Auteur/autrice : CH91

 

Le XXIe siècle n’aura pas lieu par Christopher Stork

Fiche de Le XXIe siècle n’aura pas lieu

Titre : Le XXIe siècle n’aura pas lieu
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le XXIe siècle n’aura pas lieu

« J’ai appris la mort de mon père, par hasard, plusieurs semaines après son décès. L’événement m’a d’ailleurs laissé, je dois le dire, tout à fait indifférent. Ce père était un inconnu pour moi. J’avais à peine deux ans quand il était parti et ne l’ai plus jamais revu depuis. Il n’était donc, à mes yeux, qu’un personnage mythique dont le peu que je savais provenait des quelques commentaires tendancieux qui échappaient de temps en temps à ma mère. D’après elle, ce Russe émigré était un paresseux, un buveur, un coureur de jupons qui ne se plaisait que dans la compagnie de ses compatriotes et ne s’était jamais donné la peine d’apprendre correctement le français.
J’avais donc déjà oublié cette mort et ne m’étais même pas soucié de savoir où mon père était enterré quand, un jour, j’ai reçu d’une banque une lettre m’informant qu’il avait un coffre chez elle et me priant de procéder aux démarches nécessaires pour faire ouvrir ledit coffre et prendre possession de son contenu. »

Extrait de : C. Stork. « Le XXIe siècle n’aura pas lieu. »

Le trillionnaire par Christopher Stork

Fiche de Le trillionnaire

Titre : Le trillionnaire
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le trillionnaire

« Qu’est-ce que c’est qu’un trillionnaire ? Quelqu’un qui possède un trillion. Et que signifie un trillion ? Voyons cela d’un peu plus près car ce n’est pas si simple.
Un million égale mille fois mille, soit 1 suivi de six zéros, soit encore 10 exposant 6. Un milliard vaut mille millions, 1000000000, en abrégé 10 exposant 9. Et, en continuant sur cette lancée, voici le trillion qui, logiquement, devrait représenter mille milliards, s’écrire 1000000000000 ou 10 exposant 12, n’est-ce pas ? Eh bien, pas du tout ! Car, depuis 1948, le trillion a changé de valeur et cette valeur n’est pas la même selon les ouvrages que l’on consulte.
Pour les uns il s’agit d’un million de milliards (1015) et d’un milliard de milliards (1018) pour d’autres. Certains auteurs assurent même que le trillion français ou américain (1012) est différent du trillion allemand ou britannique (1018). De quoi donner la migraine au comptable le plus averti. »

Extrait de : C. Stork. « Le Trillionaire. »

Le rêve du papillon chinois par Christopher Stork

Fiche de Le rêve du papillon chinois

Titre : Le rêve du papillon chinois
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rêve du papillon chinois

« Michael Swain se laissa aller contre le dossier de son fauteuil et considéra avec une grimace écœurée ce qu’il venait d’écrire : dans l’angle supérieur droit de la page, le chiffre « 1 » et, quelques lignes plus bas, bien au centre, les deux mots « Chapitre premier ». Après, rien. Du blanc. Un blanc de brouillard, de banquise, de suaire pour fantôme, un blanc comme ceux qui figuraient jadis sur les cartes de géographie pour désigner les terres encore inconnues.
Et c’était bien cela le problème de Michael Swain. Il avait devant lui deux cents feuillets immaculés qu’il allait devoir noircir de mots, de phrases, de paragraphes, deux cents rectangles de papier (21 x 29,7 cm), à découvrir comme autant de territoires inexplorés, à peupler de personnages, d’intrigues, de décors, de dialogues, de péripéties, de rebondissements. Un monde à faire, en somme, un monde dont il était le dieu. Exaltant, non ?
« Pas du tout, pensa Swain en allumant une cigarette ; accablant, terrifiant, insurmontable !
Même Dieu a dû paniquer devant le gigantesque 7 tohu-bohu qu’il s’agissait de mettre en ordre. »

Extrait de : C. Stork. « Le Rêve du papillon chinois. »

Le passé dépassé par Christopher Stork

Fiche de Le passé dépassé

Titre : Le passé dépassé
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le passé dépassé

« Rome s’étendait au pied du Janicule, somptueusement belle sous les rayons du soleil couchant qui doraient les façades ocre jaune ou rose des palais, faisaient luire les dômes et les coupoles des églises et transformaient le Tibre en une longue coulée sinueuse d’argent bruni.

Louis Bombourg eut un frisson de bonheur. Il était arrivé exactement à l’instant qu’il avait choisi. À cette heure, dans cette lumière presque irréelle, si pure qu’elle serrait le cœur, la ville s’offrait à lui dans toute son étendue et laissait même deviner, bien au-delà de ses faubourgs, à l’horizon, les courbes harmonieuses des collines albaines.

Puis il eut envie de revoir les arbres et les prairies de la villa Doria Pamphili, toute proche. D’une pression des doigts sur les poignées de son fauteuil, il se dirigea lentement vers la porte Saint-Pancrace et, quelques minutes plus tard, il remontait l’allée qui menait à l’arc de triomphe d’où l’on dominait l’ensemble de l’énorme parc. »

Extrait de : C. Stork. « Le passé dépassé. »

Le lit à baldaquin par Christopher Stork

Fiche de Le lit à baldaquin

Titre : Le lit à baldaquin
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le lit à baldaquin

« Il se nommait Benjamin Orp. Mais, sauf quelques rares personnes qui l’appelaient Ben, tout le monde l’avait baptisé « Pot de colle ».
Ce sobriquet, prononcé à la va-vite, était devenu Potkol et conférait à son porteur un faux air cambodgien. Orp s’y était si bien habitué qu’il répondait indifféremment à l’une ou l’autre de ces identités.
C’est aussi qu’il était d’un tempérament débonnaire et placide, pour tout dire un de ces « pauvres en esprit » auxquels le royaume des cieux appartiendra un jour mais qui, en attendant, ne possèdent pas grand-chose et surtout pas l’estime de leurs contemporains. Situation navrante et d’autant plus injuste qu’Orp mourait d’envie de mieux comprendre le monde où il vivait et les êtres qui peuplaient ce monde. Il harcelait ces derniers de « pourquoi », de « comment », de questions ingénues et donc embarrassantes, identiques en cela à l’enfant qu’il était resté sous l’apparence d’un adulte. »

Extrait de : C. Stork. « Le lit à baldaquin. »

Le bon larron par Christopher Stork

Fiche de Le bon larron

Titre : Le bon larron
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le bon larron

« Le 3 mars 1972, le vaisseau spatial Pioneer 10 était lancé depuis le cap Kennedy en direction de Jupiter. L’engin devait d’abord explorer les abords de la planète puis quitter le système solaire pour aller se perdre quelque part dans l’univers. Il était porteur d’un « message » destiné à d’éventuels Extraterrestres.

Ce « message », imaginé par l’astronome américain Carl Sagan, était gravé sur une plaque d’aluminium recouverte d’or fixée à l’antenne de Pioneer 10. Cette plaque de 15 cm sur 22,5 comportait un certain nombre de symboles, de dessins et de chiffres
destinés à faire savoir aux Extra-terrestres d’où provenait le vaisseau spatial et à leur donner quelques indications sur notre planète et l’état de notre civilisation.

Sur la droite de la plaque figurent deux êtres humains, un homme et une femme entièrement nus. Le sexe de l’homme et les seins de la femme sont bien visibles, ce qui provoqua d’ailleurs de nombreuses protestations aux États-Unis. L’homme lève la main droite en signe de salut. La femme se tient à ses côtés, les bras le long du corps, dans une attitude que certains, et notamment les féministes, ont jugée trop passive. »

Extrait de : C. Stork. « Le bon larron. »

La quatrième personne du pluriel par Christopher Stork

Fiche de La quatrième personne du pluriel

Titre : La quatrième personne du pluriel
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de La quatrième personne du pluriel

« La première personne du singulier se dit : je.
La deuxième personne du singulier se dit : tu.
La troisième personne du singulier se dit : il ou elle.
La première personne du pluriel se dit : nous.
La deuxième personne du pluriel se dit : vous.
La troisième personne du pluriel se dit : ils ou elles.
La quatrième personne du pluriel se dit :
Là, vous êtes coincés, mes jolis, tellement habitués à vos deux testaments, vos trois vertus théologales, vos quatre points cardinaux, vos cinq sens, vos six semaines de congés payés, vos sept péchés capitaux, vos huit clos, vos neuf muses, vos dix doigts, vos onze novembre, vos douze plaies d’Égypte, vos nombres d’or, vos comptes ronds, vos 3,1415926… et la suite.
Que peut bien être, représenter, signifier, la quatrième personne du pluriel ? Pour le comprendre, il va falloir sérieusement vous secouer les méninges et astiquer vos microtubules. »

Extrait de : C. Stork. « La quatrième personne du pluriel. »

La machine maîtresse par Christopher Stork

Fiche de La machine maîtresse

Titre : La machine maîtresse
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de La machine maîtresse

« Nuit du 30 au 31 août 2012

Je suis le plus malheureux des hommes. Pas seulement des hommes de ce temps mais des hommes de tous les temps. La tragédie que je vis n’a pas d’équivalent dans l’Histoire, ni même dans les mythes et les légendes de l’humanité. Pygmalion, Prométhée, Faust n’ont pas vécu un drame comparable à celui dans lequel je me débats depuis des mois.

Le temps de prendre une décision approche et, plus il approche, plus je suis indécis. Au point d’avoir envie de me donner la mort rien que pour échapper à l’échéance. Pandora doit-elle vivre et moi dois-je vivre avec elle ? Mais à quel prix ! Ou bien dois-je la rendre à ceux qui l’ont conçue ? Mais se laissera-t-elle faire ? Et eux, qu’en feront-ils ? Ne vont-ils pas détruire ce qu’elle est devenue avec moi, ne vont-ils pas… la tuer ? Rien que d’écrire ces quatre lettres sur ma page me révolte, me bouleverse, m’arrache des larmes, ces larmes que je verse si facilement depuis quelque temps. »

Extrait de : C. Stork. « La machine maîtresse. »

La femme invisible par Christopher Stork

Fiche de La femme invisible

Titre : La femme invisible
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de La femme invisible

« Carole Gray regarda ses mains et poussa un soupir de découragement. Décidément, rien n’y faisait, ni les crèmes, ni les lotions, ni les soins de la manucure. Ses doigts, rongés par les acides et les divers produits qu’elle manipulait dans son laboratoire, étaient rêches et râpeux. « Comme une langue de chat, disait Michael en riant, et il y a des moments où ce n’est pas du tout désagréable. » « Des mains de lavandière, oui ! songea Carole en débouchant son flacon de vernis à ongles avec un haussement d’épaules. Et encore ! Une lavandière au moins a les mains propres ! Moi, avec ces taches brunes ou vertes, j’ai l’air d’avoir une maladie de peau ! Je me demande bien pourquoi je me donne la peine de mettre ce vernis… Et pourquoi, d’ailleurs, je me donne la peine de sortir ce soir… Ces Malcolm sont horriblement ennuyeux… »
Elle faillit reboucher le flacon, puis interrompit son geste et se regarda dans la glace de sa coiffeuse. »

Extrait de : C. Stork. « La femme invisible. »

La dernière syllabe du temps par Christopher Stork

Fiche de La dernière syllabe du temps

Titre : La dernière syllabe du temps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de La dernière syllabe du temps

« La pièce était deux fois plus longue que large et totalement démunie de fenêtres. Elle aurait ressemblé assez exactement à l’intérieur d’un bunker ou d’une casemate si ses murs et son plafond n’avaient été recouverts de curieux bourrelets cylindriques qui avaient un peu l’apparence de colonnes cannelées, coupées en deux dans le sens de la hauteur.

Le général Bruce Bean passa la main sur un des bourrelets et le sentit céder sous la pression. Il se tourna vers l’homme en blouse blanche qui se tenait à côté de lui.

— Qu’est-ce que c’est que ce rembourrage ? demanda-t-il à mi-voix.

— Un revêtement absorbant, mon général, répondit l’homme en blouse blanche ; un composé d’amiante, de coton de verre et de mousse en polystyrène expansé. Il est à la fois flexible et poreux, ce qui veut dire qu’il absorbe aussi bien les fréquences graves que les aiguës et évite de ce fait tout danger de réverbération. Vous avez certainement remarqué que nos voix n’ont ici aucun effet d’écho et que… »

Extrait de : C. Stork. « La dernière syllabe du temps. »