Auteur/autrice : CH91

 

Quelques nouvelles terrifiantes par Gaston Leroux

Fiche de Quelques nouvelles terrifiantes

Titre : Quelques nouvelles terrifiantes
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1911-1924
Editeur : Bibebook

Sommaire de Quelques nouvelles terrifiantes :

  • Le dîner des bustes
  • La hache d’or
  • L’auberge épouvantable
  • Le Noël du petit Vincent-Vincent
  • Not’Olympe
  • La femme au collier de velours

Première page de Le dîner des bustes

« Le Chinois, le Malgache et le Soudanais, explique Dorée, confidentielle, je ne sais pas leurs vrais noms, ni leurs âges, ni rien et personne ne le sait à Toulon. C’est prodigieux de les voir ici… En voilà qui sont du Mourillon, du vrai Mourillon… Ce sont des capitaines de la coloniale. Sur quatre années, ils en passent trois dans leur pays de là-bas, en Chine, à Madagascar, au Soudan, et, la quatrième, ils refont leur foie au bord de la mer, en se chauffant au soleil, dans le jardinet d’une villa… On dit des choses d’eux : « Ils vivent ici, pareils que chez les sauvages… Ils mangent à la sauvage… enfin, tout !… »

Claude Farrère

Les Petites Alliées

Le capitaine Michel n’avait plus qu’un bras, qui lui servait à fumer sa pipe. C’était un vieux loup de mer dont j’avais fait la connaissance en même temps que celle de quatre autres loups de mer, un soir, à l’apéritif, sur la terrasse d’un café de la vieille Darse, à Toulon. Et nous avions ainsi pris l’habitude de nous réunir autour des soucoupes, à deux pas de l’eau clapotante et des petites barques dansantes, à l’heure où le soleil descend du côté de Tamaris. »

Extrait de : G. Leroux. « Quelques nouvelles terrifiantes. »

Mister Flow par Gaston Leroux

Fiche de Mister Flow

Titre : Mister Flow
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1927
Editeur : BNF

Première page de Mister Flow

« Mon audace et mon bonheur dans les jeux les plus redoutables (voir code pénal…) m’ont valu l’admiration universelle. Cependant, mon cas, s’il n’était à s’évanouir d’épouvante, serait tout à fait bouffon, et, parmi toutes les tempêtes qu’il a soulevées, je songe à la tempête de rires qui m’accueillerait si l’on savait toute la vérité.

(Extrait des confessions de L’Homme aux cent visages.)

Ô vous, mes jeunes confrères du barreau, qui fréquentez encore les conférences « Colonne », lirez-vous jamais ces pages où je retrace ma véridique histoire qui est bien la plus inouïe qui se puisse concevoir ? Je le souhaite pour vous, car elle est instructive… Mais vous ne la connaîtrez, je l’espère bien, qu’après ma mort, qui est la moindre catastrophe qui me guette… Hélas ! je sens derrière ma porte l’effroyable aventure prête à me ressaisir dans son ahurissant tourbillon, à m’arracher à cette courte station où je m’essaie à vivre sous mon dernier masque (le cent unième), celui de l’honnête homme… Justes dieux ! ne m’avez-vous accordé qu’une étape dans cette course à l’abîme ?… 

(Du même.) »

Extrait de : G. Leroux. « Mister Flow. »

Les mohicans de Babel par Gaston Leroux

Fiche de Les mohicans de Babel

Titre : Les mohicans de Babel
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1926
Editeur : Bibebook

Première page de Les mohicans de Babel

« Quand Milon-Lauenbourg donna cette fête dans son nouvel hôtel du bois de Boulogne, il était à l’apogée de sa puissance. Nommé ministre du Trésor depuis huit jours par un gouvernement aux abois, il semblait qu’il n’y eût plus d’espoir qu’en lui.

On avait tout essayé pour sortir d’une situation au bout de laquelle on apercevait le gouffre.

Les emprunts ne rendant plus rien, on avait dû y renoncer : la dernière inflation avait été un désastre.

L’impôt sur le capital avec le produit duquel on devait remplir la caisse d’amortissement n’avait servi, en dépit des précautions prises, qu’à boucher quelques trous du budget car l’événement avait prouvé l’inanité de la conception d’une caisse nationale indépendante qui fût pleine pendant que celle de l’État était vide.

Le commerce, l’industrie ne se sauvaient d’un impôt mortel qu’en fraudant le fisc grâce aux pires complaisances parlementaires.

Les ruines s’accumulaient sur lesquelles, du jour au lendemain, s’édifiaient de prodigieuses fortunes. Une horde d’agioteurs était maîtresse du pays. Le coût de la vie prenait des proportions effrayantes. »

Extrait de : G. Leroux. « Les Mohicans de Babel. »

Le roi mystère par Gaston Leroux

Fiche de Le roi mystère

Titre : Le roi mystère
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1908
Editeur : Bibebook

Première page de Le roi mystère

« Est-il rien de plus morne, de plus angoissant, de plus triste, de plus désespéré que ce coin de Paris qui entoure la place de la Roquette ? C’est en vain que sur l’emplacement de la vieille prison, récemment démolie, on s’est empressé d’élever de vastes maisons de rapport, l’aspect général reste lugubre, grâce à cette autre prison de l’autre côté de la place, où l’on a enfermé l’enfance : Prison des jeunes détenus !

A l’époque qui nous occupe, la Grande-Roquette élevait depuis de nombreuses années déjà ses murs nus en face de la Petite. Quand, parfois, la porte de la Petite s’entrouvrait pour laisser sortir quelque adolescent, tout pâle encore d’avoir enseveli là quelques mois précieux de sa jeunesse, la première chose qu’il voyait était la porte de la Grande, sinistre comme si on l’eût dressée sur le seuil de son propre avenir.

L’une et l’autre n’étaient séparées que par quelques pierres, piédestal de l’échafaud. Si le jeune homme détournait les yeux de ce sombre spectacle et si son regard montait vers la gauche, il apercevait une autre porte, la porte d’un cimetière : le Père-Lachaise. »

Extrait de : G. Leroux. « Le Roi Mystère. »

Le fils de trois pères par Gaston Leroux

Fiche de Le fils de trois pères

Titre : Le fils de trois pères
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1925
Editeur : Bibebook

Première page de Le fils de trois pères

« Ce matin, avant même que les portes fussent ouvertes aux clients, les grands magasins de la « Bella Nissa », au coin de la place du Palais, étaient en rumeur. Du haut en bas de ce vaste établissement, les employés se lançaient la nouvelle : Hardigras, pendant la nuit, avait encore fait des siennes !…

Une première vendeuse – rayon de blanc – clamait que deux paires de drap ourlés à jour et brodés lui manquaient. A leur place elle avait trouvé la carte de visite de Hardigras. Ce « diaou » (diable) de Hardigras ! Il couchait dans la batiste.

Les vendeuses du rayon de soierie qui n’avaient pas encore reçu sa visite depuis qu’il hantait, pour la terreur des uns et pour la joie des autres, les grands magasins de la « Bella Nissa », se détournaient pour sourire. Elles avaient conclu de ce que Hardigras avait jusqu’alors respecté leur assortiment de bas de soie, que ce mystérieux seigneur avait peu ou prou de coquetterie pour ses maîtresses. »

Extrait de : G. Leroux. « Le Fils de trois pères. »

Le fauteuil hanté par Gaston Leroux

Fiche de Le fauteuil hanté

Titre : Le fauteuil hanté
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1909
Editeur : Bibebook

Première page de Le fauteuil hanté

« — C’est un vilain moment à passer…

— Sans doute, mais on dit que c’est un homme qui n’a peur de rien !…

— A-t-il des enfants ?

— Non !… Et il est veuf !

— Tant mieux !

— Et puis, il faut espérer tout de même qu’il n’en mourra pas !… Mais dépêchons-nous !…

En entendant ces propos funèbres, M. Gaspard Lalouette – honnête homme, marchand de tableaux et d’antiquités, établi depuis dix ans rue Laffitte, et qui se promenait ce jour-là quai Voltaire, examinant les devantures des marchands de vieilles gravures et de bric-à-brac –, leva la tête…

Dans le même moment, il était légèrement bousculé sur l’étroit trottoir par un groupe de trois jeunes gens, coiffés du béret d’étudiant, qui venait de déboucher de l’angle de la rue Bonaparte, et qui, toujours causant, ne prit point le temps de la moindre excuse.

M. Gaspard Lalouette, de peur de s’attirer une méchante querelle, garda pour lui la mauvaise humeur qu’il ressentait de cette incivilité, et pensa que les jeunes gens couraient assister à quelque duel dont ils redoutaient tout haut l’issue fatale. »

Extrait de : G. Leroux. « Le fauteuil hanté. »

Robert Harris

Présentation de Robert Harris :

S’il est de notoriété publique que Robert Harris s’est d’abord illustré dans le noble artisanat du journalisme — prêtant sa plume acérée à la BBC ou à l’Observer —, il sied avant tout de s’esbaudir devant son habileté prodigieuse à subvertir la trame du temps. Car, sous les dehors respectables de l’auteur de romans historiques ou de suspenses à résonance politique, Robert Harris cache un véritable démiurge de l’imaginaire, passé maître dans cet art délicat que les cénacles de l’anticipation nomment l’uchronie ou la fiction spéculative.

Le coup d’éclat de cette veine conjecturale demeure, incontestablement, son grand œuvre de 1992, « Fatherland ». Robert Harris s’y adonne à une terrifiante expérience de pensée : et si les armées du Troisième Reich étaient sorties victorieuses du second conflit mondial ? Il nous brosse avec une minutie glaçante le portrait d’un Berlin des années soixante, écrasé par l’architecture colossale et totalitaire voulue par le chancelier Hitler. Le lecteur s’y trouve plongé dans une réalité alternative vertigineuse, où l’histoire a bifurqué vers les ténèbres. C’est là un chef-d’œuvre de la littérature spéculative, qui n’a rien à envier aux visions crépusculaires d’un Philip K. Dick.

Mais l’exploration des possibles ne s’arrête point là pour notre auteur. Avec « L’Indice de la peur », il s’aventure aux lisières de la science-fiction contemporaine. Robert Harris y échafaude un récit d’une modernité saisissante autour d’une intelligence artificielle devenue omnisciente, capable de spéculer sur les marchés financiers en se repaissant des angoisses humaines. Il y ravive le mythe de Frankenstein à l’ère de la cybernétique naissante, nous offrant un conte d’anticipation horrifique du meilleur aloi.

Plus récemment, l’écrivain s’est de nouveau affranchi des chaînes de la réalité avec le stupéfiant « Le Sommeil du juste » (The Second Sleep). Sous les atours d’un roman historique se déroulant dans une Angleterre rurale et moyenâgeuse, Robert Harris dissimule en vérité un prodigieux récit post-apocalyptique. L’on y découvre, avec un frisson de stupeur, que ce monde archaïque a succédé à l’effondrement de notre propre civilisation technologique. Ce basculement vertigineux, qui brouille les pistes entre le passé et un futur ruiné, témoigne d’une imagination d’une rare acuité.

En définitive, Robert Harris ne se contente pas de relater l’histoire ; il la tord, la réinvente et l’extrapole, s’imposant comme un maître incontesté du suspense conjectural.

Livres de Robert Harris :

Cicéron :

Archange (1998)
Conclave (2016)
D (2013)
Des hommes de guerre (2024)
Enigma (1995)
Fatherland (1992)
L’homme de l’ombre (2007)
L’indice de la peur (2011)
Le second sommeil (2021)
Les régicides (2022)
Munich (2018)
Pompéi (2003)
V2 (2020)

Pour en savoir plus sur Robert Harris :

La page Wikipédia sur R. Harris
La page Noosfere sur R. Harris
La page isfdb de R. Harris

Michel-Antoine Burnier

Présentation de Michel-Antoine Burnier :

Il est de bon ton de se remémorer de l’esprit frondeur de Michel-Antoine Burnier, de son compagnonnage intellectuel avec le maître de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre, et de son rôle d’agitateur de la contre-culture et du nouveau journalisme au sein du magazine Actuel. Mais, le talent de Michel-Antoine Burnier ne saurait se cantonner aux seuls manifestes de la gauche contestataire.

En effet, c’est avec une virtuosité exquise que l’auteur s’est aventuré sur les vastes territoires de l’imaginaire, de l’anticipation et de l’histoire spéculative. Michel-Antoine Burnier, pétri d’érudition, est un passionné des civilisations rêvées, ce qu’il a magistralement démontré en publiant l’essai « Les paradis terrestres : 25 siècles d’utopies de Platon à Biosphère 2 ». Il s’y fait l’explorateur des mondes de l’impossible, cartographiant avec délice ces sociétés alternatives et ces chimères futuristes, à la lisière de la science-fiction sociologique, qui ont de tout temps fasciné les penseurs.

Mais le sommet de son art conjectural réside sans nul doute dans cette pépite uchronique qu’il fit paraître au crépuscule de sa vie, en collaboration avec son fidèle ami Léon Mercadet : le roman « Il est midi dans le siècle ». Michel-Antoine Burnier s’y approprie brillamment les codes de ce que nos cercles littéraires nomment l’uchronie, soit l’art vertigineux de modifier un point nodal du passé pour en tirer un univers alternatif. Il y formule une hypothèse d’une audace folle : et si Lénine avait péri lors d’un trivial accident de chemin de fer le 9 avril 1917 ? D’un trait de plume, il efface la révolution bolchevique et le nazisme, réinventant le vingtième siècle pour nous livrer un récit fascinant où la littérature de l’imaginaire se fait le miroir déformant de notre condition humaine.

Enfin, je m’en voudrais de ne pas évoquer son incursion dans l’imaginaire par le prisme délicieusement retors du pastiche. Avec son cousin et complice, Patrick Rambaud, il n’a eu de cesse d’inventer des fictions dans la fiction, pastichant les grands noms de la littérature pour créer des textes fantômes d’une cocasserie et d’une inventivité sans pareilles.

Ainsi, Michel-Antoine Burnier, sous les oripeaux de l’essayiste et du polémiste, se dissimule un authentique démiurge, un jongleur d’hypothèses épris de ces mondes parallèles où l’histoire bifurque.

Livres de Michel-Antoine Burnier :

Il est midi dans le siècle (2013)
Le rouge et le rose (2011)

Pour en savoir plus sur Michel-Antoine Burnier :

La page Wikipédia sur M.-A. Burnier
La page Noosfere sur M.-A. Burnier
La page isfdb de M.-A. Burnier

Trois contes par Gustave Flaubert

Fiche de Trois contes

Titre : Trois contes
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1877
Editeur : BNF

Sommaire de Trois contes :

  • Un coeur simple
  • La légende de Saint Julien l’Hospitalier
  • Hérodias

Première page de Un coeur simple

« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, – qui cependant n’était pas une personne agréable.

Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dettes. Alors elle vendit ses immeubles, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Geffosses, dont les rentes montaient à 5 000 francs tout au plus, et elle quitta sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une autre moins dispendieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée derrière les halles.

Cette maison, revêtue d’ardoises, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit séparait la cuisine de la salle où Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. »

Extrait de : G. Flaubert. « Trois contes. »

Textes de jeunesse (partie 2) par Gustave Flaubert

Fiche de Textes de jeunesse

Titre : Textes de jeunesse
Auteur : Gustave Flaubert
Date de parution : 1910
Editeur : Bibebook

Sommaire de Textes de jeunesse :

  • Agonies. Angoisses.
  • Mémoire d’un fou
  • Les funérailles du Docteur Mathurin
  • Novembre

Première page de Agonies. Angoisses.

« Tu les as vues éclore, mon cher Alfred, les voilà réunies sur un tas de papier. Que le vent disperse les feuilles, – que la mémoire les oublie. Ce méchant cadeau te rappellera nos vieilles causeries de l’an passé. – Sans doute ton coeur se dilatera en te ressouvenant de ce suave parfum de jeunesse qui embaumait tant de pensées désespérantes. – Et si tu ne peux lire les caractères qu’aura tracés ma main, tu vois couramment dans le coeur qui les a versés.

Maintenant je te les envoie comme un soupir, comme un signe de la main à un ami qu’on espère revoir.

Peut-être riras-tu plus tard quand tu seras un homme marié et rangé et moral en rejetant les yeux sur les pensées d’un pauvre enfant de 16 ans qui t’aimait par-dessus toute chose et qui déjà avait l’âme tourmentée de tant de sottises. »

Extrait de : G. Flaubert. « Textes de jeunesse II. »