Auteur/autrice : CH91

 

Michel-Antoine Burnier

Présentation de Michel-Antoine Burnier :

Il est de bon ton de se remémorer de l’esprit frondeur de Michel-Antoine Burnier, de son compagnonnage intellectuel avec le maître de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre, et de son rôle d’agitateur de la contre-culture et du nouveau journalisme au sein du magazine Actuel. Mais, le talent de Michel-Antoine Burnier ne saurait se cantonner aux seuls manifestes de la gauche contestataire.

En effet, c’est avec une virtuosité exquise que l’auteur s’est aventuré sur les vastes territoires de l’imaginaire, de l’anticipation et de l’histoire spéculative. Michel-Antoine Burnier, pétri d’érudition, est un passionné des civilisations rêvées, ce qu’il a magistralement démontré en publiant l’essai « Les paradis terrestres : 25 siècles d’utopies de Platon à Biosphère 2 ». Il s’y fait l’explorateur des mondes de l’impossible, cartographiant avec délice ces sociétés alternatives et ces chimères futuristes, à la lisière de la science-fiction sociologique, qui ont de tout temps fasciné les penseurs.

Mais le sommet de son art conjectural réside sans nul doute dans cette pépite uchronique qu’il fit paraître au crépuscule de sa vie, en collaboration avec son fidèle ami Léon Mercadet : le roman « Il est midi dans le siècle ». Michel-Antoine Burnier s’y approprie brillamment les codes de ce que nos cercles littéraires nomment l’uchronie, soit l’art vertigineux de modifier un point nodal du passé pour en tirer un univers alternatif. Il y formule une hypothèse d’une audace folle : et si Lénine avait péri lors d’un trivial accident de chemin de fer le 9 avril 1917 ? D’un trait de plume, il efface la révolution bolchevique et le nazisme, réinventant le vingtième siècle pour nous livrer un récit fascinant où la littérature de l’imaginaire se fait le miroir déformant de notre condition humaine.

Enfin, je m’en voudrais de ne pas évoquer son incursion dans l’imaginaire par le prisme délicieusement retors du pastiche. Avec son cousin et complice, Patrick Rambaud, il n’a eu de cesse d’inventer des fictions dans la fiction, pastichant les grands noms de la littérature pour créer des textes fantômes d’une cocasserie et d’une inventivité sans pareilles.

Ainsi, Michel-Antoine Burnier, sous les oripeaux de l’essayiste et du polémiste, se dissimule un authentique démiurge, un jongleur d’hypothèses épris de ces mondes parallèles où l’histoire bifurque.

Livres de Michel-Antoine Burnier :

Il est midi dans le siècle (2013)
Le rouge et le rose (2011)

Pour en savoir plus sur Michel-Antoine Burnier :

La page Wikipédia sur M.-A. Burnier
La page Noosfere sur M.-A. Burnier
La page isfdb de M.-A. Burnier

Trois contes par Gustave Flaubert

Fiche de Trois contes

Titre : Trois contes
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1877
Editeur : BNF

Sommaire de Trois contes :

  • Un coeur simple
  • La légende de Saint Julien l’Hospitalier
  • Hérodias

Première page de Un coeur simple

« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, – qui cependant n’était pas une personne agréable.

Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dettes. Alors elle vendit ses immeubles, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Geffosses, dont les rentes montaient à 5 000 francs tout au plus, et elle quitta sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une autre moins dispendieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les halles.

Cette maison, revêtue d’ardoises, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle où Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. »

Extrait de : G. Flaubert. « Trois contes. »

Textes de jeunesse (partie 2) par Gustave Flaubert

Fiche de Textes de jeunesse

Titre : Textes de jeunesse
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1910
Editeur : Bibebook

Sommaire de Textes de jeunesse :

  • Agonies. Angoisses.
  • Mémoire d’un fou
  • Les funérailles du Docteur Mathurin
  • Novembre

Première page de Agonies. Angoisses.

« Tu les as vues éclore, mon cher Alfred, les voilà réunies sur un tas de papier. Que le vent disperse les feuilles, – que la mémoire les oublie. Ce méchant cadeau te rappellera nos vieilles causeries de l’an passé. – Sans doute ton coeur se dilatera en te ressouvenant de ce suave parfum de jeunesse qui embaumait tant de pensées désespérantes. – Et si tu ne peux lire les caractères qu’aura tracés ma main, tu vois couramment dans le coeur qui les a versés.

Maintenant je te les envoie comme un soupir, comme un signe de la main à un ami qu’on espère revoir.

Peut-être riras-tu plus tard quand tu seras un homme marié et rangé et moral en rejetant les yeux sur les pensées d’un pauvre enfant de 16 ans qui t’aimait par-dessus toute chose et qui déjà avait l’âme tourmentée de tant de sottises. »

Extrait de : G. Flaubert. « Textes de jeunesse II. »

Textes de jeunesse (partie 1) par Gustave Flaubert

Fiche de Textes de jeunesse

Titre : Textes de jeunesse
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1910
Editeur : Bibebook

Sommaire de Textes de jeunesse :

  • Un parfum à sentir ou les baladins
  • La femme du monde
  • La peste à Florence
  • Bibliomanie
  • Rage et impuissance
  • Rêve d’enfer
  • Moeurs rouennaises
  • Quidquid volueris
  • Passion et vertu

Première page de Un parfum à sentir ou les baladins

« La parade allait commencer. Quelques musiciens accordaient leurs hautbois et leurs déchirants violons, des groupes se formaient autour de la tente, et des yeux de paysans se fixaient avec étonnement et volupté sur la grande enseigne où étaient écrits en lettres rouges et noires ces mots gigantesques : troupe acrobatique du sieur Pedrillo.

Plus loin sur un carré de toile peinte l’on distinguait facilement un homme aux formes athlétiques nu comme un sauvage et levant sur son dos une quantité énorme de poids. Une banderole tricolore lui sortait de la bouche sur laquelle était écrit : Je suis l’Hercule du Nord.

Vous dire ce que le pierrot hurla sur son estrade, vous le savez aussi bien que moi, certes dans votre enfance vous vous êtes plus d’une fois arrêté devant cette scène grotesque et vous avez ri comme les autres des coups de poing et des coups de pied qui viennent à chaque instant interrompre l’Orateur au milieu de son discours ou de sa narration. »

Extrait de : G. Flaubert. « Textes de jeunesse I. »

Smarh par Gustave Flaubert

Fiche de Smarh

Titre : Smarh
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1839
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Smarh

« L’archange Michel avait vaincu Satan lors de la venue du Christ.

Le Christ était venu sur la terre, comme une oasis dans le désert, comme une lueur dans l’ombre, et l’oasis s’était tarie, et la lueur n’était plus, et tout n’était que ténèbres.

L’humanité, qui, un moment, avait levé la tête vers le ciel, l’avait reportée sur la terre ; elle avait recommencé sa vieille vie, et les empires allaient toujours, avec leurs ruines qui tombent, troublant le silence du temps, dans le calme du néant et de l’éternité.

Les races s’étaient prises d’une lèpre à l’âme, tout s’était fait vil.

On riait, mais ce rire avait de l’angoisse, les hommes étaient faibles et méchants, le monde était fou, il bavait, il écumait, il courait comme un enfant dans les champs, il suait de fatigue, il allait se mourir. »

Extrait de : G. Flaubert. « Smarh. »

Salammbô par Gustave Flaubert

Fiche de Salammbô

Titre : Salammbô
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1863
Editeur : BNF

Première page de Salammbô

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Les soldats qu’il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d’Éryx, et comme le maître était absent et qu’ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et buvaient en pleine liberté.

Les capitaines, portant des cothurnes de bronze, s’étaient placés dans le chemin du milieu, sous un voile de pourpre à franges d’or, qui s’étendait depuis le mur des écuries jusqu’à la première terrasse du palais ; le commun des soldats était répandu sous les arbres, où l’on distinguait quantité de bâtiments à toit plat, pressoirs, celliers, magasins, boulangeries et arsenaux, avec une cour pour les éléphants, des fosses pour les bêtes féroces, une prison pour les esclaves.

Des figuiers entouraient les cuisines ; un bois de sycomores se prolongeait jusqu’à des masses de verdure, où des grenades resplendissaient parmi les touffes blanches des cotonniers ; des vignes, chargées de grappes, montaient dans le branchage des pins ; un champ de roses s’épanouissait sous des platanes ; de place en place sur des gazons se balançaient des lis ; un sable noir, mêlé à de la poudre de corail, parsemait les sentiers, et, au milieu, l’avenue des cyprès faisait d’un bout à l’autre comme une double colonnade d’obélisques verts. »

Extrait de : G. Flaubert. « Salammbô. »

Rêve d’enfer par Gustave Flaubert

Fiche de Rêve d’enfer

Titre : Rêve d’enfer
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1837
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Rêve d’enfer

« La terre dormait d’un sommeil léthargique, point de bruit à sa surface, et l’on n’entendait que les eaux de l’océan qui se brisaient en écumant sur les rochers. La chouette faisait entendre son cri dans les cyprès, le lézard baveux se traînait sur les tombes, et le vautour venait s’abattre sur les ossements pourris du champ de bataille.

Une pluie lourde et abondante obscurcissait la lumière douteuse de la lune, sur laquelle roulaient, roulaient et roulaient encore les nuages gris qui passaient sur l’azur.

Le vent de la tempête agitait les vagues et faisait trembler les feuilles de la forêt ; il sifflait dans les airs tantôt fort, tantôt faible, comme un cri aigu domine les murmures.

Et une voix sortit de la terre et dit :

— Fini le monde ! que ce soit aujourd’hui sa dernière heure !

— Non, non, il faut que toutes les heures sonnent. »

Extrait de : G. Flaubert. « Rêve d’Enfer. »

Oeuvres complètes – Gustave Flaubert par Gustave Flaubert

Fiche de Oeuvres complètes – Gustave Flaubert

Titre : Oeuvres complètes – Gustave Flaubert
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution :
Editeur : Arvensa Editions

Sommaire de Oeuvres complètes – Gustave Flaubert :

  • Romans
    • Madame Bovary
    • L’éducation sentimentale
    • Salammbô
    • La tentation de Saint Antoine
    • Bouvard et Pécuchet
    • Trois contes
  • Théâtre
    • Le candidat
    • Le sexe faible
    • Le château des coeurs
  • Oeuvres diverses
    • Dictionnaires des idées reçues
    • La spirale
  • Voyages
    • Voyages
    • Par les champs et par les grèves
    • Notes de voyages
  • Oeuvres de jeunesse
  • Préfaces et articles
  • Correspondance
  • Annexes

Oeuvres complètes de Flaubert par Gustave Flaubert

Fiche de Oeuvres complètes de Flaubert

Titre : Oeuvres complètes de Flaubert
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 2011
Editeur : Delphi classics

Sommaire de Oeuvres complètes de Flaubert :

  • Les romans
    • Mémoire d’un fou
    • Madame Bovary
    • Salammbô
    • L’éducation sentimentale
    • Bouvard et Pécuchet
  • Les nouvelles
    • Oeuvres de jeunesse
    • Trois contes
  • Poésie
    • La tentation de Saint Antoine
  • Les pièces de théâtre
    • Le candidat
    • Le chateau des coeurs
    • Le sexe faible
  • Les écrits de voyage
    • Par les champs et par les grèves
    • Notes de voyage
  • Oeuvres de non-fiction
    • Pensées de Gustave Flaubert
    • Dictionnaire des idées reçues

Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire par Gustave Flaubert et Louis Bouilhet

Fiche de Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire

Titre : Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire
Auteur : Gustave Flaubert et Louis Bouilhet
Date de parution : 2021
Editeur : Le Passeur éditeur

Première page de Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire

« 1 – Flaubert à Bouilhet

[Le] Caire, samedi soir, 10 h[eures], 1er décembre 1849.

Je commence, mon cher vieux, par embrasser ta bonne tête et par souffler sur ce papier toute l’inspiration possible pour que ton esprit vienne vers moi. Je crois, du reste, que tu penses bougrement à nous, car nous pensons, nous autres, bougrement à toi et cent fois dans la journée nous te regrettons. Hier par exemple, mon cher monsieur, nous fûmes au broc… Mais n’anticipons pas sur les faits. – À l’heure qu’il est, la lune brille sur les minarets, tout est silencieux, de temps à autre aboient les chiens ; j’ai devant ma fenêtre, dont les rideaux sont tirés, la masse noire des arbres du jardin vue dans la clarté pâle de la nuit. J’écris sur une table carrée, garnie d’un tapis vert, éclairé par deux bougies et puisant mon encre dans un pot à pommade. Près de moi, à environ dix millimètres, gisent mes instructions ministérielles qui m’ont bien l’air de vouloir torcher mon cul un de ces jours. – J’entends derrière le refend le jeune Maxime qui fait ses dosages photographiques. »

Extrait de : G. Flaubert + L. Bouilhet. « Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire. »