Auteur/autrice : CH91
El gordo par Xavier Mauméjean

Fiche de El gordo
Titre : El gordo
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de parution : 2022
Editeur : Alma éditeur
Première page de El gordo
« Le jour de ses douze ans, William tomba amoureux, trouva le billet de loterie et partit pour la guerre d’Espagne. Il vivait au village de Hole, dans un comté du sud de l’Angleterre que je serais bien incapable de situer. C’était un garçon qui faisait honneur à son espèce, la taille qu’il faut, assez costaud, tignasse en épis, genoux écorchés, nez morveux quand ce n’était pas sa manche. Ah, voilà que ça me revient, il vivait près de la Manche.
C’est donc ce jour-là que notre histoire commence, par un chaud matin d’été, quand les vacances semblent éternelles. William s’était levé tôt, vieilli d’un an en une nuit, jeté hors du lit par la promesse d’une journée extraordinaire. Un mot l’attendait sur la table de la cuisine. Sa mère lui souhaitait bon anniversaire mon grand. Il pouvait la rejoindre chez les Stratford, à l’heure du thé. »
Extrait de : X. Mauméjean. « El Gordo. »
Car je suis légion par Xavier Mauméjean

Fiche de Car je suis légion
Titre : Car je suis légion
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de parution : 2005
Editeur : Mnémos
Première page de Car je suis légion
« Terqa pleurait en remplissant le sac de provisions. Elle se tenait derrière son fils unique, âgé de neuf ans, chair de sa chair. Terqa avait souffert une première fois quand on lui avait extirpé l’enfant de ses entrailles, mais elle s’était abandonnée à la douleur avec reconnaissance, comme le font toutes les filles d’Inanna. Les larmes et le sang répandus étaient des présents offerts à l’Étoile du Matin. Une dette, que les mères honoraient avec joie. La souffrance qu’elle ressentait aujourd’hui ne trouvait aucune justification. Avait-elle oublié un dieu dans ses prières, vexé un habitant de l’En-haut ? C’était possible, il y en avait tellement… Dans ce cas, Terqa nourrirait sa colère pour la faire éclater dans le royaume souterrain, le moment venu. Morte, prisonnière du Pays-sans-retour, elle n’aurait plus rien à craindre, ou si peu.
Elle luttait contre le désir de contempler le visage de l’enfant, résistait au besoin irrépressible d’emplir sa mémoire en prévision des années à venir. Terqa craignait de s’effondrer. Il ne devait pas la voir ainsi, bouleversée comme une vieille folle, incapable de contenir sa tristesse. Aussi concentrait-elle son regard sur la nuque du garçon, sur l’épaisse toison de boucles brunes qui tombaient en cascades sur ses épaules. Comme il semblait petit, et fragile. Lorsque la vision devint insoutenable, Terqa se tourna vers la fenêtre. »
Extrait de : X. Mauméjean. « Car je suis légion. »
American gothic par Xavier Mauméjean

Fiche de American gothic
Titre : American gothic
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de parution : 2013
Editeur : Alma éditeur
Première page de American gothic
« 8-18 mars 1953. échange de mémos entre jack l. warner et ses principaux collaborateurs.
archives de la warner bros.
De : Jack L. Warner
À : Harry Warner ; Walter MacEwen ; Bill Orr ; Max Bercutt ; Bill Schaefer
Date : dimanche 8 mars 1953
Sujet : Les affaires reprennent.
La grosse erreur de McCarthy a été de s’en prendre à l’armée. De chercher à voir du rouge dans le vert. Connard de daltonien.
De : Harry Warner
À : Jack L. Warner ; Max Bercutt ; Walter MacEwen ; Bill Orr ; Bill Schaefer
Date : lundi 9 mars 1953
Sujet : Les affaires reprennent.
Frangin, tu ne pourrais pas te reposer le dimanche ? Même le Seigneur en a fait son jour de repos. »
Extrait de : X. Mauméjean. « American gothic. »
La dame noire des frontières par Gustave Le Rouge

Fiche de La dame noire des frontières
Titre : La dame noire des frontières
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1914
Editeur : BeQ
Première page de La dame noire des frontières
« C’était quelques semaines avant la déclaration de guerre. Deux croiseurs anglais venaient d’entrer dans le port de Boulogne-sur-Mer. Toute la ville était en fête. Le casino et les luxueux hôtels qui l’environnent étaient brillamment illuminés. Sur le port, les cabarets étaient remplis de matelots et de « matelotes ».
Jusqu’à une heure avancée de la nuit, des groupes en goguette répétaient d’une voix sonore des chansons nautiques :
Celui-là n’aura pas du vin dans son bidon !
La Paimpolaise ;
La belle frégate, etc., etc.
Des patrouilles d’infanterie, la baïonnette au canon, la jugulaire baissée, tâchaient de mettre un peu d’ordre dans cette joie populaire. »
Extrait de : G. Le Rouge. « La dame noire des frontières. »
L’héroïne du Colorado par Gustave Le Rouge et Henri de Brisay

Fiche de L’héroïne du Colorado
Titre : L’héroïne du Colorado
Auteur : Gustave Le Rouge et Henri de Brisay
Date de parution : 1918
Editeur : BeQ
Première page de L’héroïne du Colorado
« Le général Todd Holmes avait eu une existence très mouvementée. Quoique riche, il était parti comme volontaire, dès le début de la guerre contre l’Espagne, et il n’avait pas tardé à jouer un rôle important. Plus tard, il avait guerroyé contre les pillards mexicains et dans ces luttes de frontière, il s’était acquis la réputation d’un chef héroïque, sagace, rompu à tous les stratagèmes de la guerre d’embuscade.
Brusquement, à cinquante ans à peine, il avait demandé sa mise à la retraite.
Le général Holmes était pourtant encore dans toute la verdeur d’une robuste maturité. Il restait encore sans fatigue une journée entière à cheval. Mais des buts plus intéressants s’offraient à son activité.
Au cours de sa longue carrière, il avait pu explorer cette riche province du Colorado, où abondent les mines de cuivre, d’or et d’argent et que son climat sec et tempéré très salubre, rend plus favorable que tout autre aux entreprises industrielles. »
Extrait de : G. Le Rouge + H. de Brisay. « L’héroïne du Colorado. »
L’espionne du Grand Lama par Gustave Le Rouge

Fiche de L’espionne du Grand Lama
Titre : L’espionne du Grand Lama
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1905
Editeur : BeQ
Première page de L’espionne du Grand Lama
« Malgré la chaleur torride de cet après-midi, le quai et les rues de la ville de Canton présentaient un spectacle d’une animation extraordinaire. Il y avait déjà plusieurs mois que les préliminaires du traité de paix de la Chine avec les alliés européens venaient d’être signés, et les transactions commerciales, un moment ralenties, reprenaient avec une véritable fièvre.
Dans le port, au milieu d’une flottille de jonques, de sampangs et d’embarcations de toutes sortes, une demi-douzaine de paquebots portant les pavillons de France, d’Angleterre et d’Allemagne étaient à l’ancre. Sur les quais, tout un monde de coolies chinois et malais s’affairait, tous uniformément vêtus de blouses de cotonnade, et de chapeaux de bambou tressé.
Dans les rues étroites du quartier chinois, c’était une véritable cohue. Ces rues, bordées pour la plupart de maisons à un étage et décorées d’une profusion de lanternes en papier et en soie, et d’arcs de triomphe en bois peint et doré, étaient encombrées de marchands en plein vent. »
Extrait de : G. Le Rouge. « L’espionne du Grand Lama. »
L’esclave amoureuse par Gustave Le Rouge

Fiche de L’esclave amoureuse
Titre : L’esclave amoureuse
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1904
Editeur : BeQ
Première page de L’esclave amoureuse
« Il y avait plus de soixante ans que l’empereur Napoléon, pressé d’argent, avait vendu les provinces de la Louisiane à la République des États-Unis ; mais, en dépit de l’infiltration yankee, les traditions des créoles français se perpétuaient.
M. de Saint-Elme, dont la plantation était située à vingt milles de la Nouvelle-Orléans, occupait plus de six cents esclaves qu’il traitait avec une bonté devenue proverbiale.
On disait couramment : Heureux comme un noir de M. de Saint-Elme.
Ce matin-là, M. de Saint-Elme se leva de bonne heure. Il se trouvait debout au moment même où le commandeur de la plantation, Vulcain – un pauvre diable boiteux de naissance – soufflait dans un coquillage pour appeler les noirs au travail et diriger les divers ateliers de travailleurs vers les acréages de coton et de cannes à sucre. »
Extrait de : G. Le Rouge. « L’esclave amoureuse. »
Cinq nouvelles extraordinaires par Gustave Le Rouge

Fiche de Cinq nouvelles extraordinaires
Titre : Cinq nouvelles extraordinaires
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1988
Editeur : BeQ
Sommaire de Cinq nouvelles extraordinaires :
- Spectre seul
- Notre-Dame la Guillotine
- Le spectre rouge
- Le navire de Jules César
- Dans le ventre d’Huitzilopochtli
Première page de Spectre seul
« L’Ombre semblait pleuvoir avec les fluides hachures d’une averse qui fuyait interminablement d’un ciel enfumé, pareil de ton au ciment noirci par de terreuses infiltrations, comme si cette indigente ruelle et toute la maussade ville provinciale elle-même eussent été construites sous les voûtes fangeuses de quelque réservoir souterrain. Déjà la nuit se blottissait aux angles de la triste salle de café où j’étais assis, une maladroite et rougeaude bonne n’en finissait pas de remonter – avec une foule de bruits agaçants – une demi-douzaine de lampes grinçantes, et je baillais mortellement, endolori par le tambourinement monotone des gouttes sur les vitres et le sourd pataugement des passants hâtés parmi les flaques d’eau sale.
Bientôt je m’aperçus que – depuis longtemps déjà – mes yeux distraits s’étaient fixés sur un homme à la physionomie chagrine qui, comme moi, semblait plongé dans le plus nauséeux désœuvrement. »
Extrait de : G. Le Rouge. « Cinq nouvelles extraordinaires. »
Les grandes profondeurs par René Reouven

Fiche de Les grandes profondeurs
Titre : Les grandes profondeurs
Auteur : René Reouven
Date de parution : 1991
Editeur : Denoël
Première page de Les grandes profondeurs
« Il avait fallu quatre ans de guerre et un demi million de morts pour effacer Jack l’Eventreur dans le souvenir de Whitechapel. On dansait dans les rues, mais c’était à dessein que sir William avait arrêté au 11 novembre 1918 la fin de sa quête morbide : une foule en liesse néglige ses curiosités quodiennes. Cependant, il n’avait pas voulu emprunter son propre carrosse, dont les portières avaient été armoriées lors de son accession à la pairie en 1897. Et le chauffeur du taxi hélé à Kensington n’avait guère dissimulé sa perplexité quand il lui avait communiqué la destination de la course.
« C’est au Nichol, sir ! »
Sir William avait répliqué, sur un ton de sèche gaieté :
« Au New Nichol, mais un soir comme aujourd’hui, mon brave, les gens ne pensent qu’à s’amuser, même les escarpes. Vous avez vu, les rues sont pleines de monde. »
Le chauffeur avait considéré ce grand vieillard au long visage raviné sous des moustaches et une barbe d’un blanc de neige. Les vêtements venaient de Sackville Road, le manteau était en laine de Shetlands, la canne en bois précieux, et le haut-de-forme n’eût pas déparé la longue silhouette aristocratique si l’on ne lui avait préféré le chapeau selon, plus anonyme.
« Nous avons quelques objets à aller chercher, précisait le gentleman, d’une voix cassée, à peine perceptible. -N’ayez crainte, vous ne regretterez pas votre peine. »
Extrait de : R. Reouven. « Les grandes profondeurs. »
La partition de Jéricho par René Reouven

Fiche de La partition de Jéricho
Titre : La partition de Jéricho
Auteur : René Reouven
Date de parution : 1999
Editeur : Denoël
Première page de La partition de Jéricho
« L’écho affaibli des coups de feu vint mourir sur les premiers contreforts de la montagne. L’officier qui commandait le détachement porta ses jumelles à ses yeux. Vers le nord, le panorama déroulait la houle immobile de ses collines jusqu’à un horizon plus escarpé, tremblant de chaleur sous le bleu immuable du ciel.
« Qu’est-ce qu’il y a, par là ? demanda-t-il à l’un de ses sous-officiers.
— Il y a Tlemcen, de l’autre côté, répondit l’homme. Seulement, c’est loin.
— Et là où ils se planquent ?
— Je ne suis pas du pays, mon commandant, je suis de Constantine.
— Alors, va me chercher quelqu’un qui en soit, et fissa ! »
Le sergent tourna les talons, marmonnant entre ses dents un « narl’bok… » que l’officier devina sans l’avoir vraiment entendu. Il haussa les épaules. Pour cette opération, pourtant délicate, on ne lui avait donné que des boudjadis, des péquenots. »
Extrait de : R. Reouven. « La partition de Jéricho. »