Auteur/autrice : CH91

 

Richard Canal

Présentation de Richard Canal :

Né le 16 août 1953 à Tarascon (Bouches-du-Rhône), Richard Canal est un romancier et nouvelliste français, principalement reconnu pour son œuvre dans le domaine de la science-fiction, bien qu’il ait également exploré le roman noir et le thriller politique. Il est l’une des figures majeures de la science-fiction française des années 1980 et 1990, notamment grâce à son approche singulière du mouvement cyberpunk.

Un parcours entre informatique et continent africain

Scientifique de formation, Richard Canal a mené de front sa carrière d’écrivain et celle d’universitaire. Docteur en informatique, il a été maître de conférences et a enseigné cette discipline pendant une quinzaine d’années à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal. Il a ensuite poursuivi sa carrière d’enseignant-chercheur en France, à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier.

Son long séjour en Afrique de l’Ouest a constitué un bouleversement personnel et esthétique qui a profondément influencé son œuvre littéraire.

Une science-fiction singulière : le « cyberpunk africain »

Richard Canal entre sur la scène de la science-fiction française au milieu des années 1980, publiant d’abord des nouvelles dans diverses revues et anthologies. Son premier roman, La Malédiction de l’éphémère, paraît en 1986.

Il se distingue rapidement par une fusion très originale : l’hybridation des thématiques technologiques du cyberpunk (réseaux informatiques, intelligences artificielles, implants virtuels) avec les mythes, les paysages et la culture de l’Afrique noire. Cette approche culmine dans ce qui est souvent qualifié de « trilogie africaine », comprenant :

  • Aube noire (1989) ;
  • Swap-swap (1990) ;
  • Ombres blanches (1993).

À travers ces textes, il dépeint des futurs sombres et foisonnants où la haute technologie cohabite avec la magie traditionnelle et l’animisme, offrant une alternative rafraîchissante aux décors urbains nord-américains ou japonais habituellement associés au genre.

Reconnaissance et évolution vers le roman policier

Le talent de Richard Canal a été couronné par plusieurs distinctions prestigieuses dans le domaine des littératures de l’imaginaire :

  • Le grand prix de l’Imaginaire (catégorie Nouvelle) en 1988 pour Animale ;
  • Le prix Julia-Verlanger en 1994 pour son roman Les Voix de l’ombre.

Outre son cycle africain, il est l’auteur d’œuvres de science-fiction remarquées comme La Légende de l’amas d’Amasis (1993) ou encore Cyberillusions (1998).

Au tournant des années 2000, l’auteur délaisse peu à peu la science-fiction pure pour s’orienter vers la littérature générale, le thriller et le roman noir. Des ouvrages comme Bicyclette noire (2006) ou La Route de Mandalay (2007) s’éloignent de l’anticipation pour explorer d’autres atmosphères et d’autres continents (comme l’Asie du Sud-Est), tout en conservant la plume poétique et l’intérêt pour l’altérité qui caractérisent l’ensemble de sa bibliographie.

Livres de Richard Canal :

Animamae :

  • Les ambulances du rêve
  • La légende étoilée
  • Les voix grises du monde gris

Aube noire
Deloria
Equinoxes
Gandhara
L’équilibre du mal
La guerre en ce jardin
La malédiction de l’éphémère
Le cimetière des papillons
Les paradis piégés
Ombres blanches
Swap-Swap
Upside down

Pour en savoir plus sur Richard Canal :

La page Wikipédia sur R. Canal
La page Noosfere sur R. Canal
La page isfdb de R. Canal

Phalènes par Philippe Guy

Fiche de Phalènes

Titre : Phalènes
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1966
Editeur : Fleuve noir

Première page de Phalènes

« La flèche perça le cou du chauffeur alors qu’il se penchait pour saisir les rênes de l’attelage. Il s’écroula en avant, bouche bée sur un cri silencieux, ses mains cherchant maladroitement à endiguer le flot de sang qui jaillissait de sa blessure.

Les chevaux piétinaient sur place, renâclaient bruyamment, affolés par l’odeur de la mort.

Deux miliciens prirent position dans le chariot bâché. Huit autres franchirent le porche et s’égaillèrent de chaque côté des murs d’enceinte. Quelques-uns s’abritèrent derrière les colonnades recouvertes de céramiques bleues du promenoir, tandis que les derniers se ruaient dans les escaliers menant au pavillon principal.

Ils tombèrent nez à nez avec deux des estafiers rattachés à la demeure. Les hommes du seigneur Jiwani n’étaient pas des foudres de guerre. Le premier n’avait pas encore porté la main à son arme que deux sabres le lardaient comme un goret. Le second fit demi-tour en s’égosillant mais fut rattrapé par un coutelas et son cri s’éteignit brutalement. Trop tard, pourtant. »

Extrait de : P. Guy. « Phalènes. »

Dernière tempête par Philippe Guy

Fiche de Dernière tempête

Titre : Dernière tempête
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dernière tempête

« Un grand trait de feu zèbre les nuages ventrus. La colère des cieux s’accentue encore. La détonation éclate une poignée de secondes après, aussi assourdissante qu’une cascade de rochers se heurtant à flanc de montagne. Elle résonne longuement, traînée par la bourrasque entre les creux et les collines ondulantes de la mer hérissée.

La pluie cingle l’océan en rafales furieuses, tantôt droite, tantôt oblique, percutant la surface avec une violence inouïe. Minuscule au milieu des pans de murs qui dégringolent en avalanches liquides, le voilier décolle, s’immobilise un instant à mi-ciel, puis retombe avec fracas, son flanc tribord pressé contre l’eau noire houleuse. Une silhouette se déplace dans l’embarcation, attache prestement l’un des focs, repart à la poupe et s’agrippe au gouvernail, courbée sous la tourmente.

Le vent secoue les gréements, les étais, comme s’il leur vouait une haine particulière. Des paquets d’eau se déversent avec rage dans le bateau puis rejaillissent à l’extérieur, laissant derrière eux quelques litres de mer et un dépôt d’écume mousseuse. Le grain dure depuis une paire d’heures, déjà, mais ne semble pas vouloir faiblir. L’homme est fatigué. La lutte l’épuise, et les éléments le dominent. Ses gestes se font plus lents. Ses cheveux blonds ruissellent, collent à son front, couvrant ses yeux et l’empêchant de voir clairement. »

Extrait de : P. Guy. « Dernière tempête. »

Cocons par Philippe Guy

Fiche de Cocons

Titre : Cocons
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cocons

« Je poussais négligemment mon chariot, empli de gheren plus qu’à ras bord. Les Astris, satisfaits, nous fichaient la paix. Bonne journée pour leurs primes. Un filon énorme découvert dans la galerie quatre et une nouvelle jonction. Avec la six, cette fois. J’étais éreinté, suant, et couvert de terre. On avait bossé dur pour ces sagouins. À la mesure du fouet.

La chance était avec moi depuis le lever, je n’avais pas subi une seule fois la morsure de ces foutues lanières. Encore heureux d’ailleurs, car celles de la veille me cuisaient toujours salement.

Un ordre braillé parvint à mes oreilles bourdonnantes et je parquai docilement le chariot contre la file des autres, tous aussi débordants. Sans me hâter outre mesure, je nettoyai ma pioche, mes bottes, et m’engageai
dans la file d’attente.

La cabine dégorgeait déjà l’équipe de nuit, ceux du niveau 2, aussi blêmes que le laki, yeux bouffis de sommeil, silencieux et propres, marchant d’un pas d’automate. »

Extrait de : P. Guy. « Cocons. »

Chauds, les secrets ! par Robert Sheckley

Fiche de Chauds, les secrets !

Titre : Chauds, les secrets !
Auteur : Robert Sheckley
Date de parution : 1962
Traduction : J. Debruz
Editeur : Gallimard

Première page de Chauds, les secrets !

« À la vue de l’ambulance, il s’arrêta. C’était une antique voiture, imposante et haute sur roues, à la carrosserie vert et gris. Des rideaux discrets garnissaient les vitres latérales. Un chauffeur en livrée se tenait au volant. Elle était montée à moitié sur le trottoir d’un étroit passage qui donnait dans Bolton Lane. Elle avait l’air tout ce qu’il y a de respectable, cette antique Rolls-Royce au moteur ronronnant, bien plus que son chauffeur au visage rougeaud ; un filet de sueur s’échappait de sa casquette bleue et lui dégoulinait le long des joues pour aller se perdre dans le col blanc qui lui serrait le cou. C’était déjà assez remarquable en soi, ce filet de sueur, par une matinée de Londres plutôt frisquette, où le soleil se cachait derrière un matelas de nuages gris chassés par le vent. Carlos résolut d’ouvrir l’œil.

Deux infirmiers en uniforme amenèrent le malade. Il paraissait vraiment très mal en point : le teint plombé, des yeux qui roulaient dans les orbites comme les billes d’un jouet d’enfant. Les infirmiers le soutenaient, un troisième marchait devant lui, tenant à la main un porte-documents. Ils s’approchèrent de l’ambulance en le portant presque. Les jambes du malade semblaient se ployer d’une façon grotesque comme celles d’un ivrogne ou d’un drogué. »

Extrait de : R. Sheckley. « Chauds, les secrets !. »

L’aura maléfique par John T. Sladek

Fiche de L’aura maléfique

Titre : L’aura maléfique
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1974
Traduction : J.P Gratias
Editeur : Clancier – Guenaud

Première page de L’aura maléfique

«  Ne fais pas ça, Steve ! Ne t’imagine pas que tu peux toucher à la drogue sans t’intoxiquer. J’ai payé assez cher pour le savoir. » Tel est le sage conseil qu’un ancien drogué a récemment donné au chanteur Steve Sonday. Mais, tout sage qu’il soit, ce conseil a néanmoins quelque chose d’inquiétant. Car son auteur, David Lauderdale, était mort depuis plus d’un an lorsqu’il l’a prodigué !
L’événement s’est produit dans l’hôtel particulier de Mme Viola Webb, le célèbre médium, au nord de Kensington. Il y a quelques années, la clientèle de Mme Webb se recrutait parmi toutes les classes aisées de la société. Des juges, des jockeys, des vedettes du football et des pairs du royaume se sont tenu la main dans l’obscurité de son salon, et beaucoup d’entre eux devaient en ressortir réconfortés.
Aujourd’hui, Mme Webb sert de gourou à une communauté spirite, la Société du Mandala Aethérique. Tous les membres de ce groupe – dont Steve Sonday et sa compagne – vivent sous le même toit, et consacrent leur temps à méditer, et à « étudier les mystères de l’Univers ». Lauderdale avait également fait partie de la communauté, jusqu’à sa mort tragique en mars dernier. »

Extrait de : J.T Sladek. « L’aura maléfique. »

Philippe Guy

Présentation de Philippe Guy :

Né le 12 septembre 1955 en France, Philippe Guy est un écrivain français principalement connu pour sa modeste mais notable contribution à la littérature de science-fiction. Son œuvre romanesque est intimement liée à l’une des collections les plus emblématiques de la science-fiction francophone populaire : la collection « Anticipation » des éditions Fleuve Noir.

À l’instar de nombreux auteurs français de l’imaginaire des années 1980 et 1990, Philippe Guy a exploré les thèmes classiques de la science-fiction à travers le format court et percutant qu’exigeait le Fleuve Noir. Sa bibliographie, très resserrée, se compose de trois romans publiés sur une période de près de dix ans au sein de cette même collection :

  • Cocons (1987) : Publié sous le numéro 1524 de la quatrième série de la collection « Anticipation ».
  • Dernière tempête (1989) : Publié sous le numéro 1696.
  • Phalènes (1996) : Publié sous le numéro 1977. Ce roman s’inscrit dans la toute dernière époque de la collection historique du Fleuve Noir (laquelle s’arrêtera définitivement l’année suivante, en 1997).

Écrivain particulièrement discret, la carrière de Philippe Guy dans le domaine de la science-fiction se limite aujourd’hui à cette trilogie de publications. Il demeure néanmoins une figure répertoriée par les spécialistes et les collectionneurs de littérature populaire, en tant que témoin d’une époque foisonnante de l’édition de genre en France.

Livres de Philippe Guy :

Cocons (1987)
Dernière tempête (1989)
Phalènes (1966)

Pour en savoir plus sur Philippe Guy :

La page Wikipédia sur P. Guy
La page Noosfere sur P. Guy
La page isfdb de P. Guy

Maaga-la-Scythe par Alain Billy

Fiche de Maaga-la-Scythe

Titre : Maaga-la-Scythe
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Maaga-la-Scythe

« Le soleil cornu resplendissait dans le ciel ocre de Maaga-la-Scythe mais Ryl, le dernier des Impérors, avait du noir à l’âme.

Accoudé devant le miroir vibrant qui grossissait son image, il s’observait, cherchait entre ses paupières mi-closes, dans son regard bleu, les premières ombres de la peur. Son nez fin pâlissait sous l’effet d’une formidable tension intérieure, et sa bouche large aux lèvres insolentes s’affaissait, tiraillée par l’amertume. Seul le menton orgueilleux conservait ses lignes pures, sa superbe.

L’Impéror soupira, se leva pesamment, gagna l’une des fenêtres triangulaires de la chambre et regarda au-dehors.

Les avenues qui convergeaient vers le Palais étaient désertes. Quelques Volcars abandonnés stationnaient n’importe où. Pas un Bulle ne circulait entre les tours, les globes, les porches suspendus ; les véhicules scintillaient comme des jouets d’enfants délaissés, sur les terrasses vides. »

Extrait de : A. Billy. « Maaga-la-Scythe. »

Les fruits sataniques par Alain Billy

Fiche de Les fruits sataniques

Titre : Les fruits sataniques
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les fruits sataniques

« Pour peindre, Léonard avait besoin de lumière et de ce qui restait de nature, aussi laissait-il dépérir à sa guise la végétation malade autour de la bâtisse démodée mais cossue dans laquelle il se terrait : des massifs maigres, hirsutes, s’égaraient sous les branches filiformes des arbres. Dans les herbes blanchâtres, des ronces fatiguées croisaient en d’interminables lacis leurs tiges dépouillées. Ces végétaux, marqués de taches noires dues aux pluies acides, croupissaient sous des lambeaux de mousses malsaines, des colonies maussades de champignons vénéneux.

Renard rivé à sa tanière, le vieil artiste pénétra dans son atelier, une vaste salle pourvue de baies vitrées à fermetures hermétiques, donnant de plain-pied sur le parc. Il avança parmi ses peintures réalisées sur des panneaux métalliques de la circulation, s’arrêta, les yeux clos, l’esprit taraudé par une pensée. Soudain, il frappa dans ses mains, comme pour applaudir la décision qu’il venait de prendre, et il pianota en sifflotant sur le clavier de la boucle de sa ceinture. Un sidérophone de la grosseur d’une noix se matérialisa à proximité de sa bouche. »

Extrait de : A. Billy. « Les fruits sataniques. »

Le souffle de lune par Alain Billy

Fiche de Le souffle de lune

Titre : Le souffle de lune
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le souffle de lune

« Une nuit obscure, de cauchemar.

Pourtant, ne rien voir était moins pénible que de découvrir, dans la lumière blafarde du jour, ce qu’était devenue la Terre après les Grandes Guerres : une surface chaotique, brûlée, ravagée, un champ infini de ruines où ne poussait pas la moindre végétation.

Rek avançait dans l’obscurité avec des précautions de félin. À chacun de ses pas, le sol vitrifié craquait sous ses semelles. Il détestait ce bruit qui pouvait le faire repérer. Une lueur fugace balafra les ténèbres ; il leva brutalement le front, se tassa, muscles tétanisés, prêt à se défendre. Mais ce n’était qu’une étincelle due à l’électricité dont était chargée l’atmosphère pleine de poisons en suspension. Les décombres cachaient d’innombrables cadavres et l’insoutenable odeur de la mort planait partout.

Rek aperçut, dans un ravin, l’auréole d’un brasier auprès duquel un survivant imprudent devait se réchauffer.

« Encore un fêlé, pensa-t-il. Mieux vaut ne pas aller par là.  »

Extrait de : A. Billy. « Le souffle de Lune.  »