Auteur/autrice : CH91
EMO par Bruno Lecigne

Fiche de EMO
Titre : EMO
Auteur : Bruno Lecigne
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de EMO
« Hak Tizehik revenait lentement à lui-même. Depuis combien de temps dormait-il ? Un mois ? Deux ? Il le saurait bientôt, en consultant le vidéojournal.
Chaque fois que Hak Tizehik émergeait d’un long coma, une douleur sourde, grondante, précédait la pleine reprise de ses esprits. Les perfusions suspendues au-dessus de lui étaient sa première vision, dans une forêt de tuyaux en plastique. Une mouche dans une toile d’araignée, voilà à quoi pensait Hak Tizehik, gémissant alors que le liquide de la formule Voyger-Sirine continuait de se distiller lentement dans son organisme. Horrible formule !
Chaque réveil marquait aussi le renouvellement des sensations liées aux métamorphoses de son corps. Hak Tizehik sentait réellement les poils pousser à travers les pores de sa peau, un à un, comme autant d’insupportables fourmillements le long de son côté droit. Ailleurs, il sentait de grosses boules écailleuses éclore dans sa chair sous la forme de bosses de douleur vrillante. »
Extrait de : B. Lecigne. « EMO. »
Le jeu du Petit Poucet par Jacques Mondoloni

Fiche de Le jeu du Petit Poucet
Titre : Le jeu du Petit Poucet
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1994
Editeur : Gallimard
Première page de Le jeu du Petit Poucet
« Sous les prospectus, il remarqua la facture de l’E.D.F. C’était le seul courrier régulier qui lui parvenait et auquel il répondait sans délai, bien que ce ne fût pas adressé à son nom.
Il décacheta l’enveloppe sans inquiétude : les congélateurs, ça ne consommait pas beaucoup d’énergie. C’étaient les frigidaires qui coûtaient cher avec tous ces désirs qui s’ouvraient vingt fois par jour, la vie aller et retour.
Il nettoya la boîte à lettres de ses réclames, puis il pénétra dans l’entrepôt à bord de son vieux break DS. Derrière lui, le portail à bascule s’affaissa lentement le long des poulies.
Il mémorisa le montant de la facture avant de la ranger dans la doublure du siège passager – 652 francs et 54 centimes d’électricité, vraiment une misère, pour quatre congélateurs conservant jour et nuit ses cadavres, son trésor ! »
Extrait de : J. Mondoloni. « Le jeu du Petit Poucet. »
Je suis une herbe par Jacques Mondoloni

Fiche de Je suis une herbe
Titre : Je suis une herbe
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1982
Editeur : J’ai lu
Première page de Je suis une herbe
« Comme tous les matins il visa le soleil et monta plein pot pour s’étourdir un peu, défaillir même. Mon Dieu, que de souvenirs déferlaient alors ! Tous ces avions qui avaient parcouru sa vie, qu’il avait aimés jusqu’à la mort – oui jusqu’à la mort, ah, il se trouvait emphatique quand il disait cela. Mais à soixante-cinq ans et mèche, la mémoire soûle vite.
Une hélice qui tourne et c’étaient des tours de rêve pour des heures. Tout ce temps passé dans les nuages, là, au-dessus des rivières – libre. Et ça durait toujours, guerre ou pas – jamais il ne se verrait vieillir comme un pochard qui ne sait plus ce qu’est la tempérance. Il lui fallait avaler son ciel quotidien comme d’autres leur gnôle. D’ailleurs, pour cette raison, toute sa vie il avait accepté n’importe quoi. En 1944 : des vols de reconnaissance au-dessus des lignes allemandes, maintenant : des pulvérisations d’arbres fruitiers au-dessus de la Haute-Provence. Certes, c’était moins prestigieux. Les combats étaient plus grisants en comparaison des piqués sur les poiriers. Mais le principal était de vibrer au rythme des carlingues, ce sacré manche entre les mains qui vous emmène loin de vous-même. »
Extrait de : J. Mondoloni. « Je suis une herbe. »
Il faut partir, Quilichini par Jacques Mondoloni

Fiche de Il faut partir, Quilichini
Titre : Il faut partir, Quilichini
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Il faut partir, Quilichini
« Mars 1932
Oui, l’île était bien loin derrière. Derrière l’horizon, derrière les brumes, derrière le paravent de brouillard que l’aube avait astucieusement placé entre elle et l’homme au bastingage pour la lui ravir sans violence.
Dominique Quilichini scrutait le ciel, puis la mer, à la recherche d’une ligne plus grise que les autres. Mais en vain. Il fallait se rendre à l’évidence : la terre, en catimini, avait disparu durant la nuit.
Dominique Quilichini revint à sa place, à contrecœur, les yeux rougis par l’insomnie. Il ne reverrait plus sa Corse natale. Les heures de veille n’avaient servi à rien.
La nuit l’avait trahi. La nuit s’était emparée de l’île, sournoisement, avec l’efficient concours du brouillard papelard. »
Extrait de : J. Mondoloni. « Il faut partir, Quilichini. »
Bruno Lecigne

Présentation de Bruno Lecigne :
Né en 1957, Bruno Lecigne est un esprit d’une rare polyvalence qui s’est illustré sur de multiples fronts de notre imaginaire contemporain. Si les bédéphiles le connaissent fort bien pour ses savants essais sur le 9e art (notamment aux éditions Futuropolis) et pour son poste de directeur éditorial chez les redoutables Humanoïdes Associés, il ne faut sous aucun prétexte minorer sa formidable contribution au domaine de la science-fiction et de l’anticipation francophone.
Plume acérée et novatrice, Bruno Lecigne fait une irruption fracassante dans le gotha du merveilleux-scientifique au tout début de la précédente décennie. J’en veux pour preuve irréfutable sa mémorable nouvelle, La Femme-escargot allant au bout du monde. Ce texte d’une audace folle, que je vous invite instamment à dévorer, a été couronné par l’illustre Grand Prix de la science-fiction française (notre actuel Grand Prix de l’Imaginaire) en 1981.
Mais l’écrivain ne s’est point arrêté en si bon chemin. Travaillant volontiers à quatre mains avec la talentueuse Sylviane Corgiat, il a offert au Fleuve Noir, et tout particulièrement à sa mythique collection « Anticipation », une poignée de romans d’une redoutable efficacité, où la prospective sociologique le dispute au frisson du suspense. Parmi ces ouvrages que j’ai pris le soin de vérifier sur les registres de la maison d’édition, l’on se doit de citer Le Rêve et l’Assassin (paru au Fleuve Noir sous le numéro 1486), Le Programme troisième guerre mondiale, ou encore L’Araignée. Sans omettre, bien entendu, Une souris verte et Dépression venue de l’Atlantique, véritables joyaux d’angoisse conjecturale.
Dans ses récits, qu’il s’agisse de ses romans ou de nouvelles telles que La Vallée des ascenseurs ou Effacement rapide de l’explorateur, Bruno Lecigne démontre une aptitude remarquable à disséquer les névroses de notre société et les dérives technologiques qui nous guettent. Son style, toujours d’une grande modernité, apporte un sang neuf à la science-fiction hexagonale, la hissant vers des cimes de réflexion tout à fait louables.
Livres de Bruno Lecigne :
Jeu de la trame :
- Le rêve et l’assassin (1986)
- L’araignée (1987)
- Le souffle de cristal (1987)
- Le masque d’écailles (1988)
Intégrales :
EMO (1987)
Immolations (1987)
Immolations 2 (1988)
Le programme Troisième Guerre Mondiale (1986)
Pour en savoir plus sur Bruno Lecigne :
La page Wikipédia sur B. Lecigne
La page Noosfere sur B. Lecigne
La page isfdb de B. Lecigne
Pierre Bameul

Présentation de Pierre Bameul :
Né le 10 novembre 1940 sous les cieux cléments de Normandie, plus précisément à Barneville-sur-Mer dans le Cotentin, Pierre Bameul présente le profil fascinant de l’écrivain autodidacte. Ayant quitté les bancs de l’école à quatorze ans, il fut d’abord apprenti puis ouvrier ajusteur à l’arsenal de Cherbourg, avant de connaître les affres de la guerre d’Algérie. S’ensuivit une existence riche d’expériences où il exerça mille métiers (dessinateur industriel, aide-comptable, animateur de radio ou encore journaliste à France 3 Aquitaine), forgeant ainsi son regard sur le monde et la nature humaine.
Si son nom résonne avec tant de force dans l’esprit des amateurs d’anticipation, c’est grâce à sa remarquable incursion dans le merveilleux-scientifique au milieu des années quatre-vingt. Il trouve sa place au sein de la mythique collection « Anticipation » du Fleuve Noir, ce formidable laboratoire de notre littérature populaire.
Pierre Bameul s’illustre avant tout par son génie de l’uchronie. Sa passion pour l’Histoire et la philosophie trouve son aboutissement en 1986 avec son magistral diptyque Pour nourrir le Soleil. Dans le premier volet, La Saga d’Arne Marsson, il réinvente l’Histoire en imaginant une conquête des Amériques par les fiers Vikings, tissant une civilisation inédite d’une incroyable densité. Le second volume, Le Choix des destins, vient parachever cette brillante spéculation temporelle, prouvant sa capacité à manier l’évolution des sociétés avec une rigueur toute scientifique.
L’œuvre conjecturale de Pierre Bameul, bien qu’assez ramassée dans le temps, témoigne d’une grande habileté à utiliser le cadre de la science-fiction pour questionner nos civilisations et les rouages de notre Histoire.
Livres de Pierre Bameul :
Pour nourrir le soleil :
- La saga d’Arne Marsson (1986)
- Le choix des destins (1986)
L’ère du vent (2011)
Par le royaume d’Osiris (1981)
Pour en savoir plus sur Pierre Bameul :
La page Wikipédia sur P. Bameul
La page Noosfere sur P. Bameul
La page isfdb de P. Bameul
Le programme troisième guerre mondiale par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le programme troisième guerre mondiale
Titre : Le programme troisième guerre mondiale
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le programme troisième guerre mondiale
« Alexander Hitten sortit en titubant légèrement du bloc chirurgical de Fort-Apsaras. Il était enfin devenu un computerman.
Il fit quelques pas dans les couloirs déserts, encombrés de terminaux. Au loin, se percevaient les lueurs intermittentes des écrans bleus. Alexander Hitten contempla sur son corps les prises métalliques incrustées, rondes comme des médailles. Il sentait battre en lui la pile électronique qui renforçait le muscle cardiaque. Grâce à ces modifications, il pouvait désormais se connecter lui-même, directement, avec le super-ordinateur Wotan, hôte principal du Fort-Apsaras. C’était ça, être computerman.
Alexander Hitten ne parvenait pas à détacher son regard des dizaines de pastilles trouées qui parsemaient son corps, comme celui d’un animal ocellé de cuivre et d’argent. Il avait passé des heures sur une table d’opération, entre les mains d’une équipe de chirurgiens et d’informaticiens. Chaque douille avait été greffée avec précision dans ses chairs creusées, vrillées. »
Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le programme troisième guerre mondial. »
Le jeu de la Trame par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le jeu de la Trame
Titre : Le jeu de la Trame – l’intégrale
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution :
Editeur : Mnémos
Sommaire de Le jeu de la Trame :
- Haïkus des Terres fertiles
- Le rêve et l’assassin
- L’araignée
- Le souffle de cristal
- Le masque d’écailles
- Annexes
Le masque d’écailles par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le masque d’écailles
Titre : Le masque d’écailles (tome 4 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le masque d’écailles
« L’homme avait noué un chiffon autour de son visage afin de se protéger de la cendre et de la poussière. Pour tout vêtement, il portait une étoffe autour des reins. Il allait nu-pieds, sautant d’un rocher à l’autre en se dandinant, les yeux perpétuellement rivés au sol. Maigre, dégingandé, la peau racornie par la chaleur et l’air piquant du désert, il avait de longs bras qui pendaient comme des bouts de bois. Son dos était cassé en deux et sa tête rentrée dans les épaules, comme si elle supportait le poids du ciel tout entier. Pourtant, malgré son allure misérable, on devinait qu’il avait dû être un solide et fier gaillard.
Depuis des heures, il allait et venait sur le flanc d’une butte couverte de cendre et hérissée de rochers. Il traînait derrière lui une vieille hotte de paille. De temps en temps, il s’arrêtait. Il balayait le sol autour de lui d’un regard morne, puis se laissait tomber à genoux et écartait les pierres en plongeant les mains dans la terre qu’il fouissait comme un animal, jusqu’à ce que ses doigts se referment sur des racines. »
Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le masque d’écailles – Le jeu de la Trame. »
Le souffle de cristal par Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne

Fiche de Le souffle de cristal
Titre : Le souffle de cristal (tome 3 sur 4 – Le jeu de la Trame)
Auteur : Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le souffle de cristal
« Chaque jour pendant des heures, Keido demeurait sur le pont avant de la jonque, les yeux rivés sur l’horizon lointain et brumeux. La lumière blafarde du soleil ne réchauffait ni son corps ni son esprit. Il avait hâte d’atteindre la côte orientale de la mer intérieure et de poursuivre son voyage sur la terre ferme, jusqu’à la Muraille de Pierre. À cause de l’inactivité, ses forces s’étiolaient. Nostalgique, il songeait à son armure de Guerrier défaite et rangée dans sa cabine.
La jonque pirate laissait derrière elle le Fleuve Salé sur la rive duquel s’était dressé le vieux Manoir de l’Ordre des Ananke. Cet ordre puissant, Keido l’avait réduit à néant avec la complicité des pirates qui convoitaient ses richesses et, surtout, grâce à la magie des cinq cartes du Jeu de la Trame qu’il possédait. À l’issue du combat, il s’était emparé de quatre nouvelles pièces de ce jeu qui, au total, en comptait trente-neuf. Où étaient les trente autres ? »
Extrait de : S. Corgiat + B. Lecigne. « Le souffle de cristal – Le jeu de la Trame. »