Auteur/autrice : CH91

 

Mademoiselle Annette par Édouard Rod

Fiche de Mademoiselle Annette

Titre : Mademoiselle Annette
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1902
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Mademoiselle Annette

« Parmi mes souvenirs les plus lointains et les plus vivaces, je trouve une catastrophe de la vie réelle que je ne compris guère quand elle se développa sous mes yeux d’enfant, et dont les détails sont pourtant restés gravés dans ma mémoire. D’année en année, bien que parfois à travers de longs intervalles, j’en ai pu suivre les conséquences éloignées, au moins sur une des personnes dont elle détermina la destinée. Elle me revient à l’esprit maintenant, avec une telle netteté que je puis presque me refaire enfant pour en ressaisir l’émotion : probablement parce que des réflexions récentes en ont dégagé pour moi tout le sens. Pendant longtemps, les deux êtres dont je vais tâcher de reconstituer l’histoire m’ont paru des exemplaires plutôt moyens de l’humanité : à l’un d’eux m’attachait le frêle lien d’une sympathie respectueuse et reconnaissante, – lien que la rareté de nos rencontres ne parvint jamais à dénouer tout à fait ; l’autre m’étonnait, m’inquiétait, me déplaisait, et me semblait l’inverse d’un « héros de roman ». »

Extrait de : E. Rod. « Mademoiselle Annette. »

Nouvelles romandes par Édouard Rod

Fiche de Nouvelles romandes

Titre : Nouvelles romandes
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1891
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Nouvelles romandes

  • La grande Jeanne
  • Pension de famille carnet d’hiver d’un vieux garçon
  • La femme à Bouscatey
  • Le tabac de mon oncle Jacques
  • Les Knie
  • Un coupable
  • Croquis alpestres
  • Souvenirs de Noël
  • Le retour (moeurs vaudoises)

Première page de La grande Jeanne

« En feuilletant mon plus vieil album de photographies, j’y trouve un portrait de paysanne : c’est celui de la grande Jeanne. Elle a les traits arrêtés, énergiques, un nez droit, des lèvres minces qui dessinent une grande bouche où il n’y a plus beaucoup de dents ; son visage est creusé de rides qui courent et s’entrecroisent en tous sens ; elle est endimanchée, avec un beau bonnet blanc ; le photographe lui ayant dit qu’il fallait sourire, elle sourit, d’un sourire étonné, voulu, mais convaincu, qui fait aussi clignoter ses petits yeux ; ses mains sont posées sur ses genoux : de vieilles mains déformées par le travail, des mains durcies, des mains aux doigts épais qui lui racontent bien des fatigues… Et voici qu’il me revient l’histoire de cette pauvre vieille, que j’ai vue vivre et que j’ai vue mourir… »

Extrait de : E. Rod. « Nouvelles romandes. »

Luisita par Édouard Rod

Fiche de Luisita

Titre : Luisita
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1903
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Luisita

« Après la longue journée des moissons, sous le soleil d’août, le père Baudruz, ses deux fils et sa bru se reposaient devant la ferme. Le père Baudruz atteignait ses soixante-dix ans, qu’il portait sans plier le dos, comme un fardeau proportionné à ses forces. Il était de taille moyenne, trapu, avec de larges pieds et des mains dures, brunes, poilues. Il avait le profil net, le nez busqué, les joues rasées, de petits yeux gris, malins, sous des cils en broussailles, et conservait tous ses cheveux, qui grisonnaient à peine. En revanche, ses lèvres se recroquevillaient sur une bouche presque complètement édentée, ce qui, en marquant son âge, donnait à sa physionomie une expression très personnelle, mêlée de finesse et de jovialité. Il parlait avec lenteur, d’un ton sentencieux, en traînant les finales, en coupant les r et en hochant la tête. Il avait aussi un geste de la main droite qui lui appartenait bien en propre et qu’il répétait souvent : il l’amenait à la hauteur du nez, le pouce replié sur les deux derniers doigts, les deux autres levés comme pour une affirmation solennelle : et ce geste était catégorique. »

Extrait de : E. Rod. « Luisita. »

L’ombre s’étend sur la montagne par Édouard Rod

Fiche de L’ombre s’étend sur la montagne

Titre : L’ombre s’étend sur la montagne
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’ombre s’étend sur la montagne

« La lutte de l’ombre et de la lumière se poursuit chaque soir sous nos yeux. Selon l’éclat de la journée ou la magnificence du décor, le drame passe inaperçu ou prend des accents pathétiques, comme si le meurtre invisible du dieu du Jour ensanglantait l’espace. Dans l’un et l’autre cas, nous en connaissons d’avance les péripéties : elles ne diffèrent que par leur intensité. La lumière doit périr : quelque ensoleillé qu’ait été le ciel de midi, l’ombre triomphe au dénouement. Nous la voyons à son heure monter des choses et les envelopper, s’étendre sur la montagne, sur la plaine ou sur les eaux, pareille aux suaires que nous jetons sur nos morts. Ce drame quotidien que nous offre la nature reproduit celui de notre destinée : le soir arrive pour toutes les vies, quand elles ne sont pas tronquées par un de ces accidents où s’affirme la capricieuse brutalité du sort. Il en est qui s’éteignent comme de pâles crépuscules : à peine distingue-t-on l’instant où l’ombre absorbe les dernières lueurs qu’ont déjà noyées les brouillards du chagrin, du souci, de la misère. »

Extrait de : E. Rod. « L’Ombre s’étend sur la Montagne. »

Jean-Jacques le promeneur solitaire par Noëlle Roger

Fiche de Jean-Jacques le promeneur solitaire

Titre : Jean-Jacques le promeneur solitaire
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1933
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Jean-Jacques le promeneur solitaire

« … « Libre et maître de moi-même, je croyais pouvoir tout faire, atteindre à tout : je n’avais qu’à m’élancer pour m’élever et voler dans les airs. »

— Jean-Jacques !

— Voyons, Jean-Jacques !

— En voilà une affaire ! A-t-on jamais vu…

Ils étaient deux gamins genevois autour du petit Rousseau gisant sur le glacis, la figure enfouie dans l’herbe, sa gerbe de fleurs sauvages échappée de ses doigts, le corps secoué de sanglots.

Essoufflés par leur course vaine, eux riaient de la mésaventure : la retraite sonnée, le premier pont levé quelques minutes avant l’heure réglementaire, une journée de dimanche qui se prolonge, la nuit qu’on passerait dans le foin d’une grange accueillante, la rentrée le lendemain à l’aube – belles raisons de pleurer ! »

Extrait de : N. Roger. « Jean-Jacques le promeneur solitaire. »

Docteur Germaine par Noëlle Roger

Fiche de Docteur Germaine

Titre : Docteur Germaine
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1904
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Docteur Germaine

« — Bon courage ! dit le docteur Germaine à la femme qu’elle venait d’examiner. Il ne faut pas se laisser abattre. Allons, adieu ! Et revenez jeudi.

Une des infirmières ouvrit la porte et la malade sortit.

Le docteur Germaine, assise devant une petite table en sapin égayée par un bouquet de bruyères, inscrivit quelques mots dans un registre. Elle releva la tête et, rencontrant le regard interrogateur de la plus âgée des infirmières, haussa doucement les épaules. Miss Cox aperçut ses yeux pleins de larmes. Elle traitait le docteur Germaine avec infiniment de respect aux consultations et dans les salles d’hôpital. Mais lorsque d’aventure, pendant une heure de liberté, elles causaient au coin du feu, la vieille femme devenait maternelle envers la jeune fille. »

Extrait de : N. Roger. « Docteur Germaine. »

L’impossible oublie par Noëlle Roger

Fiche de L’impossible oublie

Titre : L’impossible oublie
Auteur : Noëlle Roger
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’impossible oublie

« Debout au milieu de la route poussiéreuse, Michelle demeurait immobile, perdue dans sa rêverie. Elle souleva sa petite fille qui riait en tendant vers elle son visage et lui baisa le front longuement. Puis la remettant à terre, elle dit :

— Ma petite Marie-Anne va s’en aller avec sa bonne attendre maman dans le bois de l’Étang. Prenez garde que l’enfant n’ait froid. Vous savez le chemin ?

— Oui, madame.

Marie-Anne, docilement, se mit à trottiner à côté de sa bonne.

— Donne la main ! réclama-t-elle en levant ses doigts potelés.

Michelle suivit l’enfant des yeux, puis se retournant, aperçut la voiture qui les avait amenées, déjà très lointaine sur la route déserte. Elle releva sa longue jupe de deuil et se rapprocha du cimetière.

Le long du trottoir, des marronniers fleuris s’espaçaient, trop jeunes encore pour donner de l’ombre. Dans le grand soleil orageux, les villas blanches, à droite et à gauche, apparaissaient plus neuves, plus semblables à des jouets bon marché. »

Extrait de : N. Roger. « L’impossible oubli. »

Jean-Claude Dunyach

Présentation de Jean-Claude Dunyach :

Né le 17 juillet 1957 à Toulouse, Jean-Claude Dunyach est un romancier, nouvelliste et anthologiste français. Figure incontournable des littératures de l’imaginaire en France depuis les années 1980, il a la particularité d’avoir mené de front une carrière d’écrivain primé et un parcours professionnel d’ingénieur au sein de l’industrie aéronautique.

L’ingénieur toulousain venu à la littérature

Diplômé en mathématiques et en informatique, Jean-Claude Dunyach entre comme ingénieur à l’Aérospatiale (aujourd’hui Airbus) à Toulouse, où il effectue l’essentiel de sa carrière. Ce bagage scientifique rigoureux irrigue son œuvre littéraire, lui permettant de s’inscrire naturellement dans la tradition de la hard science-fiction, tout en y mêlant une forte dimension poétique et humaniste.

Il commence à publier ses premiers textes de science-fiction au début des années 1980. Dès 1984, son talent est récompensé par le prestigieux Grand Prix de l’Imaginaire pour sa nouvelle Les Raccordeurs.

Les étoiles cosmiques et les grands succès romanesques

Si Jean-Claude Dunyach est un maître incontesté de la forme courte, il bâtit également de vastes univers romanesques. En 1991, il publie Étoiles mortes, un space opera foisonnant et inventif dans lequel l’humanité découvre d’immenses créatures cosmiques sillonnant l’univers, qu’elle tente d’explorer ou de coloniser.

En 1999, il prolonge cet univers fascinant en coécrivant Étoiles mourantes avec son ami et complice littéraire, l’écrivain Ayerdhal. Ce roman ambitieux, salué par la critique, remporte conjointement le prix Tour Eiffel de science-fiction (1999) et le prix Ozone. Parmi ses autres romans notables figure également Voleurs de silence (1992), lauréat du prix Rosny aîné.

Un nouvelliste prolifique à la renommée internationale

C’est sans doute dans l’exercice de la nouvelle que Jean-Claude Dunyach exprime le mieux l’étendue de son talent. Il en a publié plus d’une centaine, rassemblées dans plusieurs recueils majeurs tels que Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (1992), Dix jours sans voir la mer (2000), ou encore Le Clin d’œil du héron (2016).

Ses nouvelles, qui explorent des thématiques allant de la biotechnologie aux paradoxes temporels, souvent teintées d’humour et d’ironie, ont dépassé les frontières francophones. Il est en effet l’un des rares auteurs de SF français à être régulièrement traduit et publié en anglais (notamment aux États-Unis avec le recueil The Night Orchid), mais aussi en italien, russe, espagnol ou bulgare.

Un acteur engagé du milieu littéraire et musical

Outre l’écriture, Jean-Claude Dunyach s’investit activement pour la promotion des littératures de l’imaginaire. Il a dirigé de nombreuses anthologies, notamment la célèbre anthologie périodique Escales, et exerce ponctuellement des activités de directeur de collection pour des maisons d’édition telles que Bragelonne ou L’Atalante.

Esprit curieux et créatif, ses talents ne se limitent pas à la littérature de science-fiction : passionné de musique, il est également auteur de chansons et a écrit de nombreux textes de variété française, illustrant la polyvalence et la richesse d’une plume qui compte parmi les plus respectées de l’imaginaire francophone.

Livres de Jean-Claude Dunyach :

Etoiles mortes :

  • Nivôse
  • Aigue-marine
  • Voleurs de silence

Le jeu des sabliers :

  • Le temple de chair
  • Le temple d’os

Nouvelles :

  • La station de l’Agnelle
  • Dix jours sans voir la mer
  • Déchiffrer la trame
  • Les nageurs de sable
  • Le temps, en s’évaporant
  • Séparations
  • Les harmoniques célestes
  • Le clin d’oeil du héron

Troll :

  • L’instinct du troll
  • L’enfer du troll
  • L’empire du troll

Intégrales :

  • Etoiles mortes

Autoportrait
Escales 2000
Etoiles mourantes
La guerre des cercles
Roll over, Amundsen !
Trois hourras pour lady Evangeline
Trolls & Licornes

Pour en savoir plus sur Jean-Claude Dunyach :

La page Wikipédia sur J.-C. Dunyach
La page Noosfere sur J.-C. Dunyach
La page isfdb de J.-C. Dunyach

Projet Nouvelle-Vénus par Claude-Jacques Legrand

Fiche de Projet Nouvelle-Vénus

Titre : Projet Nouvelle-Vénus
Auteur : Claude-Jacques Legrand
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Projet Nouvelle-Vénus

« — Ainsi, lieutenant, vous êtes décidé à solliciter votre mutation au Corps ? demanda le Commodore en reposant son verre vide.
Son aide de camp fit signe à l’un des serveurs sanglés dans la livrée pourpre de l’Ambassadeur Shang-Ho. L’homme s’approcha et remplit silencieusement les coupes.
Le major Krauser vit le regard du Commodore qui détaillait silencieusement le serf. Les deux hommes étaient irrités par l’affectation avec laquelle les Vénusiens faisaient grouiller leurs ambassades de serfs d’origine terrienne. Sommeliers, laquais, chambrières, valets de pied, pas un dont le teint ou les yeux ne trahissent une provenance unique : la planète-mère.
Par contre, à l’exception du Commodore et de quelques autres invités terriens, tous les sujets libres qui circulaient dans le hall d’apparat avaient le teint olivâtre et les yeux légèrement globuleux caractéristiques des races adaptées.
— Oui, monsieur, répondait Forrester. Si le Corps veut bien de moi, je quitterai sans regrets la Marine et mon grade. »

Extrait de : C.J Legrand. « Projet Nouvelle-Vénus. »

Yves Frémion

Présentation de Yves Frémion :

Né le 14 juin 1947 à Lyon, Yves Frémion (de son nom complet Yves Frémion-Danet) est un écrivain, critique, anthologiste et homme politique français. Personnalité aux multiples casquettes, il s’est illustré tout au long de sa carrière dans des domaines aussi variés que la science-fiction, l’histoire de la bande dessinée, la presse satirique et l’engagement écologiste.

L’homme de lettres et la science-fiction

Passionné par les littératures de l’imaginaire, Yves Frémion joue un rôle prépondérant dans l’édition de la science-fiction en France dans les années 1970 et 1980. Il crée et dirige la revue Univers aux éditions J’ai Lu, où il publie de nombreux auteurs francophones et internationaux.

En tant qu’écrivain, il est l’auteur d’une œuvre abondante comprenant des romans, des nouvelles et des essais, utilisant parfois divers pseudonymes. Il est d’ailleurs récompensé par le prestigieux prix Rosny aîné en 1990 pour sa nouvelle Rêves de sable, châteaux de sang.

Une figure incontournable de la bande dessinée et de l’humour

Yves Frémion est également reconnu comme l’un des grands spécialistes de la bande dessinée et du dessin d’humour en France. Pendant des décennies, il collabore à des magazines emblématiques tels que Charlie Mensuel, L’Écho des savanes et surtout Fluide glacial, où il tient des chroniques et met en lumière le patrimoine du neuvième art.

Soucieux de préserver la mémoire de l’image imprimée, il fonde et anime la revue trimestrielle Papiers Nickelés, consacrée à l’histoire de la bande dessinée et de l’imagerie populaire. Son goût pour l’absurde, la satire et l’érudition décalée le conduit tout naturellement à devenir Régent du très sérieux — et pataphysique — Collège de ‘Pataphysique.

L’engagement politique et écologiste

En parallèle de ses activités littéraires et journalistiques, Yves Frémion mène une longue carrière politique marquée par son engagement en faveur de l’écologie politique. Membre historique du parti Les Verts (devenu par la suite Europe Écologie Les Verts), il exerce plusieurs mandats électoraux.

Il siège ainsi au Parlement européen en tant que député de 1991 à 1994. Par la suite, il est élu conseiller régional d’Île-de-France, mandat qu’il occupe durant deux législatures (de 1998 à 2010). Au sein de l’hémicycle régional, il s’investit particulièrement dans les questions culturelles, la défense de la liberté d’expression et la protection de l’environnement.

Aujourd’hui, Yves Frémion demeure un esprit libre de la scène intellectuelle française, continuant d’œuvrer pour la reconnaissance des arts populaires et la préservation de la mémoire culturelle alternative.

Livres de Yves Frémion :

Le tueur
Octobre, octobre
Rêves de sable, châteaux de sang
Ronge
Territoires du tendre
Tongre

Pour en savoir plus sur Yves Frémion :

La page Wikipédia sur Y. Frémion
La page Noosfere sur Y. Frémion
La page isfdb de Y. Frémion