs de mes yeux. »

Extrait de : E. L’Homme. « A Comme Association – Ce qui dort dans la nuit. »

Là où les mots n’existent pas par Erik L’Homme

Fiche de Là où les mots n’existent pas

Titre : Là où les mots n’existent pas (Tome 5 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2011
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Là où les mots n’existent pas

« Ombe ne mentait pas. On vole littéralement.

Plus de feux, plus de panneaux, juste les lumières de la ville qui se confondent dans une grande traînée lumineuse.

Et le rugissement du moteur.

Je me cramponne, les deux bras autour de sa taille.

Je ne peux m’empêcher de respirer son odeur, près de son cou. Ce n’est pas du parfum mais une fragrance naturelle. Un mélange de mousse et d’herbe brûlée, de pierre chauffée au soleil et d’eau de rivière.

C’est délicieux.

Mon cœur s’affole tandis que je me contrains au calme.

Le mot « sœur » m’est venu naturellement, tout à l’heure. Il s’est imposé à moi comme une évidence. Il me paraissait le plus adapté, le plus juste pour décrire ce que je ressens au fond de moi depuis ce soir – depuis toujours ? »

Extrait de : E. L’Homme. « A Comme Association – Là où les mots n’existent pas. »

Le subtil parfum du soufre par Pierre Bottero

Fiche de Le subtil parfum du soufre

Titre : Le subtil parfum du soufre (Tome 4 sur 8 – A comme association)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2011
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Le subtil parfum du soufre

« Je coupe le contact.

Ma Kawa émet un feulement déçu mais, docile autant que teigneuse, abandonne la nuit au silence.

J’enlève mon casque pour jeter un coup d’œil autour de moi. Le quai est désert.

D’un côté, une série d’entrepôts vétustes auxquels s’adossent des conteneurs moribonds, de l’autre le ruban sombre et lisse de la Seine qui ondoie doucement. Sous mes pieds un goudron humide de la dernière averse, des résidus de poubelles éventrées et des flaques d’eau huileuse dans lesquelles se reflète la lune obèse qui surveille Paris.

Une brève hésitation et je décide de ne pas attacher ma bécane. Il n’y a personne dans le coin et si, par hasard, il y avait quelqu’un et qu’un repli stratégique s’impose, je serais heureuse de ne pas perdre cette fameuse seconde qui marque si souvent la différence entre la vie et la mort. »

Extrait de : P. Bottero. « A Comme Association – Le subtil parfum du soufre. »