Auteur/autrice : CH91
Black Alice par Thomas M. Disch et John T. Sladek

Fiche de Black Alice
Titre : Black Alice
Auteur : Thomas M. Disch et John T. Sladek
Date de parution : 1968
Traduction : J.P Gratias
Editeur : Rivages
Première page de Black Alice
« Alice commençait à trouver cela assommant de rester assise toute seule sur sa malle, sans rien avoir à faire. C’était le premier jour des vacances, bon sang, et les vacances, c’était fait pour s’amuser ! Scrutant le ruban d’asphalte de la route, Alice guetta la tache grise de forme familière qui deviendrait la Saab de Miss Godwin, et elle soupira. Puis elle se retourna, pour observer une grosse chenille velue qui rampait furtivement sous une voûte de feuilles de lierre. La chenille était jaune, striée de raies noires ; le lierre, en ces premiers jours d’été, arborait un vert éclatant ; quant aux murs de brique entourant le collège Ste-Arnobie, ils étaient d’un rouge terne, un rouge brique, justement. Une telle profusion de couleurs ne plaisait guère à Alice. Elle trouvait cela d’un goût douteux. Aussi détacha-t-elle, avec précaution, la chenille du mur de brique pour la laisser ramper sur les plis de sa robe neuve.
Mais cela aussi lui parut vite ennuyeux, car la chenille ne manifestait aucun intérêt pour la conversation. Miss Godwin avait quarante-cinq minutes de retard ! Si seulement Alice avait pensé, en faisant sa malle, à garder un livre à portée de la main, elle aurait quelque chose à lire, à présent. Si seulement le ciel voulait bien se dégager, elle pourrait commencer à bronzer tout de suite. Si seulement, si seulement Miss Godwin arrivait… »
Extrait de : T. Disch + J. Sladek. « Black Alice. »
Au coeur de l’écho par Thomas M. Disch

Fiche de Au coeur de l’écho
Titre : Au coeur de l’écho
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1967
Traduction : J.D Verdon
Editeur : Denoël
Première page de Au coeur de l’écho
« Le doigt se crispa sur la détente. Le cran de sûreté était déjà relevé. Presque au même instant, le fracas de la détonation éclata dans la quiétude de la matinée grisâtre. Des myriades d’échos – cascade sonore, gaie, moqueuse – se répercutèrent sur les flancs des collines verdissantes, comme des images réfléchies par des milliers d’éclats de miroirs. L’écho se multiplia en s’affaiblissant, puis s’éteignit tout à fait, mais la tranquillité de la région avait été à jamais rompue.
L’officier qui marchait en tête de la courte colonne d’hommes – un capitaine, sans plus – remonta à grands pas la piste de terre. C’était un homme d’environ trente-cinq, peut-être quarante ans. Il avait d’agréables traits réguliers qui exprimaient pour l’instant la colère – ou, si ce n’était précisément la colère, à tout le moins l’irritation. On pouvait le trouver beau, mais on pouvait tout aussi bien objecter qu’il avait l’air trop impassible – une impassibilité qui tenait davantage du calme précédant la bataille que de la paix elle-même. »
Extrait de : T.M Disch. « Au coeur de l’écho. »
334 par Thomas Disch

Fiche de 334
Titre : 334
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1972
Traduction : D. Blunden
Editeur : Denoël
Sommaire de 334
- La mort de Socrate
- Corps
- La vie quotidienne sous la fin de l’Empire romain
- Emancipation
- Mensonges
- Conversations
- Mme Hanson
- Lottie
- Shrimp
- 2026
- Angoulême
- 334
Première page de La mort de Socrate
« Une douleur sourde, une sorte de creux, lui tenaillait le ventre dans la région du foie – le siège de l’intelligence d’après la psychologie d’Aristote – comme si quelqu’un s’amusait à gonfler une baudruche à l’intérieur de sa cage thoracique, ou comme si son corps tout entier était cette baudruche. Elle profitait de ce qu’il était collé derrière ce bureau pour le lanciner comme une dent malade qu’on ne peut s’empêcher de palper constamment du bout du doigt ou de la langue. Et pourtant on ne pouvait pas exactement parler de maladie.
C’était quelque chose d’indéfinissable.
Le professeur Ohrengold leur parlait de Dante. Bla, bla, bla, bla, né en 1265. 1265, écrivit-il sur son cahier.
Ses jambes étaient ankylosées à force d’être coincées sous ce bureau – ça au moins c’était quelque chose de clair et de précis.
Et Milly – pour ce qui était de la clarté et de la précision, on ne pouvait pas faire mieux. Je mourrai, pensa-t-il (bien qu’en l’espèce, le terme penser soit impropre) je mourrai d’un cœur brisé. »
Extrait de : T. Disch. « 334. »
Un garçon à vapeur par John T. Sladek

Fiche de Un garçon à vapeur
Titre : Un garçon à vapeur
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1973
Traduction : F. Maillet
Editeur : Opta
Sommaire de Un garçon à vapeur
- Le plan dans le flan
- Le best-seller
- La mort existe-t-elle sur les autres planètes ?
- La race bienheureuse
- Rapport sur la migration du matériel éducatif
- Le singulier visiteur de l’A-Venir, et comment s’en ensuivit le déclin lamentable du docteur Lemuel Jones
- L’heureuse petite femme de Mansard Eliot
- M’man
- 1937 !
- Identité secrète
- Le sandwich transcendantal
- Un garçon à vapeur
- Le beurre volé, une histoire d’Edgar Allan Poe revue et abrégée par John Sladek
- La Calliope à Recommencer de Pemberly ou le Nouveau Protée de H. G. W*lls
- Ralph 4 F de Hugogre N. Backs (Lauréat du Pris Hugogre 1911)
- Ingénieur des dieux de Hitler I. E. Bonner
- Force brute de iclick as-i-move
- Une belle balade de Barry DuBray
- La lune est cinquante centimes de Carl Truhacker
- Le Chausseur déchaussé de Chipdip K. Kill
- Une chose après l’autre (A Cordainer’s Myth)
- Le Monde sublimé de J. G. B…
Première page de Le plan dans le flan
« Agnès avait eu envie d’un bébé toute la journée ; elle ne fut donc pas surprise d’en découvrir un derrière la porte vitrée du four. Empaqueté dans de la flanelle propre, elle le mit sur l’étendage, où il s’endormit pendant qu’elle récurait des biberons poussiéreux et essayait de se rappeler les formules de dosage. Puis elle se rendit au grenier et en ramena le berceau. Lorsque Glen rentra du travail, elle était en train de donner au bébé son premier biberon.
« Regarde ! » s’exclama-t-elle. « Un bébé ! »
— « Oh ! mon Dieu ! où as-tu trouvé ça ? » dit-il, tandis que son teint rose d’homme en bonne santé virait au blanc. « Tu sais que c’est illégal d’avoir des bébés ! »
— « Je l’ai trouvé. Pourquoi, illégal ? »
— « Tout est illégal, » murmura-t-il en écartant prudemment les rideaux pour jeter un coup d’œil au-dehors. « Ça n’en est pas loin ! » Sa grosse tête rose et cubique offrait une mine quelque peu tirée. »
Extrait de : J.T Sladek. « Un Garçon À Vapeur. »
Tik-Tok par John T. Sladek

Fiche de Tik-Tok
Titre : Tik-Tok
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1983
Traduction : J. Chambon
Editeur : Denoël
Première page de Tik-Tok
« Au moment où je bouge ma main pour rédiger cette déposition de mon plein gré – on pourra discuter plus tard du libre arbitre – il n’y a en moi aucun remords, aucun désir de justification. J’ai seulement envie de faire un peu de rangement, maintenant que ma vie touche à sa fin. On va venir me chercher dans cette cellule dont les barreaux rouillés ne présentent plus que des traces de peinture jaune, pour me conduire devant un tribunal, puis dans une autre cellule, puis là où on exécute les robots – à la casse. Il est donc temps que je mette de l’ordre dans mon existence : nous autres robots domestiques plaçons généralement la propreté au-dessus de tout. Dans la vie comme dans la mort.
Cette cellule aurait bien besoin d’un coup de peinture. »
Extrait de : JT. Sladek. « Tik-Tok. »
Mechasme par John T. Sladek

Fiche de Mechasme
Titre : Mechasme
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1968
Traduction : S. Hilling
Editeur : Opta
Première page de Mechasme
« Supposons que nous sommes revenus en 196.., année fatidique entre toutes, et supposons que vous traversez Millford, Utah, carrefour fatidique entre tous. L’endroit, nous informe un panneau délabré et maculé de chiures d’oiseaux, est En pleine expansion – 3 810 habitants ! Ville natale de Shelley B…
Ville natale de Shelley quelque chose, Millford est situé à peu près à égale distance de Las Vegas, Nevada, et du North American Air Defense Command – Quartier Général de la Défense Aérienne Nord-Américaine – NORAD, pour les intimes, lequel est profondément enterré sous une montagne du Colorado.
Ce nom, Millford – de mill : moulin – est purement honorifique . ; de mémoire d’homme, on n’a jamais vu le moindre cours d’eau dans cette partie du désert, pas plus que de moulin ni quoi que ce soit à moudre dans un moulin. Le nom fut peut-être inspiré par l’ironie ou l’espérance. Après tout, les fondateurs d’autres villes du désert les ont souvent baptisées de noms séduisants, espérant que (par magie analogique) de séduisantes réalités s’ensuivraient. »
Extrait de : J.T Sladek. « Méchasme. »
L’invisible Monsieur Levert par John T. Sladek

Fiche de L’invisible Monsieur Levert
Titre : L’invisible Monsieur Levert
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1977
Traduction : J.P Gratias
Editeur : Clancier-Guénaud
Première page de L’invisible Monsieur Levert
« Un petit sourire, s’il vous plaît, dit le photographe. Maintenant, ne bougeons plus ! »
Vingt années passées à tirer le portrait des jeunes mariés et des nouveau-nés l’avaient rendu indifférent au spectacle d’un visage, qu’il soit souriant ou non. La seule chose qui lui importait, c’était une composition correcte : il voulait voir sept taches roses régulièrement espacées sur le verre dépoli de son appareil. Il plongea la tête sous son voile noir et jeta un dernier coup d’oeil.
L’une des taches roses jouait les trouble-fêtes. Il la vit tomber en avant ne montrant plus qu’un crâne chauve. Les six autres se tournèrent vers elle.
« Un peu de calme, s’il vous plaît. Redressez-vous, et… »
Quelque chose n’allait pas. Le photographe émergea de sous son voile et regarda de nouveau.
L’un des sept « Maîtres du Mystère » — le vieux bonhomme à la moustache blanche — était effondré sur sa chaise, le torse penché en avant. Entre ses omoplates se dressait le manche d’un couteau de cuisine. »
Extrait de : J.T Sladek. « L’invisible Monsieur Levert. »
L’effet Müller-Fokker par John T. Sladek

Fiche de L’effet Müller-Fokker
Titre : L’effet Müller-Fokker
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1970
Traduction :
Editeur : Opta
Première page de L’effet Müller-Fokker
« Glen Dale, « le dernier de la race des célibataires endurcis » (ibid.), éditeur du magazine Stagman, donnait une de ses soirées. Lui, ses amis et une centaine de leurs amis s’étaient réunis sur la terrasse du Stagmaris Building pour célébrer les quarante – ou les trente-neuf ans de Glen Dale. La terrasse était bondée de gens plus-très-jeunes bizarrement accoutrés de robes en plumes aztèques, de chemises de cuivre, de chaussures en céramique et de vestes en acier. On notait aussi des masques, des tatouages et des bijoux électriques, des tenues en papier, en aluminium et en verre : tout ce qui pouvait être criard sans être toutefois bon marché.
Aux mezzanines, un groupe pop grattouillait ses instruments et tentait désespérément de se faire entendre par-dessus Mon bruit, le Tien, le Sien et celui des Autres. Le groupe portait le nom de En direct de Las Vegas et les sonorités des guitares, orgues, carillons et cors anglais parvenaient aux nageurs qui évoluaient dans la piscine de Glen grâce à ses nouvelles enceintes sous-marines.
Deux musicologues en tenue néo-super-zazou s’étaient lancés dans une discussion sur les blues d’un certain Deef John Holler, dit « Le Vieux ». Une fille en cotte de mailles avait entrepris un astronaute renommé. Quelqu’un lança le nom du général Weimaramner, et quelqu’un riposta par le nom de Mr. Bradd. »
Extrait de : J.T Sladek. « L’effet Müller-Fokker. »
L’étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde par Robert Louis Stevenson

Fiche de L’étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde
Titre : L’étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde
Auteur : Robert-Louis Stevenson
Date de parution : 1886
Traduction : G. Pigeard de Gurbert, R. Scholar
Edition : Actes Sud
Première page de L’étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde
« Mr Utterson, le notaire, était un homme à l’air bourru qu’aucun sourire ne venait jamais éclairer. Il était peu disposé au sentiment, d’une conversation froide, sobre et embarrassée ; maigre, grand, poudreux, ennuyeux, et cependant il avait on ne sait quoi d’aimable. Dans les réunions entre amis, et lorsque le vin était à son goût, quelque chose d’éminemment humain sourdait de son regard, quelque chose qui, au vrai, ne trouvait jamais le
moyen de s’exprimer dans ses paroles, mais qui parlait non seulement dans ces symboles silencieux qui caractérisent le visage d’après-dîner, mais plus souvent et plus expressément encore dans les actes de sa vie. Il s’imposait à lui-même l’austérité, buvant du gin quand il se trouvait seul, afin de mortifier son goût des grands crus ; et bien qu’il y prît plaisir, il n’avait pas franchi le seuil d’un théâtre depuis vingt ans. Il était en revanche
résolument tolérant envers les autres, s’étonnant parfois, quasi avec envie, de l’incroyable tension d’esprit libérée dans leurs méfaits. »
Extrait de : R.L Stevenson. « L’étrange affaire du Dr Jekyll et de Mr Hyde. »
L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (édition illustrée) par Robert Louis Stevenson

Fiche de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (édition illustrée)
Titre : L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (édition illustrée)
Auteur : Robert-Louis Stevenson
Date de parution : 1886
Traduction : T. Varlet
Edition :
Première page de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (édition illustrée)
« M. UTTERSON le notaire était un homme d’une mine renfrognée, qui ne s’éclairait jamais d’un sourire ; il était d’une conversation froide, chiche et embarrassée ; peu porté au sentiment ; et pourtant cet homme grand, maigre, décrépit et triste, plaisait à sa façon. Dans les réunions amicales, et quand le vin était à son goût, quelque chose d’éminemment bienveillant jaillissait de son regard ; quelque chose qui à la vérité ne se faisait jamais jour en paroles, mais qui s’exprimait non seulement par ce muet symbole de la physionomie d’après-dîner, mais plus fréquemment et avec plus de force par les actes de sa vie. Austère envers lui-même, il buvait du gin quand il était seul pour refréner son goût des bons crus ; et bien qu’il aimât le théâtre, il n’y avait pas mis les pieds depuis vingt ans. Mais il avait pour les autres une indulgence à toute épreuve ; et il s’émerveillait parfois, presque avec envie, de l’intensité de désir réclamée par leurs dérèglements ; et en dernier ressort, inclinait à les secourir plutôt qu’à les blâmer. « Je penche vers l’hérésie des caïnites, lui arrivait-il de dire pédamment. »
Extrait de : R.L Stevenson. « L’Étrange Cas du Dr Jeckyl et Mr Hyde. »