Auteur/autrice : CH91
Transitions par Ann Leckie

Fiche de Transitions
Titre : Transitions
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2023
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de Transitions
« À peine les derniers traînards du cortège funéraire étaient-ils sortis par la porte fantôme que les bots maçons déplièrent leurs longues pattes et les tendirent vers la pile des pierres qu’ils avaient retirées du mur la veille avec tant de précautions. Enae n’avait pas regardé en arrière pour voir le scellement de la porte, mais ille put l’entendre juste un instant avant que s’élève en une clameur la première lamentation de deuil de la tante Irad. Un ou deux cousins émirent un sanglot d’essai.
Enae n’avait pas pleuré à la mort de Grand-Maman. Ille n’avait pas pleuré quand Grand-Maman li avait dit qu’elle avait choisi le moment de partir. Ille ne pleurait pas à présent. Ce qui n’était pas nécessairement un problème, chacun connaissait les expressions qu’on affiche quand on suit la bière jusqu’au crématorium, tout le monde connaissait les sons qu’émet la proche parentèle, et Enae aurait pu sangloter ou se lamenter s’ille l’avait voulu. Et d’ailleurs, de toutes ces tantes et oncles, noncles et cousins, Enae était cille qui avait vécu des décennies avec Grand-Maman et pris soin d’elle dans sa vieillesse. Ille avait le droit absolu de marcher en tête de la procession, tout de suite derrière Grand-Maman, en poussant des lamentations qu’on entendrait dans toute la ville, en ces heures calmes du petit matin. Pourtant ille marchait en silence, les yeux secs, à l’arrière. »
Extrait de : A. Leckie. « Transitions. »
La tour du freux par Ann Leckie
Fiche de La tour du freux
Titre : La tour du freux
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2019
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de La tour du freux
« J’ai eu ma première vision de toi à ta sortie de la forêt, au moment où tu croisais le groupe des hauts piquets d’offrandes, avec leurs yeux exorbités, qui marquent la lisière des bois, ta monture avançant au pas. Tu chevauchais aux côtés de Mawat, lui-même une vision qui m’était familière : grand, large d’épaules, de longs cheveux coiffés en dizaines de tresses retenues en arrière par un anneau épais orné de plumes figurées en relief sur l’or, sa cape gris sombre doublée de soie bleue. De l’or pesait aussi à ses avant-bras. Il affichait un vague sourire en te disant quelques mots, mais ses yeux étaient fixés sur la forteresse de Vastaï, encore à cinq lieues de distance sur sa petite péninsule : des bâtiments de deux ou trois étages cernés d’une muraille en grès jaune pâle, dont les extrémités convergeaient sur une tour ronde bâtie en bord de mer. Sur le côté terre du mur se dressaient assez de maisons pour constituer une ville, interrompue par un talus et des douves. Des goélands planaient au-dessus des quelques navires aux mâts nus dans le port jouxtant la forteresse et au-dessus des eaux grises au-delà, mouchetées de blanc par le vent et une voile ici et là. On distinguait tout juste les bâtiments en pierre blanche et les navires plus nombreux de la ville d’Ard Vusktia, de l’autre côté du détroit. »
Extrait de : A. Leckie. « La tour du freux. »
La miséricorde de l’ancillaire par Ann Leckie
Fiche de La miséricorde de l’ancillaire
Titre : La miséricorde de l’ancillaire (Tome 3 sur 3 – Les chroniques du Radch)
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2015
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de La miséricorde de l’ancillaire
« L’instant d’avant, endormi. À présent, éveillé, parmi les petits bruits familiers de la préparation du thé. Mais il était six minutes plus tôt que je ne l’avais prévu. Pourquoi ? Je me suis projeté.
La lieutenant Ekalu était de quart. Indignée par quelque chose. Un peu en colère, même. Face à elle, la cloison affichait une vue de la station Athoek, des vaisseaux qui l’entouraient. Le dôme qui couvrait ses jardins à peine visible sous cet angle. Athoek proprement dite, moitié dans l’ombre, moitié brillant de bleu et de blanc. Le brouhaha des communications ne révélait aucune anomalie.
J’ai ouvert les yeux. Les cloisons de mes quartiers présentaient le même panorama de l’espace autour de nous que celui qu’observait la lieutenant Ekalu, au poste de commandement – la station Athoek, des vaisseaux, Athoek elle-même. Les balises des quatre portes intersystème locales. Je n’avais pas besoin que les cloisons montrent cette perspective. Je pouvais la consulter n’importe où, n’importe quand, simplement en le souhaitant. Mais je n’avais jamais ordonné son emploi effectif ici. Ce devait être le fait de Vaisseau. »
Extrait de : A. Leckie. « La miséricorde de l’ancillaire – Les chroniques du Radch. »
L’épée de l’ancillaire par Ann Leckie
Fiche de L’épée de l’ancillaire
Titre : L’épée de l’ancillaire (Tome 2 sur 3 – Les chroniques du Radch)
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2014
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de L’épée de l’ancillaire
« Étant donné les circonstances, une autre lieutenant te serait utile. » Anaander Mianaaï, maître (pour l’heure) de la totalité des vastes étendues de l’espace du Radch, siégeait sur un large fauteuil capitonné de soie brodée. Le corps qui me parlait à moi – un parmi des milliers – paraissait avoir environ treize ans. Vêtements noirs, peau sombre. Son visage était déjà empreint des traits aristocratiques qui marquaient dans l’espace du Radch le rang le plus élevé et le summum de la mode. En temps normal, on ne voyait jamais de si jeunes versions de la Maître du Radch, mais nous ne nous trouvions pas en temps normal.
La pièce était étriquée, trois mètres carrés et demi, lambrissée de lattes en bois sombre. Dans un coin, les boiseries faisaient défaut – sans doute endommagées la semaine précédente au cours de la violente dispute entre des parties rivales d’Anaander Mianaaï elle-même. Aux endroits encore couverts se déployaient les vrilles d’une plante pelucheuse, de fines feuilles vert argent et çà et là de minuscules fleurs blanches. L’endroit n’était ni une zone publique du palais, ni une salle d’audience. Un siège vide était placé à côté de celui de la Maître du Radch, séparé de lui par une table portant un service à thé, une théière et des bols de porcelaine blanche sans ornementation, striés avec grâce, le genre d’objet qu’on croit banal au premier regard, mais qui, au second, se révèle être une œuvre d’art dont la valeur surpasse celle de certaines planètes. »
Extrait de : A. Leckie. « Les chroniques du Radch – L’épée de l’ancillaire. »
La justice de l’ancillaire par Ann Leckie

Fiche de La justice de l’ancillaire
Titre : La justice de l’ancillaire (Tome 1 sur 3 – Les chroniques du Radch)
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2013
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu
Première page de La justice de l’ancillaire
« Le corps, d’un gris funèbre, gisait nu, face contre terre, des mouchetures de sang teignant la neige autour de lui. Il faisait moins quinze degrés centigrades et une tempête était passée quelques heures à peine auparavant. La neige s’étalait, lisse dans le lever d’un soleil blême ; seules quelques traces conduisaient à un proche bâtiment en blocs de glace. Une taverne. Ou ce qui passait pour tel dans ce bourg.
Il y avait quelque chose d’une familiarité irritante dans ce bras étendu, la ligne allant de l’épaule jusqu’aux hanches. Mais il était peu probable que je connaisse cette personne. Je ne connaissais personne, ici. Ces confins glacés d’une planète froide et isolée étaient aussi éloignés de la notion radchaaïe de civilisation qu’on pouvait l’être. Je n’étais ici, sur ce monde, dans ce bourg, que pour régler une affaire personnelle urgente. Les cadavres dans les rues ne me concernaient pas.
Parfois, je ne sais pas pourquoi j’agis comme je le fais. Même après tout ce temps, ne pas savoir, ne pas avoir d’ordres à suivre, reste pour moi une nouveauté. Je ne pourrais donc pas vous expliquer pourquoi je me suis arrêté et, d’un pied, j’ai soulevé l’épaule nue afin de voir le visage.
Toute gelée, meurtrie et ensanglantée que soit cette personne, je l’ai reconnue. Elle s’appelait Seivarden Vendaaï et avait été, longtemps auparavant, une de mes officiers, une jeune lieutenant, promue par la suite à son propre commandement, un autre vaisseau. Je l’aurais crue morte depuis mille ans mais, indéniablement, elle était ici. Je me suis accroupi et j’ai cherché un pouls, le moindre signe de respiration. »
Extrait de : A. Leckie. « Les chroniques du Radch – La justice de l’ancillaire. »
L’enterrement des étoiles par Christophe Guillemain
Fiche de L’enterrement des étoiles
Titre : L’enterrement des étoiles
Auteur : Christophe Guillemain
Date de parution : 2022
Editeur : Mnémos
Première page de L’enterrement des étoiles
« Lorsque l’orage éclata, le ciel nocturne se fendit d’éclairs mauves. Comme à chaque fois qu’il devinait la rumeur du tonnerre, le roi Jenophon se rendit sur la plus haute terrasse de la cité des Héritiers, près des restes de l’ancienne porte où reposaient tous ses espoirs.
Il venait ici pour admirer ce spectacle, pour ne rien rater de ces brusques lueurs qui révélaient les profondeurs du ciel. Sous le chambranle tronqué de la porte qui figurait jadis un triangle, il leva les yeux, à la recherche d’une ouverture vers le lointain. Au lieu d’une voûte céleste infinie, il ne vit que le plafond de la caverne qui emprisonnait le monde. Depuis l’effondrement de la porte et l’extinction des étoiles, la nuit s’était assombrie, le monde s’était réduit et appauvri, et les hommes – comme les rois – contemplaient l’œuvre détruite avec angoisse. Bien sûr, il savait que, demain, le soleil se lèverait avec l’aube, mais pour combien de temps ce prodige se répéterait-il ? Même les feux qui paraissent brûler pour l’éternité peuvent être étouffés… »
Extrait de : C. Guillemain. « L’Enterrement des étoiles. »
La morsure des roses par Christophe Guillemain
Fiche de La morsure des roses
Titre : La morsure des roses
Auteur : Christophe Guillemain
Date de parution : 2023
Editeur : Mnémos
Première page de La morsure des roses
« Elle pensait être parvenue au bout du monde, mais il s’agissait en fait de son centre. Seulement, la barre rectiligne qui soulignait le ciel d’est en ouest donnait au voyageur la sensation qu’il avait atteint le lieu où tout finissait, l’horizon où convergeaient l’immense mer des moissons et le soleil du royaume de Domadore, la terre nourricière et le feu éternel ; mais ce jour-là, des nuages ombraient la plaine et il pleuvait, alors les marcheurs frappaient leurs bottes croûtées sur les pavés. Caelynn essuyait les siennes sur chaque borne routière qu’elle croisait, comme pour valider la distance qu’il lui restait à parcourir.
— Tu vois ça, là-bas ? C’est le château de ma sœur Riveline, j’en suis sûre.
Caelynn encourageait son compagnon à chaque fois qu’il ralentissait l’allure, à cause de son genou gauche qui se bloquait en plein mouvement, ou de l’articulation défaillante de l’une ou l’autre de ses chevilles. La moindre ornière heurtait la démarche de Métis ; il vacillait en dodelinant de la tête, puis il rétablissait sa ligne, en basculant son torse en arrière, comme s’il remplissait d’air ses poumons. Des poumons, Caelynn n’aurait pu affirmer qu’il en possédait effectivement, de même qu’elle n’avait jamais pu vérifier si sa poitrine contenait un cœur, et son ventre, des boyaux. Mais elle supposait qu’une partie de son corps avait la fonction de transformer la nourriture qu’il ingérait par petites bouchées délicates, sans appétit, tandis qu’une autre lui servait certainement à brasser de l’air, puisqu’elle entendait sa respiration. Un souffle toutes les neuf secondes, en toutes circonstances, quel que soit l’effort, bien qu’il donnât l’impression de n’en fournir jamais. »
Extrait de : C. Guillemain. « La Morsure des roses. »
Ascension par Martin MacInnes

Fiche de Ascension
Titre : Ascension
Auteur : Martin MacInnes
Traduction : N. Dulot
Date de parution : 2023
Editeur : Actes Sud
Première page de Ascension
(à completer)
La gloire à tout prix par Emily Tesh

Fiche de La gloire à tout prix
Titre : La gloire à tout prix
Auteur : Emily Tesh
Traduction : C. Mamier
Date de parution : 2023
Editeur : Bragelonne
Première page de La gloire à tout prix
« Qui sont les humains ?
Ces incompris, nouveaux venus sur la scène intergalactique, ont pourtant une grande et belle histoire. On oublie souvent que l’humanité est l’une des trois espèces connues ayant découvert la technologie de l’ombrespace sans aide extérieure ! Personne n’accuserait les lirems de manquer d’intelligence, sans parler des majos zi, donc ne sous-estimez surtout pas les facultés humaines.
Une idée reçue veut que les humains soient d’une violence incontrôlable. Ils ont en effet évolué jusqu’au rang de superprédateurs dans une biosphère hostile et ont ainsi développé de remarquables capacités physiques. Ils sont plus forts, plus rapides que la plupart des autres espèces, dotés d’un corps robuste et adaptable à même de survivre à de très graves blessures. Néanmoins, le fait qu’ils soient capables de violence ne signifie pas qu’ils en usent constamment ou sans raison valable. Vous devez sans cesse garder à l’esprit qu’un humain qui vous attaque s’estime totalement dans son bon droit. »
Extrait de : E. Tesh. « La gloire à tout prix. »
Mickey7 par Edward Ashton
Fiche de Mickey7
Titre : Mickey7
Auteur : Edward Ashton
Traduction : B. Domis
Date de parution : 2022
Editeur : Bragelonne
Première page de Mickey7
« De toutes mes morts, celle-là s’annonce comme la plus stupide.
Il est à peine plus de 26 heures, et je suis vautré sur le dos sur un sol de pierre rugueux, dans une obscurité si profonde que je pourrais aussi bien être aveugle. Mon oculaire perd cinq longues secondes à chercher des photons du spectre visible, avant de laisser tomber pour basculer en infrarouge. Il n’y a toujours pas grand-chose à voir, mais je parviens au moins à distinguer le plafond de la salle au-dessus de moi. Il luit d’une pâleur grise fantomatique, sur laquelle se détache le rond noir du trou encroûté de glace, auquel je dois sans doute d’être arrivé là.
Question : qu’est-ce qui a bien pu se passer ?
Les quelques dernières minutes de ma mémoire sont parcellaires – des images sans lien entre elles et des bribes de son. Je me rappelle Berto me déposant en haut de la crevasse ; une descente difficile à travers un amas de blocs de glace ; je marche ; j’ai levé les yeux vers un rocher dépassant à une trentaine de mètres en hauteur sur le mur sud. Il ressemblait un peu à une tête de singe. Je souris, et puis…
… et puis, plus rien sous mon pied gauche, et la chute.
Quel con. Au lieu de faire attention où j’allais, je regardais en l’air, ce ridicule rocher à face de singe, en me demandant comment le décrire à Nasha, une fois de retour au dôme. Et je n’ai pas vu le trou. »
Extrait de : E. Ashton. « Mickey7. »