Auteur/autrice : CH91
Réjouissez-vous par Steven Erikson

Fiche de Réjouissez-vous
Titre : Réjouissez-vous
Auteur : Steven Erikson
Traduction : P. Couton
Date de parution : 2018
Editeur : L’Atalante
Première page de Réjouissez-vous
« L’espace était en effervescence. Au sein du semis d’astéroïdes en orbite entre Mars et Jupiter, de petits objets naquirent d’un coup, comme un nuage de moucherons jaillissant d’une mare invisible. Effectivement petits – ils ne dépassaient pas le volume d’un SUV ordinaire –, ces nuages de machines se mirent peu à peu à proliférer. Les essaims se comptèrent bientôt par centaines et les objets par dizaines de milliers.
Les nuages, qu’éclairait chichement le pâle reflet du soleil lointain, se dispersèrent depuis leur point d’origine. À des vitesses hallucinantes, ils s’égaillèrent parmi les astéroïdes. Certains filèrent hors de l’espace passablement encombré de la ceinture d’astéroïdes et de son champ de débris. D’autres foncèrent vers Mars.
Dans les heures et les jours qui suivirent, les nuages de machines parmi les astéroïdes se déposèrent sur de gros cailloux judicieusement choisis, certains riches en métaux, d’autres assez semblables à des comètes, alourdis d’eau gelée, de méthane, d’ammoniaque et d’une enveloppe charbonneuse de poussière spatiale. Sur chacun de ces astéroïdes, les objets s’agglutinèrent exclusivement d’un seul côté. Ils projetèrent des filaments, se relièrent les uns aux autres et s’installèrent. Une douzaine d’autres nuages convergèrent vers le plus gros astéroïde des environs immédiats. »
Extrait de : S. Erikson. « Réjouissez-vous. »
La poussière des rêves par Steven Erikson

Fiche de La poussière des rêves
Titre : La poussière des rêves (Tome 9 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction :
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Leha
Première page de La poussière des rêves
« Il y avait la lumière, et puis la chaleur.
Il s’agenouilla, prenant soigneusement chaque pli fragile dans ses mains, s’assurant que chacun était parfait, que le bébé n’était nullement exposé au soleil. Il tira sur la capuche jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un trou de la taille d’un poing pour le visage de la petite, dont les traits étaient des taches grises dans l’obscurité, puis il la souleva doucement et l’installa dans le creux de son bras gauche, sans aucune difficulté.
Ils avaient campé près du seul arbre à la ronde, mais pas sous celui-ci. C’était un gamleh et les gamlehs étaient en colère contre les gens. Dans le crépuscule, la nuit précédente, ses branches avaient été couvertes de masses palpitantes de feuilles grises, du moins jusqu’à ce qu’ils s’en soient approchés. Ce matin, les branches étaient nues.
Tourné vers l’ouest, Cahot tenait dans ses bras le bébé qu’il avait appelé Portée. Les herbes étaient incolores. Par endroits, elles avaient été balayées par le vent sec, vent qui avait ensuite soufflé la poussière autour de leurs racines pour exposer leurs bulbes pâles, de sorte que les plantes se flétrissaient et mouraient. »
Extrait de : S. Erikson. « La Poussière des Rêves – Le livre des martyrs. »
La rançon des molosses par Steven Erikson

Fiche de La rançon des molosses
Titre : La rançon des molosses (Tome 8 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction :
Date de parution : 2008
Editeur : Editions Leha
Première page de La rançon des molosses
« – Je ne connais aucun nom à cette ville, déclara l’homme déguenillé, tripotant les ourlets effilochés de ce qui avait autrefois dû être une opulente cape.
Dans sa ceinture tressée s’entortillaient les reliquats putrides d’une laisse de cuir.
— Il lui en faudrait un, à mon avis, poursuivit-il en élevant la voix de manière à pouvoir couvrir les grondements des chiens qui s’étaient engagés dans un combat féroce. Pour autant, j’accuse un certain manque d’imagination, et personne ne semble s’en soucier.
La femme qui se tenait à son côté, à qui il avait adressé cette remarque sur un ton des plus cordiaux, venait tout juste d’arriver. De sa vie d’avant, bien peu subsistait. Elle n’avait jamais possédé de chien, et pourtant elle s’était retrouvée là, à remonter la grand-rue de cette étrange ville décrépite, tenant dans son poing serré la laisse d’un cabot fort mal luné qui n’avait eu de cesse de vouloir s’en prendre à tous ceux dont ils avaient croisé le chemin. Le cuir gâté ayant fini par céder, la bête enfin libre s’était jetée sur le chien de l’homme en question et l’avait agressé en bonne et due forme. »
Extrait de : S. Erikson. « La Rançon des Molosses – Le livre des martyrs. »
Le souffle du moissonneur par Steven Erikson

Fiche de Le souffle du moissonneur
Titre : Le souffle du moissonneur (Tome 7 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction :
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Leha
Première page de Le souffle du moissonneur
« Dans un paysage de plaine déchiré par le chagrin, les carcasses de six dragons gisaient les unes à côté des autres, sur plus de mille pas, la chair fendue, les os brisés, les mâchoires béantes et les yeux secs. Là où leur sang s’était répandu sur le sol, les fantômes pris au piège s’étaient rassemblés comme des mouches se jetant sur de la sève. Ils se tordaient et émettaient de dérisoires cris de désespoir, tandis que le sang s’assombrissait et disparaissait dans le sol sans vie ; et quand la substance durcit enfin, se changeant en pierre vitreuse, ces fantômes se retrouvèrent condamnés à une éternité enfermés dans cette prison obscure.
La créature nue qui arpentait le chemin accidenté formé par les cadavres de dragons était à la mesure de leur masse, mais liée à la terre. Elle marchait sur deux jambes arquées, les cuisses épaisses comme des arbres millénaires. Elle était aussi large d’épaules qu’un Toblakaï Tartheno était grand ; un cou épais caché sous une crinière de cheveux noirs et brillants, avec un front, des pommettes et des mâchoires proéminents, et des yeux enfoncés révélant des pupilles noires entourées d’un blanc opalescent. »
Extrait de : S. Erikson. « Le Souffle du Moissonneur – Le livre des martyrs. »
Les osseleurs par Steven Erikson

Fiche de Les osseleurs
Titre : Les osseleurs (Tome 6 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction :
Date de parution : 2006
Editeur : Editions Leha
Première page de Les osseleurs
« Les toiles entre les tours étaient visibles telles des feuilles luisantes et le doux vent venu de la mer faisait frémir leurs immenses fils, de sorte qu’un brouillard de pluie tombait sur Kartool, comme tous les matins par temps clair.
En fin de compte, il était possible de s’habituer à la plupart de ces choses, et depuis que les araignées à bandes jaunes avaient été les premières à occuper les tours, autrefois célèbres, après la conquête de l’île par Malaz plusieurs décennies auparavant, le temps n’avait pas manqué pour se faire à pareils détails. Même la vue de goélands et de pigeons immobiles entre les dizaines de tours tous les matins, avant que les araignées de la taille d’un poing sortent de leurs tanières pour chasser, n’entraînait plus qu’un léger mouvement de recul chez les habitants de Kartool.
La sergente Hellian, garde du district du Septarche, faisait hélas exception à la règle, soupçonnant l’existence de dieux pliés en deux de rire devant son misérable destin, dont ils étaient sans aucun doute responsables. Née dans la ville, elle avait vécu la totalité de ses dix-neuf ans plongée dans une terreur sans faille des araignées. »
Extrait de : S. Erikson. « Les Osseleurs – Le livre des martyrs. »
Les marées de minuit par Steven Erikson

Fiche de Les marées de minuit
Titre : Les marées de minuit (Tome 5 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2004
Editeur : Editions Leha
Première page de Les marées de minuit
« Tombant des spires nuageuses gorgées de cendres, le sang pleuvait. Les dernières forteresses célestes, nimbées de flammes et exhalant une fumée noire, avaient abandonné le ciel et, ayant inexorablement chu, avaient creusé de profonds sillons dans le sol. Puis elles s’étaient disloquées en faisant vibrer la terre dans un bruit de tonnerre, dispersant au passage des fragments de roche rouge parmi les monceaux de cadavres qui recouvraient le champ de bataille d’un horizon à l’autre.
Les grandes cités-ruches s’étaient vues réduites en un tas de décombres et de cendres stratifiées, et les nuages géants qui s’en étaient échappés une fois celles-ci détruites – nuages constitués de débris, de sang et de lambeaux de chair – tourbillonnaient, tempêtes de chaleur en voie de dissipation, et, se répandant désormais dans le ciel, l’envahissaient complètement.
Au milieu des armées annihilées, les légions conquérantes se rassemblaient sur la plaine centrale, en grande partie tapissée de dalles exquisément ajustées – du moins aux endroits où les forteresses célestes n’avaient pas creusé de profonds impacts –, même si le regroupement des formations se voyait freiné par les innombrables carcasses des vaincus. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Marées de Minuit. »
La maison des chaînes par Steven Erikson

Fiche de La maison des chaînes
Titre : La maison des chaînes (Tome 4 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Leha
Première page de La maison des chaînes
« Grisâtres, boursouflés et creusés d’orifices, les corps gisaient à perte de vue, éparpillés sur le rivage limoneux. La marée montante les refoulait en masse comme du bois flotté ; émergeant des eaux, ils roulaient sur le sol boueux. Leur chair en décomposition était infestée de crabes noirs à dix pattes de la taille d’une pièce de monnaie qui s’apprêtaient à attaquer le généreux festin que l’éclatement de la garenne leur avait prodigué.
La mer reflétait la teinte du soleil couchant, terne, piquetée d’étain à sa surface comme en profondeur, une couleur que seuls venaient contester le gris plus sombre des sédiments et, à trente coups de rame de la rive, les tons ocre baveux d’une ville submergée affleurant à peine. Les tempêtes s’étaient calmées, et les eaux désormais placides recouvraient les vestiges de ce monde englouti.
Un domaine qui, jusqu’à tout récemment encore, avait été peuplé d’habitants petits et trapus, aux traits aplatis, aux longs cheveux pâles. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – La Maison des Chaînes. »
Les souvenirs de la glace par Steven Erikson

Fiche de Les souvenirs de la glace
Titre : Les souvenirs de la glace (Tome 3 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : N. Merrien
Date de parution : 2001
Editeur : Editions Leha
Première page de Les souvenirs de la glace
« Les hirondelles virevoltaient parmi les nuées de moustiques qui dansaient au-dessus des vasières. Le ciel surplombant les marais demeurait gris, mais il avait perdu sa teinte hivernale de mercure, et le vent chaud qui bruissait sur les terres ravagées portait en lui un parfum de renouveau.
Ce qui avait jadis été la mer intérieure d’eau douce que les Imass appelaient Jaghra Til, née de la fonte brutale des champs glacés jaghuts, poussait désormais ses ultimes râles d’agonie. Sa surface blafarde se reflétait au gré de flaques en voie d’évaporation et d’étendues aqueuses peu profondes, aussi loin vers le sud que le regard pouvait porter ; pour autant, les terres nouvellement apparues prédominaient dans le paysage.
Le fracas de sorcellerie à l’origine de l’âge glaciaire avait fait revenir dans la région les anciennes saisons naturelles, mais les souvenirs de la glace des hautes montagnes perduraient. La roche exposée au nord était érodée et criblée d’orifices, traversée de crevasses pleines d’éboulis. Les épais limons ayant autrefois constitué le fond de la mer intérieure enflaient toujours sous l’effet des gaz emprisonnés, tandis que la terre, affranchie de l’énorme poids des glaciers disparus durant les huit dernières années, poursuivait sa lente ascension. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Souvenirs de la Glace. »
Les portes de la Maison des morts par Steven Erikson
Fiche de Les portes de la Maison des morts
Titre : Les portes de la Maison des morts (Tome 2 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : M. Hubert
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Leha
Première page de Les portes de la Maison des morts
« D’un pas chancelant, l’informe agglomérat de mouches passa de l’Avenue des Âmes à l’Enceinte du Jugement. Les protubérances grouillantes qui parcouraient son corps en migrations insensées laissaient sporadiquement s’écouler des essaims noirs et luisants qui explosaient en vols frénétiques à l’instant même où ils heurtaient les pavés.
L’Heure de la Soif approchait de son terme. Le prêtre titubait dans son nuage d’insectes, aveugle, muet et silencieux. Afin d’honorer le Seigneur de la Mort, son dieu, le disciple de Cagoule s’était joint à ses pairs au point du jour pour oindre son corps nu du sang de meurtriers exécutés – sang stocké dans les amphores géantes qui s’alignaient le long des murs de la nef du temple. La procession formée par les frères avait ensuite défilé dans les rues d’Unta pour accueillir les servantes ailées du dieu, les exhortant à rejoindre la danse funeste qui marquait le dernier jour de la Saison de la Pourriture. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les portes de la maison des morts. »
Les jardins de la lune par Steven Erikson

Fiche de Les jardins de la lune
Titre : Les jardins de la lune (Tome 1 sur 10 – Le livre des martyrs)
Auteur : Steven Erikson
Traduction : M.C. Gamberini
Date de parution : 1999
Editeur : Buchet / Chastel
Première page de Les jardins de la lune
« Les taches de rouille dessinaient des mers de sang sur la surface noire et grêlée de la girouette de Mock. Vieille d’un siècle, celle-ci était accroupie sur la pointe d’une ancienne pique fixée en haut de l’extérieur du mur du Fort. Monstrueuse et contrefaite, elle avait été martelée à froid en forme de démon ailé, narquois et ricanant, et chaque rafale de vent la secouait de grinçantes protestations.
Or les vents étaient contraires, le jour où des colonnes de fumée s’élevèrent dans la ville de Malaz au-dessus du quartier de la Souris. Le silence de la girouette annonça la brusque tombée de la brise marine qui s’engouffrait par-dessus les murailles raboteuses du Fort de Mock, puis les grincements reprirent quand le souffle brûlant, chargé de fumées et pailleté d’étincelles du quartier de la Souris traversa la ville pour venir balayer les hauteurs du promontoire. »
Extrait de : S. Erikson. « Le livre des martyrs – Les Jardins de la lune. »