Auteur/autrice : CH91

 

Encore un peu de verdure par Ward Moore

Fiche de Encore un peu de verdure

Titre : Encore un peu de verdure
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1947
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël

Première page de Encore un peu de verdure

« J’ai toujours su qu’un jour ou l’autre j’écrirais un livre. Une œuvre qui m’aiderait à supporter les ennuis quotidiens. Mais nul ne sait ce qui l’attend au tournant du chemin et, au cours des vingt dernières années, il s’est passé tant d’événements extraordinaires que le roman délassant et agréable dont je rêvais paraîtrait aujourd’hui dépassé par la réalité. Je préfère donc relater ce qu’il m’est arrivé personnellement.
Tout a commencé par un mot.
— Herbe. Graminée. Graminacée. Les herbes.
Ces mots n’éveillaient en moi que de vagues visions de parcs publics parsemés de bancs à l’usage des oisifs.
J’avais entrepris de bonne foi, et non pour la première fois, au cours de ma carrière de représentant de commerce, de répondre à une annonce, prêt à me soumettre à l’interrogatoire serré d’un chef des ventes des plus qualifiés. »

Extrait de : W. Moore. « Encore un peu de verdure. »

Autant en emporte le temps par Ward Moore

Fiche de Autant en emporte le temps

Titre : Autant en emporte le temps
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1955
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël

Première page de Autant en emporte le temps

« Bien que j’écrive ceci en l’an 1877, je ne suis né en réalité qu’en 1921. Ni les dates ni les temps des verbes ne sont inexacts… Je m’explique.
Je suis né, comme je viens de le dire, en 1921, mais ce n’est qu’au début des années 1930, alors que j’avais environ dix ans, que j’ai commencé à comprendre dans quel monde misérable et spolié je vivais. Ce fut peut-être le portrait à la mine de plomb de Granpa Hodgins, qui trônait au-dessus de la cheminée, qui m’aida à en prendre conscience.
C’est en souvenir de Granpa Hodgins que je fus baptisé peut-être un peu solennellement Hodgins McCormick Backmaker car mon Granpa était un vétéran de la guerre d’indépendance du Sud. Comme tant de jeunes de sa génération, il avait endossé l’uniforme bleu mal coupé pour répondre à l’appel de M. Lincoln, cet homme obstiné et malavisé, selon les uns, ce martyr selon les autres. Question de perspective selon le point de vue offert par l’une ou l’autre de mes deux vies. »

Extrait de : W. Moore. « Autant en emporte le temps. »

Munich par Robert Harris

Fiche de Munich

Titre : Munich
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2018
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de Munich

« Le mardi 27 septembre 1938, peu avant treize heures, M. Hugh Legat, des services diplomatiques de Sa Majesté, fut conduit à sa table près de l’une des hautes fenêtres du restaurant du Ritz de Londres, commanda une demi-bouteille de Dom Pérignon 1921 qu’il ne pouvait pas se permettre, replia son exemplaire du Times à la page dix-sept et se remit à lire pour la troisième fois le discours qu’avait prononcé la veille au soir Adolf Hitler au Sportpalast de Berlin.

LE DISCOURS DE HERR HITLER

DERNIER AVERTISSEMENT À PRAGUE

LA PAIX OU LA GUERRE ?

Legat jetait de temps en temps un regard en direction de l’entrée, à l’autre bout de la salle. Peut-être était-ce son imagination, mais il avait l’impression que les convives, et même les serveurs qui allaient et venaient sur la moquette entre les sièges tapissés de vieux rose, manquaient étonnamment d’entrain. »

Extrait de : R. Harris. « Munich. »

Des hommes de guerre par Robert Harris

Fiche de Des hommes de guerre

Titre : Des hommes de guerre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2024
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de Des hommes de guerre

« Au début du mois de juillet 1914, un jeudi, en fin de matinée, une jeune femme brune, la chevelure encore humide, quitta la rive de la Serpentine, dans Hyde Park, et marcha à longues enjambées jusqu’à Marylebone en passant par Oxford Street. Elle tenait d’une main sa capeline de lin écru et de l’autre une serviette éponge bleu marine contenant un maillot de bain trempé et une paire de bas en soie.

Bien qu’elle n’ait de toute évidence pas une minute à perdre, elle se refusait à courir. D’une part, il y avait foule sur les trottoirs et la température était déjà trop élevée. De plus, elle n’avait jamais aimé donner le sentiment du moindre effort. Ce qui ne l’empêchait pas d’avancer d’un pas vif, la tête haute, le corps long et fin, avec une telle détermination que la plupart des passants s’écartaient spontanément sur son passage.

Un peu après midi, elle s’engagea enfin dans l’élégante rue georgienne où ses parents demeuraient lorsqu’ils étaient à Londres. Le facteur, qui venait d’apporter le courrier de midi, se tenait sur le perron, devant la belle façade symétrique en stuc blanc, et fouillait dans sa sacoche. »

Extrait de : R. Harris. « Des hommes de guerre. »

Les régicides par Robert Harris

Fiche de Les régicides

Titre : Les régicides
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2022
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de Les régicides

« Si vous aviez, par un jour de l’été 1660, franchi les quatre miles qui séparaient Boston de Cambridge, dans le Massachusetts, vous seriez sans doute passé devant la maison des Gookin : c’était la toute première après avoir traversé le fleuve Charles. Elle se dressait à quelques pas de la route, dans les marais, à l’extrémité sud de la petite colonie, non loin du ruisseau et à mi-chemin entre le fleuve et l’université de Harvard. Fière demeure en bois d’un étage, disposant d’une parcelle clôturée et d’un grenier sous son toit pointu, duquel l’on avait une vue dégagée sur le Charles. Cette année-là, les colons faisaient construire leur premier pont sur ce fleuve et d’imposants trains de rondins étaient transportés dans la vase jusqu’à l’embarcadère où accostait le bac. Dans la chaleur somnolente de ce milieu d’été, l’on entendait, jusque chez les Gookin, le fracas des marteaux et des scies, les cris des charpentiers.

En cette journée du mardi 27 juillet 1660, la porte de la maison des Gookin avait été laissée grande ouverte et une pancarte fixée au chambranle ; y était inscrit en lettres enfantines le mot Bienvenue. Un étudiant de passage avait annoncé l’accostage, entre Boston et Charlestown, d’un navire en provenance de Londres, la Prudent Mary. Le maître des lieux, Daniel Gookin, était sans doute au nombre des passagers, de retour auprès des siens après une absence de deux ans. »

Extrait de : R. Harris. « Les Régicides. »

V2 par Robert Harris

Fiche de V2

Titre : V2
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2020
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de V2

« Par un samedi matin de la fin novembre 1944, trois missiles balistiques de quinze mètres de long sommeillaient dans leur berceau de métal au cœur d’un hangar ferroviaire de Scheveningen, station balnéaire de la côte néerlandaise. Reliés à leurs instruments de contrôle, surveillés par des techniciens revêtus de l’informe combinaison d’épais coton gris de l’armée allemande, ils ressemblaient aux patients choyés d’une clinique privée.

Le sixième hiver de la guerre était d’une incontestable sévérité. Faisant fi des semelles les plus épaisses, le froid semblait naître du sol en béton puis se répandre dans les chairs des humains pour les pénétrer jusqu’à l’os. Un des opérateurs s’écarta de son établi et tapa des pieds, dans une vaine tentative pour les dégourdir. C’était le seul qui ne soit pas en combinaison. Sa mise trahissait le civil : costume bleu marine à la coupe d’avant-guerre, rangée de stylos dans la poche de poitrine, vieille cravate écossaise. Un témoin extérieur l’aurait pris pour un prof de maths, ou un jeune chargé de cours d’une faculté scientifique. Puis il aurait remarqué la ligne de cambouis autour de ses ongles rongés et se serait ravisé : Non, bien sûr, c’est un ingénieur. »

Extrait de : R. Harris. « V2. »

Pompéi par Robert Harris

Fiche de Pompéi

Titre : Pompéi
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2003
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : France Loisirs

Première page de Pompéi

« Ils quittèrent l’aqueduc deux heures avant l’aube, gravissant au clair de lune les monts qui dominaient le port : six hommes en file indienne, l’ingénieur ouvrant la marche. Il avait lui-même tiré ses hommes du lit − ils avaient tous les membres raides, le visage maussade et les yeux troubles − et il les entendait à présent se plaindre de lui derrière son dos, leurs voix portant davantage qu’ils ne se l’imaginaient dans l’air doux et tranquille.

— Tout ça pour rien, marmonna quelqu’un.

— Les gosses ne devraient pas quitter leurs livres, renchérit un autre.

Il allongea le pas.

Ils peuvent toujours parler, pensa-t-il.

Il sentait déjà monter la chaleur du matin, promettant une nouvelle journée sans pluie. Il était plus jeune que la plupart de ses ouvriers, et plus petit qu’aucun d’entre eux : silhouette compacte et musclée aux cheveux bruns coupés en brosse. »

Extrait de : R. Harris. « Pompéi. »

L’indice de la peur par Robert Harris

Fiche de L’indice de la peur

Titre : L’indice de la peur
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2011
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de L’indice de la peur

« Le docteur Alexander Hoffmann était installé au coin du feu, dans son bureau de Genève. Un cigare à demi consumé éteint dans le cendrier près de lui, une lampe d’architecte abaissée juste au-dessus de son épaule, il feuilletait une première édition de L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux de Charles Darwin. La comtoise de l’entrée sonnait minuit, mais Hoffmann ne l’entendait pas. Il ne remarquait pas non plus que le feu était presque éteint. Toute sa formidable capacité d’attention était concentrée sur le livre.

Il savait que l’ouvrage avait été publié en 1872, à Londres, chez John Murray & Cie, et qu’il avait été imprimé à sept mille exemplaires en deux tirages. Il savait aussi que le second tirage contenait une faute d’impression – « htat » – page 208. Comme l’exemplaire qu’il tenait entre les mains ne présentait pas cette coquille, il en déduisait qu’il devait s’agir d’un premier tirage et qu’il avait donc beaucoup plus de valeur. Il le retourna pour en examiner le dos. C’était bien la reliure originale en toile verte et lettres dorées, à peine usée en haut et en bas. »

Extrait de : R. Harris. « L’indice de la peur. »

Charles Dickens

Présentation de Charles Dickens :

Charles Dickens est né à Landport en 1812 et rappelé à Dieu en 1870.
S’il est de bon ton de célébrer avant tout en Charles Dickens le peintre réaliste des bas-fonds londoniens, le pourfendeur des asiles indigents et le créateur de figures inoubliables telles qu’Oliver Twist ou David Copperfield, il serait fort fâcheux de réduire son génie à la seule chronique sociale. Car le maître de l’époque victorienne nourrissait, en vérité, une passion dévorante pour le macabre, le surnaturel et les fantasmagories de l’esprit, s’imposant comme un authentique pionnier de la littérature de l’imaginaire.

Le sommet de cette veine fantastique est indubitablement atteint avec son célébrissime « Un chant de Noël » (A Christmas Carol), publié en 1843. Sous couvert d’une fable morale, Charles Dickens y convoque tout un arsenal merveilleux et spectral. L’usurier Ebenezer Scrooge y est tourmenté par le spectre chargé de chaînes de son ancien associé Jacob Marley, puis par les trois fantômes des Noëls passé, présent et à venir. Par ce récit, l’auteur a su redonner ses lettres de noblesse au conte de revenants, fusionnant avec une maestria étourdissante le merveilleux gothique et la parabole humaniste.

Mais l’exploration des lisières de l’au-delà ne s’arrête point à ce seul joyau. Charles Dickens, en tant que directeur d’illustres revues littéraires comme Household Words, n’eut de cesse d’y publier et d’y écrire des récits proprement terrifiants. Comment ne pas frissonner à la lecture de « L’Aiguilleur » (The Signal-Man, 1866) ? Dans cette nouvelle d’une noirceur insondable, l’écrivain met en scène un employé des chemins de fer hanté par des apparitions spectrales annonciatrices de tragédies sanglantes. C’est là un chef-d’œuvre absolu de l’épouvante psychologique, qui préfigure les frissons de la littérature d’angoisse moderne.

L’on retrouve par ailleurs cette inclination pour le macabre et le mystère jusque dans les interstices de ses grandes fresques. Dès son premier roman, « Les Aventures de Monsieur Pickwick », il insérait déjà de savoureux contes de gobelins. Plus tard, les brouillards spectraux de « La Maison d’Âpre-Vent » (Bleak House) ou l’atmosphère délicieusement oppressante et irrésolue de son roman inachevé, « Le Mystère d’Edwin Drood », témoignent d’une esthétique résolument tournée vers le fantastique et les ombres de l’inconscient.

En somme, Charles Dickens ne s’est pas contenté de dépeindre le monde matériel de la révolution industrielle ; il a également su, avec un talent sans pareil, ouvrir les portes de l’invisible et donner corps aux terreurs nocturnes de ses contemporains.

Livres de Charles Dickens :

Intégrales :

Aventures de Monsieur Pickwick 1 (1837)
Aventures de Monsieur Pickwick 2 (1837)
Barnabé Rudge 1 (1841)
Barnabé Rudge 2 (1841)
Bleak house (1853)
Contes de Noël (1857)
David Copperfield (1850)
Histoires de fantômes (2016)
L’abîme (1867)
L’ami commun 1 (1865)
L’ami commun 2 (1865)
L’embranchement de Mugby (1879)
La maison hantée (1892)
La terre de Tom Tiddler (1890)
Le grillon du foyer (1845)
Le magasin d’antiquités (1841)
Le signaleur (1886)
Les conteurs à la ronde (1854)
Les grandes espérances (1861)
Les temps difficiles (1854)
Oliver Twist (1878)
Paris et Londres en 1793 (1859)
Vie et aventures de Martin Chuzzlewit 1 (1844)
Vie et aventures de Martin Chuzzlewit 2 (1844)
Vie et aventures de Nicolas Nickleby (1838)

Pour en savoir plus sur Charles Dickens :

La page Wikipédia sur C. Dickens
La page Noosfere sur C. Dickens
La page isfdb de C. Dickens

Philip Roth

Présentation de Philip Roth :

Philip Roth, né à Newark en 1933 et rappelé à Dieu en l’an 2018.
S’il est de bon ton, dans les salons littéraires, de louer Philip Roth pour ses chroniques grinçantes des névroses de l’Amérique contemporaine ou pour le scandale retentissant de sa « Plainte de Portnoy », il convient surtout de mettre en exergue son redoutable appétit pour l’étrange et la fiction spéculative. Car, sous l’apparat du romancier réaliste, sommeillait un authentique amateur de l’imaginaire, prompt à tordre le cou au réel pour mieux en faire jaillir la vérité.

L’incursion la plus stupéfiante de M. Roth dans le domaine du fantastique demeure sans nul doute sa novella de 1972, intitulée « Le Sein ». Dans une veine délicieusement kafkaïenne, qui n’est pas sans rappeler l’illustre « Métamorphose » du maître pragois, l’auteur y narre la transformation grotesque et surréaliste d’un respectable professeur de littérature, David Kepesh, en une gigantesque glande mammaire. Par cette fable outrancière, il s’aventure sur les terres de l’absurde et de la littérature de l’étrange avec une virtuosité confondante.

Cependant, c’est dans le domaine de l’uchronie que M. Roth livrera son chef-d’œuvre conjectural absolu avec « Le Complot contre l’Amérique », paru bien plus tard. Rejoignant les vertigineuses architectures d’un Ward Moore ou d’un Philip K. Dick, l’écrivain y postule une effroyable bifurcation de l’Histoire : et si, lors de l’élection présidentielle de 1940, le candidat Franklin Delano Roosevelt avait été vaincu par l’aviateur Charles Lindbergh, héros national aux sympathies ouvertement pro-nazies et antisémites ? Il y dépeint avec une minutie glaçante le basculement progressif des États-Unis dans le fascisme, tissant une réalité alternative d’une puissance d’évocation terrifiante.

Enfin, il serait fâcheux d’omettre l’utilisation brillante qu’il fait du motif du doppelgänger, figure classique du fantastique, dans son roman « Opération Shylock ». Philip Roth y met en scène son propre double, un imposteur usurpant son identité en Israël pour prêcher le retour des Juifs en Europe. Il y brouille les frontières entre la réalité et la fiction, s’adonnant à une vertigineuse mise en abyme.

En définitive, Philip Roth fut bien plus qu’un simple observateur des mœurs de son temps : il sut manier le scalpel de la spéculation et de l’imaginaire avec une maestria rare.

Livres de Philip Roth :

David Kepesh :

Némésis :

Trilogie américaine :

Goodbye, Colombus (1962)
La contrevie (1986)
Le complot contre l’Amérique (2004)
Le grand roman américain (1973)
Le théâtre de sabbath (1995)
Les faits (1988)
Ma vie d’homme (1970)
Parlons travail (2001)
Patrimoine (1991)
Quand elle était gentille (1966)
Tromperie (1990)

Pour en savoir plus sur Philip Roth :

La page Wikipédia sur P. Roth
La page Noosfere sur P. Roth
La page isfdb de P. Roth