Auteur/autrice : CH91
Fables fantastiques par Ambrose Bierce

Fiche de Fables fantastiques
Titre : Fables fantastiques
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1995
Traduction : B. Sallé
Editeur : Rivages
Sommaire de Fables fantastiques :
- Fables fantastiques
- Aesopus emendatus
- Vieilles histoires avec de nouvelles dents
- Fables rimées
Premières pages de Principe moral et intérêt matériel / Fables fantastiques :
« Un PRINCIPE MORAL rencontra un INTÉRÊT MATÉRIEL sur un pont qui n’était assez large que pour le passage d’un seul.
« À terre, chose vulgaire ! » tonna le principe moral, « et laisse-moi te passer dessus ! » L’intérêt matériel se contenta de fixer l’autre dans les yeux sans dire un mot.
« Bon », dit le PRINCIPE MORAL, après un moment d’hésitation, « tirons à pile ou face pour savoir lequel d’entre nous va reculer jusqu’à ce que l’autre ait traversé. »
L’INTÉRÊT MATÉRIEL RESTA SANS BRONCHER.
« Dans le pur intérêt d’éviter une querelle », reprit le PRINCIPE MORAL, visiblement mal à l’aise, « je vais moi-même me coucher sur le sol et vous allez me marcher dessus. » »
Extrait de : A. Bierce. « Fables fantastiques. »
Epigrammes par Ambrose Bierce

Fiche de Epigrammes
Titre : Epigrammes
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1911
Traduction : T. Gillyboeuf
Editeur : Editions Allia
Première page de Epigrammes
« SI tous les hypocrites des États-Unis se cassaient la jambe aujourd’hui, le pays pourrait être envahi demain sans rencontrer d’obstacle par les hypocrites va-t-en-guerre du Canada.
Pour le Dogmatisme, l’Esprit de Curiosité est le même que l’Esprit du Mal, et aux portraits de ce dernier, il ajoute une queue pour former le point d’interrogation.
“Immoral” : tel est le jugement du bœuf dans son étable sur l’agneau qui gambade.
En pardonnant une offense, montrez-vous plus ou moins cérémonieux, de crainte que votre magnanimité ne soit interprétée comme de l’indifférence.
C’est vrai que l’homme ne connaît pas la femme. Mais la femme non plus.
L’âge est prévoyant parce que moins nous avons de futur, plus nous en avons peur.
La raison est faillible et la vertu peut être vaincue ; les vents changent et l’aiguille renonce au pôle, mais la bêtise ne se trompe et ne s’interrompt jamais. Depuis que l’on a découvert que l’axe de la terre oscille, la bêtise est indispensable comme étalon de la constance. »
Extrait de : A. Bierce. « Epigrammes. »
De telles choses sont-elles possibles ? par Ambrose Bierce

Fiche de De telles choses sont-elles possibles ?
Titre : De telles choses sont-elles possibles ?
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1994
Traduction : B. Sallé
Editeur : Rivages
Sommaire de De telles choses sont-elles possibles ? :
- La mort d’Halpin Frayser
- Le secret de la ravine Macarger
- Une nuit d’été
- La route au clair de lune
- Une mort annoncée
- Le maître de Moxon
- Une sacrée empoignade
- Un jumeau
- La vallée hantée
- Une cruche de sirop
- L’hallucination de Staley Fleming
- Une identité resurgie
- Le petit clochard
- Dans la nuit, au lieu dit de « l’homme mort »
- Au-delà du mur
- Un naufrage psychologique
- L’orteil du milieu du pied droit
- Les funérailles de John Mortonson
- Le royaume de l’irréel
- La montre de John Bartine
- Cette satanée chose
- Haïta le berger
- Un habitant de Carcosa
- Le visiteur
Première page de La mort d’Halpin Frayser
« Par une sombre nuit d’été, un homme s’éveilla d’un sommeil sans rêve, au sein d’une forêt. Il releva la tête, fixa quelques instants l’obscurité, et prononça ces mots : « Catherine Larue ». Il n’ajouta rien ; il ne comprenait même pas pourquoi il avait prononcé ces deux mots.
Cet homme s’appelait Halpin Frayser. Il résidait à St Helena, mais je ne pourrais dire où il se trouve actuellement, car cet homme est mort. Un individu qui prend le risque de s’endormir dans les bois sans autre toit au-dessus de lui que des branches sans feuilles et un ciel sans étoiles ne peut s’attendre à jouir d’une longue vie, et Frayser avait atteint l’âge de trente-deux ans. Il y a de nombreuses personnes dans ce monde, des millions de personnes, et non des moindres, qui considèrent qu’il s’agit déjà d’un âge avancé. »
Extrait de : A. Bierce. « De telles choses sont-elles possibles. »
Contes noirs par Ambrose Bierce

Fiche de Contes noirs
Titre : Contes noirs
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1991
Traduction : J. Papy
Editeur : Rivages
Sommaire de Contes noirs :
- Par une nuit d’été
- La fenêtre condamnée
- Histoire de fou
- Les funérailles de John Mortonson
- Le décor approprié
- Veillée funèbre
- L’homme et le serpent
- Une sacrée garce
- Le troisième orteil du pied droit
- L’inconnu
- La route au clair de lune
- Un habitant de Carcosa
Première page de Par une nuit d’été
« Le fait qu’Henry Armstrong fût enterré ne lui semblait pas prouver qu’il fût mort : il avait toujours été difficile à convaincre. Le témoignage de ses sens l’obligea à admettre qu’il était bel et bien enterré. Sa position (couché sur le dos, les mains jointes sur sa poitrine et attachées par un lien qu’il rompit aisément sans amener aucun changement avantageux de sa situation), l’emprisonnement rigoureux de toute sa personne, les noires ténèbres et le profond silence du lieu où il se trouvait : tout cela constituait un ensemble de preuves indiscutables qu’il acceptait sans ergoter.
Mais il n’était pas mort, sûrement pas ; il devait être simplement terrassé par une grave maladie. D’ailleurs, il se sentait en proie à l’apathie des grands malades, et ne s’inquiétait guère du sort peu commun qui lui avait été assigné. Il n’avait rien d’un philosophe ; c’était un homme très ordinaire, doté, pour le moment, d’une indifférence pathologique : l’organe qui lui permettait de craindre des conséquences était tout engourdi. C’est pourquoi, sans éprouver la moindre appréhension au sujet de son avenir immédiat, il s’abandonna au sommeil, et Henry Armstrong connut une paix totale. »
Extrait de : A. Bierce. « Contes noirs. »
À la dérive par Ambrose Bierce

Fiche de À la dérive
Titre : À la dérive
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1874
Traduction : T. Beauchamp
Editeur : Le castor astral
Sommaire de À la dérive :
- Un ours reconnaissant
- Féodora
- La conversion du fils prodigue
- Quatre ânes et un baudet
- Dr. Deadwood, je présume
- La petite blague du magicien
- À la dérive
- Noisettes cassées
- La conclusion de Tony Rollo
- Service gratuit
- Pernicketty a les foies
- Juniper
- En suivant la mer
- Une vengeance espagnole
- La tête de Mrs Dennison
- Une sorcière volatile
- Le service civil en Floride
- Une histoire du Bosphore
- John Smith, éditorial d’un journal du 3 mai 3873 apr. J.C.
- Coeurs en morceaux
- Histoire de Bath
- Le chien qui suit derrière
- Serpenter
- Le papa de Maud
- L’étang de Jim Beckwourth
- Ficeler un ours
Première page de Un ours reconnaissant
« Je suppose que tous mes petits lecteurs connaissent l’histoire d’Androclès et du lion, aussi la raconterai-je aussi fidèlement que je m’en rappelle en vous priant de ne pas confondre Androclès avec le lion. Si je disposais d’une illustration représentant Androclès coiffé d’un chapeau de soie et le lion avec une faveur nouée autour de la queue, les deux protagonistes pourraient facilement être distingués, mais l’auteur de ces lignes se refuse catégoriquement à dépeindre un tel tableau.
Un jour qu’Androclès cherchait des truffes dans la forêt, il tomba sur la tanière d’un lion. Il y entra, s’étendit sur le sol et ne tarda pas à s’endormir. À l’époque, quand les conditions s’y prêtaient, il n’était pas rare de coucher dans les tanières de lions. Le lion était parti visiter un jardin zoologique et ne devait pas revenir avant une heure avancée, mais cela ne l’empêcha pas de réapparaître plus tôt que prévu. Il fut surpris de trouver un visiteur sans ticket dans sa ménagerie mais, le prenant pour quelque caricaturiste en goguette, il se retint de le manger. »
Extrait de : A. Bierce. « A la dérive. »
Le monstre du lac noir par Hervé Jaouen

Fiche de Le monstre du lac noir
Titre : Le monstre du lac noir
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1987
Editeur : Syros
Première page de Le monstre du lac noir
« Je suis très bavarde. C’est mon principal défaut. Un défaut qui est aussi une qualité, dit maman. Dans la vie, dit-elle, quand on a la langue bien pendue, on se débrouille toujours. Avoir la langue bien pendue, ça veut dire qu’on parle vite et beaucoup. Ça veut pas dire qu’on la tire ou qu’on la laisse pendre. Évidemment.
Aujourd’hui je suis heureuse. Pas comme hier et avant-hier. On l’a échappé belle, dans la famille. Bon, mais comme dirait mon pépé qui a été paysan, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Autrement dit, commencer à raconter la fin avant le début. Je recommence depuis le début.
Mon prénom est Caroline, mais papa m’appelle Carolinette parce que ça rime avec pirouette, girouette et pipelette. J’ai les yeux bleus et les cheveux châtain clair. On habite à la campagne, dans un vieux village. Papa et maman travaillent dans une usine neuve qui fabrique des trucs minuscules pour les postes de télévision. Et, pas très loin de chez nous, il y a la rivière d’Argent qui serpente dans les prairies. »
Extrait de : H. Jaouen. « Le monstre du lac noir. »
Le fossé par Hervé Jaouen

Fiche de Le fossé
Titre : Le fossé
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1995
Editeur : Presses de la cité
Première page de Le fossé
« Ma Chère Catherine,
Le directeur vient de me l’annoncer : je serai libéré dans quinze jours. Il faut croire que par le jeu des remises de peine légales nous sommes arrivés à l’échéance. Condamné à dix-huit années de prison, je vais être libre au bout de douze ans et cinq mois.
J’ignore s’il s’agit d’un pur hasard, ou d’une espèce de grâce, ou bien d’un arrangement négocié entre l’administration pénitentiaire et le garde des Sceaux en faveur du détenu modèle que j’aurai été. Toujours est-il que ma libération va coïncider avec ton vingt-cinquième anniversaire et ton mariage.
Pendant ces douze années, hormis les traditionnelles cartes de vœux — quatre cartes, les quatre premières années, et ensuite le silence —, tu ne m’auras pas écrit. Au parloir, tu n’es pas venue me voir. Je ne le voulais pas. Mais je sais que maintenant tu te portes bien. Tu as surmonté notre épreuve. »
Extrait de : H. Jaouen. « Le Fossé. »
Le fils du facteur américain par Hervé Jaouen

Fiche de Le fils du facteur américain
Titre : Le fils du facteur américain
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1988
Editeur : Payot
Première page de Le fils du facteur américain
« Martin, cadre moyen, aime le rose.
Le rose de ses roses, le rose de sa villa, le rose de ses tentures, le rose du ciel à l’aube, le rose tendre des culottes brésiliennes que l’on glisse au crépuscule et qui s’en vont rejoindre le soleil couché dans les draps verts.
Martin, cadre moyen, adore le rose du granit rose, le rose des flamants roses, le rose des escallonias, le rose de l’allée bitumée qu’il remonte chaque soir, vers dix-huit heures trente, au volant de sa Lancia noire.
Le ravit la couperose de son voisin médecin, œnologue amateur, présentement occupé à arroser ses lauriers-roses.
Ils se saluent rosement.
L’enchante aussi, des courts de tennis de la copropriété, le rose brique qui s’oppose avec délicatesse au vert léger des bouleaux argentés. Ce contraste – qu’il juge impressionniste – s’agrémente d’un bout de jupette blanche que balancent des rondeurs, supposées rose bonbon, aperçues dans l’échancrure des feuillages immobiles. »
Extrait de : H. Jaouen. « Le fils du facteur américain. »
Le crime du syndicat par Hervé Jaouen

Fiche de Le crime du syndicat
Titre : Le crime du syndicat
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël
Première page de Le crime du syndicat
« Le Flic verrouille les portes de sa voiture noire, fait trois pas, pose sur la bordure de la pelouse vert absinthe son vieux cartable en croûte, roule une cigarette de tabac bleu et se met à fredonner les paroles d’une chanson de Gainsbourg Dieu est un fumeur de havane je vois ses nuages gris, ce qui le plonge dans un ravissement amusé.
Il tète sa cigarette comme le vieil homme qu’il sera bientôt et, déjà, il se complaît à parler tout seul et à rire doucement de lui-même.
D’un pas tranquille, il se dirige vers l’immeuble moderne, construit à l’extérieur de la ville, qui abrite la direction et les services administratifs départementaux du Crédit régional de l’Ouest et du Centre.
Au centre de voies bitumées d’ocre rouge qui forment une croix celte, c’est un miroir vertical à quatre faces dans lequel filent les vols d’étourneaux, contre lequel se fracassent, par pleine lune, les canards sauvages, et que fuient les corneilles comme l’on évite les regards aveugles des gens qui portent des verres mercurisés.
Quelque part dans ce briquet nickelé, un apprenti sorcier a allumé, sur ordre supérieur, le feu de la guerre syndicale. »
Extrait de : H. Jaouen. « Le crime du syndicat. »
Le bon Docteur Cogan par Hervé Jaouen

Fiche de Le bon Docteur Cogan
Titre : Le bon Docteur Cogan
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2019
Editeur : Presses de la cité
Première page de Le bon Docteur Cogan
« Huelgoat, 2018.
Bien que mon rôle, ici, soit celui de simple copiste, je crois devoir livrer aux lecteurs quelques mots d’introduction au récit confié à mes bons soins de rédactrice par mon amie Yvonne Trédudon.
Je m’appelle Marie-Françoise Baraer et je viens de fêter mon soixante-quatorzième anniversaire. Je suis née à Huelgoat en 1944, rue Robinson, anciennement rue de l’Abattoir. J’ai une fille et trois petits-enfants. Ils vivent au Canada, nous communiquons par Skype. Il a bien fallu que je m’initie aux techniques nouvelles, et je concède volontiers que c’est absolument magique de les entendre et de les voir sur l’écran de mon ordinateur. Ils me pressent de traverser l’Atlantique, mais je ne suis pas une grande voyageuse. Je n’ai pris l’avion qu’une seule fois, avec mon mari, pour aller aux Baléares. Nous étions dans notre cinquantaine, nous avions voulu suivre la mode des vacances au soleil. La chaleur, l’agitation et au retour un vol retardé de neuf heures nous avaient guéris des voyages organisés. Nous habitions Quimper. Jean, mon mari, travaillait à la mairie, j’étais assistante sociale à la DDASS. Retraités à soixante ans, nous avions tout pour être heureux, même si nous ne voyions pas grandir nos petits-enfants autrement que sur un écran, sauf quand ils traversaient l’Atlantique, environ une fois tous les deux ans. »
Extrait de : H. Jaouen. « Le bon Docteur Cogan. »