Auteur/autrice : CH91

 

Liu Cixin

Présentation de Liu Cixin :

Liu Cixin, né le 23 juin 1963 à Yangquan, dans la province du Shanxi, est l’écrivain de science-fiction le plus célèbre de Chine. Ancien ingénieur hydraulicien, il a propulsé la littérature de l’imaginaire chinoise sur la scène internationale, devenant en 2015 le premier auteur asiatique à remporter le prestigieux prix Hugo du meilleur roman.

Un ingénieur entre deux mondes

Issu d’une famille ouvrière, Liu Cixin grandit durant la Révolution culturelle, une période de bouleversements qui marquera profondément sa vision de la résilience humaine et du progrès technologique. En 1985, il sort diplômé de l’université de conservation de l’eau et d’énergie électrique de la Chine du Nord.

Pendant près de trente ans, il travaille comme ingénieur dans une centrale électrique à Niangziguan. C’est durant ses heures de repos qu’il commence à écrire, développant une œuvre qui allie la rigueur scientifique de la « hard science-fiction » à des fresques métaphysiques de grande ampleur.

Le phénomène « Le Problème à trois corps »

Bien qu’il publie des nouvelles dès la fin des années 1990 (remportant à plusieurs reprises le prix Galaxy, la plus haute distinction chinoise du genre), c’est en 2006 que sa carrière prend un tournant décisif. Il publie alors, sous forme de feuilleton dans le magazine Science Fiction World, le premier volet de sa trilogie Le Problème à trois corps (Santi).

L’œuvre imagine le premier contact de l’humanité avec une civilisation extraterrestre hostile, les Trisolariens, dans un contexte mêlant physique quantique, théorie des jeux et sociologie cosmique. La trilogie se poursuit avec La Forêt sombre (2008) et La Mort vive (2010), s’étendant sur des millions d’années et explorant le destin ultime de l’univers.

Une reconnaissance internationale fulgurante

Le succès de Liu Cixin franchit les frontières de la Chine grâce à la traduction anglaise de Ken Liu en 2014. Le roman reçoit un accueil enthousiaste de personnalités comme Barack Obama ou Mark Zuckerberg, séduits par l’ampleur de sa vision. En France, ses œuvres sont publiées par les éditions Actes Sud et traduites par Gwennaël Gaffric, rencontrant un succès critique et public majeur.

En 2019, l’adaptation au cinéma de sa nouvelle La Terre vagabonde (The Wandering Earth) devient l’un des plus grands succès du box-office chinois, confirmant l’influence de l’auteur sur la culture populaire mondiale. En 2024, une adaptation à gros budget de sa trilogie phare voit le jour sur Netflix, sous la direction des créateurs de Game of Thrones.

Style et thématiques

Le style de Liu Cixin se caractérise par ce qu’il appelle le « sentiment de vertige » provoqué par les échelles de temps et d’espace astronomiques. Ses récits posent souvent une question éthique fondamentale : jusqu’où l’humanité doit-elle aller pour assurer sa survie ?

Loin de l’anthropocentrisme fréquent dans la science-fiction occidentale, il propose une vision du cosmos souvent sombre (illustrée par sa célèbre théorie de la « forêt sombre »), où les civilisations sont contraintes de se cacher ou d’éliminer les autres pour ne pas être détruites.

Aujourd’hui, Liu Cixin vit toujours en Chine, où il est considéré comme un héros national ayant redonné ses lettres de noblesse à la littérature scientifique, tout en incitant une nouvelle génération de lecteurs à regarder vers les étoiles.

Livres de Liu Cixin :

Nouvelles complètes :

Trois corps :

Avec ses yeux (2011)
Boule de foudre (2018)
Des dinosaures et des fourmis (2003)
L’ère de la supernova (2003)
Terre errante (2000)

Pour en savoir plus sur Liu Cixin :

La page Wikipédia sur L. Cixin
La page Noosfere sur L. Cixin
La page isfdb de L. Cixin

Un enfant de dieu par Cormac McCarthy

Fiche de Un enfant de dieu

Titre : Un enfant de dieu
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1973
Traduction : G. Belleteste
Editeur : Actes Sud

Première page de Un enfant de dieu

« Ils arrivèrent comme une caravane de forains à travers les basses terres envahies de laîches et franchirent la colline dans le soleil du matin, le camion bringuebalant et plongeant dans les ornières, les musiciens en équilibre instable sur des chaises dans la caisse, en train d’accorder leurs instruments ; le gros type avec sa guitare souriait et gesticulait en direction des autres dans la voiture derrière, se penchant pour donner la note au violoneux qui tournait une clef de son crincrin, l’oreille tendue, le visage plissé. Ils passèrent sous les pommiers en fleur, le long d’une mangeoire en rondins colmatée de boue orange, traversèrent un ruisseau à gué pour arriver en vue d’une vieille masure à essentes, ombre bleue sous la paroi montagneuse. Au-delà se dressait une grange. Un des hommes à l’arrière du camion donna un coup de poing sonore sur le toit de la cabine et le véhicule s’immobilisa. Des voitures et des camions arrivaient à travers les herbes folles dans la cour, il y avait des gens à pied. »

Extrait de : C. McCarthy. « Un Enfant de Dieu. »

Suttree par Cormac McCarthy

Fiche de Suttree

Titre : Suttree
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1979
Traduction : G. Belleteste, I. Reinharez
Editeur : Actes Sud

Première page de Suttree

« Cher ami, maintenant qu’aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s’étirent sombres et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l’abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces couloirs de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi.
D’antiques murs de pierre, que les intempéries n’ont pas fouaillés, logeaient dans leurs strates des os fossiles, des scarabées de calcaire froissés au fond de cette mer intérieure disparue. Des arbres frêles et noirs de l’autre côté de ces grilles là-bas où les morts ont leur métropole en miniature. Étrange architecture de marbre, stèle et obélisque et croix et petites dalles usées par la pluie où les noms s’estompent avec le temps. »

Extrait de : C. McCarthy. « Suttree. »

Stella Maris par Cormac McCarthy

Fiche de Stella Maris

Titre : Stella Maris
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 2022
Traduction : P. Guivarch
Editeur : Editions de l’Olivier

Première page de Stella Maris

« Bonjour. Je suis le docteur Cohen.
Vous n’êtes pas le docteur Cohen auquel je m’attendais.
Désolé. Vous pensez probablement au docteur Robert Cohen.
Oui. J’ai l’impression qu’on ne manque pas de docteur Cohen.
Sans doute pas. Comment allez-vous ? Vous allez bien ?
Est-ce que je vais bien.
Oui.
Je suis chez les dingues.
Bon. À part ça, disons.
Vous faites ça depuis combien de temps ?
Environ quatorze ans.
Vous allez enregistrer.
Il me semble que c’est ce qui avait été convenu. Ça vous va ?
Oui, je pense. À l’époque, je croyais que vous étiez quelqu’un d’autre.
Ça ne vous va pas.
Si. C’est bon. Encore que, je précise que je ne me suis engagée qu’à bavarder. Pas à suivre une quelconque thérapie. »

Extrait de : C. McCarthy. « Stella Maris. »

Méridien de sang par Cormac McCarthy

Fiche de Méridien de sang

Titre : Méridien de sang
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1985
Traduction : F. Hirsch
Editeur : Points

Première page de Méridien de sang

« Voici l’enfant. Il est pâle et maigre, sa chemise de toile est mince et en lambeaux. Il tisonne le feu près de la souillarde. Dehors s’étendent des terres sombres retournées piquées de lambeaux de neige et plus sombres au loin des bois où s’abritent encore les derniers loups. Sa famille ce sont des tâcherons, fendeurs de bois et puiseurs d’eau, mais en vérité son père a été maître d’école. Il ne dessoûle jamais, il cite des poètes dont les noms sont maintenant oubliés. Le petit est accroupi devant le feu et l’observe.

L’année de ta naissance. Trente-trois. On les appelait les Léonides. Mon Dieu toutes ces étoiles qui tombaient. Je cherchais du noir, des trous dans les nuées. La Grande Ourse sombrait.

La mère morte depuis quatorze ans a nourri dans son sein la créature qui allait l’emporter. Jamais le père ne prononce son nom, l’enfant ne le connaît pas. Il a en ce monde une sœur qu’il ne reverra pas. Il observe, pâle et pas lavé. Il ne sait ni lire ni écrire et déjà couve en lui un appétit de violence aveugle. Toute l’histoire présente en ce visage, l’enfant père de l’homme. »

Extrait de : C McCarthy. « Méridien de sang. »

Le passager par Cormac McCarthy

Fiche de Le passager

Titre : Le passager
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 2022
Traduction : S. Chauvin
Editeur : Editions de l’Olivier

Première page de Le passager

« Il avait un peu neigé dans la nuit et ses cheveux gelés étaient d’or et de cristal et ses yeux glacés et durs comme pierre. Une de ses bottes jaunes avait glissé et se dressait dans la neige en dessous d’elle. Son manteau se dessinait saupoudré de neige là où elle l’avait abandonné et elle ne portait plus qu’une robe blanche et elle pendait parmi les arbres de l’hiver, poteaux nus et gris, la tête inclinée et les paumes légèrement ouvertes comme ces statues œcuméniques qui réclament par leur attitude qu’on prenne en compte leur histoire. Qu’on prenne en compte les fondations du monde qui puise son essence dans le chagrin de ses créatures. Le chasseur s’agenouilla et ficha son fusil bien droit dans la neige et retira ses gants et les laissa tomber au sol et joignit les mains l’une sur l’autre. Il se dit qu’il devrait prier mais il n’avait pas de prière pour une chose pareille. Il inclina la tête. Tour d’Ivoire, dit-il. Maison d’Or. Longtemps il resta à genoux. »

Extrait de : C. McCarthy. « Le passager. »

Le gardien du verger par Cormac McCarthy

Fiche de Le gardien du verger

Titre : Le gardien du verger
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1965
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Editions de l’Olivier

Première page de Le gardien du verger

« L’arbre était à terre et tronçonné, les rondins épars sur l’herbe. Se tenait là un homme trapu avec trois doigts enveloppés d’un bandage sale maintenu par une attelle. Il y avait à ses côtés un Noir et un jeune homme, tous trois rassemblés autour du pied de l’arbre. Le type trapu posa la scie et lui et le Noir empoignèrent le piquet de clôture et bandèrent leurs muscles en ahanant et en soufflant jusqu’à ce qu’ils aient réussi à retourner la bille. L’homme se baissa, s’appuyant sur un genou, et examina l’entaille. On ferait mieux d’attaquer de ce côté-ci, dit-il. Le Noir ramassa la scie de travers et lui et l’homme se remirent à scier. Ils continuèrent un moment et l’homme dit : Tiens-la. Nom de Dieu, voilà que ça recommence. Ils s’arrêtèrent et retirèrent la lame de l’entaille et regardèrent à l’intérieur de l’arbre. Oh là là, dit le Noir. Y a plus de doute maintenant, pas vrai ?Le jeune homme s’approcha pour regarder. Ici, dit l’homme, regarde ici sur le côté. Tu vois ? Il regardait. Ici jusqu’en haut ? Ouais, dit l’homme. »

Extrait de : C. McCarthy. « Le gardien du verger. »

La route par Cormac McCarthy

Fiche de La route

Titre : La route
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 2006
Traduction : F. Hirsch
Editeur : Points

Première page de La route

« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d’une lumière mais il n’y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s’éveiller il errait dans une caverne où l’enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d’une bête de granit. De profondes cannelures de Pierre où l’eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s’interrompre jamais. »

Extrait de : C. McCarthy. « La Route. »

Des villes dans la plaine par Cormac McCarthy

Fiche de Des villes dans la plaine

Titre : Des villes dans la plaine (Tome 3 sur 3 – La trilogie des confins)
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1998
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Points

Première page de Des villes dans la plaine

« ILS ÉTAIENT DEBOUT dans l’entrée et tapaient des pieds pour chasser l’eau de leurs bottes et agitaient leurs chapeaux et essuyaient leurs visages trempés d’eau. Dehors dans la rue les rouges et les verts criards des enseignes au néon dérivaient et moutonnaient sous la pluie cinglant les flaques et la pluie dansait sur les toits d’acier des voitures garées le long des trottoirs.
Nom d’un chien, pour un peu je me noyais, dit Billy. Il secouait son chapeau dégoulinant. Où il est passé, le cow-boy des Amériques ?
Il est déjà entré.
Allons-y. Il va se garder pour lui toutes les belles grosses.
Les putains assises sur les canapés miteux dans leurs déshabillés miteux levèrent la tête. Le local était pratiquement vide. »

Extrait de : C. McCarthy. « Des villes dans la plaine – La trilogie des confins. »

Le grand passage par Cormac McCarthy

Fiche de Le grand passage

Titre : Le grand passage (Tome 2 sur 3 – La trilogie des confins)
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1994
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Points

Première page de Le grand passage

« QUAND ILS ARRIVÈRENT AU SUD après avoir quitté Grant County Boyd n’était guère qu’un nouveau-né et le comté récemment constitué baptisé Hidalgo était lui-même à peine plus âgé que l’enfant. Au pays qu’ils avaient laissé gisaient les ossements d’une sœur et les ossements d’une grand-mère maternelle. Le nouveau pays était riche et sauvage. On pouvait aller à cheval jusqu’au Mexique sans rencontrer une seule clôture en travers du chemin. Il transportait Boyd devant lui dans l’arçon de sa selle et lui décrivait le paysage qu’ils traversaient et lui annonçait les noms des animaux et des oiseaux à la fois en espagnol et en anglais. Dans la nouvelle maison ils couchaient dans la chambre contiguë à la cuisine et la nuit quand il restait éveillé il écoutait son frère respirer dans l’obscurité et il lui racontait tout bas pendant qu’il dormait les projets qu’il avait faits pour eux et la vie qu’ils mèneraient. »

Extrait de : C. McCarthy. « Le grand passage – La trilogie des confins. »