Auteur/autrice : CH91
Les compagnons de la lune blême par Roger Facon
Fiche de Les compagnons de la lune blême
Titre : Les compagnons de la lune blême
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les compagnons de la lune blême
« Brian Wilson fit un bond de côté. Le side-ski qui dévalait Jamaica Street l’effleura en faisant gicler la neige. Dans son habitacle plexiblindé le Nanti ricanait, heureux du bon tour qu’il venait de jouer à une canaille de passant, à un pouilleux de marcheur.
— La peste soit avec toi ! jura Brian. Que des bubons te poussent sous les aisselles avant ce soir ! Et puisses-tu chier aussi tes entrailles !
Les Nantis étaient d’une arrogance sans pareille. Ils quittaient de plus en plus souvent leurs résidences fortifiées. Ils multipliaient les incursions dans les quartiers populaires. A Douvres, certains d’entre eux allaient même jusqu’à dîner aux chandelles sur le port ! Brian les avait de ses yeux vus. Ils faisaient installer leurs bulles antivirales en bordure de quai et 7 bâfraient en regardant les navires. Ils mangeaient, rotaient, se curaient les dents sous la protection de cordons d’hommes d’armes. Ils se soulageaient dans des urinais en or massif ou faisaient usage de chaises percées en bois précieux délicatement sculpté, serti d’impressionnants cabochons. Avant de quitter le quai, ils faisaient jeter les reliefs de leur repas et battaient des mains en regardant des dizaines de pauvres hères plonger dans l’eau glacée, faire quelques brasses vers un pilon ou une carcasse de volaille avant de couler à pic. »
Extrait de : R. Facon. « Les compagnons de la lune blême. »
Le lion des Flandres par Roger Facon

Fiche de Le lion des Flandres
Titre : Le lion des Flandres
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 2013
Editeur : L’Archipel
Première page de Le lion des Flandres
« L’inspecteur de police Roland Frémont n’était pas très à l’aise. Il portait en pleine semaine son costume du dimanche et ses souliers vernis. Le col de sa chemise blanche était trop serré et trop amidonné. Mais c’était surtout voyager en première classe qui lui restait en travers de la gorge.
— Douai ! Ici Douai ! criait une voix nasillarde. Les passagers du train Lille-Paris sont priés de rejoindre leur compartiment. Départ dans moins de trois minutes, s’il vous plaît. Les travaux de réparation de la voie 2 sont terminés. Nous prions nos aimables voyageurs de bien vouloir nous excuser pour ce contretemps… Douai ! Ici Douai !
Une demi-heure de retard. Des visages fatigués, des bâillements étouffés, des effluves de lavande et de patchouli. Trois hommes, deux femmes dans le compartiment de première classe avec Frémont. Heureusement, la secrétaire du commissaire central de Lille lui avait réservé une place côté fenêtre. Il pouvait somnoler sans gêner personne ou regarder défiler le paysage, quand les aiguilleurs ne les dirigeaient pas sur une mauvaise voie. »
Extrait de : R. Facon. « Le lion des flandres. »
La planète des femmes par Roger Facon

Fiche de La planète des femmes
Titre : La planète des femmes
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de La planète des femmes
« Nholess. vie année du règne d’Arusa l’Effraie.
L’aube se levait sur Nholess. De gros nuages noirs moutonnaient dans le ciel bas et fripé.
Damone posa sa plume d’oie, elle quitta l’écritoire devant lequel elle était rivée depuis près d’une heure pour aller mettre de nouvelles bûches dans l’âtre. La Conciliatrice supportait de moins en moins le froid. Elle faisait une chasse implacable aux courants d’air dans la vaste demeure qu’elle occupait avec sa domesticité depuis un peu plus de six ans, elle s’obstinait à faire doubler le papier huilé des fenêtres, à tapisser de peaux soigneusement tannées les murs en rondins. Sans grands résultats. Hélas !
Le froid et l’humidité continuaient de sévir.
Comme si la demeure réservée aux Conciliatrices avait été consacrée lors de sa fondation aux gnomes hivernaux.
S’éloignant à regret de l’âtre où ronflaient maintenant de hautes flammes pourpres nimbées d’or, Damone revint vers l’écritoire. »
Extrait de : R. Facon. « La planète des femmes. »
La Flandre insolite par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de La Flandre insolite
Titre : La Flandre insolite
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1981
Editeur : Robert Laffont
Première page de La Flandre insolite
« On ne connaît pas grand-chose des Nerviens.
Dans son De Moribus Germanorum, Tacite nous dit qu’ils étaient fiers d’être originaires de la Germanie. Ils connaissaient l’agriculture. Leurs champs produisaient du froment, de l’orge, du seigle, de l’avoine, du lin, des pois, des fèves. Ils avaient leurs potagers. Les Nerviens — d’après Strabon, Diodore de Sicile et Ammien Marcellin — étaient de grands gaillards au regard farouche et à la voix forte. Ils avaient les cheveux blonds, les yeux bleus. Ils étaient fiers et aimaient vivre en retrait, dissimulant grains et provisions dans de vastes souterrains…
Leurs femmes étaient quelque peu « magiciennes » ; elles passaient pour ne rien ignorer du passé, du présent et de l’avenir. Elles commandaient à la Nature.
Si l’on en croit Diodore de Sicile, les annales nerviennes étaient orales. Les Sages — ou Druides — pratiquaient la magie, la divination, l’art d’interpréter les augures. Ils guérissaient par enchantement.
Selon César, les Nerviens tenaient en dépendance les
Centrons, les Grudiens, les Levaciens, les Pleumosiens, les Gorduniens… »
Extrait de : R. Facon + J.M Parent. « La Flandre insolite. »
Divine entreprise par Roger Facon

Fiche de Divine entreprise
Titre : Divine entreprise
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Divine entreprise
« Marc Maloune pianota sa demande sur le clavier polychrome du distributeur. L’omnipotent appareil rendit aussitôt son verdict : OK potr le jambon-beurre, niet pour la vodkacamomille.
« Code 606.3MM. Urgence 3. Boisson de remplacement proposée : russie-dry. »
Maloune décrivit de l’index droit quelques courbes hésitantes au-dessus de la touche rouge avant d’enfoncer rageusement la touche blanche. Comme d’habitude l’écran afficha : « 606.3MM. Urgence 3. Nous comprenons votre rancoeur mais votre ulcère est toujours en phase IL Désolé. »
Au signal sonore succéda un froissement soyeux et Maloune réceptionna — crachés par la gueule cuivrée du distributeur — sandwich et grenade givrée. Il mordit aussitôt dans la double tranche de pain synthétique et dégoupilla la grenade. Une légère traction du pouce ou de l’auriculaire suffisait pour arracher l’anneau plastifié et venir à bout de la pastille d’ouverture du récipient. Maloune but gloutonnement. Le liquide pétillant et glacé lui fit du bien. »
Extrait de : R. Facon. « Divine entreprise. »
Le livre d’or par Thomas M. Disch

Fiche de Le livre d’or
Titre : Le livre d’or de la Science-Fiction
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1981
Traduction :
Editeur : Presses Pocket
Sommaire de Le livre d’or
- Un emploi du temps très chargé
- Les touristes
- 3 short-shorts
- Le retour de la méduse
- Démiurges
- Utopie ? Impossible !
- Assassin et fils
- 102 bombes H
- Un amour envahissant
- Thomas l’incrédule
- Casablanca
- Le crime d’Edwin Lollard
- La rive asiatique
- Le mécanisme du jugement dernier
- Le vaillant petit grille-pain
Première page d’Un emploi du temps très chargé
« 8 h 30 Un mauvais début. Je m’étais éveillé une demi-heure plus tard que de coutume. Le bouton d’alarme du réveil avait été placé sur « arrêt » et Karen s’était déjà levée. Elle tournait en rond dans la cuisine et j’allais lui crier ce que je pensais de ses manigances pour me faire arriver en retard au bureau, lorsque je me souvins que c’était ma « semaine de bonté envers ma femme ».
Je décidai de garder mes réflexions pour moi.
— Bonjour, chérie, lui dis-je. Comment se présente cette journée ?
Elle regarda dans la chambre, en souriant.
— Une matinée magnifique. Trop chaude pour un mois d’octobre, mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrai.
De toute façon, j’étais à présent levé et j’avais encore une heure et demie devant moi pour me rendre au poste. Rien n’était vraiment grave, ma nervosité exceptée. Pour moi, le matin n’est certainement pas le meilleur moment de la journée. »
Extrait de : T.M Disch. « Le livre d’or de la science-fiction – Thomas Disch. »
Le caducée maléfique par Thomas M. Disch
Fiche de Le caducée maléfique
Titre : Le caducée maléfique
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1991
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket
Première page de Le caducée maléfique
« Le vendredi qui précédait les vacances de Noël, Sœur Mary Symphorosa informa la classe de maternelle de l’école Notre-Dame de la Pitié que le père Noël n’existait pas, que les cadeaux que l’on trouvait au pied du sapin le matin de Noël provenaient des parents et que c’était une absurdité païenne et impie, un péché contre les Dix Commandements, de penser autrement. Elle faisait la même déclaration tous les ans et l’on pouvait toujours s’attendre à voir au moins un enfant piquer une crise ou se rebeller. Cette année, ce fut Billy Michaels, un enfant si tranquille généralement, qui se jeta par terre et resta couché sur le dos en hurlant et ruant dans tous les sens, bref, en se faisant remarquer.
Sœur Symphorosa le regarda en tripotant le gros crucifix de bois qui fixait les perles de son rosaire à ses grandes jupes. Elle n’éprouvait pas d’inquiétude particulière et tirait même une satisfaction toute professionnelle du comportement hystérique de l’enfant, comme un exorciste qui vient de chasser un démon. »
Extrait de : T.M Disch. « Le caducée maléfique. »
Le businessman par Thomas M. Disch

Fiche de Le businessman
Titre : Le businessman
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1983
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Denoël
Première page de Le businessman
« En s’éveillant elle ne sut pas immédiatement où elle se trouvait. Puis la notion s’imposa : elle était morte et enterrée dans une tombe. Comment elle le savait, par l’intermédiaire de quel sens, elle n’aurait su le dire. Ce n’était pas grâce à la vue en tout cas, ni à son équivalent spirituel, car il n’y a rien à voir là où nulle lumière ne pénètre. Ce n’était pas non plus au niveau d’une sensation quelconque dans les membres ou les reins, dans le cœur ou la bouche. Son corps était ici avec elle, dans le cercueil, en un sens elle était toujours reliée à ses protéines en voie de désintégration, mais ce n’était pas à travers lui qu’elle ressentait la chose. Il y avait seulement, en suspension, cette sphère de la conscience de soi, derrière laquelle elle discernait vaguement certains aspects essentiels de la terre qui l’emmurait : masse dense, humide, complexe, percée de constellations affamées qui progressaient lentement en avant, de nodules d’intensité se détachant sur l’éclat laiteux de la calme transformation bactérienne. »
Extrait de : T.M Disch. « Le Businessman. »
Roger Facon

Présentation de Roger Facon :
Roger Facon, né le 20 janvier 1950 à Monchecourt (Nord), est un écrivain, essayiste et nouvelliste français. Son œuvre, singulière et prolifique, se situe à la croisée des chemins entre le roman noir le plus âpre, la littérature fantastique et l’étude de l’ésotérisme.
Un auteur issu du « terrain »
La trajectoire littéraire de Roger Facon est indissociable de sa carrière professionnelle. Inspecteur de police (puis commandant) au sein de la Sûreté urbaine, il a puisé dans son expérience quotidienne une matière brute pour ses récits policiers. Cette authenticité lui a permis de s’imposer dans les années 1980 comme l’une des voix marquantes de la collection « Engrenage » aux éditions du Fleuve Noir.
Son roman le plus célèbre de cette période, On achève bien les flics (1984), témoigne de cette vision désenchantée et sans concession du milieu policier, teintée d’un humour noir caractéristique.
La passion de l’insolite et de l’alchimie
Parallèlement à ses « polars », Roger Facon développe une fascination profonde pour l’imaginaire, le fantastique et les sociétés secrètes. Érudit et curieux, il explore les zones d’ombre de l’histoire et de la culture. Il devient un spécialiste reconnu de thématiques liées à l’alchimie, à Fulcanelli ou encore aux mystères de Rennes-le-Château.
Cette quête de sens se reflète dans ses nombreux essais et romans fantastiques, où il mêle souvent des recherches documentaires rigoureuses à une narration fictionnelle. On lui doit notamment des travaux sur Jules Verne envisagé sous l’angle de l’ésotérisme, comme dans Jules Verne et le mystère de la chambre noire.
Un ancrage régional fort
Fier de ses racines septentrionales, Roger Facon a consacré une part importante de son travail à la région Nord-Pas-de-Calais. Il a exploré les légendes locales, les faits divers historiques et les secrets cachés des villes de sa région à travers des ouvrages tels que :
- Histoires secrètes du Nord-Pas-de-Calais ;
- Le Douai des magiciens.
Il a également collaboré à de nombreuses revues spécialisées (comme Horizons du Fantastique) et a dirigé plusieurs anthologies, contribuant activement à la vie littéraire de sa région et à la promotion des genres de l’imaginaire.
Une œuvre polymorphe
Roger Facon est l’auteur de plus de soixante-dix ouvrages. Sa bibliographie est un dédale où se croisent :
- Le roman noir : avec des titres comme Le Condé déconne ou La Mort d’un flic.
- L’essai ésotérique : explorant les Rose-Croix ou les secrets de l’alchimie.
- La science-fiction et le fantastique : souvent publiés chez des éditeurs spécialisés comme Rivière Blanche.
Reconnaissance
Membre de la Société des gens de lettres et actif au sein de divers cercles littéraires et historiques, Roger Facon est aujourd’hui considéré comme un auteur « culte » pour une partie du lectorat, apprécié pour son style direct, sa vaste culture de l’occulte et son refus des étiquettes monolithiques. Il continue de naviguer entre l’ombre des commissariats et la lumière obscure des grimoires, restant l’un des observateurs les plus atypiques de la littérature française contemporaine.
Livres de Roger Facon :
Divine entreprise
La Flandre insolite
La planète des femmes
Le lion des Flandres
Les compagnons de la lune blême
Les serviteurs de la force
Par le sabre des Zinjas
Vercingétorix et les mystères gaulois
Pour en savoir plus sur Roger Facon :
La page Wikipédia sur R. Facon
La page Noosfere sur R. Facon
La page isfdb de R. Facon
La main de Zeï (Opta) par Lyon Sprague de Camp

Fiche de La main de Zeï
Titre : La main de Zeï (Tome 2 sur 2 – Zeï)
Auteur : Lyon Sprague de Camp
Date de parution : 1970
Traduction :
Editeur : Opta
Première page de La main de Zeï
« PAR un beau matin clair, le soleil se leva en éclaboussant de rose la Mer Banjao. Les trois lunes de Krishna, à moitié cachées sous l’horizon d’ouest, se trouvaient toutes les trois ensemble en opposition avec le soleil, ce qui n’arrive que très rarement sur la planète.
Les feux rougeoyants du soleil levant, que les Krishniens appellent Roqir et les Terriens Tau Ceti, se reflétaient sur une vaste étendue marécageuse. Un observateur situé dans le ciel aurait pu remarquer un point en mouvement sur la frange nord de cet immense marais. Un petit bateau naviguant vers l’est suivait la côte déchiquetée qui séparait la mer proprement dite d’un continent presque solide d’algues et de goémons appelés ici terpahla. À la frontière, cette végétation tentaculaire s’agglutinait en paquets qui constituaient parfois de véritables îles flottantes. »
Extrait de : L. Sprague de Camp. « La main de Zeï. »