Auteur/autrice : CH91

 

Spirite par Théophile Gautier

Fiche de Spirite

Titre : Spirite
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1866
Editeur : BnF

Première page de Spirite

« Guy de Malivert était étendu, assis presque sur les épaules, dans un excellent fauteuil près de sa cheminée, où flambait un bon feu. Il semblait avoir pris ses dispositions pour passer chez lui une de ces soirées tranquilles dont la fatigue des joies mondaines fait parfois un plaisir et une nécessité aux jeunes gens à la mode. Un saute-en-barque de velours noir agrémenté de soutaches en soie de même couleur, une chemise de foulard, un pantalon à pied de flanelle rouge, de larges pantoufles du Maroc où dansait son pied nerveux et cambré, composaient son costume, dont la confortabilité n’excluait pas l’élégance. Le corps débarrassé de toute pression incommode, à l’aise dans ces vêtements moelleux et souples, Guy de Malivert, qui avait fait à la maison un dîner d’une simplicité savante, égayé de deux ou trois verres d’un grand vin de Bordeaux retour de l’Inde, éprouvait cette sorte de béatitude physique, résultat de l’accord parfait des organes. Il était heureux sans qu’il lui fût arrivé aucun bonheur. »

Extrait de : T. Gautier. « Spirite. »

Souvenirs de théâtre, d’art et de critique par Théophile Gautier

Fiche de Souvenirs de théâtre, d’art et de critique

Titre : Souvenirs de théâtre, d’art et de critique
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1904
Editeur : BnF

Première page de Souvenirs de théâtre, d’art et de critique

« STATISTIQUE INDUSTRIELLE DU DÉPARTEMENT DE L’AIN
Ce département comprend les pays de Bresse, Bugey, Valromey, Gex et la principauté de Dombes. Au temps des Romains, ces différentes provinces faisaient partie de la première Lyonnaise ; plus tard elles furent enclavées dans le royaume de Bourgogne. Sa superficie est de cinq cent quatre-vingt-quatre mille huit cent vingt-deux arpents métriques ; sa population est de trois cent quarante-six mille vingt-six âmes. Le Jura lui sert de borne à l’endroit du nord ; à l’est, la Suisse et la Savoie dressent leurs pics neigeux et leurs glaciers éternels. Le Rhône, sorti tout grondant du lac de Genève, court au sud, le baigne par un côté et le sépare de l’Isère. Il s’épaule à l’ouest sur les départements du Rhône et de Saône-et-Loire. Il touche par trois faces à la France et par une à l’étranger ; il n’a qu’à tendre la main par-dessus
la frontière pour prendre et donner. »

Extrait de : T. Gautier. « Souvenirs de théâtre, d’art et de critique. »

Salon de 1847 par Théophile Gautier

Fiche de Salon de 1847

Titre : Salon de 1847
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1847
Editeur : BnF

Première page de Salon de 1847

« Cette année, l’on a mis à la porte complétement ou en partie R. Lehmann, Chasseriau, Champmartin, Galimard, Alexandre Hesse, Gigoux, Corot, Odier, Guignet, Boissard, Vidal, Penguilly-L’Haridon, Desgoffe, Haffner, Oscar Gué, Beaumé, Pirigret, et bien d’autres dont nous ne citons pas les noms, de peur de donner à notre article l’air d’un martyrologe. Les sculpteurs n’ont pas été mieux traités ; ils comptent parmi leurs blessés Ottin, Dantan, Gayrard, Mène, Elschoet, Maindron.
On ne fera croire à personne que les ouvrages envoyés par ces artistes recommandables sous tant de rapports, et parfaitement connus du public, n’étaient pas dignes d’être mis sous les yeux.
Sans parler des artistes refusés, il manque au salon beaucoup de maîtres. M. Ingres, qui prend les louanges les plus vives pour des critiques, ne veut pas affronter le grand jour du Louvre ; Delaroche n’expose plus ; Ary Scheffer, Gleyre, Schnetz, Amaury Duval, Decamps, Cabat, Aligny, Jules Dupré, Meissonier, se sont abstenus. Eh bien ! malgré toutes ces absences, volontaires ou forcées, la jeune école française a dans les veines un sang si vivace et d’une pourpre si riche que les vides ne se sentent pas. »

Extrait de : T. Gautier. « Salon de 1847. »

Romans et contes par Théophile Gautier

Fiche de Romans et contes

Titre : Romans et contes
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1897
Editeur : BnF

Sommaire de Romans et contes

  • Avatar
  • Jettatura
  • Arria Marcella – Souvenir de Pompeï
  • La mille et deuxième nuit
  • Le pavillon sur l’eau
  • L’enfant aux souliers de pain
  • Le chevalier double
  • Le pied de momie
  • La pipe d’opium
  • Le club des haschischins

Première page d’Avatar

« Personne ne pouvait rien comprendre à la maladie qui minait lentement Octave de Saville. Il ne gardait pas le lit et menait son train de vie ordinaire ; jamais une plainte ne sortait de ses lèvres, et cependant il dépérissait à vue d’œil. Interrogé par les médecins que le forçait à consulter la sollicitude de ses parents et de ses amis, il n’accusait aucune souffrance précise, et la science ne découvrait en lui nul symptôme alarmant : sa poitrine auscultée rendait un son favorable, et à peine si l’oreille appliquée sur son cœur y surprenait quelque battement trop lent ou trop précipité ; il ne toussait pas, n’avait pas la fièvre, mais la vie se retirait de lui et fuyait par une de ces fentes invisibles dont l’homme est plein, au dire de Térence.

Quelquefois une bizarre syncope le faisait pâlir et froidir comme un marbre. Pendant une ou deux minutes on eût pu le croire mort ; puis le balancier, arrêté par un doigt mystérieux, n’étant plus retenu, reprenait son mouvement, et Octave paraissait se réveiller d’un songe. »

Extrait de : T. Gautier. « Romans et contes. »

Portraits et souvenirs littéraires par Théophile Gautier

Fiche de Portraits et souvenirs littéraires

Titre : Portraits et souvenirs littéraires
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1875
Editeur : BnF

Sommaire de Portraits et souvenirs littéraires

  • Gérard de Nerval
  • Madame Émile de Girardin
  • Henri Heine
  • Charles Baudelaire
  • Achim d’Arnim

Première page de Gérard de Nerval

« Les morts vont vite par le frais ! » dit Bürger dans sa ballade de Lenore, si bien traduite par Gérard de Nerval ; mais ils ne vont pas tellement vite, les morts aimés, qu’on ne se souvienne longtemps de leur passage à l’horizon, où, sur la lune large et ronde, se dessinait fantastiquement leur fugitive silhouette noire.

Voilà bientôt douze ans que, par un triste matin de janvier, se répandit dans Paris la sinistre nouvelle. Aux premières lueurs d’une aube grise et froide, un corps avait été trouvé, rue de la Vieille-Lanterne, pendu aux barreaux d’un soupirail, devant la grille d’un égout, sur les marches d’un escalier où sautillait lugubrement un corbeau familier qui semblait croasser, comme le corbeau d’Edgar Poe : Never, oh ! never more ! Ce corps, c’était celui de Gérard de Nerval, notre ami d’enfance et de collège, notre collaborateur à la Presse et le compagnon fidèle de nos bons et surtout de nos mauvais jours, qu’il nous fallut, éperdu, les yeux troublés de larmes, aller reconnaître sur la dalle visqueuse dans l’arrière-chambre de la Morgue. Nous étions aussi pâles que le cadavre, et, au simple souvenir de cette entrevue funèbre, le frisson nous court encore sur la peau. »

Extrait de : T. Gautier. « Portraits et souvenirs littéraires. »

Portraits contemporains par Théophile Gautier

Fiche de Portraits contemporains

Titre : Portraits contemporains
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1874
Editeur : BnF

Sommaire de Portraits contemporains

  • Théophile Gautier – né en 1811 – mort en 1872
  • Alphonse Karr
  • Sophie Gay – née en 1776 – morte en 1852
  • Henry Monnier
  • Béranger – né en 1780 – mort en 1857
  • Brizeux – né en 1806 – mort en 1858
  • Honoré de Balzac – né en 1799 – mort en 1850
  • Henry Murger – né en 1822 – mort en 1861
  • Méry – né en 1794 – mort en 1866
  • Léon Gozlan – né en 1806 – mort en 1866
  • Philoxène Boyer – né en 1827 – mort en 1867
  • Charles Baudelaire – né en 1821 – mort en 1867
  • Louis de Cormenin – né en 1826 – mort en 1866
  • Alphonse de Lamartine – né en 1790 – mort en 1869
  • Louis Bouilhet – né en 1824 – mort en 1869
  • Paul de Kock – né en 1794 – mort en 1870
  • Jules de Goncourt – né en 1830 – mort en 1870
  • Jules Janin
  • Albert Glatigny – né en 1839 – mort en 1875
  • Denecourt – Le Sylvain
  • A. C. de Laberge – né en 1805 – mort en 1812
  • Tony Johannot – né en 1803 – mort en 1852
  • Grandville – né en 1803 – mort en 1847
  • Marilhat – né en 1811 – mort en 1847
  • Théodore Chassériau – né en 1819 – mort en 1856
  • Ziegler – né en 1804 – mort en 1856
  • Ingres – né en 1781 – mort en 1867
  • Paul Delaroche – né en 1797 – mort en 1856
  • Ary Scheffer – né en 1793 – mort en 1838
  • Horace Vernet – né en 1789 – mort en 1863
  • Eugène Delacroix – né en 1798 – mort en 1865
  • Hippolyte Flandrin – né en 1809 – mort en 1864
  • Gavarni – né en 1801 – mort en 1866
  • Joseph Thierry – né en 1812 – mort en 1866
  • Hébert
  • E. Appert – né en 1820 – mort en 1867
  • Dauzats – né en 1808 – mort en 1868
  • Gabriel Tyr
  • Simart – né en 1806 – mort en 1887
  • David d’Angers – né en 1789 – mort en 1856
  • Mademoiselle Fanny Essler
  • Mademoiselle Georges – née en 1786 – morte en 1867
  • Mademoiselle Juliette
  • Madame Jenny Colon-Leplus – née en 1808 – morte en 1842
  • Mademoiselle Suzanne Brohan
  • Madame Damoreau – née en 1801 – morte en 1863
  • Mademoiselle Falcon
  • Madame Dorval – née en 1801 – morte en 1849
  • Mademoiselle Ida Ferrier
  • Madame Anna Thillon
  • Carlotta Grisi
  • Mademoiselle Mars – née en 1779 – morte en 1817
  • Vernet – né en 1790 – mort en 1868
  • Odry
  • Mademoiselle Rachel – née en 1820 – morte en 1858
  • Emma Livry – née en 1842 – morte en 1863
  • Rouvière – né en 1809 – mort en 1865
  • Provost – né en 1798 – mort en 1865
  • Madame Sontag – Comtesse Rossi

Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses oeuvres par Théophile Gautier

Fiche de Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses oeuvres

Titre : Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses oeuvres
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1873
Editeur : BnF

Sommaire de Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses oeuvres

  • Singularités
  • Galanteries
  • Bonapartisme

Première page de Cauchemar

« Avec ses nerfs rompus, une main écorchée
Qui marche sans le corps dont elle est arrachée,
Crispe ses doigts crochus armés d’ongles de fer
Pour me saisir : des feux pareils aux feux d’enfer
Se croisent devant moi ; dans l’ombre des yeux fauves
Rayonnent ; des vautours à cous rouges et chauves
Battent mon front de l’aile, en poussant des cris sourds :
En vain pour me sauver je lève mes pieds lourds,
Des flots de plomb fondu subitement les baignent,
A des pointes d’acier ils se heurtent et saignent,
Meurtris et disloqués ; et mon dos cependant
Ruisselant de sueur, frissonne au souffle ardent  »

Extrait de : T. Gautier. « Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses œuvres. »

Terminus par Patrice Duvic

Fiche de Terminus

Titre : Terminus
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1987
Editeur : J’ai lu

Première page de Terminus

« On aurait dit un bloc de brume solidifiée flottant dans la demi-obscurité au-dessus d’un autel de marbre noir. La lumière verdâtre, tremblotante, qui l’animait lui donnait un côté inquiétant, ectoplasmique. Une présence maléfique dont l’influence semblait imprégner Terminus, donnant à l’immense salle taillée à même le roc sous l’antique forteresse l’allure d’un temple colossal : ni l’appareillage sophistiqué de la base, digne d’un centre de contrôle spatial, ni la profusion de techniciens qui s’y affairaient devant des ordinateurs ne parvenaient à dissiper cette impression qu’on était en train de s’y livrer à des préparatifs pour quelque cérémonie relevant davantage de la magie que de la technologie la plus avancée. Comme si les graphiques qui s’étalaient sur les écrans vidéo n’étaient en fin de compte que le dernier avatar des signes cabalistiques et du pentagramme destinés à convoquer quelque démon, voire le diable en personne. »

Extrait de : P. Duvic. « Terminus. »

Naissez nous ferons le reste par Patrice Duvic

Fiche de Naissez nous ferons le reste

Titre : Naissez nous ferons le reste
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1979
Editeur : Presses Pocket

Première page de Naissez nous ferons le reste

«  Et vous bénéficiez d’une GARANTIE TOTALE de cinq ans, organes ET main-d’œuvre… » fit le généticien-conseil en apposant son cachet sur le Contrat de Complicité.

Le père avait signé. Le pré-contrat. Cela faisait bientôt neuf mois. Délai symbolique, comme au bon vieux temps. Et maintenant il ne pouvait plus revenir en arrière. Le dédit coûtait une fortune. Et même s’il avait pu le faire, sa décision était prise, une bonne fois pour toutes. Il savait combien cet enfant, leur enfant, était important pour sa femme. Un piège, bien sûr, mais pas plus que tout le reste. Pas plus que l’appartement, pas plus que son travail à l’usine. Plutôt moins. Si l’on voulait voir les choses avec un rien d’optimisme, le fait d’être père de famille présentait même quelques avantages.

« Cette garantie couvre tous les risques, je dis bien TOUS les risques engageant notre responsabilité en tant que Marraine-Bonne-Fée veillant sur le berceau de votre enfant.  »

Extrait de : P. Duvic. « Naissez, nous ferons le reste. »

Monstres et monstruosités par Patrice Duvic

Fiche de Monstres et monstruosités

Titre : Monstres et monstruosités
Auteur : Patrice Duvic
Date de parution : 1973
Editeur : Albin Michel

Sommaire de Monstres et monstruosités

  • Les monstres et la mythologie
  • Les monstres et la tératologie
  • Les monstres qui montrent
  • Les monstres que l’on montre
  • Les monstruosités artificielles
  • Créer la vie, créer les monstres
  • Transmutation des espèces et tératogenèse ou : Désespérer de cette transmutation comme de l’autre ?

Première page de Les monstres et la mythologie

« La famine sévissait chez les esprits. Les morts décidèrent donc de quitter le pays de Souraïba, à l’ouest, pour aller chercher des noix de coco sur les îles que peuplaient les vivants. Lorsque le bateau arriva à son but, ils tentèrent de débarquer. Mais le dieu du feu, déterminé à chasser les intrus, leur lança des bouts de bois enflammés. Les morts les attrapèrent entre leurs dents et réussirent finalement à prendre pied sur le rivage.
C’est ainsi que les indigènes de la Nouvelle-Guinée du sud racontèrent l’arrivée des premiers vapeurs néerlandais et voulurent expliquer les cigares que les Blancs avaient à la bouche quand ils mirent pied à terre.
Par la suite, les indigènes comprirent que les Hollandais étaient bien vivants, malgré la pâleur de leur teint. Des vivants ayant des idées incompréhensibles, utilisant des objets étranges, possédant des richesses fabuleuses, mais néanmoins des vivants. »

Extrait de : P. Duvic. « Monstres et monstruosités. »