Auteur/autrice : CH91
Dans quel ordre lire Terry Pratchett ?
Avec plusieurs dizaines de romans consacrés au Disque-monde, déterminer dans quel ordre lire Terry Pratchett peut rapidement devenir compliqué.
Contrairement à une saga classique, les Annales du Disque-monde ne racontent pas une seule histoire continue. Les personnages changent, les lieux évoluent et certaines histoires sont largement indépendantes les unes des autres.
Pourtant, il existe plusieurs façons cohérentes de parcourir l’œuvre de Pratchett.
La première consiste simplement à suivre l’ordre de publication. La deuxième consiste à suivre les différents cycles de personnages. Cette seconde méthode permet notamment de lire plusieurs romans consacrés aux mêmes protagonistes sans devoir parcourir l’intégralité du Disque-monde.
Vous découvrez Terry Pratchett ?
Si vous n’avez encore jamais lu Terry Pratchett, nous vous conseillons de commencer par notre guide :
Par où commencer avec Terry Pratchett ?
Vous y trouverez les meilleurs romans pour débuter selon vos goûts, ainsi qu’une sélection de ses œuvres incontournables.
Une fois votre premier roman terminé, revenez sur cette page pour poursuivre votre découverte dans le bon ordre.
Faut-il lire le Disque-monde dans l’ordre ?
La réponse courte est : non, ce n’est pas obligatoire.
Les premiers romans forment davantage une succession d’aventures qu’une intrigue unique qui nécessiterait d’avoir lu tous les volumes précédents pour comprendre le suivant.
Cela dit, l’ordre de lecture peut avoir son importance. Les personnages récurrents évoluent au fil des romans, et certaines situations prennent davantage de sens lorsque l’on connaît leurs aventures précédentes.
C’est particulièrement vrai pour des personnages comme Rincevent, les sorcières ou les membres de la garde d’Ankh-Morpork.
Il faut donc distinguer deux approches.
Si vous souhaitez découvrir l’évolution globale de Terry Pratchett et du Disque-monde, l’ordre de publication est le plus simple.
Si vous préférez vous concentrer sur certains personnages, il est possible de suivre les différents cycles indépendamment.
L’ordre de publication des Annales du Disque-monde
L’ordre de publication commence en 1983 avec La Huitième Couleur.
Vient ensuite Le Huitième Sortilège en 1986, puis La Huitième Fille, Mortimer, Sourcellerie, Trois sœurcières, Pyramides et Au guet.
Voici le début de la série dans cet ordre :
- La Huitième Couleur (1983)
- Le Huitième Sortilège (1986)
- La Huitième Fille (1994)
- Mortimer (1987)
- Sourcellerie (1988)
- Trois sœurcières (1988)
- Pyramides (1989)
- Au guet (1989)
- Éric (1990)
- Les Zinzins d’Olive-Oued (1990)
- Le Faucheur (1991)
- Mécomptes de fées (1991)
- Les Petits Dieux (1992)
- Nobliaux et sorcières (1992)
- Le Guet des orfèvres (1993)
La suite comprend notamment Accros du roc, Les Tribulations d’un mage en Aurient, Masquarade, Pieds d’argile, Le Père Porcher, Va-t-en guerre, Le Dernier Continent, Carpe jugulum, Le Cinquième Éléphant et La Vérité.
À partir des années 2000, Pratchett continue d’alterner les différents groupes de personnages avec Procrastination, Le Dernier Héros, Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants, Ronde de nuit, Les Ch’tits Hommes libres, Le Régiment monstrueux, Un chapeau de ciel, Timbré, Jeu de nains, L’Hiverrier, Monnayé, Allez les mages !, Je m’habillerai de nuit, Coup de tabac, Déraillé et enfin La Couronne du berger, publiée en 2015.
Pourquoi choisir l’ordre de publication ?
C’est la méthode la plus intéressante si vous voulez voir le Disque-monde évoluer au fil des années.
Les premiers romans présentent progressivement les règles de cet univers et ses principaux personnages. Puis Pratchett développe de plus en plus certains lieux et certaines institutions, notamment Ankh-Morpork.
Cette méthode permet également de voir l’évolution de son écriture : les romans deviennent progressivement moins centrés sur la simple parodie de la fantasy et davantage sur la société, la politique, les rapports humains et les changements du monde.
L’inconvénient est évidemment que vous allez régulièrement changer de personnages et d’ambiance.
Après une aventure consacrée aux sorcières, vous pourrez ainsi passer à une histoire centrée sur la garde d’Ankh-Morpork, puis retrouver Rincevent ou les mages quelques romans plus tard.
Si cette alternance ne vous dérange pas, l’ordre de publication reste le moyen le plus simple de découvrir l’ensemble de l’œuvre.
Lire les romans par cycle de personnages
L’autre grande possibilité consiste à regrouper les romans qui mettent en scène les mêmes personnages.
C’est particulièrement pratique pour un lecteur qui a découvert un personnage dans un premier roman et souhaite continuer immédiatement ses aventures.
Le catalogue de Terry Pratchett peut ainsi être abordé comme plusieurs petites séries à l’intérieur des Annales du Disque-monde.
Rincevent et les mages
Rincevent est l’un des personnages historiques du Disque-monde. Il apparaît dès La Huitième Couleur et revient notamment dans Le Huitième Sortilège, Sourcellerie, Éric, Les Tribulations d’un mage en Aurient, Le Dernier Continent, Le Dernier Héros et Allez les mages !.
Pour suivre ce personnage, il est donc possible de sélectionner ses romans plutôt que de lire tous les volumes du Disque-monde dans leur ordre général.
Les sorcières
Les sorcières constituent un autre ensemble important.
Leurs aventures commencent notamment avec La Huitième Fille, puis se poursuivent avec Trois sœurcières, Mécomptes de fées, Nobliaux et sorcières, Masquarade et Carpe jugulum.
D’autres romans prolongent ensuite les histoires liées à cet ensemble, notamment L’Hiverrier, Je m’habillerai de nuit et La Couronne du berger.
Ce parcours permet de retrouver les personnages récurrents et de suivre plus facilement leur évolution.
La Mort
La Mort possède également son propre ensemble de romans.
Le parcours commence avec Mortimer, puis se poursuit notamment avec Le Faucheur, Le Père Porcher et Procrastination.
Ce parcours est particulièrement intéressant si vous souhaitez suivre une facette bien précise du Disque-monde plutôt que de passer d’un groupe de personnages à l’autre.
La garde d’Ankh-Morpork
La garde constitue probablement l’un des ensembles les plus importants des Annales du Disque-monde.
Le premier point d’entrée est Au guet, suivi notamment de Le Guet des orfèvres, Pieds d’argile, Va-t-en guerre, Le Cinquième Éléphant, Ronde de nuit et Jeu de nains.
D’autres romans, comme Le Régiment monstrueux, sont également liés à cet ensemble de personnages et à l’univers d’Ankh-Morpork.
Une méthode particulièrement pratique
Lire par cycle présente un avantage évident : vous pouvez adapter votre parcours à vos préférences.
Vous avez aimé Rincevent ? Continuez avec ses aventures.
Vous avez préféré les sorcières ? Suivez leur parcours.
Vous avez accroché à la garde d’Ankh-Morpork ? Vous pouvez enchaîner les romans qui lui sont consacrés.
Cette méthode permet donc de découvrir le Disque-monde progressivement, sans avoir l’impression de devoir parcourir toute la bibliographie de Pratchett avant de retrouver les personnages que l’on apprécie.
Les autres œuvres de Terry Pratchett
Les Annales du Disque-monde représentent l’essentiel de la bibliographie de Terry Pratchett, mais elles ne constituent pas toute son œuvre. Si vous souhaitez découvrir d’autres facettes de l’auteur, plusieurs possibilités existent.
Votre choix dépend notamment de ce que vous recherchez : un roman indépendant, une série courte ou une œuvre de science-fiction écrite avec un autre auteur.
Les romans indépendants : pas d’ordre de lecture obligatoire
Contrairement au Disque-monde, certains romans de Terry Pratchett peuvent être lus sans connaître aucun autre livre de l’auteur.
C’est notamment le cas de Nation, Roublard, Le Peuple du tapis ou La Face obscure du Soleil, qui figurent dans Mais-Encore.fr.
Pour ces romans, la question de l’ordre ne se pose donc tout simplement pas.
Vous pouvez choisir celui qui correspond le mieux à vos goûts et le lire comme une œuvre autonome.
Nation
Nation est un roman indépendant qui constitue une possibilité particulièrement simple pour découvrir Pratchett sans se lancer dans une série de plusieurs dizaines de volumes.
Il permet de retrouver l’imagination et l’humour de l’auteur tout en s’éloignant du fonctionnement habituel du Disque-monde.
Si vous souhaitez simplement tester Terry Pratchett sans vous engager dans une longue série, c’est donc une option à considérer.
Le Peuple du tapis
Le Peuple du tapis est un autre roman indépendant présent dans ton catalogue.
Il appartient aux premières œuvres de Pratchett et propose déjà cette capacité particulière de l’auteur à construire un univers imaginaire à partir d’une idée pour le moins inattendue.
Il peut donc être intéressant pour les lecteurs qui souhaitent découvrir les débuts de Pratchett en dehors du Disque-monde.
La Face obscure du Soleil et Strate-à-gemmes
Ces deux romans permettent eux aussi d’explorer une partie moins connue de la bibliographie de Pratchett.
Ils sont particulièrement intéressants pour un lecteur qui a déjà découvert le Disque-monde et souhaite voir comment l’auteur travaillait dans d’autres univers.
Il n’est donc pas nécessaire de les intercaler entre deux romans du Disque-monde : ce sont des lectures indépendantes.
Johnny Maxwell : une trilogie à lire dans l’ordre
La série Johnny Maxwell est beaucoup plus simple à organiser.
Elle compte trois romans présents dans Mais-Encore.fr :
Ici, contrairement aux Annales du Disque-monde, il est préférable de respecter l’ordre de publication.
Les trois romans forment une trilogie autour de Johnny et de ses aventures. Lire les livres dans cet ordre permet donc de suivre naturellement l’évolution du personnage et de retrouver les éléments introduits précédemment.
Si vous souhaitez découvrir cette série, inutile de chercher un ordre compliqué : commencez simplement par Le Sauveur de l’humanité.
La Longue Terre : une série à lire dans l’ordre
La Longue Terre est un cas encore plus simple.
Cette série a été écrite par Terry Pratchett avec Stephen Baxter et compte cinq romans dans Mais-Encore.fr :
- La Longue Terre (2012)
- La Longue Guerre (2013)
- La Longue Mars (2014)
- La Longue Utopie (2015)
- Le Long Cosmos (2016)
Ici, il est recommandé de respecter l’ordre des volumes.
La série repose sur une idée centrale qui se développe progressivement au fil des romans. Commencer par le premier tome permet donc de découvrir le concept et de suivre ensuite son évolution sans avoir à reconstituer les événements précédents.
L’ordre de lecture est donc tout simplement :
La Longue Terre → La Longue Guerre → La Longue Mars → La Longue Utopie → Le Long Cosmos
Pour un lecteur qui apprécie la science-fiction et souhaite découvrir Pratchett dans un registre différent du Disque-monde, cette série constitue une possibilité intéressante.
Quel ordre pour l’ensemble de l’œuvre ?
Il n’est évidemment pas nécessaire d’essayer de mélanger toutes les œuvres de Pratchett dans un seul ordre chronologique.
Les différents ensembles fonctionnent de manière autonome :
- Annales du Disque-monde : ordre de publication ou ordre par cycle de personnages ;
- Johnny Maxwell : les trois romans dans l’ordre de publication ;
- La Longue Terre : les cinq romans dans l’ordre de publication ;
- Romans indépendants : dans l’ordre de votre choix.
C’est finalement l’un des avantages de la bibliographie de Pratchett : même si le Disque-monde peut sembler immense, vous pouvez parfaitement choisir un parcours plus limité.
Vous pouvez ainsi lire quelques romans du Disque-monde, découvrir Nation, puis passer à La Longue Terre, sans avoir besoin d’avoir terminé l’ensemble des Annales.
Quel ordre de lecture choisir ?
Après avoir vu les différentes possibilités, il reste finalement une question simple : quel parcours choisir pour lire Terry Pratchett ?
Il n’existe pas une seule bonne réponse. Le choix dépend surtout de votre objectif : découvrir l’intégralité du Disque-monde, suivre quelques personnages ou simplement explorer l’œuvre de Pratchett sans vous engager dans plusieurs dizaines de romans.
Vous voulez découvrir tout le Disque-monde ?
Dans ce cas, le plus simple est de commencer par La Huitième Couleur et de suivre l’ordre de publication.
Cette méthode permet de découvrir progressivement les personnages, les villes et les différents aspects du Disque-monde.
Elle présente également un avantage important : vous n’avez pas besoin de décider à l’avance quel cycle vous préférez.
Vous découvrirez Rincevent, les sorcières, la Mort, la garde d’Ankh-Morpork et les autres personnages au fil de votre lecture.
C’est donc le parcours que l’on peut privilégier si l’objectif est de lire l’ensemble des Annales du Disque-monde.
Vous avez envie de suivre un personnage en particulier ?
Dans ce cas, mieux vaut choisir directement le cycle correspondant.
Vous pouvez par exemple suivre :
- Rincevent et les mages, en commençant par La Huitième Couleur ;
- les sorcières, avec La Huitième Fille ;
- la Mort, avec Mortimer ;
- la garde d’Ankh-Morpork, avec Au guet.
Cette méthode permet de retrouver plus rapidement les personnages que vous appréciez et d’observer leur évolution d’un roman à l’autre.
Elle évite également de devoir attendre plusieurs livres avant de retrouver une intrigue ou des personnages qui vous ont particulièrement plu.
Vous voulez simplement tester Terry Pratchett ?
Dans ce cas, inutile de vous lancer dans une liste de plusieurs dizaines de romans.
Choisissez simplement un point d’entrée.
La Huitième Couleur est le choix naturel si vous voulez découvrir le Disque-monde dès ses débuts.
Mortimer peut constituer une autre porte d’entrée si l’idée d’un roman centré sur la Mort vous attire davantage.
Au guet permet de découvrir la garde d’Ankh-Morpork, tandis que La Huitième Fille ouvre la porte aux aventures des sorcières.
Vous pouvez ensuite décider de poursuivre le cycle correspondant ou de revenir à l’ordre général.
Vous préférez les romans indépendants ?
Dans ce cas, le choix est encore plus simple.
Nation, Le Peuple du tapis, Roublard, La Face obscure du Soleil ou Strate-à-gemmes peuvent être lus sans devoir connaître l’ensemble du Disque-monde. Ces titres figurent parmi les romans indépendants disponibles dans ton catalogue.
C’est probablement la meilleure solution si vous êtes curieux de découvrir l’écriture de Pratchett, mais que l’idée d’une série de plusieurs dizaines de volumes vous décourage.
Vous voulez lire sa science-fiction ?
Dans ce cas, dirigez-vous vers La Longue Terre.
La série coécrite avec Stephen Baxter se lit dans un ordre très simple :
La Longue Terre → La Longue Guerre → La Longue Mars → La Longue Utopie → Le Long Cosmos.
Il s’agit d’un parcours complètement différent de celui du Disque-monde et qui permet de découvrir Pratchett dans un registre plus proche de la science-fiction.
Et Johnny Maxwell ?
La trilogie Johnny Maxwell se lit également dans son ordre de publication :
Le Sauveur de l’humanité → Johnny et les morts → Johnny et la bombe.
Là encore, il n’est pas nécessaire de connaître le Disque-monde pour commencer.
En résumé
Pour retenir l’essentiel :
Pour lire tout le Disque-monde :
→ commencez par La Huitième Couleur et suivez l’ordre de publication.
Pour suivre les personnages :
→ choisissez le cycle qui vous intéresse et lisez ses romans dans leur ordre.
Pour découvrir rapidement Pratchett :
→ choisissez un roman d’entrée comme La Huitième Couleur, Mortimer, Au guet ou La Huitième Fille.
Pour éviter une longue série :
→ choisissez un roman indépendant comme Nation.
Pour découvrir sa science-fiction :
→ commencez par La Longue Terre, puis poursuivez les quatre autres volumes dans l’ordre.
Pour découvrir Johnny Maxwell :
→ commencez par Le Sauveur de l’humanité et poursuivez avec les deux romans suivants.
Il n’est donc pas nécessaire de chercher un ordre de lecture unique pour toute l’œuvre de Terry Pratchett. Chaque ensemble possède son propre parcours, tandis que le Disque-monde offre suffisamment de liberté pour permettre plusieurs itinéraires.
Conclusion
Lire Terry Pratchett peut sembler compliqué lorsqu’on découvre l’impressionnante liste des Annales du Disque-monde. Pourtant, une fois que l’on comprend leur fonctionnement, la bibliographie devient beaucoup plus facile à parcourir.
Pour une découverte complète, l’ordre de publication reste le choix le plus simple. Il permet de suivre la construction progressive du Disque-monde et de découvrir les différents groupes de personnages au fil des romans.
Mais ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Les lecteurs qui ont déjà une préférence pour les sorcières, la garde d’Ankh-Morpork, la Mort ou Rincevent peuvent suivre directement leurs aventures.
Et ceux qui souhaitent simplement découvrir Terry Pratchett sans s’engager dans une série interminable disposent de nombreuses alternatives : romans indépendants, trilogie Johnny Maxwell ou série de science-fiction La Longue Terre.
Au fond, l’essentiel est donc moins de trouver le bon ordre que de trouver votre façon de parcourir l’œuvre de Terry Pratchett.
Commencez par une histoire qui vous attire, poursuivez avec les personnages qui vous plaisent et laissez le Disque-monde vous montrer progressivement toute sa richesse.
Richard Coeur-de-Lièvre par Jacques Mondoloni

Fiche de Richard Coeur-de-Lièvre
Titre : Richard Coeur-de-Lièvre
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1993
Editeur : L’Atalante
Première page de Richard Coeur-de-Lièvre
« IL FAIT à peine jour. Le froid pince. Les camions militaires se suivent à la queue leu leu. Un chauffeur du convoi s’est emmitouflé dans sa capote jusqu’aux oreilles, le menton protégé par un chiffon de laine sale. Derrière la cabine, sous la bâche kaki, des silhouettes muettes, engourdies, le nez pointé vers la route, regardent les images défiler par l’ouverture arrière – un village désert, noyé dans la brume, un homme à vélo immobile comme un épouvantail, un commerçant qui lève les rideaux de sa boutique. Et toujours le même interlude : la forêt, jaune, orange, rouge, qui s’est diluée, par contrat, dans l’automne.
Richard dort à moitié, la main sur sa valise, assis sur un banc au milieu des bleus, quelques-uns en treillis, la plupart encore en civil par défi.
Parfois, son crâne frotte contre la toile de la bâche. La fumée des cigarettes, la vapeur des respirations coulent entre ses cheveux comme des miasmes de goémon. »
Extrait de : J. Mondoloni. « Richard Cœur de Lièvre. »
Quand la mer monte par Jacques Mondoloni

Fiche de Quand la mer monte
Titre : Quand la mer monte
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Florent Massot
Sommaire de Quand la mer monte :
- Quand la mer reviendra
- Le peintre du muséum
- Amour transi
- Le faiseur de légendes
- Le conteur de la zone
- Déprime
- Fenêtre sur ville
- Les pionniers
- Le château
- Un appel en absence
- Bonne année
- Le défilé
- Frères ennemis
- Pourquoi j’ai tué mon clone
- Papa-chanteur
- Fiction
- L’agence de voyages
- Banlieue la bataille
- Quand la mer monte
Première page de Quand la mer reviendra
« 17 juillet
La mer a chassé l’été des vacanciers en se retirant de la rade de Giens. Nous ne sommes tous, humains, végétaux, poissons, que des débris en sursis qui fument, des prisonniers qui sèchent sur pieds et qui se demandent quand la marée reviendra pour réoccuper la vase chevelue et brune. Deux jours que la mer est partie, pour on ne sait quelle raison, tuant net les rascasses enfouies dans les herbiers, asphyxiant les feuilles de la posidonie[1] qui recouvre les fonds. L’horizon miroite, encore un peu liquide : on dirait un naufrageur qui s’enfuit.
On se dit que la mer nourricière ne peut abandonner ses petits, qu’il s’agit d’une erreur, d’une hallucination, et si c’est la réalité, on se dit qu’il s’agit alors d’un raz de marée à l’envers, que notre mer Méditerranée va rebondir contre l’Afrique et revenir baigner l’île de Porquerolles.
Celle-ci ne ressemble plus à une île, évidemment, bien qu’elle nous insularise. Du littoral, peut-être avons-nous l’air d’être sur une arche de Noé échouée ?
Sur place, c’est devenu un camp retranché : deux bons milliers de touristes, surpris par le reflux, n’ont pu rembarquer et sont encore sous le choc. »
Extrait de : J. Mondoloni. « Quand la mer monte. »
Papa 1er par Jacques Mondoloni

Fiche de Papa 1er
Titre : Papa 1er
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël
Sommaire de Papa 1er :
- Le cancer de l’escargot
- Un meurtre tous les cent ans
- Demain, je parle américain à mon chien
- Comestibles
- Le petit chat est mort
- Mémo-douleurs
- Papa 1er
Première page de Le cancer de l’escargot
« Tout gosse, la tourbe était mon terrain de jeu, le brouillard était ma fée qui me rendait invisible. C’était la guerre, c’était la misère, c’était l’euphorie : des bombes explosaient dans les marécages en dégageant des gaz délétères qui étaient, pour moi, autant de pets géants. Je m’amusais bien. Le ciel était constellé de jouets volants grandioses qu’envoyaient mes copains Eisenhower et Churchill. Leurs ventres s’ouvraient à chaque fois sur des cadeaux tonitruants qui éclaboussaient, obligatoirement, le jardin de mon grand-père : un étang nous séparait d’une poudrerie tentaculaire qui sortait de la bourbe. Les Allemands l’occupaient, et leurs trains parcouraient les marais, par bourrades craintives, avec de longs crissements qui perçaient la brume engourdie. Les bombardements avaient lieu plutôt à la tombée du jour : ils coïncidaient avec notre retour à la maison, autour de la soupe patchwork de la grand-mère, et près de la T.S.F. aux messages si ésotériques, si violemment poétiques, en provenance de Londres. Nous traversions, mon grand-père et moi, les chemins fangeux des tourbières, à la rigidité fantasque, et avions le temps de voir des wagons de munitions en flammes pétarader, qui coloraient le brouillard lentement comme de l’encre sur un papier buvard. »
Extrait de : J. Mondoloni. « Papa 1er. »
Guy Charmasson
Présentation de Guy Charmasson :
Né le 31 décembre 1947 sous le ciel du Gard, à Bagnols-sur-Cèze, et rappelé à Dieu le 18 mai 2019, Guy Charmasson présente un parcours des plus singuliers. Homme de sciences avant tout, il mène de brillantes études à Marseille où il décroche un doctorat scientifique. Mais, confronté à la rude réalité de notre monde universitaire et au manque de postes de chercheurs, il se voit contraint de renoncer aux laboratoires. C’est ainsi que la science, perdant l’un de ses brillants serviteurs, fit le bonheur de notre littérature !
S’il a dû exercer maints métiers fort éloignés des lettres pour subsister — tour à tour manœuvre, préparateur de commandes ou chef de rayon —, Guy Charmasson a toujours conservé une plume vigoureuse. Et bien qu’il ait tâté du roman policier (notamment dans la collection « Spécial Police ») et qu’il ait consacré la fin de sa carrière à de fort estimables romans de terroir, c’est bel et bien son œuvre d’anticipation et de science-fiction qui nous passionne ici.
En effet, dès 1978, il fait une entrée fracassante dans le merveilleux-scientifique avec son roman Le Crépuscule des surhommes, publié aux fameuses éditions Marabout. L’écrivain y déploie un sens inouï de la prospective, n’hésitant pas à mêler ses vastes connaissances scientifiques à un souffle romanesque indéniable.
Au cours des années quatre-vingt, il rejoint tout naturellement le prestigieux vivier du Fleuve Noir, dans la non moins mythique collection « Anticipation ». Il y livrera des récits nerveux, pétris de suspense et d’interrogations technologiques. Parmi ces perles conjecturales, il convient de citer L’Heure perdue (paru sous le numéro 1443) et le haletant space opera L’Incroyable Odyssée, où l’on suit le voyage périlleux du vaisseau intergénérationnel « La Roue ». Enfin, Guy Charmasson s’illustrera par le fascinant diptyque des Tueurs d’Elmendorf, composé de La Vengeance et de La Mission (tous deux publiés en 1988), démontrant une maestria absolue dans l’art de tenir le lecteur en haleine.
Le style de Guy Charmasson, direct et sans fioritures, trouve dans l’anticipation son terreau de prédilection, où sa rigueur scientifique lui permet de bâtir des univers d’une formidable vraisemblance.
Livres de Guy Charmasson :
Les tueurs d’Elmendorf :
- La vengeance (1988)
- La mission (1988)
L’heure perdue (1986)
L’incroyable odyssée (1988)
La blessure (2014)
La fille du causse (2020)
La main du maître (2010)
La promesse de Nora (2015)
Le crépuscule des surhommes (1978)
Le gîte de la vallée perdue (2017)
Noblesse de paille (2012)
Pour en savoir plus sur Guy Charmasson :
La page Wikipédia sur G. Charmasson
La page Noosfere sur G. Charmasson
La page isfdb de G. Charmasson
Henry S. Whitehead

Présentation de Henry S. Whitehead :
Né Henry St. Clair Whitehead le 5 mars 1882 dans le New Jersey, et rappelé à Dieu prématurément le 23 novembre 1932, cet homme de lettres présente un profil des plus singuliers. Figurez-vous que ce maître de l’insolite fut avant tout un ecclésiastique ! Diplômé d’Harvard en 1904 — où il usa d’ailleurs ses culottes sur les mêmes bancs qu’un certain Franklin D. Roosevelt —, il fut ordonné diacre puis prêtre au sein de l’Église épiscopale.
Mais ce qui scellera à jamais le destin littéraire du révérend Whitehead, c’est son affectation en tant qu’archidiacre des îles Vierges (et plus particulièrement sur l’île de Sainte-Croix) entre les années 1921 et 1929. Sous ces latitudes tropicales, l’homme d’Église se mue en un observateur fasciné. Il s’imprègne des mystères locaux, des superstitions insulaires et, bien entendu, des sombres rituels du vaudou.
C’est ce terreau si fertile qui nourrira la majeure partie de son œuvre fantastique. Dès le milieu des Années Folles, il livre aux mythiques pulp magazines américains — au premier rang desquels figure le célébrissime Weird Tales — des récits d’une rare élégance macabre. Loin des outrances sanglantes de certains de ses confrères, Whitehead distille une épouvante subtile et érudite, souvent rapportée par son alter ego de papier, le flegmatique Gerald Canevin.
Il convient également de souligner la profonde amitié et l’abondante correspondance qui le lièrent au maître de Providence, j’ai nommé M. H. P. Lovecraft en personne ! Ce dernier, qui lui rendit d’ailleurs de longues visites sous le soleil de Floride à l’aube des années trente, tenait la plume de Whitehead en très haute estime, la jugeant digne des plus grands classiques du genre. Si la maladie l’a fauché avant qu’il ne puisse connaître la consécration, la postérité, grâce aux bons soins de la maison Arkham House (qui publia notamment le recueil Jumbee and Other Uncanny Tales à titre posthume), a su préserver le frisson exquis de ses nouvelles antillaises.
Livres de Henry S. Whitehead :
Pour en savoir plus sur Henry S. Whitehead :
La page Wikipédia sur H. S. Whitehead
La page Noosfere sur H. S. Whitehead
La page isfdb de H. S. Whitehead
Par le royaume d’Osiris par Pierre Bameul

Fiche de Par le royaume d’Osiris
Titre : Par le royaume d’Osiris
Auteur : Pierre Bameul
Date de parution : 1981
Editeur : Opta / Galaxie
Première page de Par le royaume d’Osiris
« C’était le temps où régnaient l’art et la beauté. C’était le temps où l’on prenait le temps d’aimer. C’était la magnifique époque de l’Égypte pharaonique parvenue à son apogée.
Cela faisait neuf mille ans que les glaciers du Würm IV s’étaient retirés d’Eurasie et d’Amérique du Nord, laissant pousser d’immenses forêts envahies par des tribus barbares chassant leur nourriture.
En Chine, la dynastie des Shangs répandait l’écriture sur le parcours de ses chars aux roues cerclées de bronze. Un Nouvel Empire Hittite reprenait le flambeau du précédent, détruit par les conquérants assyriens. Les derniers cavaliers libyens galopaient dans les savanes sahariennes en cours de dessèchement depuis cinq mille ans.
C’était l’aube de l’histoire humaine, et pour certains son chant du cygne. Pour d’autres, ce n’était que le début d’une longue route où l’humanité s’engageait, pour le meilleur et pour le pire.
Ramsès II régnait sur l’Égypte. Sa civilisation étendait son rayonnement sur tout le Proche-Orient. Le Nil-Roi coulait lentement sous un ciel d’azur : immense artère irriguant le long corps du pays sommeillant entre les coussins ocre des déserts avoisinants. »
Extrait de : P. Bameul. « Par le royaume d’Osiris. »
L’ère du vent par Pierre Bameul

Fiche de L’ère du vent
Titre : L’ère du vent
Auteur : Pierre Bameul
Date de parution : 2011
Editeur : Editions Armada
Première page de L’ère du vent
« Un vent de nord-ouest, venu des steppes glacées du Groenland, balayait les landes de La Hague. Les genêts se penchaient sous ses rafales comme se courbaient les échines des rudes gens du Cotentin. Avec la nuit tombante, les paysans s’empressaient de regagner leurs demeures. Mieux valait retrouver la protection d’un foyer, avant que les Goublins ne fussent sortis de leurs Tanières creusées près du Cimetière Lumineux.
Jay Vaast s’obstinait à marcher la tête haute, respirant à pleins poumons cet air vivifiant. N’appartenait-il pas, désormais, aux hautes castes qui régentaient un monde ressuscité après le Grand Suicide ? C’était un homme fier d’appartenir à une élite. À vingt-cinq ans, il jouissait pleinement de ses privilèges qu’il considérait comme un dû. Que lui importaient le vent, la pluie, les ténèbres et les dangers, il se sentait invulnérable et immortel. »
Extrait de : P. Bameul. « L’ère du vent. »
Le choix des destins par Pierre Bameul

Fiche de Le choix des destins
Titre : Le choix des destins (tome 2 sur 2 – Pour nourrir le Soleil)
Auteur : Pierre Bameul
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le choix des destins
« Tonatiuh descendait lentement derrière l’îlot Réac. La mer calme miroitait à l’infini. C’était une belle journée d’été, à peine tiédie par un vent léger.
Face à l’îlot Réac s’étendait le port de Tapalichan, avec son bassin rectangulaire et ses chantiers navals. Plus d’un millier de travailleurs terminaient leur journée en chantant le cantique rituel. Et leurs voix graves s’élevaient vers l’azur pour remercier le Dieu-Soleil.
La brise marine emportait les senteurs âcres des bois exotiques servant à construire les caravelles, qui sillonnaient le monde aux deux tiers soumis à l’Empereur du Soleil. À bord des voiliers accostés, les marins avaient interrompu leurs activités et, debout face à Tonatiuh, ils joignaient leurs chants à ceux des ouvriers :
Ô Tonatiuh Père de notre vie ;
Donne-nous chaque jour la Lumière,
Féconde la terre nourricière,
Évapore l’eau qui formera la pluie. »
Extrait de : P. Bameul. « Le choix des destins – Pour nourrir le Soleil. »
La saga d’Arne Marsson par Pierre Bameul

Fiche de La saga d’Arne Marsson
Titre : La saga d’Arne Marsson (tome 1 sur 2 – Pour nourrir le Soleil)
Auteur : Pierre Bameul
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de La saga d’Arne Marsson
« A l’origine, c’était un corps planétaire qui gravitait près du centre de la Galaxie. Un monde mort-né, dépourvu de toute vie, rejeton unique d’un soleil solitaire.
L’étoile mère lavait enfanté dans toute la vigueur de sa jeunesse, lançant le Corps Noir sur une orbite éloignée où ses magmas bouillants se solidifièrent en roches criblées de poches de gaz.
Et le Corps Noir devint une énorme pierre ponce tournant autour d’une étoile simple.
Pendant des millions de révolutions, le Corps Noir se dégrada sous l’action des forces de gravitation. Puis, alors que l’étoile mère, vieillie, épuisait son hydrogène, un système triple comportant un gigantesque soleil rouge et deux compagnons plus petits — l’un vert et l’autre bleu —, surgit dans son champ gravitationnel… »
Extrait de : P. Bameul. « La Saga D’Arne Marsson – Pour nourrir le Soleil. »


