Auteur/autrice : CH91

 

Joëlle Wintrebert

Présentation de Joëlle Wintrebert :

Joëlle Wintrebert, née le 29 septembre 1949 à Toulon, est une romancière, nouvelliste, anthologiste et traductrice française. Reconnue comme l’une des plumes les plus importantes de l’imaginaire hexagonal, elle a su imposer une œuvre où se mêlent l’exigence stylistique, l’engagement féministe et une réflexion profonde sur la biologie et les structures sociales.

Des débuts entre journalisme et édition

Après des études de lettres et de cinéma à Nice puis à Paris, Joëlle Wintrebert s’oriente vers le journalisme spécialisé. Elle collabore à des revues emblématiques de la culture de l’imaginaire, telles que Horizons du Fantastique ou Fiction.

Sa carrière prend une dimension éditoriale importante lorsqu’elle assure la direction de l’anthologie Univers entre 1982 et 1985 (chez J’ai lu), un poste clé qui lui permet de promouvoir une science-fiction moderne et audacieuse.

Une œuvre au cœur du vivant et du politique

Dès ses premiers textes, Joëlle Wintrebert se distingue par une approche « biologique » de la science-fiction. Elle s’intéresse aux mutations, à la manipulation génétique et aux rapports de force entre les sexes.

Ses romans majeurs incluent :

  • Les Olympiades de l’imaginaire (1980) : Son premier roman, qui explore les dérives d’une société du spectacle et du sport poussée à l’extrême.
  • Chromoville (1983) : Une œuvre marquante décrivant une cité souterraine régie par une hiérarchie stricte basée sur les couleurs, abordant les thèmes de l’oppression et de la révolte.
  • Pollen (2002) : Souvent considéré comme son chef-d’œuvre, ce roman met en scène une société gynarchique sur la planète Ocre, explorant avec finesse les questions d’identité, de reproduction et d’écologie. Cet ouvrage lui a valu le prix Rosny aîné.

La littérature de jeunesse et le fantastique

Joëlle Wintrebert a également mené une carrière prolifique dans la littérature pour la jeunesse, où elle aborde avec la même exigence des thèmes complexes. Elle y explore le fantastique, l’histoire ou le futurisme, notamment avec des titres comme L’Enfant du lagon (1987) ou la série des Nunwick.

Son style, souvent qualifié de sensuel et précis, se déploie aussi dans le domaine de la fantasy historique et du fantastique, avec des ouvrages tels que Le Créateur de chimères.

Une autrice multi-récompensée

Le talent de Joëlle Wintrebert a été salué par les prix les plus prestigieux du genre en France. Elle est l’une des rares autrices à avoir remporté le Grand Prix de l’Imaginaire à plusieurs reprises, tant pour ses nouvelles que pour ses romans ou ses traductions.

Engagée, elle a souvent pris position pour une meilleure reconnaissance des femmes dans les littératures de l’imaginaire, dénonçant les plafonds de verre et les stéréotypes de genre au sein du milieu littéraire.

Postérité et influence

Aujourd’hui, Joëlle Wintrebert demeure une figure de référence. Son œuvre, qui refuse le manichéisme et privilégie l’exploration des zones grises de l’âme humaine et de l’évolution des sociétés, continue d’influencer les nouvelles générations d’auteurs de science-fiction française. Elle réside actuellement dans le sud de la France, où elle poursuit son travail de création.

Livres de Joëlle Wintrebert :

Olympiades :

Chromoville (1984)
La créode et autres récits futurs (2010)
La fille de Terre Deux (1987)
Le créateur chimérique (1988)
Les maîtres-feu (1983)
Nunatak (1983)
Pollen (2002)
Te retrouver (2020)

Pour en savoir plus sur Joëlle Wintrebert :

La page Wikipédia sur J. Wintrebert
La page Noosfere sur J. Wintrebert
La page isfdb de J. Wintrebert

Vercingétorix et les mystères gaulois par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de Vercingétorix et les mystères gaulois

Titre : Vercingétorix et les mystères gaulois
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1983
Editeur : Robert Laffont

Première page de Vercingétorix et les mystères gaulois

« Il faut attendre le XIXe siècle pour voir Vercingétorix prendre place parmi les héros du peuple de France. Jusque-là on l’ignore superbement. Classiques et historiens d’avant la Révolution ne lui consacrent pas la moindre ligne. Pour ces derniers, l’histoire de notre pays ne commence-t-elle pas avec Mérovée à défaut du mystérieux Pharamond1 ?
Heureusement, Amédée Thierry vient réparer l’outrage. Il publie en 1828 une Histoire des Gaulois qui fait la part belle au fils de Celtill. Vercingétorix ne rate pas son entrée. Et c’est tant mieux.
Bien sûr, Michelet se fait tirer l’oreille pour parler de l’Arverne. Mais il est excusable. Vercingétorix fut l’élève, le protégé des druides et Michelet — victime des manipulations de l’impérialisme césarien — n’est pas tendre envers les druides. Il les dépeint, dans son Histoire de France, comme de grands organisateurs de sacrifices humains. Dans sa préface de 1869, on peut lire : « Dans les galeries solitaires des Archives où j’errai vingt années, dans ce profond silence, des murmures cependant venaient à mon oreille. »

Extrait de : R. Facon et J.M Parent. « Vercingétorix et les mystères gaulois. »

Le sabre des Zinjas par Roger Facon

Fiche de Par le sabre des Zinjas

Titre : Par le sabre des Zinjas
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Par le sabre des Zinjas

« L’horloge à eau du Premier Secteur indiquait que deux heures s’étaient écoulées depuis l’entrée en vigueur du couvre-feu.

Moko avançait comme un chat sur le chemin de ronde. De temps à autre il s’arrêtait, engageait la tête dans un créneau, se penchait pour observer le bas des murailles. Un brouillard givrant montait du Fleuve-Seine. Dans le ciel, •Dame Lune distillait une clarté laiteuse à l’intention des Dieux de l’Empire du Vent qui tenaient leur banquet nocturne.

L’île de la Félicité dormait mais les Chevaliers du Fleuve, les Samouraïs et les Moines Zinjas veillaient sur sa sécurité. Ils veillaient ainsi, de génération en génération, depuis des siècles…

Moko lâcha la poignée de son sabre. Il souffla doucement sur ses doigts engourdis et bleuis par le froid. Le jeune moine ne portait que la robe grise des Zinjas. Et ce n’était point la cordelette à un nœud des Novices passée autour de son cou qui risquait de lui servir de protection supplémentaire contre le froid hivernal ! Mais il n’en avait cure. »

Extrait de : R. Facon. « Par le sabre des Zinjas. »

Les serviteurs de la force par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de Les serviteurs de la force

Titre : Les serviteurs de la force
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les serviteurs de la force

« La pluie tombait sans interruption depuis le lever du jour. Une pluie fine et froide qui perçait les vêtements, qui glaçait les os.
A perte de vue la plaine dépliait sa cape grisâtre.
Roi flatta l’encolure du chachir et le puissant animal frémit. Ses six pattes s’arrachaient nerveusement de la glaise avec des bruits de succion. Lorsqu’une bande dure, crayeuse, succéda au bourbier dans lequel ils pataugeaient depuis des heures, le chachir retrouva une allure souple et élégante. Ses naseaux fumèrent plus intensément. Le cavalier lâcha les rênes de sa monture pour s’emparer de l’octam qui cliquetait dans ses fontes. Le chagrin du ciel persistait. L’offrande sonore à Eternel le Vieux s’imposait.
Trois fois, Roi respira profondément en hommage au dieu du Vent, au dieu de la Pluie et au dieu des Semailles, puis ses doigts coururent sur les cordes tendues à l’extrême de l’octam, instrument triangulire et trapu. Les oreilles du chachir se dressèrent.
L’équidé était sensible aux offrandes sonores. »

Extrait de : R. Facon + J.M Parent. « Les serviteurs de la force. »

Les compagnons de la lune blême par Roger Facon

Fiche de Les compagnons de la lune blême

Titre : Les compagnons de la lune blême
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les compagnons de la lune blême

« Brian Wilson fit un bond de côté. Le side-ski qui dévalait Jamaica Street l’effleura en faisant gicler la neige. Dans son habitacle plexiblindé le Nanti ricanait, heureux du bon tour qu’il venait de jouer à une canaille de passant, à un pouilleux de marcheur.
— La peste soit avec toi ! jura Brian. Que des bubons te poussent sous les aisselles avant ce soir ! Et puisses-tu chier aussi tes entrailles !
Les Nantis étaient d’une arrogance sans pareille. Ils quittaient de plus en plus souvent leurs résidences fortifiées. Ils multipliaient les incursions dans les quartiers populaires. A Douvres, certains d’entre eux allaient même jusqu’à dîner aux chandelles sur le port ! Brian les avait de ses yeux vus. Ils faisaient installer leurs bulles antivirales en bordure de quai et 7 bâfraient en regardant les navires. Ils mangeaient, rotaient, se curaient les dents sous la protection de cordons d’hommes d’armes. Ils se soulageaient dans des urinais en or massif ou faisaient usage de chaises percées en bois précieux délicatement sculpté, serti d’impressionnants cabochons. Avant de quitter le quai, ils faisaient jeter les reliefs de leur repas et battaient des mains en regardant des dizaines de pauvres hères plonger dans l’eau glacée, faire quelques brasses vers un pilon ou une carcasse de volaille avant de couler à pic. »

Extrait de : R. Facon. « Les compagnons de la lune blême. »

Le lion des Flandres par Roger Facon

Fiche de Le lion des Flandres

Titre : Le lion des Flandres
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 2013
Editeur : L’Archipel

Première page de Le lion des Flandres

« L’inspecteur de police Roland Frémont n’était pas très à l’aise. Il portait en pleine semaine son costume du dimanche et ses souliers vernis. Le col de sa chemise blanche était trop serré et trop amidonné. Mais c’était surtout voyager en première classe qui lui restait en travers de la gorge.

— Douai ! Ici Douai ! criait une voix nasillarde. Les passagers du train Lille-Paris sont priés de rejoindre leur compartiment. Départ dans moins de trois minutes, s’il vous plaît. Les travaux de réparation de la voie 2 sont terminés. Nous prions nos aimables voyageurs de bien vouloir nous excuser pour ce contretemps… Douai ! Ici Douai !

Une demi-heure de retard. Des visages fatigués, des bâillements étouffés, des effluves de lavande et de patchouli. Trois hommes, deux femmes dans le compartiment de première classe avec Frémont. Heureusement, la secrétaire du commissaire central de Lille lui avait réservé une place côté fenêtre. Il pouvait somnoler sans gêner personne ou regarder défiler le paysage, quand les aiguilleurs ne les dirigeaient pas sur une mauvaise voie. »

Extrait de : R. Facon. « Le lion des flandres. »

La planète des femmes par Roger Facon

Fiche de La planète des femmes

Titre : La planète des femmes
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de La planète des femmes

« Nholess. vie année du règne d’Arusa l’Effraie.
L’aube se levait sur Nholess. De gros nuages noirs moutonnaient dans le ciel bas et fripé.
Damone posa sa plume d’oie, elle quitta l’écritoire devant lequel elle était rivée depuis près d’une heure pour aller mettre de nouvelles bûches dans l’âtre. La Conciliatrice supportait de moins en moins le froid. Elle faisait une chasse implacable aux courants d’air dans la vaste demeure qu’elle occupait avec sa domesticité depuis un peu plus de six ans, elle s’obstinait à faire doubler le papier huilé des fenêtres, à tapisser de peaux soigneusement tannées les murs en rondins. Sans grands résultats. Hélas !
Le froid et l’humidité continuaient de sévir.
Comme si la demeure réservée aux Conciliatrices avait été consacrée lors de sa fondation aux gnomes hivernaux.
S’éloignant à regret de l’âtre où ronflaient maintenant de hautes flammes pourpres nimbées d’or, Damone revint vers l’écritoire. »

Extrait de : R. Facon. « La planète des femmes. »

La Flandre insolite par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de La Flandre insolite

Titre : La Flandre insolite
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1981
Editeur : Robert Laffont

Première page de La Flandre insolite

« On ne connaît pas grand-chose des Nerviens.
Dans son De Moribus Germanorum, Tacite nous dit qu’ils étaient fiers d’être originaires de la Germanie. Ils connaissaient l’agriculture. Leurs champs produisaient du froment, de l’orge, du seigle, de l’avoine, du lin, des pois, des fèves. Ils avaient leurs potagers. Les Nerviens — d’après Strabon, Diodore de Sicile et Ammien Marcellin — étaient de grands gaillards au regard farouche et à la voix forte. Ils avaient les cheveux blonds, les yeux bleus. Ils étaient fiers et aimaient vivre en retrait, dissimulant grains et provisions dans de vastes souterrains…
Leurs femmes étaient quelque peu « magiciennes » ; elles passaient pour ne rien ignorer du passé, du présent et de l’avenir. Elles commandaient à la Nature.
Si l’on en croit Diodore de Sicile, les annales nerviennes étaient orales. Les Sages — ou Druides — pratiquaient la magie, la divination, l’art d’interpréter les augures. Ils guérissaient par enchantement.
Selon César, les Nerviens tenaient en dépendance les
Centrons, les Grudiens, les Levaciens, les Pleumosiens, les Gorduniens… »

Extrait de : R. Facon + J.M Parent. « La Flandre insolite. »

Divine entreprise par Roger Facon

Fiche de Divine entreprise

Titre : Divine entreprise
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Divine entreprise

« Marc Maloune pianota sa demande sur le clavier polychrome du distributeur. L’omnipotent appareil rendit aussitôt son verdict : OK potr le jambon-beurre, niet pour la vodkacamomille.
« Code 606.3MM. Urgence 3. Boisson de remplacement proposée : russie-dry. »
Maloune décrivit de l’index droit quelques courbes hésitantes au-dessus de la touche rouge avant d’enfoncer rageusement la touche blanche. Comme d’habitude l’écran afficha : « 606.3MM. Urgence 3. Nous comprenons votre rancoeur mais votre ulcère est toujours en phase IL Désolé. »
Au signal sonore succéda un froissement soyeux et Maloune réceptionna — crachés par la gueule cuivrée du distributeur — sandwich et grenade givrée. Il mordit aussitôt dans la double tranche de pain synthétique et dégoupilla la grenade. Une légère traction du pouce ou de l’auriculaire suffisait pour arracher l’anneau plastifié et venir à bout de la pastille d’ouverture du récipient. Maloune but gloutonnement. Le liquide pétillant et glacé lui fit du bien. »

Extrait de : R. Facon. « Divine entreprise. »

Le livre d’or par Thomas M. Disch

Fiche de Le livre d’or

Titre : Le livre d’or de la Science-Fiction
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1981
Traduction :
Editeur : Presses Pocket

Sommaire de Le livre d’or

  • Un emploi du temps très chargé
  • Les touristes
  • 3 short-shorts
    • Le retour de la méduse
    • Démiurges
    • Utopie ? Impossible !
  • Assassin et fils
  • 102 bombes H
  • Un amour envahissant
  • Thomas l’incrédule
  • Casablanca
  • Le crime d’Edwin Lollard
  • La rive asiatique
  • Le mécanisme du jugement dernier
  • Le vaillant petit grille-pain

Première page d’Un emploi du temps très chargé

« 8 h 30 Un mauvais début. Je m’étais éveillé une demi-heure plus tard que de coutume. Le bouton d’alarme du réveil avait été placé sur « arrêt » et Karen s’était déjà levée. Elle tournait en rond dans la cuisine et j’allais lui crier ce que je pensais de ses manigances pour me faire arriver en retard au bureau, lorsque je me souvins que c’était ma « semaine de bonté envers ma femme ».

Je décidai de garder mes réflexions pour moi.

— Bonjour, chérie, lui dis-je. Comment se présente cette journée ?

Elle regarda dans la chambre, en souriant.

— Une matinée magnifique. Trop chaude pour un mois d’octobre, mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrai.

De toute façon, j’étais à présent levé et j’avais encore une heure et demie devant moi pour me rendre au poste. Rien n’était vraiment grave, ma nervosité exceptée. Pour moi, le matin n’est certainement pas le meilleur moment de la journée. »

Extrait de : T.M Disch. « Le livre d’or de la science-fiction – Thomas Disch. »