Auteur/autrice : CH91

 

Deux et demi par Alec Covin

Fiche de Deux et demi

Titre : Deux et demi ou le roman du diable
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2008
Editeur : Plon

Première page de Deux et demi

« Il y eut un précédent et même plusieurs.
Mais jamais personne n’en sut rien. C’était dans l’ordre des choses, l’ordre que la Villa Marguerite et son maître réussissaient toujours à imposer, et cela quels que fussent les événements en cause, leur gravité.

Il y eut deux nuits, notamment.
La plus récente vit un certain Jairo Carelli, dessinateur de grand talent, gémir des heures entières dans cette Villa Marguerite où il vivait seul depuis trois mois déjà.
Une heure auparavant, ce même Jairo Carelli venait de finir la partie graphique de sa nouvelle bande dessinée, puis il avait regagné sa chambre appelée la « chambre bleue », où il dormait (essayait de dormir) depuis son installation à la Villa. »

Extrait de : A. Covin. « Deux et demie ou le roman du diable. »

Le général Enfer par Alec Covin

Fiche de Le général Enfer

Titre : Le général Enfer (tome 3 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2011
Editeur : Plon

Première page de Le général Enfer

« C’est une nuit pluvieuse de février mais, pour désagréable que soit le temps, il ne fait pas particulièrement froid. D’ailleurs, tout le monde vous le dira : ici, en Louisiane, les hivers ne sont jamais bien rigoureux.

Sous cette pluie battante, pluie lourde et noire, une petite ville du nord de l’État. L’horloge de sa mairie marque un peu plus de trois heures et, comme toutes les petites villes tranquilles qui se respectent, celle-ci dort depuis longtemps. Ses rues, taillées au cordeau, sont aussi désertes qu’elles sont bien éclairées avec leurs sages rangées de lampadaires nimbés de pluie.

Cette ville endormie, certains d’entre vous la reconnaissent peut-être malgré le mauvais temps et la nuit, car oui, c’est bien elle, c’est Tusitala. Cinq années ont passé depuis que nous l’avons quittée, si cruellement frappée d’effroi et affligée de deuils. »

Extrait de : A. Covin. « Le général Enfer – La trilogie des loups. »

Etats primitifs par Alec Covin

Fiche de Etats primitifs

Titre : Etats primitifs (tome 2 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2006
Editeur : Plon

Première page de Etats primitifs

« Le vieux jardinier noir regardait les mains de l’homme blanc. Ce dernier portait des gants plutôt classe pour un simple plombier, mais le jardinier en avait vu d’autres. Des flics avec des queues de cheval, des pompiers homosexuels…
— Vous voulez que je vous montre ? demanda-t-il, posant son sécateur sur l’escabeau près de lui car il était en train de tailler les rosiers du parc.
— Ne vous dérangez pas, mon vieux. Je trouverai bien tout seul.
Le jardinier n’aimait pas qu’on lui donne du « mon vieux ». Son patron, lui au moins, le respectait. Il fixa ses petits yeux boursouflés sur l’énergumène et le détailla tandis que ce dernier se penchait à l’intérieur de la fourgonnette Chevrolet pour attraper son matériel. C’était un jeune type mal rasé, plutôt beau gosse de sa personne. Il portait une combinaison orange avec, au dos, le nom de la boîte (Matheson & Fils) et son logo (un siphon bleu clair au milieu d’un cercle jaune). Débarrassé de ses taches de graisse, c’était le costume idéal pour la grande parade annuelle de Macy’s sur Broadway. »

Extrait de : A. Covin. « La trilogie des Loups – Etats primitifs. »

Les loups de Fenryder par Alec Covin

Fiche de Les loups de Fenryder

Titre : Les loups de Fenryder (tome 1 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2005
Editeur : Plon

Première page de Les loups de Fenryder

« Vers seize heures, comme à son habitude, elle s’était carrée dans son rocking-chair sur la petite véranda qui flanquait son mobile home, et l’enfant était venu s’asseoir sur ses genoux après avoir avalé le goûter qu’elle lui avait préparé : deux tartines de beurre de cacahouète Skippy accompagnées d’un verre de lait.
— Non, Doug, tu sais pas ce que c’est qu’la peur.
La voix empâtée par l’alcool, elle l’appelait Douglas bien que ce ne fût pas son nom, en souvenir d’un de ses amants qui l’avait embrassée au plus profond de la bouche avant de vider les lieux pour toujours.
— Je sais ce que c’est, Mamie ! Je sais ce que c’est, dit l’enfant du haut de ses neuf ans.
Rose Holder émit un petit rire de poitrine qui ébranla tout son corps que les années et le bourbon avaient rendu obèse. Ses yeux bouffis se plissèrent, ravinant davantage le haut de ses joues, et ses paupières fripées sombrèrent sous un amoncellement de plis de chair flasque et violette. »

Extrait de : A. Covin. « La trilogie des Loups – Les Loups de Fenryder. »

Vertèbres par Morgane Caussarieu

Fiche de Vertèbres

Titre : Vertèbres
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2021
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Vertèbres

« Ils dérivent dans la tiédeur épaisse. Identiques.
Ils entendent le sang qui s’écoule, et cette palpitation sourde, ce rythme si puissant. Ce tambour.
Ils s’attirent. Parfois ils se frôlent à peine, parfois ils se touchent. Chair contre chair. Des protubérances
qui ne sont pas encore des doigts et qui pourtant cherchent à se saisir.
Toi et moi. Moi et toi.
Ils sont l’un contre l’autre, maintenant. Ils se collent. Ils se collent sans se voir. Transparents et
molasses. Ils se collent de toutes leurs minuscules forces. Ils s’aiment.
Ne me quitte jamais.
Toi et moi. Moi et toi.
Ils commencent à se souder. L’un à l’autre. À s’imbriquer. À se distordre.
On ne les séparera plus. Membres entremêlés. Peau qui se mêle à la peau.
Ça y est.
Ils sont Un. Un seul être mais deux têtes, quatre bras, quatre jambes.
Ils poussent, ils poussent ensemble. Ils s’imitent.
Puis finalement ils se gênent. Pas assez d’espace.
L’un freine l’autre.
Les voilà devenus opposants. Ils luttent. Ils luttent pour gagner le droit de croître.
Moi, Moi, Moi.
Pas toi
L’un cède. Il y en a toujours un qui cède. »

Extrait de : M. Caussarieu. « Vertèbres. »

Le syndrome de Pan par Morgane Caussarieu

Fiche de Le syndrome de Pan

Titre : Le syndrome de Pan
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2022
Editeur : ActuSF

Première page de Le syndrome de Pan

« Je baissai le regard. C’était bien ce que je redoutais… C’était revenu. Deux poils fins avaient surgi de mon aisselle ! Il y en avait un de plus que la dernière fois que j’avais regardé. Ça proliférait comme un virus ! Je les lissai du bout du doigt, les trouvai rugueux. J’en attrapai un entre deux ongles et tirai. Le poil m’échappa, glissant, bien décidé à rester accroché. Je le saisis une nouvelle fois, sans me décourager. La chair en dessous protesta, s’étira comme un élastique pour retenir le poil. C’était douloureux et je sentis les larmes me monter aux yeux. Mais je tins bon, m’acharnai, et réussis à l’arracher. Une goutte de sang, rouge et ronde, se forma. Dans ma main, le poil était si fin, d’un blond presque transparent. C’était ridicule d’être perturbée par une chose si infime. Ridicule. Puis je vis le second poil, toujours là, toujours fiché en moi, la peur m’envahit à nouveau sans que je ne comprenne pourquoi et je lui fis subir le même sort qu’à son voisin. »

Extrait de : M. Caussarieu. « Le Syndrome de Pan. »

Entrevue choc avec un vampire par Morgane Caussarieu et Vincent Tassy

Fiche de Entrevue choc avec un vampire

Titre : Entrevue choc avec un vampire
Auteur : Morgane Caussarieu et Vincent Tassy
Date de parution : 2022
Editeur : ActuSF

Première page de Entrevue choc avec un vampire

«  … Il était d’une beauté clinquante, étincelante. Une flamme qui attire les papillons dans la nuit. Tout en lui exsudait le danger, l’imminence de la mort. Et c’était cela, alors, mon rêve. La mort. Dès le premier regard, il m’avait charmé. Comme si sa personne entière était un sortilège, un fruit de la sorcellerie. On l’aurait dit capable de faire mourir les fleurs sur son passage.
Sa peau lumineuse avait la blancheur nacrée de l’Eva prima Pandora. Elle irradiait dans le noir. Les reflets qui couraient dans sa flamboyante chevelure d’or me brûlèrent les yeux. Ce soir-là, sa veste de brocart, tout aussi éblouissante et dorée, arborait des rubis en guise de boutons ; des galons de broderies délicates en fils d’argent décoraient ses manches aux motifs compliqués. Ses mollets étaient galbés dans des bas de soie scintillante et, aux pieds, il portait de resplendissantes chaussures aux boucles incrustées de minuscules diamants renvoyant en mille paillettes les éclats des cierges. Sur sa poitrine, près des boutons rubis, était agrafée dans le tissu coûteux une splendide broche en or massif. »

Extrait de : M. Caussarieu + V. Tassy. « Entrevue choc avec un vampire. »

Rouge venom par Morgane Caussarieu

Fiche de Rouge venom

Titre : Rouge venom (tome 5 sur 5 – Dans tes veines)
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2019
Editeur : ActuSF

Première page de Rouge venom

« Depuis deux mois, je vivais dans la colocation la plus improbable.

Imaginez, trois vampires affreusement mal assortis parqués dans soixante mètres carrés saturés de phéromones, en compagnie de leur pire cauchemar – une quatrième créature d’une espèce encore à définir, au sang aussi ensorcelant que mortel… Pour qualifier Barbie, le terme « Némésis » n’apparaît pas exagéré. Accessoirement, Barbie était aussi ce que j’avais de plus proche d’une petite amie.

Mes deux congénères s’étant chacun repus d’un de ses parents, elle avait une sérieuse dent contre eux, contre nous, sans mauvais jeu de mots. Héritière d’une fortune colossale, Barbie avait loué pour elle et moi ce joli cottage créole à La Nouvelle-Orléans, dans le faubourg Marigny, mais mon « neveu » J.F. – si de tels termes pouvaient s’appliquer aux membres de notre race –, doté d’une solide expérience dans l’art du squat, s’était incrusté dès la première semaine d’emménagement. Barbie n’avait pas réussi à le déloger, et avait dû composer avec. »

Extrait de : M. Caussarieu. « Rouge vénom – Dans tes veines. »

Rouge toxic par Morgane Caussarieu

Fiche de Rouge toxic

Titre : Rouge toxic (tome 4 sur 5 – Dans tes veines)
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2018
Editeur : ActuSF

Première page de Rouge toxic

« La violence de mon extase m’avait fait tomber à genoux, entraînant ma proie dans la chute. Mes dents malmenèrent la plaie en se retirant, produisant un bruit de papier qu’on déchire. D’une langue vorace, je léchai le fluide qui tachait encore mes lèvres puis contemplai avec fascination les trous béants dans la gorge du SDF. Mes pores gorgés de vie s’ouvraient, le sang murmurait dans mon cerveau, irriguant mes muscles d’une pluie d’étincelles.

Derrière moi, des talons hauts claquèrent sur le bitume, perturbant cette douceur cotonneuse qui succédait chaque fois au meurtre. Mes sens engourdis par le plaisir protestèrent mais finirent par se focaliser sur l’intruse.

Au rythme de la démarche assurée et au parfum, j’en déduisis que ce n’était pas l’une des prostituées qui pullulaient dans le quartier, mais une femme grande et mince, la trentaine. Chic. Une femme qui n’avait rien à faire dans cette ruelle sordide du Tenderloin. »

Extrait de : M. Caussarieu. « Rouge Toxic – Dans tes veines. »

Je suis ton ombre par Morgane Caussarieu

Fiche de Je suis ton ombre

Titre : Je suis ton ombre (tome 2 sur 5 – Dans tes veines)
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2014
Editeur : Mnémos

Première page de Je suis ton ombre

«  Je vais te crever, Poil de Carotte ! » gueule Timmy Krump avant de m’enfoncer profond son genou dans le bide. Splash ! Ma salive rosâtre salope de partout le lavabo.
« La prochaine fois que tu m’laisses pas copier sur toi, p’tit salopard, j’découpe tes taches de rousseur une à une au canif ! »
À côté, Hugo-le-Putois plonge la face joufflue de mon pote David dans la cuvette des chiottes, en piétinant avec application ses lunettes à larges montants noirs. Une bonne chose, parce que je les ai toujours trouvées nazes, ses lunettes.
Timmy Krump et Hugo-le-Putois, c’est rien que des putains de gros cons. David qui le dit. Mais David est le type de mec qui restera un raté. On pardonne jamais à un binoclard affublé en prime d’un double menton. Si on m’avait demandé mon avis, un peu que j’aurais préféré traîner avec la bande à Timmy ! Mais on choisit pas forcément ses potes… »

Extrait de : M. Caussarieu. « Je suis ton ombre – Dans tes veines. »