La fin du monde n’est pas toujours la fin de l’histoire.
Depuis les débuts de la science-fiction, les écrivains imaginent ce qui pourrait arriver après une catastrophe majeure : guerre nucléaire, pandémie, bouleversement climatique, invasion, catastrophe écologique ou effondrement brutal de la civilisation. Mais le roman post-apocalyptique ne s’intéresse pas uniquement à la catastrophe elle-même. Il pose surtout une question fascinante : que devient l’humanité lorsqu’elle doit recommencer à zéro ?
Certains auteurs imaginent des sociétés réduites à quelques survivants. D’autres racontent la reconstruction d’une civilisation disparue. Certains décrivent une nature qui reprend ses droits, tandis que d’autres s’intéressent aux conséquences psychologiques de la solitude et de la survie.
La science-fiction post-apocalyptique est donc beaucoup plus vaste que les simples histoires de fin du monde.
Dans cette sélection, nous avons retenu 20 romans incontournables, en privilégiant les œuvres qui ont marqué le genre, celles qui ont profondément influencé d’autres auteurs et quelques romans moins connus qui méritent d’être redécouverts.
Notre sélection couvre plusieurs générations de science-fiction, des grands classiques du XXᵉ siècle aux œuvres contemporaines.
Commençons par un roman que l’on voit malheureusement trop rarement apparaître dans les listes consacrées à la science-fiction post-apocalyptique.
Publié en 1953, Le Cheval roux d’Elsa Triolet imagine un monde bouleversé par une catastrophe qui remet profondément en question la civilisation humaine.
L’intérêt du roman ne réside pas uniquement dans la catastrophe elle-même. Comme dans beaucoup des meilleurs récits post-apocalyptiques, Elsa Triolet s’intéresse surtout aux hommes qui doivent continuer à vivre après l’effondrement du monde qu’ils connaissaient.
Le roman possède également une dimension politique et philosophique particulièrement intéressante. Il témoigne des inquiétudes de son époque tout en proposant une réflexion sur la civilisation, la violence et l’avenir de l’humanité.
Aujourd’hui difficile à trouver, Le Cheval roux est pourtant une œuvre qui mérite largement d’être redécouverte.
Pourquoi le lire ? Pour découvrir un roman post-apocalyptique français rare, différent des classiques anglo-saxons et porté par une autrice majeure de la littérature française.
Avec Genocides, Thomas M. Disch propose une vision particulièrement sombre de l’apocalypse.
Ici, pas de héros solitaire parcourant les ruines d’une civilisation disparue. La catastrophe transforme progressivement le monde en un environnement hostile où la survie devient une lutte permanente.
Le roman se distingue notamment par son pessimisme. Disch ne cherche pas à rassurer son lecteur en imaginant que l’humanité saura nécessairement reconstruire une société meilleure.
Au contraire, il montre à quel point les mécanismes sociaux, politiques et économiques peuvent continuer à produire de la violence même lorsque la civilisation est en train de disparaître.
C’est un roman dur, parfois cruel, mais particulièrement intéressant pour comprendre l’évolution du genre post-apocalyptique.
Pourquoi le lire ? Pour une vision beaucoup plus sombre et pessimiste de l’effondrement de la civilisation.
Avec La Constellation du chien, nous entrons dans le post-apocalyptique contemporain.
Une pandémie a décimé l’humanité. Quelques survivants tentent de continuer à vivre dans un monde où les repères de l’ancienne civilisation ont pratiquement disparu.
Le roman de Peter Heller privilégie cependant l’intime plutôt que le spectaculaire.
La survie ne consiste pas seulement à trouver de la nourriture ou à éviter les dangers. Il faut également trouver une raison de continuer à vivre.
Cette dimension humaine donne au roman une atmosphère mélancolique qui le distingue de nombreux récits post-apocalyptiques plus orientés vers l’action.
Pourquoi le lire ? Pour découvrir un post-apocalyptique intimiste, contemplatif et profondément humain.
La trilogie MaddAddam occupe une place particulière dans la littérature post-apocalyptique contemporaine.
Elle commence avec Le Dernier Homme, se poursuit avec Le Temps du déluge et se termine avec MaddAddam.
Margaret Atwood imagine une civilisation qui s’est progressivement détruite elle-même : dérèglement climatique, catastrophes écologiques, dérives scientifiques et domination de grandes entreprises ont fini par rendre le monde méconnaissable.
Le Temps du déluge, deuxième volume de la trilogie, approfondit considérablement cet univers et permet de découvrir l’effondrement sous un autre angle.
Il est préférable de lire les trois romans dans leur ordre de publication :
Pourquoi le lire ? Pour une vision particulièrement crédible et inquiétante d’un effondrement provoqué progressivement par les dérives de notre propre civilisation.
Que reste-t-il de la civilisation après une pandémie qui a tué la quasi-totalité de la population mondiale ?
C’est la question au cœur de Station Eleven.
Emily St. John Mandel aurait pu écrire un simple roman de survie. Elle choisit une approche beaucoup plus subtile.
Le roman s’intéresse à la mémoire, à l’art, aux relations humaines et à ce qui donne encore un sens à l’existence lorsque la société moderne a disparu.
Le récit alterne notamment entre le monde d’avant la catastrophe et celui qui lui succède, permettant de mesurer progressivement l’ampleur de ce qui a été perdu.
Station Eleven rappelle ainsi une idée essentielle du genre : survivre ne signifie pas forcément vivre.
Pourquoi le lire ? Pour un roman post-apocalyptique profondément humain qui s’intéresse davantage à la reconstruction de l’existence qu’à la catastrophe elle-même.
Si vous cherchez un roman post-apocalyptique radicalement différent, World War Z mérite votre attention.
Max Brooks imagine une pandémie mondiale transformant les êtres humains en zombies. Mais plutôt que de raconter l’histoire d’un petit groupe de survivants, l’auteur adopte la forme d’un gigantesque témoignage historique.
Le narrateur recueille les récits de personnes ayant vécu la catastrophe aux quatre coins du monde.
Militaires, médecins, politiciens, civils et survivants racontent ainsi la guerre contre les morts-vivants.
Cette structure permet à Max Brooks de dépasser largement le simple récit de zombies. World War Z devient une réflexion sur les réactions des gouvernements, la désinformation, les erreurs stratégiques et la capacité des sociétés à s’adapter à une catastrophe mondiale.
Pourquoi le lire ? Parce qu’il transforme le récit de zombies en véritable chronique géopolitique de l’apocalypse.
Après l’effondrement de la civilisation américaine, les survivants tentent de reconstruire une société à partir de presque rien.
Dans Le Facteur, David Brin s’intéresse moins à la catastrophe elle-même qu’à ce qui vient après.
Comment recréer une communauté ? Comment rétablir la confiance ? Comment transmettre les connaissances perdues ? Et surtout, comment convaincre des hommes et des femmes qui ont appris à ne compter que sur eux-mêmes qu’une civilisation peut à nouveau exister ?
Le roman utilise une idée simple mais particulièrement efficace : un homme parcourt les territoires dévastés en distribuant du courrier. Peu à peu, cette mission symbolique contribue à recréer des liens entre des communautés isolées.
Le roman pose ainsi une question essentielle du post-apocalyptique : qu’est-ce qui permet réellement à une civilisation de renaître ?
Pourquoi le lire ? Pour son approche optimiste et originale de l’après-catastrophe, centrée sur la reconstruction plutôt que sur la destruction.
Avec Le Monde englouti, J. G. Ballard imagine une Terre transformée par une catastrophe climatique.
La fonte des calottes glaciaires a fait monter les océans et une grande partie des anciennes villes se retrouve sous les eaux.
Mais Ballard ne se contente pas de raconter la survie de quelques personnages dans un monde ravagé.
Son véritable sujet est la transformation progressive de l’être humain confronté à un environnement qui n’a plus rien à voir avec celui qu’il connaissait.
La nature reprend ses droits et les survivants semblent parfois attirés par ce nouveau monde plutôt que de chercher à restaurer l’ancien.
Publié en 1962, le roman apparaît aujourd’hui particulièrement visionnaire.
Pourquoi le lire ? Pour découvrir l’un des grands classiques de la science-fiction climatique et une œuvre qui questionne autant la psychologie humaine que la catastrophe écologique.
Après une guerre nucléaire qui a rendu la surface de la Terre pratiquement inhabitable, les survivants de Moscou se sont réfugiés dans le métro.
Chaque station est devenue une petite communauté, avec ses propres règles, ses croyances et parfois ses idéologies.
C’est dans cet univers que commence l’histoire d’Artyom.
Metro 2033 est à la fois un roman de survie, une aventure post-apocalyptique et une réflexion sur la manière dont les êtres humains reconstruisent des sociétés après une catastrophe.
Le métro devient une véritable miniature de l’humanité : chaque station développe sa propre identité et les tensions entre les différents groupes sont parfois aussi dangereuses que les créatures qui vivent dans les tunnels.
Le succès du roman a donné naissance à une importante série littéraire et à plusieurs adaptations vidéoludiques.
Pourquoi le lire ? Pour son atmosphère oppressante et son extraordinaire vision d’une civilisation reconstruite sous terre après une guerre nucléaire.
11. Silo — Hugh Howey
Imaginez un monde dans lequel les derniers survivants de l’humanité vivent enfermés sous terre.
Ils n’ont pas le droit de sortir.
Ils ne savent même plus exactement pourquoi.
C’est le point de départ de Silo, le premier roman d’une série devenue l’une des grandes références du post-apocalyptique moderne.
Hugh Howey construit progressivement un univers extrêmement mystérieux dans lequel chaque réponse apporte de nouvelles questions.
La force du roman vient notamment de son concept : le lecteur découvre le fonctionnement du silo en même temps que les personnages, et comprend progressivement que l’histoire officielle pourrait ne pas être celle que l’on croit.
Silo est donc autant un roman post-apocalyptique qu’un formidable thriller dystopique.
Pourquoi le lire ? Pour son atmosphère claustrophobique, son mystère et son remarquable travail sur la construction d’une société entièrement coupée du monde extérieur.
Publié en 1972, Le Troupeau aveugle est l’un des romans les plus impressionnants de cette sélection par son caractère prémonitoire.
John Brunner imagine une société confrontée à une multitude de catastrophes environnementales : pollution, contamination de l’eau, dégradation des écosystèmes et multiplication des risques sanitaires.
L’auteur ne raconte pas simplement une apocalypse spectaculaire.
Il décrit plutôt un effondrement progressif, provoqué par l’accumulation de problèmes que la société refuse de prendre au sérieux.
Cette approche rend le roman particulièrement inquiétant aujourd’hui.
Plus d’un demi-siècle après sa publication, certaines de ses préoccupations semblent toujours terriblement actuelles.
Pourquoi le lire ? Pour découvrir un roman écologique visionnaire et comprendre que l’apocalypse peut aussi être lente, progressive et largement provoquée par l’activité humaine.
Un homme revient dans sa région après une longue absence.
Il découvre alors que presque toute l’humanité a disparu à la suite d’une mystérieuse épidémie.
La catastrophe n’est pourtant que le début du roman.
Dans La Terre demeure, George R. Stewart s’intéresse surtout à ce qui arrive lorsque les êtres humains ne sont plus assez nombreux pour entretenir leur civilisation.
Les routes se dégradent.
Les bâtiments disparaissent progressivement sous la végétation.
Les animaux reprennent les territoires abandonnés.
Et une nouvelle génération doit apprendre à vivre dans un monde où les connaissances de l’ancienne civilisation risquent de disparaître.
Le roman est remarquable par son approche presque écologique du post-apocalyptique.
Pourquoi le lire ? Pour sa réflexion sur la disparition progressive de la civilisation et sur la manière dont la nature reprend possession du monde.
La science-fiction française possède elle aussi ses grands classiques post-apocalyptiques.
Niourk, publié en 1957 par Stefan Wul, en est probablement l’un des plus emblématiques.
Dans un futur où la civilisation humaine s’est effondrée, un jeune garçon appartenant à une tribu primitive entreprend un voyage qui va le conduire jusqu’aux ruines d’une ancienne ville : New York, devenue Niourk.
Le roman propose un contraste fascinant entre la vision primitive des survivants et les vestiges d’une civilisation technologique disparue.
Stefan Wul raconte ainsi une histoire d’aventure tout en interrogeant la fragilité du progrès humain.
La Terre n’est pas nécessairement détruite : elle est simplement devenue méconnaissable pour ceux qui doivent désormais y vivre.
Pourquoi le lire ? Pour son mélange d’aventure, de science-fiction et de réflexion sur la disparition de la civilisation, mais aussi pour découvrir un grand classique français du genre.
Imaginez-vous vous réveiller dans un hôpital et découvrir que presque tous les êtres humains sont devenus aveugles.
C’est la situation cauchemardesque dans laquelle se retrouve le héros du Jour des Triffides.
Mais la cécité généralisée n’est pas la seule menace.
Les Triffides, des plantes mobiles particulièrement dangereuses, commencent eux aussi à se multiplier.
John Wyndham publie ce roman en 1951 et propose déjà une vision extrêmement moderne de l’effondrement d’une société.
Le plus intéressant est peut-être que la catastrophe ne repose pas sur un événement unique : plusieurs menaces se combinent et rendent progressivement impossible le fonctionnement normal de la civilisation.
Le roman est devenu un classique incontournable de la science-fiction britannique et a profondément marqué le genre post-apocalyptique.
Pourquoi le lire ? Pour son mélange particulièrement réussi de catastrophe, de survie et d’horreur, mais surtout pour l’originalité de ses Triffides.
Après une catastrophe dont on ne connaîtra jamais précisément la nature, le monde est devenu un paysage gris et dévasté.
Un père et son fils avancent vers le sud, poussant un simple caddie contenant leurs maigres possessions.
Il n’y a plus de civilisation.
Plus de société.
Plus véritablement d’avenir.
Et pourtant, La Route n’est pas seulement un roman sur la survie.
Cormac McCarthy s’intéresse surtout à la relation entre le père et son fils et à la question fondamentale qui traverse tout le récit : comment rester humain lorsque le monde autour de soi ne l’est plus ?
Le roman est d’une noirceur extrême, mais il contient aussi une forme d’espoir. Le père tente désespérément de transmettre à son fils ce qu’il appelle « le feu » : une manière de préserver l’humanité malgré l’effondrement du monde.
Couronné par le prix Pulitzer en 2007, La Route dépasse largement le cadre de la science-fiction post-apocalyptique pour devenir une œuvre littéraire majeure.
Pourquoi le lire ? Pour sa puissance émotionnelle et pour cette réflexion bouleversante sur la survie, la filiation et l’humanité.
5. Malevil — Robert Merle
Avec Malevil, Robert Merle propose l’un des grands romans post-apocalyptiques de la littérature française.
Une catastrophe nucléaire frappe la planète.
Quelques hommes et femmes parviennent à survivre en se réfugiant dans le château de Malevil.
Mais survivre à l’explosion n’est que le début de leur histoire.
Il faut désormais trouver de la nourriture, se protéger des autres survivants, organiser la communauté et décider quel type de société reconstruire.
C’est précisément cette dimension qui fait toute la richesse du roman.
Robert Merle ne se contente pas d’imaginer un monde détruit : il étudie la naissance d’une nouvelle société.
Qui doit prendre les décisions ?
Comment répartir les ressources ?
Quelle place donner aux femmes et aux hommes ?
Jusqu’où peut-on aller pour protéger sa communauté ?
Et surtout : faut-il reconstruire exactement le monde qui vient de disparaître ?
Malevil est ainsi à la fois un roman de survie, une aventure post-apocalyptique et une véritable réflexion politique.
Pourquoi le lire ? Pour son extraordinaire réflexion sur la reconstruction d’une société après une catastrophe nucléaire. C’est l’un des grands classiques du post-apocalyptique français.
Une pandémie extrêmement meurtrière décime la population mondiale.
En quelques semaines, la civilisation s’effondre.
Les survivants se regroupent progressivement en communautés et découvrent que la catastrophe pourrait avoir des conséquences bien plus importantes qu’ils ne l’imaginaient.
Avec Le Fléau, Stephen King transforme une épidémie en immense fresque apocalyptique.
Le roman est particulièrement remarquable par son ampleur : King suit de nombreux personnages et raconte la disparition du monde ancien, puis la formation de nouvelles communautés.
La catastrophe devient rapidement une réflexion sur le bien et le mal, le pouvoir, la peur et les choix que font les hommes lorsqu’ils sont débarrassés des structures de la civilisation.
Avec ses centaines de personnages et son intrigue monumentale, Le Fléau constitue l’un des romans post-apocalyptiques les plus ambitieux jamais écrits.
Pourquoi le lire ? Pour son ampleur exceptionnelle et sa capacité à transformer une catastrophe sanitaire en véritable épopée sur la reconstruction de l’humanité.
Robert Neville est peut-être le dernier homme vivant sur Terre.
Chaque nuit, les créatures qui ont remplacé les humains viennent l’encercler.
Chaque jour, il tente de comprendre ce qui s’est passé et cherche un moyen de survivre.
Publié en 1954, Je suis une légende est l’un des romans fondateurs du post-apocalyptique moderne.
Mais réduire le livre à une simple histoire de vampires serait une erreur.
Richard Matheson inverse progressivement la perspective : ce que le lecteur considère comme monstrueux pourrait bien être devenu la nouvelle norme.
Et si Robert Neville était finalement celui qui représente l’ancien monde ?
Cette idée donne au roman une portée bien plus importante que son intrigue de survie.
Le livre a profondément influencé la littérature fantastique et post-apocalyptique, ainsi que le genre des zombies tel qu’il s’est développé par la suite.
Pourquoi le lire ? Pour son importance historique, son atmosphère oppressante et son extraordinaire réflexion sur la frontière entre l’humain et le monstre.
Paris, dans un futur où la technologie a permis aux hommes de s’affranchir presque totalement des contraintes matérielles.
Tout semble fonctionner parfaitement.
Jusqu’au jour où l’électricité disparaît.
Brutalement.
Les machines s’arrêtent, les transports cessent de fonctionner, les communications sont coupées et la civilisation moderne s’effondre en quelques heures.
Publié en 1943, Ravage est une œuvre particulièrement étonnante.
René Barjavel imagine une société totalement dépendante de la technologie et pose une question qui reste d’une étonnante actualité :
que se passerait-il si notre civilisation technologique cessait soudainement de fonctionner ?
Le roman est également marqué par les préoccupations de son époque et par une vision parfois très conservatrice de la société. Certains aspects ont évidemment vieilli.
Mais son idée centrale demeure extraordinairement efficace.
Plus de quatre-vingts ans après sa publication, Ravage reste l’un des grands classiques français de la science-fiction post-apocalyptique.
Pourquoi le lire ? Pour son anticipation étonnamment visionnaire de l’effondrement d’une société entièrement dépendante de la technologie.
Un cantique pour Leibowitz est un roman très différent de la plupart des ouvrages de cette sélection.
Walter M. Miller Jr. ne raconte pas simplement ce qui arrive après l’apocalypse.
Il raconte ce qui arrive des siècles après.
Une guerre nucléaire a ravagé la civilisation.
Les survivants ont développé une profonde méfiance envers la science et la technologie, considérées comme responsables de la destruction du monde.
Dans un monastère perdu dans le désert, des religieux tentent pourtant de préserver les fragments de connaissances qui subsistent de l’ancienne civilisation.
Le roman est divisé en trois parties qui se déroulent à plusieurs siècles d’intervalle.
Nous assistons ainsi à la lente reconstruction de l’humanité.
La connaissance est retrouvée.
La science renaît.
La civilisation progresse à nouveau.
Et pourtant, l’histoire semble étrangement condamnée à se répéter.
C’est cette construction qui rend Un cantique pour Leibowitz si remarquable.
Il ne s’agit pas seulement d’un roman sur la survie après une guerre nucléaire. C’est une réflexion immense sur la mémoire, la connaissance, la religion, la science et la capacité de l’humanité à apprendre de ses propres erreurs.
Publié en 1959, le roman reste aujourd’hui d’une étonnante modernité.
Et surtout, il propose quelque chose que peu de romans post-apocalyptiques offrent : une histoire qui s’étend sur des milliers d’années.
Pourquoi le lire ? Pour sa profondeur philosophique, son extraordinaire construction et sa réflexion sur le cycle de destruction et de reconstruction des civilisations.
Et après l’apocalypse ?
Les romans post-apocalyptiques racontent finalement beaucoup plus que la fin du monde.
Ils parlent de ce que nous sommes lorsque les structures qui nous entourent disparaissent.
Certains, comme Je suis une légende ou La Route, s’intéressent à la solitude et à la survie.
D’autres, comme Malevil, Le Facteur ou La Terre demeure, cherchent à comprendre comment une nouvelle civilisation pourrait émerger des ruines de l’ancienne.
Et certains vont encore plus loin. Un cantique pour Leibowitz nous rappelle que la catastrophe n’est peut-être pas le véritable danger. Le véritable danger pourrait être notre incapacité à tirer les leçons de notre propre histoire.
C’est probablement ce qui explique la longévité exceptionnelle du genre.
Une apocalypse peut être imaginaire.
Les questions qu’elle pose, elles, sont bien réelles.
Par quel livre commencer ?
Vous avez envie de découvrir la science-fiction post-apocalyptique, mais vous ne savez pas quel roman choisir parmi les vingt titres de notre sélection ?
Court, extrêmement efficace et accessible, le roman permet de découvrir les grands thèmes du post-apocalyptique sans avoir à se lancer dans une immense fresque.
Mais attention : c’est une lecture particulièrement éprouvante.
Vous aimez les histoires de survie ?
Metro 2033 est parfait si vous recherchez une aventure post-apocalyptique plus rythmée, avec une atmosphère oppressante et un univers particulièrement travaillé.
Vous aimez les romans dystopiques et les mystères ?
Essayez Silo de Hugh Howey.
Le roman repose beaucoup sur les secrets qui entourent la société souterraine dans laquelle vivent les derniers survivants.
Vous voulez découvrir un roman plus philosophique ?
C’est probablement le roman le plus riche de notre sélection sur la question de la reconstruction de l’humanité et de la transmission des connaissances.
Questions fréquentes sur les romans post-apocalyptiques
Qu’est-ce qu’un roman post-apocalyptique ?
Un roman post-apocalyptique raconte généralement la vie des survivants après une catastrophe majeure ayant profondément bouleversé ou détruit la civilisation.
La catastrophe peut être nucléaire, climatique, biologique, écologique, technologique ou encore provoquée par une guerre.
La différence avec le récit apocalyptique est donc principalement une question de temporalité : l’apocalyptique raconte souvent la catastrophe elle-même, tandis que le post-apocalyptique s’intéresse à ce qui arrive après.
Quel est le meilleur roman post-apocalyptique ?
Il est évidemment impossible de répondre objectivement à cette question.
Dans notre classement, nous avons placé Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller Jr. en première position pour son ambition, sa profondeur et sa réflexion sur la reconstruction des civilisations.
Ils permettent notamment de comparer différentes manières d’imaginer la disparition d’une grande partie de l’humanité.
Quel roman post-apocalyptique lire si on aime les zombies ?
World War Z de Max Brooks est probablement le choix le plus évident.
Mais il faut savoir que le roman est très différent des films de zombies traditionnels.
Max Brooks raconte la guerre contre les morts-vivants à travers une succession de témoignages. Le résultat ressemble presque à un documentaire consacré à une catastrophe mondiale.
Silo est-il un roman post-apocalyptique ?
Oui.
La série Silo de Hugh Howey appartient à la fois au post-apocalyptique et à la dystopie.
L’histoire se déroule dans une société souterraine créée pour permettre à l’humanité de survivre après une catastrophe ayant rendu la surface inhabitable.
Le Monde englouti est-il vraiment post-apocalyptique ?
J. G. Ballard imagine une Terre profondément transformée par une catastrophe climatique, mais le roman ne correspond pas exactement au modèle classique du récit post-apocalyptique.
Nous l’avons néanmoins retenu car il constitue une œuvre fondamentale de la science-fiction climatique et explore directement la transformation d’un monde devenu méconnaissable.
En résumé
Si vous cherchez un seul roman pour commencer, voici nos recommandations :
La science-fiction post-apocalyptique fascine parce qu’elle pose une question aussi simple qu’inquiétante : que deviendrait notre monde si tout ce que nous considérons comme acquis disparaissait demain ?
Les vingt romans de cette sélection proposent des réponses très différentes.
Certains imaginent une humanité réduite à quelques survivants. D’autres racontent la lente reconstruction d’une civilisation. Certains s’intéressent à la solitude, à la famille ou à la violence, tandis que d’autres réfléchissent à la transmission des connaissances et aux erreurs que l’humanité pourrait reproduire.
C’est cette diversité qui fait la richesse du genre.
De Ravage à Silo, de Je suis une légende à La Route, de Metro 2033 à Un cantique pour Leibowitz, ces romans montrent surtout que l’apocalypse n’est jamais véritablement la fin de l’histoire.
C’est souvent le début d’une autre histoire.
Et si vous aimez la science-fiction, la bonne nouvelle est qu’il reste encore énormément de mondes à découvrir. Sur mais-encore.fr, vous pouvez retrouver les fiches détaillées de nombreux romans de cette sélection, ainsi que nos autres guides de lecture consacrés aux grands auteurs et aux grands thèmes de la science-fiction et de la fantasy.
Titre : Un enfant de dieu Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1973 Traduction : G. Belleteste Editeur : Actes Sud
Première page de Un enfant de dieu
« Ils arrivèrent comme une caravane de forains à travers les basses terres envahies de laîches et franchirent la colline dans le soleil du matin, le camion bringuebalant et plongeant dans les ornières, les musiciens en équilibre instable sur des chaises dans la caisse, en train d’accorder leurs instruments ; le gros type avec sa guitare souriait et gesticulait en direction des autres dans la voiture derrière, se penchant pour donner la note au violoneux qui tournait une clef de son crincrin, l’oreille tendue, le visage plissé. Ils passèrent sous les pommiers en fleur, le long d’une mangeoire en rondins colmatée de boue orange, traversèrent un ruisseau à gué pour arriver en vue d’une vieille masure à essentes, ombre bleue sous la paroi montagneuse. Au-delà se dressait une grange. Un des hommes à l’arrière du camion donna un coup de poing sonore sur le toit de la cabine et le véhicule s’immobilisa. Des voitures et des camions arrivaient à travers les herbes folles dans la cour, il y avait des gens à pied. »
Titre : Suttree Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1979 Traduction : G. Belleteste, I. Reinharez Editeur : Actes Sud
Première page de Suttree
« Cher ami, maintenant qu’aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s’étirent sombres et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l’abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces couloirs de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi. D’antiques murs de pierre, que les intempéries n’ont pas fouaillés, logeaient dans leurs strates des os fossiles, des scarabées de calcaire froissés au fond de cette mer intérieure disparue. Des arbres frêles et noirs de l’autre côté de ces grilles là-bas où les morts ont leur métropole en miniature. Étrange architecture de marbre, stèle et obélisque et croix et petites dalles usées par la pluie où les noms s’estompent avec le temps. »
Titre : Stella Maris Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 2022 Traduction : P. Guivarch Editeur : Editions de l’Olivier
Première page de Stella Maris
« Bonjour. Je suis le docteur Cohen. Vous n’êtes pas le docteur Cohen auquel je m’attendais. Désolé. Vous pensez probablement au docteur Robert Cohen. Oui. J’ai l’impression qu’on ne manque pas de docteur Cohen. Sans doute pas. Comment allez-vous ? Vous allez bien ? Est-ce que je vais bien. Oui. Je suis chez les dingues. Bon. À part ça, disons. Vous faites ça depuis combien de temps ? Environ quatorze ans. Vous allez enregistrer. Il me semble que c’est ce qui avait été convenu. Ça vous va ? Oui, je pense. À l’époque, je croyais que vous étiez quelqu’un d’autre. Ça ne vous va pas. Si. C’est bon. Encore que, je précise que je ne me suis engagée qu’à bavarder. Pas à suivre une quelconque thérapie. »
Titre : Méridien de sang Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1985 Traduction : F. Hirsch Editeur : Points
Première page de Méridien de sang
« Voici l’enfant. Il est pâle et maigre, sa chemise de toile est mince et en lambeaux. Il tisonne le feu près de la souillarde. Dehors s’étendent des terres sombres retournées piquées de lambeaux de neige et plus sombres au loin des bois où s’abritent encore les derniers loups. Sa famille ce sont des tâcherons, fendeurs de bois et puiseurs d’eau, mais en vérité son père a été maître d’école. Il ne dessoûle jamais, il cite des poètes dont les noms sont maintenant oubliés. Le petit est accroupi devant le feu et l’observe.
L’année de ta naissance. Trente-trois. On les appelait les Léonides. Mon Dieu toutes ces étoiles qui tombaient. Je cherchais du noir, des trous dans les nuées. La Grande Ourse sombrait.
La mère morte depuis quatorze ans a nourri dans son sein la créature qui allait l’emporter. Jamais le père ne prononce son nom, l’enfant ne le connaît pas. Il a en ce monde une sœur qu’il ne reverra pas. Il observe, pâle et pas lavé. Il ne sait ni lire ni écrire et déjà couve en lui un appétit de violence aveugle. Toute l’histoire présente en ce visage, l’enfant père de l’homme. »
Titre : Le passager Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 2022 Traduction : S. Chauvin Editeur : Editions de l’Olivier
Première page de Le passager
« Il avait un peu neigé dans la nuit et ses cheveux gelés étaient d’or et de cristal et ses yeux glacés et durs comme pierre. Une de ses bottes jaunes avait glissé et se dressait dans la neige en dessous d’elle. Son manteau se dessinait saupoudré de neige là où elle l’avait abandonné et elle ne portait plus qu’une robe blanche et elle pendait parmi les arbres de l’hiver, poteaux nus et gris, la tête inclinée et les paumes légèrement ouvertes comme ces statues œcuméniques qui réclament par leur attitude qu’on prenne en compte leur histoire. Qu’on prenne en compte les fondations du monde qui puise son essence dans le chagrin de ses créatures. Le chasseur s’agenouilla et ficha son fusil bien droit dans la neige et retira ses gants et les laissa tomber au sol et joignit les mains l’une sur l’autre. Il se dit qu’il devrait prier mais il n’avait pas de prière pour une chose pareille. Il inclina la tête. Tour d’Ivoire, dit-il. Maison d’Or. Longtemps il resta à genoux. »
Titre : Le gardien du verger Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1965 Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer Editeur : Editions de l’Olivier
Première page de Le gardien du verger
« L’arbre était à terre et tronçonné, les rondins épars sur l’herbe. Se tenait là un homme trapu avec trois doigts enveloppés d’un bandage sale maintenu par une attelle. Il y avait à ses côtés un Noir et un jeune homme, tous trois rassemblés autour du pied de l’arbre. Le type trapu posa la scie et lui et le Noir empoignèrent le piquet de clôture et bandèrent leurs muscles en ahanant et en soufflant jusqu’à ce qu’ils aient réussi à retourner la bille. L’homme se baissa, s’appuyant sur un genou, et examina l’entaille. On ferait mieux d’attaquer de ce côté-ci, dit-il. Le Noir ramassa la scie de travers et lui et l’homme se remirent à scier. Ils continuèrent un moment et l’homme dit : Tiens-la. Nom de Dieu, voilà que ça recommence. Ils s’arrêtèrent et retirèrent la lame de l’entaille et regardèrent à l’intérieur de l’arbre. Oh là là, dit le Noir. Y a plus de doute maintenant, pas vrai ?Le jeune homme s’approcha pour regarder. Ici, dit l’homme, regarde ici sur le côté. Tu vois ? Il regardait. Ici jusqu’en haut ? Ouais, dit l’homme. »
Extrait de : C. McCarthy. « Le gardien du verger. »
Titre : La route Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 2006 Traduction : F. Hirsch Editeur : Points
Première page de La route
« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d’une lumière mais il n’y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s’éveiller il errait dans une caverne où l’enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d’une bête de granit. De profondes cannelures de Pierre où l’eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s’interrompre jamais. »
Titre : Des villes dans la plaine (Tome 3 sur 3 – La trilogie des confins) Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1998 Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer Editeur : Points
Première page de Des villes dans la plaine
« ILS ÉTAIENT DEBOUT dans l’entrée et tapaient des pieds pour chasser l’eau de leurs bottes et agitaient leurs chapeaux et essuyaient leurs visages trempés d’eau. Dehors dans la rue les rouges et les verts criards des enseignes au néon dérivaient et moutonnaient sous la pluie cinglant les flaques et la pluie dansait sur les toits d’acier des voitures garées le long des trottoirs. Nom d’un chien, pour un peu je me noyais, dit Billy. Il secouait son chapeau dégoulinant. Où il est passé, le cow-boy des Amériques ? Il est déjà entré. Allons-y. Il va se garder pour lui toutes les belles grosses. Les putains assises sur les canapés miteux dans leurs déshabillés miteux levèrent la tête. Le local était pratiquement vide. »
Extrait de : C. McCarthy. « Des villes dans la plaine – La trilogie des confins. »
Titre : Le grand passage (Tome 2 sur 3 – La trilogie des confins) Auteur : Cormac McCarthy Date de parution : 1994 Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer Editeur : Points
Première page de Le grand passage
« QUAND ILS ARRIVÈRENT AU SUD après avoir quitté Grant County Boyd n’était guère qu’un nouveau-né et le comté récemment constitué baptisé Hidalgo était lui-même à peine plus âgé que l’enfant. Au pays qu’ils avaient laissé gisaient les ossements d’une sœur et les ossements d’une grand-mère maternelle. Le nouveau pays était riche et sauvage. On pouvait aller à cheval jusqu’au Mexique sans rencontrer une seule clôture en travers du chemin. Il transportait Boyd devant lui dans l’arçon de sa selle et lui décrivait le paysage qu’ils traversaient et lui annonçait les noms des animaux et des oiseaux à la fois en espagnol et en anglais. Dans la nouvelle maison ils couchaient dans la chambre contiguë à la cuisine et la nuit quand il restait éveillé il écoutait son frère respirer dans l’obscurité et il lui racontait tout bas pendant qu’il dormait les projets qu’il avait faits pour eux et la vie qu’ils mèneraient. »
Extrait de : C. McCarthy. « Le grand passage – La trilogie des confins. »