Auteur/autrice : CH91

 

La splendeur des monstres par Esther Rochon

Fiche de La splendeur des monstres

Titre : La splendeur des monstres
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2015
Editeur : Editions Alire

Sommaire de La splendeur des monstres :

  • L’étoile de mer
  • L’initiateur et les étrangers
  • Nourrir les fantômes affamés
  • L’attrait du bleu
  • La dame rouge
  • La nappe de velous rose
  • L’oiseau de fer de la rue Norman
  • Coquillage

Première page de L’étoile de mer

« Parfois, quand Annie rêve, elle voit l’océan dont les profondeurs sont éclairées par le soleil. Des groupes d’étoiles de mer aussi grandes que des hommes s’éloignent de la côte avec des mouvements rapides, un de leurs bras écarlates fendant l’eau. « Où vont-elles ainsi ? se demande Annie. Vers quelle rive étrange et monstrueuse qu’elles seules connaissent ? »

Puis elle s’éveille. Il fait clair, il est grand temps de se rendre au travail. Dans l’autobus bondé, elle évoque le souvenir de ces vacances qu’elle passa, il y a déjà si longtemps, au bord de la mer. Encore endormie, se balançant au rythme de l’autobus en marche, elle ose se rappeler cette plage entourée de rochers rouges, où un jour se traîna une sorte d’étoile de mer aussi grande qu’un homme. « Pense-t-il encore à moi ? s’interroge Annie. Peut-être est-il mort ; s’il vit encore, peut-être ne pense-t-il plus. Peut-être est-il au-delà de la pensée, ainsi que ses semblables, s’ils existent. Ils reviendront un jour pour se venger du tort qu’on leur a fait… Pourra-t-il me reconnaître ? »

Extrait de : E. Rochon. « La splendeur des monstres. »

La rivière des morts par Esther Rochon

Fiche de La rivière des morts

Titre : La rivière des morts
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Alire

Première page de La rivière des morts

« Valtar était debout dans la pirogue. Le grand bâton qu’il tenait du côté droit s’appuyait fermement sur le fond, au-delà de la vase, et lui permettait d’avancer en poussant des deux mains vers l’arrière.

Valtar avait les cheveux longs, raides, et la peau brune. Dans le brouillard de l’entre-saisons, dans l’espace indéterminé du marécage primordial, il avançait lentement. Des souches et des branches mortes surgissaient de l’eau grise – à moins qu’il ne s’agisse de membres épars, jetés là, fraîchement morts. L’eau aurait pu apparaître teintée de sang, sinon changée en sang plein de caillots, si la lumière avait été plus forte.

Dans l’entre-temps, Valtar – appelé ici par le nom qu’il allait porter des dizaines de siècles plus tard, ou encore lors de temps parallèles, surgissant de nulle part, s’engloutissant plus loin – avançait en un mouvement transcendant le sens et l’intention. Dans cette dimension floue du marécage, cet univers peuplé de colères vaincues et de dieux morts, en ce monde où l’indéterminé désarmait l’espoir, Valtar, silhouette grise par empathie, mais nette par la force qui l’habitait, glissait sur l’eau dans sa pirogue dure et huileuse, témoin de la déroute ambiante. »

Extrait de : E. Rochon. « La rivière des morts. »

L’herbe naïve par Esther Rochon

Fiche de L’herbe naïve

Titre : L’herbe naïve
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire

Première page de L’herbe naïve

« Il est de ces maisons qui s’élèvent comme des constructions inouïes, impensables, des modèles uniques que personne ne pourrait reproduire. Telle était celle où Thalie occupait un logement. C’était près du palais des congrès à Montréal, le long d’une ancienne rue aux trottoirs trop neufs dont les rares édifices, poussiéreux, s’élevaient parmi des terrains de stationnement dont le sol couvert de gravier ou d’asphalte était parsemé de mauvaises herbes. Juste à côté se trouvaient des avenues et des autoroutes achalandées jour et nuit. Chacune de ces demeures avait connu des jours plus calmes, et en conservait des traces.

Dès qu’on passait l’entrée, on pénétrait dans un monde unique et paisible. La cage de l’escalier était déjà une cathédrale de pénombre et d’intimité. Une fois dans le logement, les multiples crochets à vêtements témoignaient des familles nombreuses qui avaient dû y suspendre leurs manteaux. Dans le corridor, on avait fait sécher le linge sur une étroite et longue planche horizontale lustrée par les ans, qui pouvait descendre et remonter grâce à un système de cordes et poulies. »

Extrait de : E. Rochon. « L’herbe naïve. »

La dragonne de l’aurore par Esther Rochon

Fiche de La dragonne de l’aurore

Titre : La dragonne de l’aurore (Tome 4 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire

Première page de La dragonne de l’aurore

« Taïm Sutherland marchait dans la forêt. C’était une forêt d’automne, dont les arbres portaient encore des feuilles dorées, clairsemées. L’or des feuilles couvrait le sol d’un tapis craquant sous le ciel nuageux.

Derrière lui, vers le sud, il avait laissé le bord de la mer, un manteau noir, un manteau vert, une statue de pierre vert-turquoise et tous les gens qu’il connaissait sur cette île de Vrénalik. Il allait les mains vides, sans provisions, sans protection, errant. Depuis toujours, c’est ce qu’il avait rêvé de faire.

Il se savait fait pour cette existence. Des lambeaux d’histoires et de souvenirs flottaient autour de lui, contenant peut-être des évocations futures. Il était happé par un tourbillon vert-turquoise, qui était fait d’amour et de frayeur. Il était rouge et vert, intemporel, capable de franchir les gouffres du temps ; pourtant il était aussi fragile.

Il se sentait trop léger, un peu fiévreux, un peu frémissant. Il ne savait pas s’il allait exister, pour lui, la possibilité d’un retour en arrière. Il ignorait comment survivre en ce lieu-ci. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – Dragonne de l’aurore. »

L’archipel noir par Esther Rochon

Fiche de L’archipel noir

Titre : L’archipel noir (Tome 3 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire

Première page de L’archipel noir

« Sutherland poussa la porte de la gare d’Ister-Inga. Les gratte-ciel disparurent dans le reflet de la vitre. À l’intérieur, il faisait chaud. Les pas de Sutherland résonnèrent sur les tuiles de la salle immense, sombre, et presque vide. Il passa sous des lanternes de fer noir, suspendues au plafond par des chaînes, et atteignit une zone plus claire, située sous la verrière centrale. En face de lui, une horloge à cadran d’émail indiquait trois heures. À sa droite, une carte aux teintes délavées occupait un mur. À gauche, de grandes portes menaient aux quais. Sutherland se dirigea vers la carte, qu’il examina en se demandant où il irait.

C’était la fin d’octobre. Dehors, des papiers tournoyaient sur l’asphalte, dans la poussière. L’herbe rare, asphyxiée, avait jauni. Le vent s’engouffrait entre les immeubles d’acier et de verre, soulevant la fumée des voitures. Ce paysage, Sutherland le connaissait bien. Il voulait le quitter. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – L’Archipel noir. »

Le rêveur dans la citadelle par Esther Rochon

Fiche de Le rêveur dans la citadelle

Titre : Le rêveur dans la citadelle (Tome 1 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Le rêveur dans la citadelle

« Il entra. Dehors c’était brumeux, ici c’était enfumé. Dehors la lumière était bleue, ici elle était jaune. Il y avait des tables brunes, presque toutes occupées. On parlait fort. À droite, c’était le bar ; au fond, la cuisine. À gauche, près de la fenêtre, on avait placé une petite table pour deux. Une jeune femme s’y trouvait assise. En face d’elle, le banc était libre.

— Eh bien, ce sera elle, se dit-il.

Il s’approcha, demandant du regard si la place était réservée. Elle fit signe que non. Il s’assit.

Il sortit des poches profondes de son manteau tout l’argent qui lui restait, le mit sur la table.

— Je voudrais manger et passer la nuit ici.

Elle compta les pièces, lui en rendit quelques-unes.

— Tu peux te payer un repas, mais pas de lit.

Cette réponse le prenait par surprise. La vie était vraiment plus chère ici qu’à l’île de Vrend. Peu importe.

Il repoussa vers elle les pièces qu’elle lui avait rendues.

— J’aimerais que tu restes ici pendant mon repas et un peu après. Je voudrais te parler. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – Le Reveur dans la Citadelle. »

L’aigle des profondeurs par Esther Rochon

Fiche de L’aigle des profondeurs

Titre : L’aigle des profondeurs (Tome 2 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Alire

Première page de L’aigle des profondeurs

« La Citadelle de Frulken a sept étages de haut, sept étages de pierre, sept étages de roche, et quatre étages de caves sont creusés dans la falaise, quatre étages perdus, quatre étages déserts, quatre siècles de malheur tombés sur le pays. J’étais jeune, et l’hiver grand et blanc tombait sur Frulken, noire Frulken-la-haute où les vents se déchaînent. J’avais douze ans ; c’était mon premier hiver à Frulken.

C’est alors que je t’ai rencontré, Jouskilliant Green. Tu t’es imposé à moi sans en être responsable, sans t’en rendre compte tu m’as envahi le cœur ; sans l’avoir voulu je t’ai aimé ; et si ma passion avait des résonances d’exercice de style, ta figure n’en domine pas moins le début de mon adolescence : mon premier amour, qu’on le veuille ou non.

Comme la moindre de tes gaucheries me faisait honte ; supportant à peine qu’on associe mon nom au tien, je rêvais pourtant à toi tous les jours, soutenue par l’espoir insensé qu’au-delà de ta sécheresse se trouve un autre monde auquel j’aurais un jour accès. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – L’Aigle des profondeurs. »

Sorbier par Esther Rochon

Fiche de Sorbier

Titre : Sorbier (Tome 6 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Alire

Première page de Sorbier

« Rel, sur l’île de Strind dans l’Archipel de Vrénalik, ainsi que Sutherland et Lame, aux nouveaux enfers mous, s’étaient attelés à des tâches monumentales. Au bout de vingt années infernales, soit près d’un siècle et demi à l’échelle du monde de Vrénalik, l’équipe des enfers mous avait enregistré des succès notables, tandis que celle de Vrénalik n’en était pas encore là.

Le problème auquel s’attaquait Rel était d’une effarante complexité, et la date de remise des plans de la fin du monde dut être repoussée plusieurs fois, pour être finalement renvoyée aux calendes grecques. Chaque fois que Rel informait Lame d’avertir les juges que de nouveaux éléments au dossier commandaient un report de l’échéance, Lame déposait un message en ce sens à l’entrée d’une des cavernes que hantaient les juges qui, en général, ne se manifestaient pas. Au moins, ils ne faisaient pas de pression sur Rel. Selon leur perception du temps, ces retards n’étaient sans doute que des bagatelles ; les ennuis dont on les avisait étaient indignes d’un accusé de réception. »

Extrait de : E. Rochon. « Chroniques infernales – Sorbier. »

Or par Esther Rochon

Fiche de Or

Titre : Or (Tome 5 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire

Première page de Or

« Avant de quitter les enfers pour un séjour dans le monde de Vrénalik, Rel avait parlé de sa jeunesse aux représentants des enfers. La réunion s’était échelonnée sur une semaine, dans les locaux administratifs de l’un des huit nouveaux enfers, les enfers chauds. Vers la fin, un incident l’avait perturbée. Taïm Sutherland, le conseiller de Rel, avait provoqué sans le vouloir la colère d’un des oiseaux télépathes qui torturent les damnés des enfers tranchants et se repaissent autant de la terreur qu’ils provoquent que de la chair de leurs victimes. Cet oiseau, l’émérite télépathe Tryil, d’une envergure immense, avait cédé à la rage, attaquant le conseiller flegmatique aux cheveux roux, lui fendant la cuisse de son bec tranchant comme un scalpel. Ce geste haineux lui avait valu aussitôt une honteuse destitution par ses collègues, friands de ce genre d’exercice.

La réunion aux enfers chauds une fois terminée, Sutherland et Lame étaient rentrés aux anciens enfers, là où anciennement s’étaient étendus des lieux de châtiments. Ils habitaient dans cette zone désaffectée, faiblement peuplée de bourreaux réformés et de leur descendance, qui cultivait les champs. »

Extrait de : E. Rochon. « Or – Les chroniques infernales. »

Secrets par Esther Rochon

Fiche de Secrets

Titre : Secrets (Tome 4 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Secrets

« Les mois avaient passé depuis la découverte de la porte sous Arxann, qui servait à communiquer avec le monde où s’étaient déroulés les plus beaux souvenirs de jeunesse de Rel, ainsi que toute la vie précédente de Fax, celle où il s’était appelé Taïm Sutherland.

Lentement, méthodiquement, les données sur la réalité actuelle de ce monde-là devenaient accessibles. Il faudrait y pénétrer avec une prudence extrême. Pour contempler de nouveau les lieux où jadis il avait séjourné, Rel risquerait sa vie et celle de ses compagnons. Donc, avant de se lancer dans l’aventure, à la demande générale il avait accepté de parler publiquement de ce qu’il avait toujours passé sous silence : son enfance et sa jeunesse. Ainsi, s’il devait périr, il laisserait ses souvenirs les plus secrets en héritage.

Les nouveaux enfers chauds servaient depuis longtemps de lieu de rassemblement. Une grande partie du territoire hébergeait diverses installations pour la réhabilitation des damnés ; dans cette région plus chaleureuse que les autres, on trouvait quelques bâtiments administratifs. »

Extrait de : E. Rochon. « Secrets – Les chroniques infernales. »