Auteur/autrice : CH91

 

Vacances pour un espion par Jacques Hoven

Fiche de Vacances pour un espion

Titre : Vacances pour un espion
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de Vacances pour un espion

« Depuis Varna, la route longeait la côte et l’on pouvait voir, au pied des falaises, la mer Noire qui s’étendait à perte de vue.
Les yeux rougis par la fatigue, les doigts soudés sur le volant de la DS 21, Durémile put enfin accélérer, mais il dut ralentir avant le premier virage et suivre, au pas, un antique camion à roues pleines qui ferraillait dans la montée.
Il se pencha à la portière, aspira l’air tiède, et considéra avec résignation une vieille motocyclette qui les dépassait en pétaradant. À ses côtés, à demi allongé sur le siège dont il avait baissé le dossier, François sifflotait toujours la rengaine dont il n’avait cessé de répéter les quinze premières notes depuis qu’ils avaient quitté Paris, moins de trois jours plus tôt.
Exaspéré, Durémile s’efforça de fixer la route. Insensiblement, son regard fut attiré par le rétroviseur : trois cents mètres derrière, la Mercedes rouge cerise était là !… »

Extrait de : J. Hoven. « Vacances pour un espion. »

Un nazi nommé Straub par Jacques Hoven

Fiche de Un nazi nommé Straub

Titre : Un nazi nommé Straub
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un nazi nommé Straub

« — C’est elle, murmura Gomez.
Deux jeunes femmes étaient étendues à l’ombre du parasol que le gros Argentin désignait du menton.
La somptueuse chevelure bleu-noir de la plus proche ruisselait sur ses épaules, s’écoulait sur sa poitrine où elle dissimulait à demi deux seins en forme de poire emprisonnés dans les minuscules triangles d’un soutien-gorge d’une blancheur étincelante. L’autre était blonde. Elle avait des hanches fines, de longues jambes fuselées, un regard qui devait être bleu sous l’écran fumé des larges lunettes de soleil, mais son corps n’avait pas encore atteint la teinte cuivrée de sa compagne.
— Laquelle ? demanda Artus.
— La brune, fit Gomez en haussant une épaule comme si sa réponse allait de soi. C’est Maria-Thérésa Rafel.
À dix pas de là, Maria-Thérésa Rafel redressa le buste, eut une aspiration qui mit en valeur le galbe de sa poitrine, tapota l’oreiller du matelas de plage à rayures jaunes et reposa avec grâce la nuque sur la paume de sa main droite. »

Extrait de : J. Hoven. « Un nazi nommé Straub. »

Triplix par Jacques Hoven

Fiche de Triplix

Titre : Triplix
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir

Première page de Triplix

« Toutes voiles ferlées, la goélette s’immobilisa à la verticale de son aire d’atterrissage. Il y eut un grand frémissement de drisses et d’écoutes, un envol de lièvres ailés au-dessus des herbes environnantes, puis un long soupir dans la membrure de la Luciole lorsque les flotteurs de la gracieuse coque de bois prirent contact avec le sol.

Le vol de lièvres affolés s’éleva, nimba le ciel de couleurs chamarrées, subtiles, changeantes, dont les teintes pastel scintillèrent longtemps sur l’horizon violet.

Fascinés, les passagers le suivirent des yeux en gardant le silence. Puis, la nuée s’assembla sous un nuage se forma en escadrille, disparut. Les passagers baissèrent la tête, se remirent à parler tous à la fois, à rire, à préparer leurs bagages. »

Extrait de : J. Hoven. « Triplix. »

Sombre est l’espace par Jacques Hoven

Fiche de Sombre est l’espace

Titre : Sombre est l’espace
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sombre est l’espace

« — Paré pour l’atterrissage ? postillonna le gros Mercadieu sur la pastille du micro baladeur.

La réponse de Callaway lui parvint la première, curieusement hachée et déformée par les parasites du vieil intercommunicateur.

— Poste arrière paré, chef !

— Salle de navigation ? interrogea Mercadieu.

— Bof !… se contenta de répondre Tiperary qui était de quart aux instruments d’observation optique.

— Chambre des machines ?

— Atterris toujours, glapit La Fleur du plus profond de l’astronef. On verra bien si la béquille du trépied tient le coup sous le choc !

De la cale des piles à combustible, Robin se manifesta par un grognement aussi vague que sonore et, de la chambre d’alimentation des tuyères, le petit Berg mendia d’une voix brouillée :

— Pose le Triton en douceur, gros. J’ai le mal de la gravité ! »

Extrait de : J. Hoven. « Sombre est l’espace. »

Robinson du cosmos par Jacques Hoven

Fiche de Robinson du cosmos

Titre : Robinson du cosmos
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Robinson du cosmos

« — N’ayez pas peur, mon garçon, dit Ruyskaert. Abattez votre jeu !

Danjou secoua le gobelet pour la forme, le renversa sur la table où les osselets céphéens s’épandirent les uns derrière les autres, s’étirant en une ligne courbe curieusement annelée.

— Le serpent tantagorien, constata à mi-voix le capitaine Ruyskaert.

Il repoussa sa casquette galonnée sur sa nuque, se gratta pensivement le crâne, et décréta :

— Ce signe n’a pas grande signification en soi. Il faudra l’interpréter à la lumière des symboles qui suivront. Voyons la suite !

Danjou soupira, ramassa les osselets comme à regret. Il les emprisonna dans son poing où il les garda un moment avant de les laisser retomber un à un dans le gobelet où ils ne firent aucun bruit. »

Extrait de : J. Hoven. « Robinson du Cosmos. »

Les rats de la section IV par Jacques Hoven

Fiche de Les rats de la section IV

Titre : Les rats de la section IV
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les rats de la section IV

« Les pieds chaussés de pantoufles de feutre à carreaux, le vieux Bétanchon traînait les talons entre les deux rangées de cages de la section III.
La lourde bassine de nourriture qu’il portait sous le bras lui donnait une allure hésitante et un peu oblique. Un mégot humide au coin des lèvres, il ne cessait de marmonner des injures à l’intention de tous les rats de la création et des savants qui les utilisent pour leurs damnées expériences.
Dans le sous-sol du laboratoire, il y avait des centaines de rongeurs, mulots, surmulots, souris grises ou blanches, cobayes, musaraignes, rats des villes, d’égout, des champs ou d’autres lieux qui, tous, s’acharnaient avec ardeur sur leurs barreaux. Cela faisait un concert de grignotements et de vibrations métalliques qui vrillait les oreilles du garçon de laboratoire, et couvrait la musique du poste de radio que le gardien de nuit écoutait au rez-de-chaussée. »

Extrait de : J. Hoven. « Les rats de la section IV. »

Les non-humains par Jacques Hoven

Fiche de Les non-humains

Titre : Les non-humains
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les non-humains

« Trois officiers veillaient dans la salle de navigation du Memphis.

Le dos calé au creux du cocon pneumatique, les mains à plat sur les accoudoirs, le premier faisait face au panneau hémisphérique.

D’un frôlement des doigts, le deuxième pouvait agir, en une fraction de seconde, sur chacune des innombrables touches disposées en clavier de piano autour de la consolette de pilotage.

Le troisième était le plus attentif. Debout en retrait des autres, il se déplaçait avec lenteur autour du maître instrument de navigation, un globe laiteux flottant en équilibre instable à quelques centimètres au-dessus de son berceau. L’homme, pas un instant, n’en quittait le centre du regard. »

Extrait de : J. Hoven. « Les Non-humains. »

Les intemporels par Jacques Hoven

Fiche de Les intemporels

Titre : Les intemporels
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les intemporels

« Feylen émergea de l’inconscience comme une bulle d’air crève à la surface de la mer.

D’abord, il n’éprouva rien, ne ressentit rien, ne pensa à rien…

Il était allongé, immobile, les deux mains croisées sur sa poitrine. Sous ses paupières closes, des fragments d’images erraient au gré d’un lent tourbillon baignant dans une brume incertaine.

Ses mains perçurent enfin les infimes battements de son cœur. Il les appuya plus fortement contre sa poitrine, les remonta jusqu’à sa gorge, caressa le tissu de son vêtement… Il eut ensuite un soupir interminable, cilla, ouvrit les paupières, écarquilla les yeux.

Et sentit aussitôt sa raison chavirer !

Car il avait beau tourner la tête dans tous les sens, il ne découvrait aucune limite, aucune couleur, aucune forme, aucune ombre ni lumière à l’univers qui l’enveloppait. »

Extrait de : J. Hoven. « Les Intemporels. »

La Vénus de l’Himmenadrock par Jacques Hoven

Fiche de La Vénus de l’Himmenadrock

Titre : La Vénus de l’Himmenadrock
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1975
Editeur : Fleuve noir

Première page de La Vénus de l’Himmenadrock

« Silhouette hiératique plaquée sur fond de ciel violet, Erl il Horlan se tenait immobile au sommet de l’à-pic de pierre rouge. Debout sur les étriers de son grand hippogriffe de combat, jambes raidies sous les ailes repliées de sa monture, l’hipparque évoquait un personnage fabuleux de l’antique mythologie terrienne.
Il poussa un cri guttural dont les échos se répercutèrent en cascade entre les parois abruptes des monts du Harz. Puis il releva son casque de fibres bouillies à profil de mante religieuse, dressa sa lance verticalement, et l’agita trois fois. Les pennons colorés de la hampe étincelèrent dans le soir naissant.
À ce signal, quelques centaines de mètres plus bas, la petite troupe se remit en marche entre les entassements rocheux des contreforts. Elle s’étira avec lenteur en gravissant l’étroit corridor qui montait en délovant ses méandres entre d’immenses monolithes aux formes tourmentées, vers les escarpements qui commandaient le défilé. »

Extrait de : J. Hoven. « La Vénus de l’Himmenadrock. »

La porte des enfers par Jacques Hoven

Fiche de La porte des enfers

Titre : La porte des enfers
Auteur : Jacques Hoven
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir

Première page de La porte des enfers

« Sept rais de lumière foraient en oblique la pénombre du temple de justice. Ils convergeaient, au-dessus du chœur, sur la masse colossale de l’autel.

Visages figés, recueillis, murés ou illuminés par la foi, les fidèles attendaient l’heure du sacrifice. Confite en piété, l’assistance retenait son souffle. Un éclair d’or scintilla dans le halo pailleté d’un vitrail. Aussitôt mille regards hallucinés se levèrent en direction de la chaire où l’huissier maître des cérémonies venait de lever sa hallebarde.

Il y eut un moment d’anxiété, de ferveur et d’impatience mêlées. Le temps parut s’arrêter. Enfin la lourde hampe de bois retomba sur le plancher de la chaire avec un bruit sourd. Les trois coups frappés, une rumeur de murmures, de tissus froissés, de toux, de semelles et de sièges raclant le sol s’éleva dans la nef. »

Extrait de : J. Hoven. « La porte des enfers. »