Auteur/autrice : CH91
Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire par Gustave Flaubert et Louis Bouilhet

Fiche de Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire
Titre : Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire
Auteur : Gustave Flaubert et Louis Bouilhet
Date de parution : 2021
Editeur : Le Passeur éditeur
Première page de Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire
« 1 – Flaubert à Bouilhet
[Le] Caire, samedi soir, 10 h[eures], 1er décembre 1849.
Je commence, mon cher vieux, par embrasser ta bonne tête et par souffler sur ce papier toute l’inspiration possible pour que ton esprit vienne vers moi. Je crois, du reste, que tu penses bougrement à nous, car nous pensons, nous autres, bougrement à toi et cent fois dans la journée nous te regrettons. Hier par exemple, mon cher monsieur, nous fûmes au broc… Mais n’anticipons pas sur les faits. – À l’heure qu’il est, la lune brille sur les minarets, tout est silencieux, de temps à autre aboient les chiens ; j’ai devant ma fenêtre, dont les rideaux sont tirés, la masse noire des arbres du jardin vue dans la clarté pâle de la nuit. J’écris sur une table carrée, garnie d’un tapis vert, éclairé par deux bougies et puisant mon encre dans un pot à pommade. Près de moi, à environ dix millimètres, gisent mes instructions ministérielles qui m’ont bien l’air de vouloir torcher mon cul un de ces jours. – J’entends derrière le refend le jeune Maxime qui fait ses dosages photographiques. »
Extrait de : G. Flaubert + L. Bouilhet. « Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire. »
Mémoires d’un fou par Gustave Flaubert

Fiche de Mémoires d’un fou
Titre : Mémoires d’un fou
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1901
Editeur : BNF
Première page de Mémoires d’un fou
« Pourquoi écrire ces pages ? – À quoi sont-elles bonnes ? – Qu’en sais-je moi-même ? Cela est assez sot, à mon gré, d’aller demander aux hommes le motif de leurs actions et de leurs écrits. – Savez-vous vous-même pourquoi vous avez ouvert les misérables feuilles que la main d’un fou va tracer ?
Un fou ! cela fait horreur. Qu’êtes-vous, vous, lecteur ? Dans quelle catégorie te ranges-tu ? dans celle des sots ou celle des fous ? – Si l’on te donnait à choisir, ta vanité préférerait encore la dernière condition. Oui, encore une fois, à quoi est-il bon, je le demande en vérité, un livre qui n’est ni instructif, ni amusant, ni chimique, ni philosophique, ni agricultural, ni élégiaque, un livre qui ne donne aucune recette ni pour les moutons, ni pour les puces, qui ne parle ni des chemins de fer, ni de la Bourse, ni des replis intimes du cœur humain, ni des habits Moyen Âge, ni de Dieu, ni du diable, mais qui parle d’un fou, c’est-à-dire le monde, ce grand idiot qui tourne depuis tant de siècles dans l’espace sans faire un pas, et qui hurle, et qui bave, et qui se déchire lui-même ? »
Extrait de : G. Flaubert. « Mémoires d’un fou. »
Madame Bovary par Gustave Flaubert

Fiche de Madame Bovary
Titre : Madame Bovary
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1877
Editeur : BNF
Première page de Madame Bovary
« Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :
– Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.
Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. »
Extrait de : G. Flaubert. « Madame Bovary – Mœurs de province. »
Le dictionnaire des idées reçues par Gustave Flaubert

Fiche de Le dictionnaire des idées reçues
Titre : Le dictionnaire des idées reçues
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1910
Editeur : BNF
Première page de Le dictionnaire des idées reçues
« ACADÉMIE FRANÇAISE. La dénigrer, mais tâcher d’en faire partie si on peut.
AGRICULTURE. Manque de bras.
AFFAIRES (LES). Passent avant tout. – Une femme doit éviter de parler des siennes. – Sont dans la vie ce qu’il y a de plus important. – Tout est là.
AIRAIN. Métal de l’antiquité.
ALBÂTRE. Sert à décrire les plus belles parties du corps de la femme.
ALLEMANDS. Peuple de rêveurs (vieux).
ANGE. Fait bien en amour et en littérature.
ARGENT. Cause de tout le mal. – Dire : Auri sacra fames.
ARCHITECTES. Tous imbéciles. – Oublient toujours l’escalier des maisons. »
Extrait de : G. Flaubert. « Le Dictionnaire des idées reçues – Le Catalogue des opinions chics suivi d’Extraits d’auteurs célèbres. »
Le candidat par Gustave Flaubert

Fiche de Le candidat
Titre : Le candidat
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1874
Editeur : BNF
Première page de Le candidat
« Acte premier
Chez M. Rousselin. – Un jardin. – Pavillon à droite. – Une grille occupant le côté gauche.
Scène première
Murel, Pierre, domestique.
Pierre est debout, en train de lire un journal. – Murel entre, tenant un gros bouquet qu’il donne à Pierre.
MUREL
Pierre, où est M. Rousselin ?
PIERRE
Dans son cabinet, monsieur Murel ; ces dames sont dans le parc avec leur Anglaise et M Onésime… de Bouvigny ! »
Extrait de : G. Flaubert. « Le Candidat – Comédie en quatre actes. »
La tentation de Saint-Antoine par Gustave Flaubert

Fiche de La tentation de Saint-Antoine
Titre : La tentation de Saint-Antoine
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1874
Editeur : BNF
Première page de La tentation de Saint-Antoine
« C’est dans la Thébaïde, au haut d’une montagne, sur une plate-forme arrondie en demi-lune, et qu’enferment de grosses pierres.La cabane de l’Ermite occupe le fond. Elle est faite de boue et de roseaux, à toit plat, sans porte. On distingue dans l’intérieur une cruche avec un pain noir ; au milieu, sur un stèle de bois, un gros livre ; par terre çà et là des filaments de sparterie, deux ou trois nattes, une corbeille, un couteau.À dix pas de la cabane, il y a une longue croix plantée dans le sol ; et à l’autre bout de la plate-forme, un vieux palmier tordu se penche sur l’abîme, car la montagne est taillée à pic, et le Nil semble faire un lac au bas de la falaise.La vue est bornée à droite et à gauche par l’enceinte des roches. Mais du côté du désert, comme des plages qui se succéderaient, d’immenses ondulations parallèles d’un blond cendré s’étirent les unes derrière les autres, en montant toujours ; – puis au-delà des sables, tout au loin, la chaîne libyque forme un mur couleur de craie, estompé légèrement par des vapeurs violettes. »
Extrait de : G. Flaubert. « La tentation de Saint Antoine. »
La légende de Saint Julien l’Hospitalier par Gustave Flaubert

Fiche de La légende de Saint Julien l’Hospitalier
Titre : La légende de Saint Julien l’Hospitalier
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1895
Editeur : BNF
Première page de La légende de Saint Julien l’Hospitalier
« Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.
Les quatre tours, aux angles, avaient des toits pointus recouverts d’écailles de plomb, et la base des murs s’appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient abruptement jusqu’au fond des douves.
Les pavés de la cour étaient nets comme le dallage d’une église. De longues gouttières, figurant des dragons la gueule en bas, crachaient l’eau des pluies vers la citerne ; et sur le bord des fenêtres, à tous les étages, dans un pot d’argile peinte, un basilic ou un héliotrope s’épanouissait.
Une seconde enceinte, faite de pieux, comprenait d’abord un verger d’arbres à fruits, ensuite un parterre où des combinaisons de fleurs dessinaient des chiffres, puis une treille avec des berceaux pour prendre le frais, et un jeu de mail qui servait au divertissement des pages. De l’autre côté se trouvaient le chenil, les écuries, la boulangerie, le pressoir et les granges. Un pâturage de gazon vert se développait tout autour, enclos lui-même d’une forte haie d’épines. »
Extrait de : « G. Flaubert. « La Légende de saint Julien l’Hospitalier. »
L’éducation sentimentale de Gustave Flaubert

Fiche de L’éducation sentimentale
Titre : L’éducation sentimentale
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1891
Editeur : BNF
Première page de L’éducation sentimentale
« Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin, la Ville-de-Montereau, près de partir, fumait à gros tourbillons devant le quai Saint-Bernard ;
Des gens arrivaient hors d’haleine ; des barriques, des câbles, des corbeilles de linge gênaient la circulation ; les matelots no répondaient à personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre les deux tambours, et le tapage s’absorbait dans le bruissement de la vapeur, qui, s’échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout d’une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, à l’avant, tintait sans discontinuer.
Enfin le navire partit ; et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d’usines, filèrent comme deux larges rubans que l’on déroule.
Un jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un album sous son bras, restait auprès du gouvernail, immobile. A travers le brouillard, il contemplait
des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d’œil, l’île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir. »
Extrait de : G. Flaubert. « L’Éducation sentimentale. »
Bouvard et Pécuchet par Gustave Flaubert

Fiche de Bouvard et Pécuchet
Titre : Bouvard et Pécuchet
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1881
Editeur : BNF
Première page de Bouvard et Pécuchet
« Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses, étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.
Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers, le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait au loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.
Deux hommes parurent.
L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue. »
Extrait de : G. Flaubert. « Bouvard et Pécuchet. »
Les meilleurs romans d’uchronie : notre Top 20
Et si l’Histoire avait pris un autre chemin ?
Et si l’Allemagne nazie avait remporté la Seconde Guerre mondiale ? Et si l’Empire romain ne s’était jamais effondré ? Et si les Confédérés avaient gagné la guerre de Sécession ? Et si Hitler était devenu artiste plutôt que dictateur ?
C’est tout le principe de l’uchronie : partir d’un événement historique réel, imaginer qu’il s’est déroulé autrement, puis explorer les conséquences de cette divergence.
La science-fiction s’est évidemment emparée de cette idée, mais l’uchronie ne se limite pas à la SF. Elle permet aussi d’écrire des thrillers politiques, des romans historiques, des récits fantastiques ou encore des œuvres profondément satiriques.
Pour cette sélection, nous avons retenu 20 romans qui nous semblent particulièrement importants, réussis ou représentatifs du genre, en privilégiant les véritables uchronies plutôt que les simples histoires de voyage dans le temps.
Qu’est-ce qu’une uchronie ?
Avant de commencer le classement, il faut distinguer l’uchronie de plusieurs genres qui lui ressemblent.
Une uchronie repose sur une divergence avec notre Histoire réelle.
L’auteur prend généralement un événement connu — une guerre, une élection, une révolution, une décision politique, une découverte scientifique — et pose la question :
« Et si cela ne s’était pas passé comme dans notre réalité ? »
À partir de cette divergence, le monde imaginé par l’auteur évolue différemment.
C’est ce qui distingue l’uchronie d’un simple roman historique : l’Histoire n’est plus celle que nous connaissons.
Elle se distingue également du voyage dans le temps. Un roman peut raconter le voyage d’un personnage dans le passé sans être une uchronie. En revanche, lorsque ce voyage modifie durablement le cours de l’Histoire et crée une nouvelle réalité, l’uchronie peut entrer en jeu.
C’est notamment ce qui rend certains romans difficiles à classer.
Pour notre Top 20, nous avons donc adopté une définition relativement stricte : la modification de l’Histoire doit être un élément central du roman.
Notre Top 20 des meilleurs romans d’uchronie
1. Le Maître du Haut Château — Philip K. Dick
Difficile de commencer autrement.
Publié en 1962, Le Maître du Haut Château est probablement l’une des œuvres les plus célèbres jamais écrites autour du concept d’uchronie.
Philip K. Dick part d’une divergence historique vertigineuse : les puissances de l’Axe ont remporté la Seconde Guerre mondiale.
Les États-Unis sont désormais divisés entre plusieurs zones d’influence. L’Allemagne nazie contrôle notamment une partie du pays tandis que le Japon exerce son pouvoir sur la côte Ouest.
Mais Dick ne se contente pas d’imaginer un monde dans lequel les nazis auraient gagné.
Il s’intéresse à la manière dont les individus vivent dans cette réalité devenue normale.
C’est là que le roman devient particulièrement troublant. Pour les personnages, le monde dans lequel ils vivent est simplement leur monde. Les repères historiques que nous considérons comme acquis n’existent plus.
Et Dick ajoute une idée particulièrement fascinante : un roman interdit circule clandestinement, racontant une autre version de l’Histoire dans laquelle les Alliés auraient remporté la guerre.
L’uchronie devient alors presque vertigineuse : quelle réalité est réellement la bonne ?
Le Maître du Haut Château est donc bien plus qu’une simple histoire alternative de la Seconde Guerre mondiale. C’est une réflexion sur l’Histoire, la réalité, le pouvoir et notre manière de considérer certains événements comme inévitables.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il constitue l’un des grands modèles du genre et montre toute la puissance philosophique que peut avoir une uchronie.
2. Pavane — Keith Roberts
Avec Pavane, Keith Roberts imagine une autre bifurcation historique majeure.
En 1588, l’Invincible Armada espagnole réussit son invasion de l’Angleterre.
Les conséquences sont considérables.
La Réforme protestante n’a pas triomphé comme dans notre réalité et l’Église catholique conserve une influence immense sur la société britannique.
Mais Roberts ne raconte pas directement cette victoire historique.
Il nous montre plutôt une Angleterre alternative, plusieurs siècles plus tard, où cette Histoire différente est devenue la norme.
Le résultat est particulièrement réussi : technologie, religion, société et rapports de pouvoir ont évolué selon une trajectoire complètement différente de la nôtre.
Pavane est également remarquable par sa construction. Le livre est composé de plusieurs récits liés qui permettent de découvrir progressivement cette société alternative.
L’uchronie devient ainsi un véritable monde parallèle, avec sa propre logique et ses propres règles.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son importance historique dans le genre et pour la richesse du monde alternatif imaginé par Keith Roberts.
3. Roma Æterna — Robert Silverberg
Avec Roma Æterna, Robert Silverberg s’attaque à l’un des événements les plus importants de notre histoire : la chute de l’Empire romain.
Et si elle n’avait jamais eu lieu ?
C’est le point de départ de ce vaste roman historique alternatif.
Silverberg imagine une civilisation romaine qui continue à exister et à évoluer pendant des siècles.
Le lecteur découvre ainsi différentes périodes de cette Rome éternelle, confrontée à des transformations politiques, sociales et technologiques.
L’intérêt du roman réside précisément dans cette perspective de longue durée.
Silverberg ne se contente pas de changer un événement historique. Il pose une question beaucoup plus vaste :
à quoi ressemblerait notre civilisation si l’une des grandes ruptures de l’Histoire n’avait jamais eu lieu ?
Le résultat est une œuvre ambitieuse, qui utilise l’uchronie pour réfléchir au fonctionnement des civilisations et à la manière dont quelques événements peuvent modifier des siècles d’histoire.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il représente l’une des formes les plus ambitieuses de l’uchronie : réécrire non pas quelques années, mais plusieurs siècles d’Histoire.
4. La Séparation — Christopher Priest
Avec La Séparation, Christopher Priest propose une uchronie beaucoup plus intime et ambiguë.
Le roman s’intéresse à la Seconde Guerre mondiale, aux Jeux olympiques de Berlin et aux relations entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
Mais chez Priest, l’uchronie ne se présente pas comme une simple question :
« Et si les nazis avaient gagné ? »
La frontière entre Histoire, mémoire et réalité devient progressivement de plus en plus difficile à déterminer.
Le récit joue avec les souvenirs, les versions contradictoires des événements et les perceptions des personnages.
C’est une approche particulièrement originale de l’uchronie : plutôt que de simplement construire un monde alternatif, Priest nous oblige à nous demander si nous sommes réellement certains de l’Histoire que nous croyons connaître.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son approche littéraire et psychologique de l’uchronie, très différente des grandes fresques historiques traditionnelles.
5. La Machine à différences — William Gibson & Bruce Sterling
Avec La Machine à différences, William Gibson et Bruce Sterling imaginent une Angleterre victorienne dans laquelle les ordinateurs mécaniques de Charles Babbage ont réellement fonctionné.
Et cette petite modification change énormément de choses.
La révolution informatique ne commence pas au XXe siècle : elle prend naissance dans l’Angleterre du XIXe siècle.
La société victorienne évolue donc autour des machines à calcul, des données et d’une technologie informatique primitive mais déjà extrêmement puissante.
Le roman mélange ainsi uchronie historique, science-fiction et esthétique steampunk.
Mais ce qui le rend particulièrement intéressant est la cohérence de son monde : les auteurs ne se contentent pas de placer des ordinateurs dans le Londres victorien. Ils cherchent à imaginer toutes les conséquences politiques, économiques et sociales de cette révolution technologique précoce.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il démontre qu’une uchronie peut partir d’une divergence scientifique ou technologique et transformer profondément une époque entière.
6. Fatherland — Robert Harris
Avec Fatherland, Robert Harris imagine une Europe dans laquelle l’Allemagne nazie a remporté la Seconde Guerre mondiale.
Nous sommes en 1964. Le régime nazi domine l’Europe et Adolf Hitler s’apprête à célébrer son soixante-quinzième anniversaire.
Mais derrière les apparences d’un Reich triomphant, quelque chose ne va pas.
Un policier allemand enquête sur le meurtre d’un haut responsable du régime. Son investigation va progressivement l’amener à découvrir une vérité que le pouvoir cherche absolument à dissimuler.
L’une des grandes forces de Fatherland est justement de ne pas construire une uchronie spectaculaire uniquement basée sur les conséquences militaires de la victoire allemande.
Robert Harris imagine une société qui s’est adaptée à cette nouvelle réalité. Le nazisme n’est plus un régime qui vient de conquérir l’Europe : il est devenu le système politique dominant depuis près de vingt ans.
L’uchronie sert ainsi de cadre à un véritable thriller policier.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce que Fatherland montre avec une efficacité remarquable comment utiliser une Histoire alternative pour construire une intrigue politique et policière.
7. Le Complot contre l’Amérique — Philip Roth
Avec Le Complot contre l’Amérique, Philip Roth imagine une autre Amérique des années 1940.
Dans notre réalité, Franklin D. Roosevelt remporte l’élection présidentielle de 1940.
Dans le roman, c’est Charles Lindbergh, célèbre aviateur américain et personnalité isolationniste, qui devient président des États-Unis.
Cette divergence apparemment simple entraîne progressivement le pays dans une direction inquiétante.
Mais Philip Roth adopte un point de vue très particulier : celui d’une famille juive américaine ordinaire.
L’uchronie n’est donc pas racontée depuis les palais présidentiels ou les états-majors. Elle est vécue au quotidien, par des personnes qui voient leur pays changer autour d’elles.
C’est ce qui donne au roman une dimension particulièrement troublante.
Roth ne cherche pas à raconter une nouvelle Seconde Guerre mondiale. Il s’interroge plutôt sur la manière dont une démocratie peut progressivement basculer lorsque le contexte politique change.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son réalisme et sa capacité à transformer une divergence historique en une réflexion politique et familiale particulièrement crédible.
8. La Porte des mondes — Robert Silverberg
Robert Silverberg apparaît une deuxième fois dans notre classement avec La Porte des mondes.
Cette fois, la divergence historique est liée à la peste noire.
Dans cette réalité alternative, l’épidémie a été beaucoup plus dévastatrice en Europe. Le rapport de forces entre les grandes civilisations mondiales s’en trouve profondément bouleversé.
Le roman se déroule dans un monde où l’Europe n’occupe donc pas la position dominante que nous lui connaissons.
Silverberg utilise cette situation pour renverser notre perspective historique.
Ce qui nous semble aujourd’hui presque naturel — la domination politique, économique et culturelle de l’Europe sur une grande partie du monde — apparaît ici comme une possibilité parmi d’autres.
Le roman permet ainsi de réfléchir à une question fondamentale de l’uchronie : combien de choses que nous considérons comme inévitables ne sont en réalité que le résultat d’une succession de circonstances ?
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour sa manière de remettre en question l’évolution de notre propre civilisation en modifiant un événement historique majeur.
9. La Patrouille du temps — Poul Anderson
Avec La Patrouille du temps, Poul Anderson aborde l’uchronie par le biais du voyage temporel.
Le principe est particulièrement séduisant : une organisation venue du futur surveille l’Histoire afin d’empêcher certaines personnes de la modifier.
Car modifier le passé signifie nécessairement modifier le futur.
Les agents de la Patrouille interviennent donc à différentes époques pour préserver la chronologie.
Le premier volume nous entraîne notamment dans l’Antiquité et permet à Anderson de jouer avec l’idée fascinante selon laquelle notre Histoire pourrait être beaucoup plus fragile qu’elle n’en a l’air.
Une simple intervention peut provoquer une divergence qui se propage ensuite pendant des siècles.
La série permet ainsi d’explorer l’uchronie sous un angle différent : non pas seulement « que se serait-il passé si… ? », mais également « que devons-nous faire pour que l’Histoire reste ce qu’elle est ? »
La Patrouille du temps est le premier tome d’une série de quatre volumes.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce que Poul Anderson est l’un des auteurs qui ont le mieux exploité les rapports entre voyage temporel, histoire alternative et paradoxe historique.
10. De peur que les ténèbres — L. Sprague de Camp
Publié à l’origine en 1939, De peur que les ténèbres est l’un des grands ancêtres de l’uchronie moderne.
Le point de départ est simple : un homme du XXe siècle est accidentellement transporté dans l’Italie du VIe siècle.
Mais plutôt que de chercher simplement à rentrer chez lui, il décide de mettre ses connaissances modernes à profit.
Il va ainsi tenter d’influencer le cours de l’Histoire.
C’est là que le roman devient une véritable uchronie.
L. Sprague de Camp imagine avec beaucoup d’humour les conséquences de l’arrivée d’un homme connaissant certaines technologies et certains événements futurs dans une société médiévale.
Mais le roman pose également une question passionnante : peut-on réellement changer l’Histoire aussi facilement qu’on pourrait le croire ?
Connaître le futur ne signifie pas nécessairement savoir comment le modifier.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son importance historique et parce qu’il constitue un excellent exemple de l’uchronie née directement d’une intervention dans le passé.
11. La Part de l’autre — Éric-Emmanuel Schmitt
Avec La Part de l’autre, Éric-Emmanuel Schmitt imagine une divergence historique aussi simple que vertigineuse :
et si Adolf Hitler avait été admis à l’Académie des beaux-arts de Vienne ?
À partir de cette hypothèse, le roman suit deux existences parallèles.
D’un côté, celle du Hitler historique, qui devient progressivement le dictateur que nous connaissons.
De l’autre, celle d’un Adolf Hitler devenu artiste, dont la vie prend une direction radicalement différente.
L’intérêt du livre ne réside donc pas uniquement dans la question « et si Hitler n’était jamais devenu dictateur ? ».
Schmitt s’intéresse également à la part de circonstances, de choix personnels et de rencontres qui peuvent contribuer à façonner une existence.
Le roman est ainsi à la fois une uchronie historique et une réflexion sur la frontière entre ce que nous sommes et ce que nous aurions pu devenir.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il propose une divergence extrêmement connue, mais l’exploite sous un angle profondément humain et littéraire.
12. Rêves de gloire — Roland C. Wagner
Avec Rêves de gloire, Roland C. Wagner s’attaque à un épisode particulièrement sensible de l’histoire française contemporaine : la guerre d’Algérie.
Mais l’auteur imagine une autre trajectoire pour la France et l’Algérie.
L’Histoire ne s’est pas déroulée exactement comme dans notre réalité et cette divergence entraîne des conséquences politiques, culturelles et sociales considérables.
Le roman est également très marqué par la musique et la contre-culture, ce qui lui donne une identité assez différente des grandes uchronies historiques traditionnelles.
Wagner ne cherche pas uniquement à répondre à la question « qui aurait gagné ? ». Il s’intéresse plutôt à la société qui aurait pu émerger d’une autre histoire.
Le roman est le premier tome de la série Rêves de gloire. Il est suivi par Le Train de la réalité et les morts du Général.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il constitue l’une des uchronies françaises contemporaines les plus ambitieuses et offre une vision particulièrement originale d’une autre France.
13. Les Temps ultramodernes — Laurent Genefort
Avec Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort nous plonge dans une France des années 1930 qui n’est pas tout à fait celle que nous connaissons.
L’uchronie s’accompagne ici d’une importante dimension rétrofuturiste.
La technologie, l’industrie et les transports ont évolué selon une trajectoire différente, donnant naissance à une société qui mélange imaginaire de l’entre-deux-guerres et technologies extraordinaires.
Le résultat est particulièrement évocateur : on reconnaît certaines caractéristiques de la France historique, mais tout semble légèrement décalé.
C’est précisément cette sensation qui fait fonctionner l’uchronie.
Plutôt que de construire un monde totalement étranger, Genefort part d’une époque familière et lui fait prendre une autre direction technologique et historique.
Le roman ouvre la série Les Temps ultramodernes, dont le deuxième tome est La Croisière bleue.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son univers rétrofuturiste très travaillé et pour sa manière de mêler histoire alternative et imaginaire scientifique.
14. Le Déchronologue — Stéphane Beauverger
Le Déchronologue est probablement l’un des romans les plus singuliers de cette sélection.
Stéphane Beauverger nous emmène au XVIIe siècle, dans l’univers des pirates et des explorateurs.
Mais dans ce monde, le temps lui-même semble avoir cessé de fonctionner normalement.
Le récit joue constamment avec la chronologie et avec la perception que le lecteur a des événements.
Les personnages ne vivent pas nécessairement les événements dans l’ordre dans lequel nous les découvrons, et les conséquences de certaines modifications temporelles deviennent progressivement de plus en plus importantes.
Cette construction fait du Déchronologue une œuvre difficile à enfermer dans une seule catégorie.
Il s’agit à la fois d’un roman historique, d’un récit de pirates, de science-fiction et d’une réflexion sur le temps.
Et c’est justement pour cette raison qu’il trouve sa place dans notre sélection.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il propose une approche extrêmement originale de l’histoire alternative et utilise la structure même du roman pour brouiller notre perception du temps.
15. Autant en emporte le temps — Ward Moore
Publié en 1953, Autant en emporte le temps est l’un des grands classiques de l’uchronie américaine.
Ward Moore part d’une question historique fondamentale :
et si les Confédérés avaient remporté la guerre de Sécession ?
Dans cette réalité alternative, les États-Unis tels que nous les connaissons n’existent pas.
Le Sud a remporté la guerre et l’Amérique du Nord a suivi une trajectoire politique radicalement différente.
Le roman devient particulièrement intéressant lorsque le personnage principal découvre progressivement les conséquences de cette autre Histoire.
La guerre de Sécession n’est donc pas simplement un événement modifié dans les livres d’histoire : elle a produit un monde entièrement différent.
Le titre original, Bring the Jubilee, est devenu en français Autant en emporte le temps.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il s’agit d’un classique incontournable de l’uchronie américaine et de l’un des grands exemples de divergence historique autour de la guerre de Sécession.
16. Voyage — Stephen Baxter
Avec Voyage, Stephen Baxter applique l’uchronie à l’histoire de la conquête spatiale.
La divergence intervient au début des années 1960 : le programme spatial américain prend une autre direction et les États-Unis décident de poursuivre beaucoup plus ambitieusement l’exploration humaine de Mars.
Le roman imagine alors les conséquences de cette décision sur la NASA, la politique américaine et la compétition spatiale avec l’Union soviétique.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que Baxter part de technologies et de programmes spatiaux réellement envisagés à l’époque.
Son uchronie paraît donc souvent étonnamment plausible.
Et si les États-Unis avaient réellement décidé de faire de Mars leur prochaine grande étape après la Lune ?
Le roman permet de découvrir à quoi aurait pu ressembler cette autre histoire de la conquête spatiale.
Voyage est le premier tome de la Trilogie NASA.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il démontre que l’uchronie peut également réécrire l’histoire des sciences et de la conquête spatiale.
17. H.P.L. (1890-1991) — Roland C. Wagner
Roland C. Wagner apparaît une deuxième fois dans notre classement avec H.P.L. (1890-1991).
Cette fois, l’uchronie concerne directement H. P. Lovecraft.
Le point de divergence est particulièrement évocateur : que se serait-il passé si Lovecraft avait vécu beaucoup plus longtemps ?
À partir de cette hypothèse, Wagner construit une histoire alternative qui permet de revisiter la vie de l’écrivain et, plus largement, l’évolution de la littérature fantastique et de la culture populaire.
C’est une forme d’uchronie assez particulière puisqu’elle ne repose pas principalement sur une guerre ou une modification géopolitique majeure.
Elle part de la vie d’un individu réel et explore les conséquences qu’aurait pu avoir une existence différente.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son originalité et pour cette manière très littéraire de pratiquer l’uchronie, en faisant d’un destin individuel le point de départ d’une autre Histoire.
18. Il est midi dans le siècle — Michel-Antoine Burnier
Avec Il est midi dans le siècle, Michel-Antoine Burnier propose une uchronie politique qui mérite d’être redécouverte.
Le roman part d’une autre trajectoire historique et imagine les conséquences d’une évolution différente du contexte politique français et européen.
L’intérêt du livre tient notamment à son caractère politique et satirique. L’uchronie permet à Burnier de prendre de la distance avec notre propre réalité historique et d’interroger les mécanismes idéologiques et politiques qui ont façonné le XXe siècle.
C’est également un titre intéressant dans le cadre de notre sélection parce qu’il rappelle que l’uchronie ne se résume pas aux grandes histoires alternatives de la Seconde Guerre mondiale écrites par les auteurs anglo-saxons.
La littérature française s’est elle aussi emparée du principe de l’Histoire alternative, avec ses propres préoccupations.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour sa dimension politique et parce qu’il apporte une voix française à une sélection qui serait sinon très largement dominée par les classiques anglo-saxons.
19. Rêve de fer — Norman Spinrad
Avec Rêve de fer, Norman Spinrad pousse l’uchronie dans une direction particulièrement provocatrice.
L’idée de départ est aussi simple qu’iconoclaste :
Adolf Hitler n’est jamais devenu le dictateur que nous connaissons.
Dans cette réalité alternative, il a émigré aux États-Unis et est devenu… écrivain de science-fiction.
Spinrad va encore plus loin : le roman est présenté comme s’il s’agissait d’un livre écrit par cet Adolf Hitler écrivain.
Le lecteur découvre donc une œuvre de fantasy militariste dont les obsessions idéologiques deviennent progressivement de plus en plus évidentes.
L’uchronie sert ici de dispositif littéraire pour explorer l’idéologie nazie, le fascisme et les mécanismes de la littérature politique.
Le résultat est volontairement dérangeant.
Rêve de fer n’est certainement pas une uchronie classique au sens traditionnel du terme. C’est une œuvre provocatrice qui utilise l’histoire alternative pour retourner certaines idées politiques contre elles-mêmes.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son originalité radicale et pour la manière dont Norman Spinrad utilise l’uchronie comme expérience littéraire et politique.
20. Le Dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler — Jean-Pierre Andrevon
Pour terminer notre classement, nous revenons une dernière fois à l’une des grandes figures historiques de l’uchronie : Adolf Hitler.
Jean-Pierre Andrevon imagine ici une autre possibilité autour de la fin du régime nazi et du destin du dictateur.
Le roman s’inscrit dans cette longue tradition des œuvres qui cherchent à modifier un événement de la Seconde Guerre mondiale afin d’observer les conséquences de cette divergence.
Mais l’intérêt de l’œuvre est aussi de montrer que l’uchronie française ne s’est jamais limitée à reproduire les modèles anglo-saxons.
Andrevon apporte sa propre sensibilité à un sujet qui a donné naissance à de très nombreuses histoires alternatives.
Après Le Maître du Haut Château, Fatherland, La Part de l’autre ou Rêve de fer, cette nouvelle variation autour de Hitler permet surtout de constater à quel point la Seconde Guerre mondiale constitue un terrain privilégié pour les auteurs d’uchronie.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son approche française d’un des grands sujets de l’uchronie et pour compléter notre panorama des différentes manières de réécrire le XXe siècle.
Quelques autres uchronies à découvrir
Notre Top 20 n’est évidemment pas une liste exhaustive. L’uchronie est un genre suffisamment vaste pour qu’il soit impossible de tout faire tenir dans un seul classement.
Nous avons notamment laissé de côté plusieurs œuvres intéressantes parce qu’elles sont plus proches du voyage dans le temps, de la dystopie ou d’autres formes de science-fiction, ou parce qu’elles ne correspondent pas suffisamment à notre définition stricte de l’uchronie.
11/22/63 — Stephen King
Stephen King imagine ici une possibilité fascinante : retourner dans le passé pour empêcher l’assassinat de John F. Kennedy.
Le roman est avant tout une histoire de voyage temporel, mais la modification de l’Histoire et les conséquences de cette intervention donnent progressivement naissance à une véritable réalité alternative.
L’Âge de diamant — Neal Stephenson
Une œuvre majeure de la science-fiction contemporaine, mais dont la classification comme uchronie est moins évidente.
Son intérêt pour notre sélection tient surtout à son extraordinaire capacité à imaginer une autre trajectoire technologique et sociale.
Le Régiment monstrueux — Terry Pratchett
Un roman des Annales du Disque-monde, qui détourne avec humour les conflits militaires et les rapports entre nations.
Il est particulièrement amusant, mais nous avons préféré ne pas le faire entrer dans un Top 20 consacré strictement à l’uchronie.
Les Chroniques de St Mary — Jodi Taylor
Une vaste série consacrée au voyage dans le temps et à l’exploration historique.
Les modifications de l’Histoire sont bien présentes, mais le voyage temporel reste au cœur du concept. Nous avons donc préféré ne pas la confondre avec les uchronies les plus représentatives du genre.
Les Fils de l’air — Johan Heliot
Une autre proposition française intéressante, qui mérite d’être découverte par les amateurs d’Histoire alternative et de rétrofuturisme.
En résumé
L’uchronie peut prendre des formes extrêmement différentes.
Elle peut partir d’une victoire militaire qui n’a jamais eu lieu, comme dans Le Maître du Haut Château ou Fatherland.
Elle peut imaginer la survie d’un empire disparu, comme dans Roma Æterna.
Elle peut modifier une invention et transformer toute une civilisation, comme dans La Machine à différences.
Elle peut encore partir d’une décision politique, d’un destin individuel ou d’une autre trajectoire pour un personnage historique.
C’est précisément cette diversité qui fait la richesse du genre.
Notre Top 20 réunit donc volontairement des œuvres très différentes : Philip K. Dick, Keith Roberts, Robert Silverberg, Christopher Priest, William Gibson, Bruce Sterling, Robert Harris, Philip Roth, Poul Anderson, L. Sprague de Camp, Éric-Emmanuel Schmitt, Roland C. Wagner, Laurent Genefort, Stéphane Beauverger, Ward Moore, Stephen Baxter, Norman Spinrad, Jean-Pierre Andrevon et Michel-Antoine Burnier.
Toutes ont cependant un point commun : elles nous obligent à regarder notre propre Histoire autrement.
Conclusion
C’est peut-être ce qui fait la force particulière de l’uchronie.
Elle ne consiste pas seulement à inventer un passé qui n’a jamais existé.
Elle nous oblige à regarder celui qui existe.
Lorsque Philip K. Dick imagine un monde dominé par l’Allemagne nazie, lorsque Keith Roberts fait survivre l’Angleterre catholique, lorsque Robert Silverberg prolonge l’Empire romain ou lorsque Ward Moore donne la victoire aux Confédérés, la question n’est finalement jamais uniquement :
« Que se serait-il passé ? »
Elle devient :
« Pourquoi notre monde est-il devenu celui que nous connaissons ? »
Chaque uchronie rappelle ainsi que l’Histoire n’était probablement pas écrite d’avance. Une bataille, une élection, une invention, une rencontre ou une décision peuvent parfois suffire à faire basculer des décennies entières.
Et c’est peut-être pour cela que le genre reste aussi fascinant aujourd’hui : pour comprendre notre monde, il faut parfois commencer par imaginer celui qui aurait pu exister à sa place.